‹ Comment a péri la CommuneChapitre 14 sur 29 · ASSEMBLÉE NATIONALE · texte numérisé non relu

ASSEMBLÉE NATIONALE

« Le 15 juillet 1871.

« Monsieur,

« Je m’empresse de vous transmettre la réponse de M. Bar- « thélemy Saint-Hilaire, je regrette de ne pouvoir mieux.

1 « Décidément, en écrivant cette lettre, M. Barthélemy Saint - Hilaire oubliait sa missive du 10 mai, faute d’une presse à copier, qu’il n’avait pas achetée pour épargner les finances épuisées de la France

« Veuillez dire à Mme veuve Veysset toutes mes sympathies « et mon ardent désir de la voir l’objet d’une récompense natio- « nale.

« Bien à vous.

« Vice-amiral Saisset, membre de l'assemblée nationale. »

« M. Adrien Guttin informa M. Charles Bocher de cet échec en lui écrivant la lettre suivante :

a 21 juillet 1871.

« M. Ch. Bocher, 7 rue Saint-Florentin, à Paris.

« Monsieur,

« J’ai le regret de vous informer que par lettre de M. Barthé- « lemy Saint-Hilaire à M. le vice-amiral Saisset, nous ne devons « pas espérer le remboursement de 24,000 et quelques cents « francs nous restant dus sur nos avances pour la cause de « l’ordre.

« J’étais sorti pour aller vous voir aujourd’hui, mais il était « trop tard et demain je ne puis m’absenter.

« Ne serait-ce pas trop abuser de votre obligeance que de vous « prier de vouloir bien me faire savoir par un mot demain, si « vous pouvez voir M. le Chef du pouvoir exécutif, pour appuyer « ma demande.

« On m’objecte que Veysset n’était pas autorisé à faire des « débours. Je prouverai que Veysset n’était pas tout à fait un « étranger pour le gouvernement ; la preuve c’est qu’on a déjà « remboursé 15,000 francs sur 39,000.

« Je ne réclame ni bénéfice, ni récompense, que je refuserais « du reste maintenant ; mais je ne veux pas être ruiné par le « gouvernement et au besoin je réclamerai à la chambre par voie « de pétition.

« Avant de prendre un tel parti, j’ai besoin de savoir si, me « continuant votre bienveillance, vous pouvez voir M. Thiers « d’ici mardi par exemple et obtenir de lui le remboursement « intégral de mes débours pour la cause de l’ordre.

« Veuillez bien agréer, etc.

« Ad. Guttin, »

Le même jour il écrivait également à M. Planat :

« M. Planat, 99, rue Neuve-des-Mathurins, à Paris.

« Monsieur,

« 21 juillet 1871.

« J’aurai besoin de votre attestation pour réclamer utilement « à l’autorité compétente le remboursement de 20,000 francs « dont Veysset était porteur lorsqu’il s’est rendu avec vous, aux « avant-postes de Saint-Ouen, où il s’est fait arrêter si malheu- « reusement. Voudriez-vous avoir l’obligeance de m’envoyer « demain si c’est possible, votre attestation du vu de cette « somme aux mains de Veysset, quelques minutes avant son « arrestation par les gens de la Commune. Vous me rendrez « service et je vous en offre à l’avance mes remercîments.

« Veuillez agréer, etc.

« Ad. Guttin. »

« Son frère de son côté, répondait à M. l’amiral Saisset, par la lettre suivante :

« A M. l’amiral Saisset, membre de l'Assemblée nationale, « a Paris.

« Monsieur l’Amiral,

« J’ai l’honneur de vous accuser réception de votre lettre du «15 courant.

« Mon frère aîné avait également bien reçu celle que vous « avez pris la peine de lui adresser le 11.

« Nous n’avons pu lire la lettre de M. Barthélemy Saint- « Hilaire, sans éprouver un amer découragement ; mais les pé- « nibles nouvelles que vous nous avez transmises, monsieur « l’Amiral, n’ont pas altéré nos sentiments de reconnaissance « envers vous. Nous savons bien qu’il n’a pas dépendu de vous « que le résultat fut meilleur et nous ne pouvons que vous « adresser de nouveau nos sincères remerciements.

« Nous aurions une dernière communication à vous faire et

« nous vous demandons de prendre encore une fois la peine de « nous entendre.

« Pourrions-nous sans vous déranger, nous présenter chez « vous à Paris, lundi ou mardi matin.

« Préférez-vous que nous nous rendions l’après-midi à Ver- « sailles.

« Je vous le répète, monsieur l’Amiral, c’est une dernière « audience que nous vous demandons, soyez assez bon pour « nous l’accorder.

« Veuillez agréer, etc.

« Al. Guttin, 41, rue Boursault. »

Les réponses ne se firent pas attendre longtemps. Celle de M. Planat est datée du 22 juillet, la voici :

« Sur votre demande, j’atteste qu’au moment où l’infortuné « Veysset s’est séparé de moi pour aller aux avant-postes de « Saint-Ouen, où il a été arrêté par les agents de la Commune , « il était porteur d’une somme de 20,000 francs en billets de « banque, placés dans la poche gauche de son vêtement. Cette « somme est nécessairement tombée dans les mains de ceux qui « l’ont fait prisonnier et qui l’ont plus tard fusillé.

« Agréez, etc.

« A. Planat, boulevard des Italiens. »

M. l’amiral Saisset répondit de son côté :

« Paris, le 24 juillet 1871.

« Monsieur,

« J'ai l’honneur de vous accuser réception de votre lettre en date du 21 de ce mois.

« Je regrette de ne pouvoir faire plus que je n’ai pu faire pour « ce que vous désirez.

« Obligé d’aller tous les matins à Versailles pour les besoins < de la Commission de la réorganisation de l’armée et très oc- « cupé à suivre les discussions de la Chambre, je n’ai pas un

« moment à moi. Ayez donc la bonté de m’écrire la communica- «c tion que vous désirez me faire, ce sera plus simple et plus « prompt.

« Veuillez agréer monsieur, la nouvelle assurance de, etc.

« V. A. Saisset. »

M. Al. Guttin, exposa le ,27 juillet, la résolution qu’il avait prise de concert avec son frère, de la manière suivante :

« Paris, 27 juillet 1871.

< A M. l’amiral Saisset, membre de l’Assemblée Nationale.

« Monsieur l’Amiral,

« J’ai l’honneur de vous accuser réception de votre lettre du « 24 juillet courant, et selon votre désir je viens vous faire part « du motif qui m’avait engagé à vous demander audience.

« Après réception de la lettre de l’honorable M. Barthélemy « Saint-Hilaire, en date du 10 de ce mois, que vous nous avez « communiquée, nous nous sommes demandés si nous devions « rester sous le coup du refus qui nous était si injustement in- « fligé.

< Ce n’était cependant pas une indemnité que nous avions « demandée, après avoir employé tous nos efforts à servir notre « pays, nous ne désirions pas d'autre récompense que le témoi- « gnage de notre conscience. Ce que nous réclamions, vous le « savez, M. l’Amiral, c’était le remboursement des paiements « que nous avions faits pour la cause de l’ordre et de l’argent « saisi par la Commune sur M. Veysset, argent dont nous avions « fait l’avance.

« Les paiements faits à des agents de la Commune , ont puis- « samment contribué au résultat oblenupar l’armée. Quant à « la somme saisie sur M. Veysset, l’État était vingt fois à même « de la rembourser, sur les fonds saisis aux mains des insurgés.

« Aussi, après avoir mûrement réfléchi à la douloureuse situa- « tion qui nous est faite, sommes-nous fermement résolus à en « appeler à la justice de l’Assemblée nationale.

« Un avocat, compatriote et ami de M. Veysset, a été saisi de « l’affaire qui sera très prochainement portée devant la Chambre « par voie de pétition. Notre cause est trop juste, les intérêts « que nous défendons sont trop légitimes pour que nous les « abandonnions avant d’avoir en dernier ressort fait appel à cette « suprême juridiction.

< Ma déférence envers vous, monsieur l’Amiral, me faisait un « devoir de vous en prévenir, car il est impossible que dans un « pareil débat votre nom ne soit pas prononcé ? Pourquoi faut-il « que ce débat public soit devenu nécessaire ? Nous déplorons « profondément qu’il ne soit plus possible de l’éviter.

« Nous mettons le temps à profit, et chaque jour de nou- « veaux documents viennent s’ajouter à ceux que nous avons < déjà produits. Ainsi nous avons reçu de M. Planat, ancien dé- « puté de la Charente, une déclaration ainsi conçue :

« Suit la déclaration de M. Planat, déjà ci-dessus reproduite , « et constatant que ce Monsieur a vu Veysset en possession de « 20,000 francs, saisis sur lui lors de son arrestation par les « agents de la Commune.

« Vous comprenez, M. l’Amiral, ajoute ensuite M. Guttin, « combien cette déclaration est précieuse, émanant d’un homme « tel que M. Planat, dont le témoignage ne peut être mis en « doute. Nous regrettons de ne pas l’avoir reçue assez à temps « pour la mettre sous les yeux de M. Barthélemy Saint— Hilaire, « qui, mieux renseigné, eut peut-être été plus favorable à notre « demande. Mais il est trop tard maintenant; il ne nous reste « plus qu’un parti à prendre ; celui que je viens d'avoir l’hon- « neur de vous expliquer.

« Veuillez agréer, etc.

« Al. Guttin, 41, rue Boursault. >

« Si MM. Guttin frères, n’ont pas donné suite à cette résolution, c’est qu’examen fait des pièces du procès ils ont reconnu que leurs révélations pouvaient compromettre des personnes auxquelles ils regretteraient toujours d’avoir ■fait tort, un sentiment de délicatesse les a retenus dans

COMMENT A PEKI

l’accomplissement de leur projet, mais ils n’ont pas abandonné tout espoir de voir se lever le jour de la justice.

« Hutzinger qui s’était volontairement livré, avait réclamé auprès du général Borel, le sauf-conduit qui lui avait été formellement promis. Mais celui-ci, nous l’avons dit, ne le connaissait pas. Hutzinger fut écroué comme tous les autres insurgés, son procès s’instruisit lentement, il subit une détention préventive de quatorze mois et fut ensuite relâché par une ordonnance de non-lieu, après un interrogatoire de M. Adrien Guttin et de madame Forsans-Veysset ».

A l’occasion de l’instruction de son procès, M.' Ed. Roux, avocat, compatriote et ami de Veysset, dontM. Alphonse Guttin fait mention dans sa dernière lettre à l’amiral Saisset, écrivit a M. le Directeur en chef du Paris- Journal, la lettre suivante :

« Monsieur,

« Je lis, dans votre numéro du 23 juin, un entrefilet relatif à « l’instruction dirigée contre un des aides-de-camp du général <l Dombrowski.

« Vous dites, soulevant un coin du voile, qu’une des clauses « essentielles de la convention intervenue entre le gouvernement « de Versailles ou son mandataire et cet illustre général, était « le versement préalable d’une somme de 20,000 francs entre « les mains de l’aide-de-camp, aujourd’hui sous la main de la « justice.

« Cela est vrai, Monsieur, mais ce que vous ne dites pas, « c’est que la somme de 20,000 francs empruntée par le manda- « taire du gouvernement, n’a pas été restituée à ceux qui « l’avaient prêtée.

« C’était pourtant la dernière ressource de ces gens dévoués, « qui jouaient, tout à la fois, leur fortune et leur vie dans cette « entreprise.

« A tous les points de vue, Monsieur, le procès auquel vous

« faites allusion sera très instructif et plein d’enseignements. « Toute la vérité sera dite et mieux encore elle sera prouvée. « Recevez, etc.

« Édouard Roux, avocat.

« 58, rue de Provence. »

« Le procès de Hutzinger n’ayant pas eu lieu, « Toute la vérité n'a pu être dite ni prouvée , » en ce temps-là, aujourd’hui, nous l’avons dite et prouvée.

« La résolution de MM. Gultin frères, peut paraître désespérée, mais aussi leur patience était à bout. Tandis qu’on leur refusait à Versailles, le remboursementde leurs avances, M. Guttin aîné rencontrait la femme Muller contre laquelle il avait déposé une plainte que nous transcrivons ici :

« Nous demandons l’arrestation et la mise en jugement de la « femme Muller, concierge, demeurant rue Pigale, n° 28, qui « s’est rendue coupable de délation dans les circonstances que « voici :

« Cette femme était employée par un de mes amis, M. Veysset, « agent du gouvernement, chargé par M. Barthélemy Saint- « Hilaire d’une mission spéciale.

« Elle le dénonça à la Commune et le fit arrêter dimanche « dernier, 21 courant, aux avant-postes de Saint-Ouen.

« Notre malheureux ami, accablé par les témoignages de cette « misérable créature, fut condamné à mort.

« Extrait mardi dernier du dépôt de la Préfecture de Police, « où on l’avait incarcéré, il a été fusillé sur le quai de l’Horloge, « et jeté ensuite dans la Seine.

« La conduite indigne de la femme Muller mérite un châti- « ment, sa culpabilité est établie par le témoignage de tous les « gardiens du dépôt de la Préfecture, notamment par celui du « sous-brigadier Bacon et plus encore par les affirmations de « Mme Autonier, géôlière, demeurant rue de Savoie, 9.

« Nous soupçonnons le mari, M. Muller *, d’avoir été complice

' Voici une lettre assez peu claire dudit Muller, adressée à

« du guet-apens ; toutefois, nous n’avons pas de certitude à cet « égard.

« Nous ne connaissons pas les époux Muller et en les signalant « à la justice nous sommes mus par le désir de venger notre « malheureux ami.

« Ad. Guttin, 5, rue Letellier (Grenelle),

« Et Al. Guttin, 41, rue de Boursault, aux Ba- « tignolles. »

« Cette plainte resta sans effet, et la femme Muller se vanta « auprès de M. Adrien Guttin, qu’un locataire de sa maison, « M. Coulon, avocat, ancien secrétaire de M. Jules Favre, lui « avait fait donner un secours de 300 francs, et que si lui, « M. Guttin, voulait voir M. Coulon, celui-ci lui ferait rendre « justice. Inutile de dire que ces ouvertures furent reçues comme « elles le méritaient 1 . »

M. Adrien Guttin, rue Boursault, 41, en son absence à M. Alphonse Guttin, aux Batignolles :

« Bien cher Monsieur,

« Echappé, comme par miracle, à toutes les fusillades, je suis a rentré chez moi hier, trouvant ma femme bien malade... Je n’ai « plus aucun papier qui puisse constater mon identité, et je n’ose « pas sortir ; j’aurais un pressant besoin de vous parler, si vous « aviez un petit instant à me donner, vous ou monsieur votre frère, « vous me feriez le plus grand plaisir ; trois ofiiciers fédérés sont « venus à la Préfecture, lorsque, le mercredi 24 mai, j’étais déjà « sorti. Ils me cherchèrent dans tous les couloirs, le chassepot à « la main pour me fusiller. Les gardiens leur ont dit que je devais « être sorti, puisque ma cellule était vide.

« — Ah ! quïls ont dit, il nous le faut ; » mais grâce à Dieu j’étais « échappé.

« En attendant le plaisir de vous voir, je suis, etc.

« Signé: Muller.

« Paris, le lundi 22 mai 1871. »

1 « Nous avons appris depuis que la famille Muller avait reçu 10,000 francs. — Ce fait, quoique invraisemblable, nous a été affirmé par une personne digne de foi, — etmalgré nous nos doutes sont ébranlés en songeant aux 300 francs accordés officiellement et à la promesse formelle de 10,000 francs faite par Veysset-

LA COMMUNË

La plainte déposée par les frères Guttin contre la femme Muller, les accusations qu’ils ont fait peser sur elle, les sommes importantes qu’ils assurent qu’elle a reçues du gouvernement de Versailles et qu’ils qualifient de «denier de Judas», font supposer que cette femme était un espion à la solde de ce gouvernement et que c’est sur l’ordre de ce dernier, qu’elle a fait donner rendez-vous à Veysset et à Hutzinger sur le territoire neutralisé, entre Paris et Saint-Ouen ; après avoir dénoncés ces derniers commeélantdes agents du gouvernement de Versailles, aux Comités de salut public et de sûreté générale, afin de les faire arrêter, et qu’elle a servi de témoins à charge contre Veysset, enfermé à la Préfecture de police, afin de l’accuser de trahison envers la Commune , de l’accabler sous ses dénonciations et ses preuves, et de le faire condamner à mort et exécuter.

On se demande quelles peuvent avoir été les raisons qui ont engagé M. Thiers et son gouvernement à se conduire d’une manière aussi odieuse envers un homme comme Veysset, qui leur avait été si dévoué et qui leur avait rendu un si grand service, puisque c’était lui qui avait décidé Domhrowski à trahir la Commune, à leur livrer plusieurs portes et à leur permettre de faire entrer leur armée dans Paris, sans rencontrer de résistance? La conduite du gouvernement de Versailles et de son chef paraît d’autant plus abominable que l’infortuné Veysset a fait preuve envers eux d’un zèle ardent et du plus grand désintéressement en avançant de fortes sommes pour cette dangereuse entreprise et en sacrifiant sa vie.

M. Thiers et son gouvernement en se conduisant comme ils l’ont fait envers le trop confiant Veysset voulaient certainement se débarrasser de lui dès qu’ils auraient recueilli les bénéfices de son complot, afin de ne pas être obligés de lui payer le prix qu’ils lui avaient promis, et

surtout ils désiraient ensevelir dans sa tombe et dans celles de ses complices le secret de la trahison de Dombrowski, car il leur aurait été fort désagréable que cette dernière fut prouvée et publiée, comme nous l’avons déjà dit, et ils avaient pensé que le meilleur moyen de ne plus jamais en entendre parler, c’était de faire disparaître les principaux auteurs de cette criminelle conjuration.

Ce sont les frères Guttin et Mme Veysset elle-même, les complices et les agents du gouvernement de Versailles, qui ont accusé M. Thiers de cette infamie. Ils devaient bien le connaître, et savoir de quoi il était capable, et leurs accusations sont formulées avec tant de précision, d’une façon si nette, les détails qu’ils en donnent sont tellement vraisemblables qu’il est bien difficile d’en douter.

« C’est, assurent-ils, la femme Muller elle-même qui leur avait déclaré qu’elle avait reçu 300 francs de M. Coulon, avocat, ancien secrétaire de M. Jules Favre», membre du gouvernement de M. Thiers. D’un autre côté, MM. Guttin ont, disent-ils, «appris ensuite que la famille Muller avait reçu 10,000 francs du gouvernement», et que ce fait leur a été tellement bien affirmé par une personne digne de foi que, malgré eux « ils ne peuvent en douter. » Puis, ils ajoutent encore : « Cet argent aurait alors été le denier de Judas », c’est-à-dire qu’il aurait été le prix du sang de Veysset, la récompense payée par le gouvernement de Versailles à la femme Muller, qui avait livré et fait fusiller l’infortuné Veysset.

Si tout cela est vrai, le plus sinistre coquin de notre époque était bien certainement le nain féroce qui avait tissé jusqu’au bout cette horrible trame, qui a fait exécuter dans son entier l’épouvantable double conjuration qui avait pour but de faire trahir la Commune par Dombrowski,

La commune

el Veysset par la femme Muller; de faire fu-iller le dernier par la Commune , et le premier par ses complices, comme l’a dit l’amiral Saisset, et du même coup de trahir lui-même tout le monde et de se dispenser ainsi de payer les millions qu’il avait fait promettre à l’une de ses victimes et qu’il avait promis à l’autre si Paris lui était livré. En présence d’un pareil résultat, on peut admirer, avec effroi, le terrible génie de ce petit Machiavel.

Acheter Paris pour 15,000 francs, payés aux frères Guttin, et 10,000 francs à la femme Muller : 25,000 francs en tout. Economiser du même coup un million et demi qu’il avait fait promettre à Dombrowski, et pareille somme qu’il aurait dû payer à Veysset, en faisant fusiller ces deux traîtres, c’était réellement un chef-d'œuvre d’infamie dont eussent été jaloux Catherine de Médicis, Philippe II et les Borgia.

« Ce n’est pas à nous de conclure, dit Mme Veysset en terminant sa brochure, le public a en mains les pièces du procès : c’est à lui à se prononcer. »

La conclusion est facile. Les traîtres de la Commune et les assassins de Versailles se valent. Si les premiers ont vendu et livré 40,000 victimes pour 20,000 francs (2 pour un franc) aux seconds, ceux-ci les ont assassinés sans broncher.

Mais, leur maître à tous, celui qui n’a jamais été égalé dans le crime et la trahison, c’est le féroce pygmée, auteur de la Semaine Sanglante qui, accroupi sur les innombrables cadavres de ses charniers humains, a regardé couler pendant huit jours le sang de ses victimes, sans sourciller, sans faire cesser le massacre, et a continué encore pendant de longs mois ses tueries et ses exécutions clandestines, et pendant des années ses

condamnations, ses déportations et ses exécutions officielles.

Au milieu de toutes ces horreurs, Mmc Veysset regrettait surtout l’avare parcimonie de M. Thiers qui n’avait voulu lui rembourser que 15,000 francs sur environ 39,000 que son mari avait avancés pour sa conjuration, et c’est à la sordide avarice du chef du gouvernement que nous devons les précieuees révélations de cette dame. Si M. Thiers eut été un peu plus généreux envers elle, elle n’eut jamais publié sa brochure, et elle eut laissé tranquillement dormir sous les flots de la Seine et dans l’oubli son cher époux, il a fallu le souvenir de l’argent qu’elle a perdu pou)1 raviver sa douleur, augmenter ses regrets et lui faire faire sa publication.

Aussi, elle s’écrie dans sa brochure:

« Cependant, qu’il nous soit permis en terminant de regretter l’oubli dans lequel est tombé le nom de celui qui a le plus contribué à la chute de la Commune et qui a rendu Paris à la France.

« Oui, qu’il nous soit permis de regretter que des sociétés philantropiques comme la Société nationale d' Encouragement au Bien , semblent ignorer jusqu’au nom de ce martyr de l’ordre, et jusqu’à celui de ses associés; que l’Assemblée nationale, enfin, ep décrétant la pierre commémorative érigée dans l’église Notre-Dame, n’ait pas ajouté le nom de Veysset à celui des otages ! »

Nous avions ignoré, jusqu’au jour où nous avons lu la fin de la brochure de Mme veuve Veysset, que fomenter, subventionner et faire exécuter la trahison, fut une œuvre méritoire, digne d’être récompensée par une Société d’ Encouragement au Bien, et que le nom d’un espion, d’un agent provocateur de trahison, méritât d’être inscrit sur des pierres commémoratives, afin d’être transmis à l’admiration de la postérité?

la commxjnë

Nous avons toujours cru que la trahison était une lâcheté et un crime. Mme veuve Veysset, qui voudrait la faire encourager et glorifier dans la personne de son mari, devrait s’estimer heureuse, si le crime et le nom de son époux pouvaient à jamais être effacés des annales de l’histoire et oubliés de ses contemporains et de la postérité.

Mais, elle ne peut espérer cette faveur; le nom de Veysset et sa mémoire seront méprisés et maudits dans le présent comme dans l’avenir avec ceux de Dombrovvski, de Hutzinger et de tous leurs complices.

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