‹ Comment a péri la CommuneChapitre 3 sur 29 · TRAHISONS DE M. JOURDE · texte numérisé non relu

TRAHISONS DE M. JOURDE

le grand Financier

ET DE M. BESLAY

doyen de la Commune.

Malgré la trahison de M. Lullier, que nous avons racontée et le refus de M. Eudes d’aller occuper le Mont- Valérien, dans la nuit du 19 au 20 mars 1871, il reslait encore au Comité central un moyen bien simple et infaillible de vaincre le gouvernement sans combat; c’était de le prendre par la famine, car dans la précipitation qu’il avait mise à abandonner la capitale, le 18 mars 1871, il avait même négligé d’emporter l’argent des caisses publiques et des ministères; et il avait laissé à la discrétion de la révolution victorieuse, toutes les ressources financières de la capitale, dont les milliards enfermés dans les caves delà Banque de France étaient une des principales, et si une nouvelle trahison ne lui eut pas permis de réparer la faute qu’il avait commise, le gouvernement dont M. Thiers était le chef était perdu.

Mais il s’est malheureusement trouvé parmi les membres du Comité central et de la Commune des hommes qui ont trahi la Cause qu’ils étaient chargés de défendre,

en permettantà la Banque de Francede fournir à M. Thiers et à son gouvernement les centaines de millions dont ils avaient besoin pour recruter et organiser une nouvelle armée, avec laquelle ils ont pu reprendre Paris et écraser

la Commune.

Dans son empressement à évacuer la capitale, le gouvernement avait en effet laissé 4,638,1 12 francs au ministère des finances; 1,700,000 francs dans la caisse de l’Hôtel de Ville, plusieurs centaines de mille francs à l’Assistance publique, à la Caisse des dépôts et consignations, etc..., ainsi que le prouvent les procès-verbaux constatant l’ouverture de ces caisses, qui ont été dressés le 21 mars 1871, et signés par les citoyens Jourde, Varlin et plusieurs témoins.

Tous les capitaux entassés dans les caisses des Crédits Foncier, Mobilier, Immobilier, Lyonnais, dans les Caisses d’épargne, dans celles des Chemins de fer, des Compagnies d’assurances, des Omnibus, du Gaz, des Pompes funèbres, des Eaux, des Douanes, des Octrois, des Banquiers, des [Rothschild, des Fould, des Péreire, des Baring, etc..., étaientaussi restés dans Paris, sans compter ceux de la Banque de France lesquels à eux seuls s’élevaient à plus de trois milliards, comme nous l’avons dit.

Ainsi c’était à Paris qu’étaient concentrés tous les trésors de l’État, des administrations, des grandes compagnies, de la haute finance, des banques, etc..., en un mot la plus grande partie delà fortune mobilière de la France, et comme cette grande ville était tombée entre les mains du Comité central de la garde nationale, le 18 mars; ce dernier était le maître absolu de tous ces immenses et incalculables trésors, qu’il pouvait s’il l’eut voulu ou s’il l’eut su mettre au service de la Révolution et les employer à son triomphe.

GOMMENT A PÉRI

Quant à la province, elle était complètement épuisée et drainée de ses capitaux monnayés depuis la guerre avec l’Allemagne. Les départements occupés par l’étranger avaient été dépouillés, ravagés et ruinés par ce dernier, et ceux qui n’avaient pas été envahis par les armées allemandes, avaient lourdement été imposés, par le gouvernement de la Défense nationale de Tours et de Bordeaux, à la tête duquel était le dictateur Gambetta. Partout en province les Caisses publiques étaient vides, ainsi que celles des succursales de la Banque de France, dont les fonds avaient été envoyés à Paris, lors de nos premiers revers, afin de les soustraire à nos ennemis.

Le gouvernement de Versailles ne pouvait donc alors se procurer en province aucune ressource sérieuse; il était dans le plus grand embarras, sans ressources aucunes, « plus pauvre qu’un rat d'église, » pour nous servir des propres expressions de M. Thiers.

Voici les révélations faites à ce sujet, par M. Maxime Ducamp, l’académicien historiographe semi-officiel du gouvernement de Versailles, l’un des écrivains qui ont le plus insulté et calomnié la Commune , à laquelle il a consacré quatre gros volumes remplis d’odieux outrages, au milieu desquels on trouve cependant quelques renseignements curieux et sérieux sur le gouvernement de Versailles, qui lui a fourni tous les matériaux et toutes les pièces officielles nécessaires pour écrire son épais pamphlet.

«Le lundi, 20 mars 1871, dans la matinée, dit M. Maxime Du Camp, M. Rouland, gouverneur de laBanquede France, reçut une dépêche de M. Thiers, qui le mandait à Versailles, pour affaire urgente, M. Rouland se dil que l’affaire la plus urgente était d’attendre et de rester à Paris, afin de voir ce que l’insurrection allait devenir. Malgré l’insistance de M. delà Roserie, conseiller à la Cour des Comptes, qui fut jadis attaché au cabinet de

M. Rouland lorsqu’il était ministre de l’instruction publique, et qui lui est resté profondément dévoué, M. Rouland se décida à ne point répondre à l’appel que M. Thiers lui adressait...

«Dès les premières heures du mardi, 23 mars, M. Rouland avait reçu une nouvelle dépêche de M. Thiers, impérative cette fois, ce n'était pas une invitation, mais un ordre. Le gouverneur se décida à se rendre à Versailles, il quitta la Banque; il ne devait y rentrer que le 25 mai, à la suite de l’armée française, après avoir traversé Paris écroulé, dans les flammes.

« Accompagné de M. Tachereau, administrateur de la Bibliothèque nationale, précédé de M. de la Rozerie, que l’on avait bourré de billets de banque, re'clamés par le gouvernement régulier >, il gagna le chemin de fer de l’Est et sans encombre, il parvint à son but. Il croyait bien pouvoir rentrer le soir à Paris, mais il avait compté sans les insistances qui l’accueillirent. M. Thiers fut très absolu.

— « Je vous tiens, je vousgarde, lui dit-il, parce que j’ai besoin de vous, parce que j’ai besoin d’argent. « Nous sommes gueux comme des rats d’église. »Nous avons fouillé dans toutes les poches et nous n’avonspu réunirque 10millions;orau bas motil m’en faut 200; installez-vous ici... arrangez-vous comme vous voudrez; mais donnez-moide l’argent et encore de l'argent , sans cela tout est perdu. »

« M. Rouland voulut résister, mais quoi qu’il eut étéProcureur général, il avait affaire à un avocat dont la voix fit taire la sienne.

— « Que ferez-vous à Paris, reprit M. Thiers: qu’y pouvez-vous faire? Rien, sinon nous créer des embarras. Vous serez arrêté, et en votre lieu et place les gens de l’insurrection qui sont mieux armés que moi, nommeront un gouverneur de la Banque de France. Nous aurons beau ne pas le reconnaître, il sera le maître, le maître de la Caisse, des dépôts, des comptes courants, et fera la ruine générale. Ne retournez pas à Paris, je vous le demande, au besoin je l’exige, et vous nous aurez aidé à débrouiller une situation qui fait perdre la tète à tout le monde. »

1 C’était le premier envoi de fonds que la banque de France faisait au gouvernement de Versailles.

« M. Thiers avait raison, M. Rouland le comprit et il resta. Il nstalla vaille que vaille, ses services à Versailles, réunissant autour de lui, M. Mallet, M. de Rothschild et quelques autres régents, leur demandant conseil, s’associant aux efforts du gouvernement et mettant la France en situation de reconquérir sa capitale...

« Il travailla sans repos à faciliter la tâche entreprise.

« Il fallait repatrier nos soldats prisonniers en Allemagne, les armer, les habiller, les nourrir; il fallait aller chercher dans nos ports militaires de l’artillerie de gros calibre qui devait battre les murailles de l’insurrection; il fallait, etc...

« Pour mener à bonne fin toutes ces opérations, qui convergeaientau même but, l’argentétait nécessaire, et le gouvernement ruiné par la guerre, rejeté hors de Paris, où il avait oublié sa bourse, n’en avait pas.

« A qui en demander ?

« A la Banque de France , à l’inépuisable’Banque, dont fort heureusement on avait le gouverneur sous la main. M. Rouland ne s’épargna pas et pendant que la Commune harcelait la Banque de France pour lui soutirer quelques billets de mille francs , la Banque de France donnait des m illions au gouvernement de la légalité ».

Cet aveu est précieux et est une preuve de l’aveuglement, de l’ignorance ou de la trahison des hommes du Comité central et de la Commune , qui ont laissé faire la Banque de France et qui lui ont ainsi permis de fournir à leur ennemi les millions dont il avait besoin pour recruter et organiser l’armée qui devait bientôt leur faire une guerre acharnée et les détruire.

«Les troupes affluaient, continue l’auteur que nous citons, elles prenaient corps, s’organisaient et la paye ne leur faisait pas défaut.

« Lorsque M. Thiers avait besoin d’argent, il prévenait M. Rouland, et celui-ci envoyait à qui de droit une dépêche et l’argent arrivait. Pendant la Commune , 257,630,000 francs furent ainsi

versés par la Banque au trésor , qui les employa à L’Œuvre de

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