ÉTAT DES DÉBOURS DE MM. GUTTIN FRÈRES POUR LA CAUSE DE L’ORDRE
« Pour Montmartre . 10,000 fr.
« Dont le reçu a été remis à M. Barthélemy Saint-Hilaire, par MM. Guttin dans leur lettre du 3 juin courant.
« Remis à M. Veysset le 21 mai, pour le commandant Hutzinger, aide-de-camp du général Dombrowski, tant pour lui que pour l’état-major de Dombrowski . 20,000
« Cette somme a été saisie par la Commune sur M. Veysset. M. Planat, ancien député, qui accompagnait M. Veysset et qui a été témoin de son arrestation aux avants-postes de Saint-Ouen, en courant lui-même de grands dangers, a vu cette somme aux mains de M. Veysset. M. Planat a dû déjà certifier de ce fait auprès de M. Barthélemy Saint-Hilaire, et en tous cas, il ne fera aucune difficulté pour en témoigner1.
« Ce témoignage peut être au besoin corroboré par celui des gardiens du dépôt de la Préfecture.
« Remis au commandant Cadart du 8me bataillon, pour les officiers et gardes de l'ordre, qui ne voulaient rien recevoir de la Commune et qui avaient besoin de leur solde pour vivre, ainsi qu’aux citoyens gagnés à la cause de l’ordre et étrangers au
bataillon, dont le reçu est ci-joint, ci . 2,900
A reporter . 32,900 fr.
1 Ce témoignage a été donné depuis par lettre reproduite dans le cours de ce récit, voir la page 111 de la brochure.
Report . 32,900 If.
« Remis à M. Veysset, pour les familles du général Dombrowski et du commandant Ilutzinger, pour quitter Paris et pour frais divers dans l’entourage
du général . 3,600
« Sans compter deux versements qui ont été faits par M. Guttin : l’un de 900 francs ; l’autre de 1,200 francs, en présence de témoins qui l’attesteront au besoin. (MM. Cadart et Hutzinger.)
« Payé par M. Guttin, pour location de divers ap¬
partements et frais divers, environ . 2,800
« Total . 38,700 fr.
« N. B. — Dans ces débours ne figuraient pas les pertes subies directement par Mme veuve Veysset et par M. Guttin.
« Chez Mme Veysset, les Vengeurs de Flourens sont restés dix jours ; ils ont brisé les meubles, de plus, ils ont enlevé tous les papiers, livres, etc..., lui appartenant.
« L’un des MM. Guttin a été arrêté comme ayant prêté son concours à M. Veysset. La pièce ci-jointe qu’il a conservée donne les détails des fonds et objets qui ont été saisis sur lui.
« Le même a eu son appartement brûlé et n’a rien pu sauver de son mobilier, précisément parce qu’il avait dû se cacher ailleurs pour échapper aux poursuites dont il était l’objet.
« Toutes ces pertes ont été causées indirectement par la mission dont M. Veysset était chargé.
« On n’en parle ici que pour mémoire.
« Signé: Ad. Guttin,
« 5, rue Letellier.
« Paris, le 15 juin 1871.
« Nous publions pour mémoire aussi l’inventaire du « Fouillement » de M. Alp. Guttin, du 16 mai 1871, lors de son arrestation ; le voici :
« Un portefeuille en maroquin.
« 650 francs en billets de 50 francs sous enveloppe.
« Un trousseau de six clefs.
« Un journal Le Soir de Versailles.
« Un couteau-canif à plusieurs lames.
« Argent laissé en poche vingt-deux francs (22 francs),
« Le commissaire spécial,
« Signé: Ch. Chauvet.
« Cachet rond avec une effigie de la Liberté. Commune de Paris, VImc arrondissement. République française.
« Pour copie conforme, signé: A. Guttin. »
M. Guttin avait encore joint à cette lettre le reçu de M. Luce, sergent-secrétaire du 8mo bataillon de la garde nationale de la Seine, pour une forte partie des sommes déboursées afin de procurer une solde et des vivres aux gardes nécessiteux dudit bataillon. Nous le reproduisons :
« Garde nationale de Paris, 2me subdivision , 8me bataillon.
« Le commandant Cadart du 8ma bataillon de la garde nationale de la Seine, certifie avoir reçu des mains de MM. Guttin, une somme totale de deux mille quatre cents francs en divers acomptes i.
« Ladite somme employée pour les besoins des gardes et autres gagnés à l’ordre et ne recevant rien de la Commune.
« Le présent certificat délivré le 14 juin 1871, à MM. Guttin, pour leur servir ce que de besoin.
« Pour le chef du 8ine bataillon, IIme arrondissement.
« Le sergent secrétaire,
« Signé: L. Luce.
« Ce reçu porte le timbre du 8me bataillon. Un autre de six cents francs, devait suivre. »
1 La somme versée est de 3,000 francs. MM. Guttin ont produit ultérieurement un reçu supplémentaire pour la somme en différence avec le reçu actuel ; soit de 600 francs.
Le lendemain, avant que M. Charles Bocher eut pu faire la moindre démarche, M. Barthélemy Saint-Hilaire adressait à M. le Président du Conseil le rapport suivant :
« RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
« Pouvoir exécutif , Présidence du Conseil des ministres.
« Rapport a M. le président du Conseil sur la mort de M. Veysset.
« Parmi les bons citoyens qui ont cherché à faciliter la prise de Paris, M. Veysset est un de ceux qui ont montré le plus de zèle et qui se sont approchés le plus près du but. C’était M. le viceamiral Saisset qui l’avait introduit près de moi. et je l’ai pratiqué 1 pendant deux mois, dans cet intervalle j’ai pu juger de son honnêteté et de son dévouement. Vers le 15 mai, il s’était mis en rapport avec un des aides-de-camp de Dombrowski, et il avait fait plusieurs voyages entre Versailles et Saint-Denis, où se passaient les entrevues. Le 23 mai, il a été surpris par les agents de la Commune et il a été fusillé sur-le-champ 2.
« Il laisse une veuve que j’ai vu plusieurs fois et qui reste absolument sans ressources.
« Deux de ses amis, honorables commerçants, MM. Guttin frères, rue Boursault, 41, à Paris, s’étaient associés à ses desseins et avaient fait des avances assez considérables pour solder des gardes nationaux fidèles.
« J’avais désapprouvé ce procédé et je n’avais autorisé aucune des dépenses de ce genre3, mais je ne puis douter que les
1 Sans vouloir offenser M. le rapporteur, disent MM. Guttin frères, pourrait-il, dans un moment de loisir, nous expliquer ce logogriphe : « Quand à nous, nous avouons naïvement ne rien comprendre à « la pratique. »
2 Le rapporteur se trompe, Veysset a été arrêté le 21, et fusillé le 24.
3 « Et votre lettre du 10 mai, dans laquelle vous me dites de terminer à tout prix avec Dombrowski, et coûte que coûte? » (Ce renvoi est de M. Alp. Guttin.)
avances aient été faites, et je crois qu'il serait juste de les rembourser au moins en partie l. J’ai examiné avec le vice-amiral Saisset à quel chiffre ces avances pouvaient se monter, et nous sommes tombés d’accord qu’elles avaient été au moins de 15,000 francs.
« Je vous propose, monsieur le président du Conseil, de vouloir bien faire rembourser cette somme à Mm" Veysset et aux deux amis de M. Veysset, car il serait vraiment trop dur, qu’à leur trop juste affliction, ces personnes, d’ailleurs parfaitement honnêtes, ajoutassent encore une perte d’argent considérable. Je crois que cette compensation est due à la mémoire d’un homme excellent, dont je n’ai pas toujours approuvé les démarches, mais qui m’a donné de son caractère et de son patriotisme la meilleure impression.
« Si vous voulez bien, monsieur le Président, vous approuverez le rapport que je vous soumets ici, et vous le revêtirez de votre signature.
« Le représentant du peuple,
« Signé • B. Saint-Hilaire.
« Approuvé. — Le président du Conseil, chef du pouvoir exécutif de la République française. A. Thiers. »
Sur le rapport de M. Barthélemy Saint-Hilaire qui précède, approuvé par M. Thiers, l’autorisation suivante de payer fut immédiatement délivrée:
« RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
« Pouvoir exécutif , Présidence du Conseil des ministres.
« Versailles, le 16 juin 1871.
« Conformément au rapport adressé par moi à M. le président du Conseil et approuvé par lui en date de ce jour, j’autorise le présent paiement de la somme de quinze mille francs au nom de MM. Guttin frères.
« Le représentant du peuple,
« Signé : Barthélemy Saint-Hilaire.
1 « Le au moins en partie est joli. » (Renvoi du même M. Guttin.
« A la suite du rapport est écrit ce qui suit :
« J’autorise M. Budin à payer à Mm0 veuve Veysset et à MM. Guttin frères, conformément au rapport ci-dessus, la somme de quinze mille francs, allouée par M. le chef du pouvoir exécutif au nom de MM. Guttin frères 1 .
« Ladite somme sera imputée sur le chapitre xin'2.
« Le ministre de l’Intérieur,
« Signé : Lambrecht 3. »
« Versailles, 19 juin 1871. »
Il est impossible, après avoir lu les pièces qui précèdent, dont plusieurs sont officielles et authentiques, et quand on a eu connaissance de la déposition de l’amiral Saisset, devant la commission d’enquête parlementaire et de la première partie de la brochure de Mma veuve Veysset, de nier la trahison accomplie au préjudice de la Commune, par le colonel Hutzinger, le général Dombrowski et d’autres officiers d’état-major de ce dernier, en faveur du gouvernement de Versailles, dont M. Thiers était le chef.
C’est là une bien triste vérité, que nous avons constatée avec beaucoup de peine et de regret. Mais nous n’avons pas pu nous dispenser de le faire, car elle est si évidente, qu’elle saute aux yeux de tous ceux qui se donnent la peine d’examiner les documents que nous avons reproduits.
1 L’encaissement a été effectué le 19 juin 1871.
2 Nous ne sommes pas curieux, mais nous aimerions à savoir qu’est-ce que le chapitre XIII' ? demandent les frères Guttin. — Voici notre réponse à cette question : C’est le chapitre des fonds secrets, et c’est avec la caisse de ces derniers que l’on paie les mouchards, les espions, les agents provocateurs et les traîtres. P. Vésinier.
3 M. Lambrecht avait connu Veysset, et il avait suivi avec un vif intérêt toutes les phases de la terrible partie que celui-ci avait engagée. M. Lambrecht a essayé, ou plutôt il a voulu reconnaître les services rendus par Veysset, mais la mort ne lui a pas permis d’accomplir cet acte de justice. (Note de MM. Guttin.)
A côté de la trahison de Dombrowski il y a un autre spectacle presque aussi écœurant, c’est celui que donne le gouvernement de Versailles, qui, après avoir organisé la trahison, lorsqu’il a réussi dans son entreprise, cherche tous les moyens pour ne pas tenir les promesses qu’il a faites à ses agents, et même pour ne pas leur rembourser l’argent qu’ils ont dépensé et avancé pour l’accomplissement de son aventure criminelle.
Nous n’avons pas oublié que les sommes réclamées par ces individus ont contribué puissamment à livrer Paris à l’armée de Versailles, et par conséquent nous n’avons jamais eu que mépris et que haine pour les misérables négociateurs de trahison, qui ont produit ce résultat et loin de plaindre les agents secrets de Versailles, qui ont avancé de l’argent pour soudoyer la trahison et qui n’en ont pas été complètement remboursés, nous regrettons seulement que tous n’aient pas été fusillés comme Veysset en expiation de leur crime.
Mais l’infamie des traîtres et des espions n’ôte absolument rien à l’odieux de la conduite du gouvernement de Versailles et de son chef, et comme ce dernier, M.Thiers, s’est montré dans ces circonstances avec toutes ses basses passions de petit bourgeois parvenu, dans toute sou horrible laideur d’avare, nous ne pouvons résister à notre désir de le dépeindre au naturel, tel qu’il était, avec son digne ami et chef de cabinet, Barthélemy Saint-Hilaire.
Le rapport de ce dernier à M. Thiers, au sujet de la réclamation de Mmo veuve Veysset et des frères Guttin, faite au gouvernement de Versailles, que nous avons déjà publié est très curieux. Ce cher M. Saint-Hilaire, commence par déclarer « qu’il a pratiqué » comme l’aurait fait un simple agent de police, M. Veysset, pendant deux mois ; et à la suite de cette longue « pratique », ce premier et perspicace ministre déclare « qu’il a pu juger.de son
honnêteté et de son dévouement. » Et après ce jugement favorable par lequel il le reconnaît « honnête et dévoué, » il le trouve digne de devenir un traître. Il paraît que pour les gens de Versailles, la trahison est la quintescence de la vertu.?
Imbus de cette saine doctrine, les frères Gultin deux amis de cet honorable traître., s’étaient associés à sa louable entreprise, et avaient poussé le dévouement jusqu’à avancer des sommes considérables, plus de 39,000 fr. pour en payer les premiers frais.
Mais quand il s’est agi de rembourser à la veuve de « l’honnête et dévoué Veysset », — c’est ainsi qu’on qualifie ce dernier, — l’argent avancé si imprudemment par son mari et par ses amis, le sévère et économe Saint- Hilaire ne trouve plus parait-il l'affaire de la trahison aussi méritoire; il désapprouve le procédé. « Il n’avait jamais autorisé, disait-il, aucune dépense de ce genre. » — Il oublie sa lettre du 10 mai, — «et, quoi qu’il ne puisse douter que ces avances aient été faites en entier, il croit qu’il serait juste de les rembourser seulement en partie.» Ainsi, pour cet excellent et érudit Saint-Hilaire le remboursement d’une partie de ce que l’on a avancé pour lui est suffisant. Mais comme il a des doutes sur son nouvel axiome, qui fait que la partie est égale au tout, il consulte à ce sujet l’intelligent et moral amiral Saisset, et il arrive à une conclusion bien extraordinaire. Le compte des frères Guttin lui ayant prouvé qu’ils avaient avancé 38,700 fr., « ce dont il ne doute pas, » ainsi qu’il l’a déclaré, il tombe d’accord avec l’illustre et logique amiral « qu’elles étaient (les avances) au moins de 15,000 fr. » C’est là certainement de l’arithmétique plus que fantaisiste, et dont M. Barême n’aurait pas voulu ; mais M. Thiers et ses conseillers la trouvèrent très bonne et s’en contentèrent. Pour ces gens d’ordre, quand
ils doivent 38,700 fr. et qu’ils en payent 15,000 ils se croient quittes, et pensent avoir fait une action très honnête. Mais ce n’est pas tout encore.
M. Barthélemy Saint-Hilaire a la mémoire aussi courte que les chiffres faciles; quand il déclare qu’il n’avait pas autorisé ces dépenses, — qu’il réduit d’un coup déplumé deprès dutiers — de 38,700 fr. à 15,000, — il oublie, aussi comme nous l’avons fait remarquer que le 10 mai, il écrivait à l’infortuné Veysset : « Terminez à tout prix et coûte que coûte avec Dombrowski1 . »
Au premier abord nous avions trouvé la conduite de M. Barthélemy Saint-Hilaire bien imprudente; mais nous avons compris depuis pourquoi il oubliait si facilement ce qu’il avait écrit. La raison en est pourtant bien simple, c’est que M. Ad. Guttin a eu l’imprudence de lui renvoyer par la poste sa lettre contenant sa recommandation de traiter à tout prix avec Dombrowski, « coûte que coûte » et comme il l’avait ensuite détruite, il ne redoutait pas qu’on la lui présentât. Il pouvait dire « rien d’écrit, rien de dit, rien de fait. »
Eh bien, c’est ce qu’ont dit MM. Barthélemy Saint- Hilaire et Thiers, aussi férocement avares et aussi dépourvus de moralité l’un que l’autre.
Mais à côté de la parcimonie et de la ladrerie bien connues de ces deux personnages officiels, il y avait une autre raison toute d’ordre politique qui les inspirait. Ces deux hommes d’Etats et M. Thiers surtout, tout en faisant négocier l’achat des portes et en offrant des millions pour leur livraison, tenaient beaucoup à cacher la
1 Cette lettre de M. Barthélemy Saint-Hilaire suffit a elle seule pour prouver la trahison de Dombrowski, surtout quand on sait que M. le chef du cabinet de M. Thiers a fait rembourser, par son patron, une partie des avances faites par Veysset pour acheter Dombrowski.
trahison à l’aide de laquelle ils avaient réussi à entrer dans Paris, et ils voulaient persuader à tout le monde que c’était grâce au courage et à l’intrépidité « de la plus belle armée que la France ait jamais eue » qu’ils avaient réussi à s’emparer de la Capitale.
M. Thiers voulait faire croire à Mac-Mahon, lui-même, à Cissey, à Ladmirault, à Dubaraille, à Vinoy et à tous les généraux qui s’étaient mis à ses ordres, qu’ils étaient des héros, que c’étaient eux leurs glorieuses épées, leur brave armée impériale, de Sedan et de Metz, etc..., qui avaient reconquis Paris.
Voilà pourquoi il s’était fait adresser un rapport astucieux et monsonger par son compère Saint-Hilaire, dans lequel celui-ci dissimulait adroitement sous des phrases entortillées la mission véritable de Veysset, en ayant le soin de ne pas avouer que ce dernier était chargé de négocier « à tout prix, coûte que coûte » l’achat des portes d’Auteuil, de Saint-Cloud, de Passy, etc., et surtout en se gardant bien d’ajouter qu’il avait réussi dans son entreprise en promettant de payer 1 million et demi pour le prix de cette dernière; mais M. Thiers n’avait pas tenu sa promesse et une fois maître de Paris, il avait poussé la malhonnêteté et l’avarice, jusqu’à refuser de rembourser quelques misérables milliers de francs, avancés par son principal agent de trahison, qui lui avait reconquis Paris, en payant son succès de sa vie.
Il espérait ainsi donner le change à l'opinion publique et faire croire au monde entier que c’était son génie et la bravoure de son armée qui avaient reconquis Paris, et ce nain tenace a persisté ainsi jusqu’au bout, comme nous allons bientôt le voir, dans son mensonge et sa parcimonie. Il a refusé de payer 23,700 fr. que Mme veuve Veysset et les frères Guttin lui réclamaient pour le solde de leurs déboursés.
Mais ces derniers malgré cela ne se tinrent pas pour battus, ils persistèrent dans leurs réclamations, et dès le 17 juin, M. Ad. Guttin se rendit à Versailles avec Mme Veysset, pour présenter leurs réclamations à M. Barthélemy Saint-Hilaire au sujet des « débours » que l’indemnité de 15,000 fr. accordée par M. Thiers, sur le rapport de son chef de cabinet, laissait en souffrance.
« Il fit part de cette démarche à M. Bocher, député dans la lettre suivante, datée du 25 juin :
« Dimanche 25 juin 1871, 5, rue Letellier.
« Monsieur Charles Bocher, 17, rue Florentin, à Paris.
« Vendredi dernier, je suis allé à Versailles, avec Mme Veys- « set. La réception de M. Barthélemy Saint-Hilaire a été très « gracieuse, mais il n’y a encore rien déterminé pour les débours « excédant 15,000 francs encaissés le 19, débours s’élevant à « 36,000 francs environ, d’après l’état que je vous ai remis « et auquel il y a lieu d’ajouter 3,000 francs remis au fameux « Cournet et dont j’avais oublié de faire mention1. L’amiral « Saisset a eu connaissance de ce paiement ; c’est donc en tout « 39,000 francs de déboursés dans lesquels il serait de la plus « grande urgence que nous puissions rentrer.
« Si par une de ces bonnes paroles dont vous avez le secret, « vous pouviez hâter la solution, vous nous rendriez un véri- « table service.
« En attendant que je puisse vous voir et vous remercier, je « vous prie, monsieur, de vouloir bien agréer l’assurance de mon « entier dévouement.
« Ad. Guttin. »
« Ge fut quelques jours après, dit ensuite la brochure que nous citons que MM. Guttin frères et Mme Forsans-
1 Ces 3,000 francs avaient été payés par ordre de M™0 Veysset à Cournet pour le corrompre.
La commune
Veysset purent apprécier combien est grande la justice distributive des choses de ce monde.
« Dans le décret accordant pour services rendus au gouvernement pendant la Commune des récompenses honorifiques; nomination dans l'ordre de la légion d’honneur et décoration de la médaille militaire, le 8e bataillon, le seul bataillon de l’ordre pendant ces terribles journées, fut à peu près oublié L Il eut pour sa part une médaillle militaire accordée à un caporal que personne ne connaissait.
« Le 6 judlet, Ducatel était décoré pour avoir facilité l’entrée des troupes au Point-du-Jour, sans qu’elles aient eu à faire brèche et à donner l’assaut de ce côté des fortifications. De ceux qui avaient énervé la défense dans la zone placée sous le commandement de Dombrowski, qui avaient travaillé en exposant leur vie à la libération de Paris, de ceux-là, vivants ou morts, il ne fut jamais parlé; et on leur refusait même le remboursement de leurs avances. C’est ce qui ressort de la lettre suivante de M. BarLhélemy Saint-Hilaire, à M. l’amiral Saisset du 10 juillet 1871.
« RÉPUBLIQUE FRANÇAISE « Pouvoir exécutif, Présidence du Conseil des ministres.
« Mon cher collègue,
« J’ai communiqué à M. le président du conseil votre lettre « d'avant-hier, avec les pièces qui l’accompagnaient. Il ne croit « pas devoir aller plus loin qu’il est allé, et vous vous souve- « nez que pour ma part personnelle, j’ai toujours désapprouvé « les paiements qui ont été faits par le malheureux Veysset et « par ces messieurs1 2. J’ai fait ce que j’ai pu pour les empêcher « d’entrer dans cette voie et je ne crois pas que l’État puisse
1 Dont M. Cadart était le chef.
2 « Et la lettre du 10 mai? »
« être responsable quand ses organes ont formellement refusé « de s’associer à ces procédés 1 .
« Mais je profite de l’occasion pour parler de nouveau à « M. Thiers de la position cruelle de Veysset et j’espère « qu’elle pourra être comprise dans une mesure générale, qu'il « faudra prendre pour un certain nombre d’infortunés qui se « trouvent dans la même situation.
« Agréez, etc.
« Signé: B. Saint-Hilaire. »
« Cette lettre dut éprouver quelque retard dans son envoi, car l’amiral Saisset écrivit le lendemain à M. Gutlin :
« A M. Ad. Guttin, 41, rue Boursault, à Paris.
« Monsieur, je me suis empressé de transmettre vos pièces à « M. le Chef du pouvoir exécutif et cela par l’intermédiaire de « M. le comte Daru, président de la commission du 18 mars, « avec une lettre très pressante sollicitant le remboursement « intégral des débours faits pour la cause de l’ordre par M.Veys- « set.
« Vice-amiral Saisset, membre de l’assemblée nationale. »
« Mais le 15 juillet, il transmettait la réponse de M. Barthélemy Saint-Hilaire à M. Al. Guttin en l’accompagnant de quelques mots de sympathie.