‹ Comment a péri la CommuneChapitre 9 sur 29 · LE GOUVERNEMENT DE M. THIERS · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEMENT DE M. THIERS

Elle renferme un grand nombre de pièces et de documents officiels ou authentiques, confirmant tous les faits avancés dans la première partie du même opuscule, et prouvant au delà de toute évidence la conspiration et la -trahison de Dombrowski.

Cette seconde partie a surtout pour objet les réclamations que Mme Veysset et les frères Guttin, ses complices, ont faites au gouvernement de Versailles, dont M. Thiers était le chef, et auquel ils demandaient le remboursement des sommes avancées et payées par eux à Dombrowski, à Hulzinger et à leurs complices pour les premiers frais de la conjuration, dont nous avons parlé.

Ou comprend que ces pièces dévoilant les négociations entamées et menées à bonne fin pour cet objet, avec Dombrowski, et constatant d’une manière certaine et officielle le montant des sommes payées à ce dernier et à ses complices pour les frais de cette entreprise criminelle sont des preuves accablantes, incontestables, irréfutables et authentiques de la trahison que nous signalons. Quand nous aurons ainsi démontré cette dernière nous compléterons notre preuve par les déclarations, les documents officiels, les lettres signées et publiées dans les journaux étrangers, par ses complices des Comités de salut public et de sûreté générale, qui ont eux-mêmes avoué leur crime et celui de leurs associés Dombrowski, Hutzinger, etc..., et si toutes ces preuves accumulées et accablantes ne suffisaient pas; eh bien, nous citerons encore les aveux de quelques-uns des coupables, qui nous ont raconté, à Londres, les principaux épisodes de cette abominable trahison. Enfin nous apporterons aussi le témoignage du citoyen Félix Pyal qui a assisté à la comparution de Dombrowski devant le premier Comité de salut public, qui l’a interrogé quand il était accusé d’avoir eu des entrevues et des conciliabules avec des agents du gouvernement de Versailles, dans le but de leur vendre et de leur livrer plusieurs portes de Paris. Le citoyen Félix Pyat nous ayant assuré que Dombrowski vivement pressé par lui a fini par lui faire des aveux complets.

Voici d’abord comment Mme Veysset raconte dans la

première partie de sa brochure la trahison du général Dombrowski et de ses complices en faveur du gouvernement de Versailles1 :

« Georges Veysset, dit-elle, très dévoué à la cause de l’ordre et autorisé par le gouvernement de Versailles, avait en faisant le sacrifice de sa vie, accepté la périlleuse mission de détacher de la Commune... Dombrowski et quelques autres chefs militaires.

« Nous nous proposons aujourd’hui, ajoute Mme Veysset, d’esquisser rapidement l'histoire de cette mission, que Veysset avait réclamée et qu’il a poursuivie.

« Mais avant d’entreprendre ce récit il est indispensable de faire connaître en quelques mots les circonstances qui l’amenèrent à solliciter cette dangereuse entreprise.

« Pendant le siège de Paris, M. Veysset, qui s’occupait activement de la question du ravitaillement, avait toujours entretenu de fréquentes relations avec le gouvernement de la De'fense Nationale.

« Il fût même question pendant un certain temps de le faire partir en ballon pour poursuivre en province cette grave affaire que les circonstances rendaient tous les jours de plus en plus sérieuse. Le ballon avait déjà été acheté à M. Godard 2,500 francs, mais la marche des événements empêcha de donner suite à ce projet.

« Après l’armistice, Veysset suivit le gouvernement à Bordeaux. Il rencontra dans cette ville l’amiral Saissct, qu’il avait connu autrefois, il renoua avec lui des rapports que leurs deux natures, essentiellement françaises, transformèrent bientôt en une sorte d’intimité, toute de véné-

1 Les citations qui suivent sont extraites de la brochure de M»" Veysset, publiée àiBruxelles, et fort rare aujourd'hui, sous le titre suivant : « 1871-1873. — Georges Veysset : Un épisode de la Commune et du Gouvernement de M . Thiers , par Mme Forsans-Veysset. Bruxelles ».

ration de la part de Veysset et toute de confiance de la part de l’amiral.

« L’affaire qui avait amené Veysset à Bordeaux, et qui le conduisit ensuite à Versailles avec l’Assemblée nationale, concernait le ravitaillement des départements envahis, dont il briguait la concession. Mais ce projet ne l’absorbait pas au point de lui faire oublier les conséquences du 18 mars... Il en parlait souvent avec l’amiral et à la suite de ces entretiens, germa dans son esprit la pensée hardie de servir d’intermédiaire entre le gouvernement de Versailles et celui des chefs de la Commune.

« 11 s’en ouvrit à l’amiral Saisset; celui-ci, après avoir examiné le projet, pesé le pour et le contre, reconnut avec lui la possibilité d’arriver par ce moyen à une solution prochaine; pour en faciliter l’accomplissement, il présenta M. Veysset à M. Barthélemy Saint-Hilaire et le mit ainsi en rapport direct avec le gouvernement de Versailles.

« Dans les premiers jours d’avril Veysset se mit à l’œuvre. Il associa aussitôt à ses projets Mmc de Forsans- Veysset et deux de ses amis, MM. Adrien en Alphonse Guttin, dont le courage et le dévouement à la cause de l’ordre lui étaient connus depuis longtemps.

« Le premier plan, présenté par M. Adrien Guttin et aussitôt adopté, consistait à se rendre maître des points les plus importants de la capitale et à opérer une forte diversion dans le milieu même de Paris. Les positions qui parurent alors les mieux disposées pour agir avec efficacité dans cette hypothèse, étaient l’État-major, situé place Vendôme ; la préfecture de police et l’École militaire, où se trouvaient de grands approvisionnements.

« On arriva aussitôt aux moyens d'amener ce projet à bonne fin. Dès le premier jour, MM. Guttin frères avaient mis Veysset en rapport avec M. Cadart, commandant du 8e bataillon de marche de la garde nationale de Paris.

Celui-ci aceepta immédiatement de seconder l’entreprise et promit son concours actif. M. Guttin versa l’argent nécessaire pour solder les gardes nationaux nécessiteux de son bataillon et les mettre ainsi à même de refuser les vivres et la solde alloués par la Commune.

« En outre, M. Adrien Guttin, qui avait été fonctionnaire et capitaiue adjudant-major au 165e bataillon pendant le siège de Paris, avait renoué des rapports avec son ancien adjudant Charles Chervet, alors commandant en second de ce même bataillon1.

« Cet officier entièrement dévoué à M. Ad. Guttin, lui promis de lui livrer en temps opportun la porte du Pointdu-Jour et l’avancée où le 165e bataillon était de garde permanente; Chervet répondit de l’obéissance de ses hommes qui, pour la plupart, avaient fait partie de l’ancien bataillon et n’avaient conservé leur titre de garde dans le nouveau bataillon fédéré que pour toucher la paie, prudemment et habilement élevée par la Commune , de 50 pour 1 00.

« Ces premiers appuis assurés, il restait à se rendre maître des positions importantes que l’on convoitait. Le projet de M. Ad. Guttin, avait été déjà conçu à peu près dans le même sens, par M. Mahuyssier, attaché à l’Étatmajor du général Clinchant. Mis en rapport avec M. Ad. Guttin et ses amis par l’intermédiaire de M. M***, un ami commun, cet officier ayant fait le relevé des forces de la place Vendôme, s’engageait à se rendre maître de cette position avec deux cents hommes résolus que M. Cadart mettrait à sa disposition au moment voulu. »

« Suivent ensuite deux plans pour s’emparer de l’École militaire et de l’Hôtel de Ville et pour faire prisonnier tous les membres de la Commune et les envoyer prison-

’ Le commandant en premier se nommait Gailtet.

niers « au fil de l’eau jusqu’à la porte de Sèvres, nous ne les transcrivons pas ici puisqu’ils furent abandonnés par leurs auteurs comme on le verra bientôt, et nous allons continuer en reproduisant la partie de la brochure de Mme Veysset se rapportant au plan beaucoup plus sérieux, puisqu’il a réussi, et qui avait pour objet d'amener Dombrowski et un grand nombre des défenseurs et des membres de la Commune à trahir cette dernière *.

« Sur ces entrefaites Veysset, qui pendant ces négociations, s’était rendu à Versailles pour rendre compte de sa mission et prendre de nouvelles instructions, annonçait à ses amis que le gouvernement renonçait au projet de se procurer les moyens d’opérer une puissante diversion au sein même de Paris, et que ce qu’il fallait poursuivre dorénavant c’était d’abord l’achat de deux autres portes ; la porte du Point-du-Jour se trouvaut dans une position très défavorable à l’entrée des troupes versaillaises2 ; ensuite si cela était pratiquable on devait détacher Dombrowski de la Commune. On n’ignorait pas alors à Versailles que les talents militaires incontestables de ce général et le côté généreux de son caractère l’avaient rendu suspect aux « purs » de la Révolution, que lui Dombrowski était indigné..., qu’enfin il suffirait de faire naître une occasion pour l’engager à abandonner une cause qu’il considérait désormais comme deshonorée.

« La grande question était de parvenir auprès du général. M. Cadart songea immédiatement à s’aboucher

1 Ce dernier paragraphe est du rédacteur de la brochure de Mme Veysset, que nous ne connaissons pas, et nous l’avons copié comme le reste textuellement. Nous regrettons beaucoup que le plan d’enlèvement des membres de la Commune ait été supprimé par ce rédacteur, car sans cela nous l’aurions publié.

2 Passy et Auteuil restant aux mains des insurgés, les batteries qu’ils avaient établies sur le parcours auraient pris en écharpe l’armée de Versailles et l’auraient décimée.

avec Hutzinger, alors simple écuyer de Dombrowski. Hulzinger avait fait partie pendant le siège de Paris du 8e bataillon que commandait M. Cadart, il y avait connu M. Alphonse Guttin qui, lui aussi, avait été garde dans ce bataillon, ils avaient assisté ensemble aux sorties de Buzenval et de Montretout. Lorsqu’on a servi au même bataillon et que l’on s’est trouvé sur le même champ de bataille, les relations se renouent promptement et prennent bientôt une tournure amicale, c’est ce qui advint dans ce cas-ci.

« On n’attendit pas longtemps du reste, le moment de rendre un véritable service à Hutzinger et de lui être heureusement agréable. Vers la mi-avril 1 pendant une reconnaissance que Dombrowski poussa audacieusement jusqu’au camp de Versailles, le général et son écuyer coururent les plus grands dangers. Hulzinger, homme d’une véritable bravoure sefit distinguer par Dombrowski, qui le nomma aide-de-camp sur le champ de bataille. MM. Veysset et Guttin en apprenant sa nomination félicitèrent chaudement leur nouvel allié, lui remirent deux cents francs pour arroser ses galons et l’accompagnèrent à la maison Godillot, pour y commander son costume.

« Cette heureuse circonstance resserra les liens d’amitié qui unissaient Hutzinger à Veysset et à ses amis, en lui donnant en même temps une plus grande liberté d’allures. Les entrevues purent être plus fréquentes; elles avaient lieu rue Pigale, n° 28, dans un appartement vacant, au 3e étage, qui avait été mis à la disposition de M. Guttin, par le concierge de la maison, un sieur Muller, d’origine alsacienne, dont on lui avait assuré le dévouement à la cause de l’ordre2.

1 On voit d’après cela que la conspiration ayant pour objet de corrompre Dombrowski, date du 15 avril environ.

2 On n’a jamais su au juste ce que pouvait valoir ce dévouement.

« Mais avec une police aussi bien organisée et aussi bien faite que celle de la Commune , de trop fréquentes réunions dans le même endroit auraient pu éveiller des soupçons.

« On convint donc de retenir plusieurs appartements, d’autres furent généreusement mis à la disposition de l’entreprise par des personnes dévouées et intéressées à la voir réussir.

« Ces appartements étaient situés :

« 1° Rue de Madrid, n° 29, chez un sujet turc, et gracieusement offert à MM. Veysset et Guttin, par M. M*** ;

« 2° Rue Pigale, n° 7, chez un parent;

« 3° Rue Neuve-des-Malhurins, n° 19, chez M. le comte de B... ;

« 4° Rue Condorcet, n°48;

« 5° Rue Frochot, n° 12;

« 6° Boulevard de Clichy, n° 14;

« 7° Rue de Douai, n° 3.

« Ce fut dans ce dernier appartement et rue de Madrid qu’eurent lieu la plupart des réunions et principalement celles qui devaient avoir une certaine importance. La disposition de ces locaux était telle, en effet, qu’elle présentait à nos amis de grandes facilités pour fuir, sans être vus en cas d’alerte.

« Les premières entrevues avec Hutzinger tendaient toujours au même but : persuader à l’aide-de-camp de Dombrowski de lui parler et de le rendre favorable à un accord avec le gouvernement de Versailles. Hutzinger ne fut pas facilement convaincu; il répugnait à risquer cette démarche et ne dissimulait pas à ses nouveaux amis la défiance «que les ( recs porteurs de présents» inspiraient au général. Il n’avait aucune foi dans la parole du gouvernement de Versailles: il faudrait donc pour le décider

plus que des mots, il faudrait des preuves matérielles, il faudrait des faits.

« Veysset et ses amis ne se découragèrent pas. Ils avaient foi en leur mission et croyaient fermement que ce qu’ils n’obtiendraient pas un jour, ils le conquerraient le lendemain. Ils avaient du reste surpris dans une des réunions de la rue Pigale, n° 7, des paroles d’Hutzinger leur confirmant la sourde inimitié qui régnait entre Dombrowski et la Commune.

« Là existait puissant et inextricable, le germe d’une rupture qui devait éclater tôt ou tard. Il importait de diriger cette inimitié et d’en faire un instrument...

« Le général en effet ne pouvait avoir aucune confiance dans l’élément civil qui, de sa propre autorité s’était investi de la confiance du peuple et la lui imposait... Il avait offert ses services à la Commune avec l’espérance et peut-être la conviction de fonder la République universelle; mais il fallait des forces viriles pour y arriver, et il n’avait trouvé dans son entourage que décrépitude, débauche et férocité. Aussi, depuis quelque temps déjà, avait-il formé le dessein de prendre seul la direction de la défense et, malheureusement il l’avait manifesté tout haut devant son entourage. L’élément civil de la Commune n’ignorait donc pas qu’il aurait à compter avec Dombrowski ; celui-ci ne lui en était que plus odieux, et il cherchait sournoisement l’occasion de se défaire du général. Au milieu de ce danger réel, celui-ci gardait la sénénité et sa confiance. Hutzinger exprimait bien la pensée de son général sur la situation lorsqu’il disait : « Nous les f... tous à la porte, alors Dombrowski sera le maître et il ne dépendra que de vous (des gens de Versailles et des traîtres Veysset, Guttin et Cie), d’arrêter l’effusion du sang. »

« Cependant Hutzinger se décida à parler au général.

Celui-ci se montra , sans hésiter , tout disposé à entendre les propositions quon avait à lui faire. La première entrevue avec Veysset date des derniers jours d’avril, elle eut lieu, entre deux à quatre heures du matin, à l’hôtel de la place Vendôme, où siégeait l’état-major de Dombrowski, Hutzinger vint prendre Veysset chez lui, rue Caumartin, 62. Celui-ci fui accueilli par le général avec une certaine bienveillance, qui n’excluait pas tout à fait la défiance dont son aide de camp avait parlé.

« Cette entrevue, naturellement n’amena aucun résultat, les deux partis s’observaient. Veysset toutefois en augurait bien. Qu’en pensait le général? Rien de défavorable à coup sûr, car, à la seconde entrevue et sans y être provoqué, il se déboutonna entièrement :

« Ces gens, dit-il, avec une amère expression du su- « prême dégoût que lui inspirait la Commune , ces gens « sont de boue, cruels et lâches.

« Hâtons-nous d’en finir. Au surplus, j’ai une garde « dévouée et s’ils cherchent à me tendre un piège, je dé- « clarerai la dictature et je les arrêterai tous. »

« Puis il ajouta en laissant percer à travers ses paroles une indicible tristesse : « Je croyais traiter avec la masse « de la population, je me suis trompé et j’en suis puni...

« Partout je rencontre des lâches aux instincts de tigre, « et qui cependant fuiront à l’approche des Versaillais. De « moi, amis ou ennemis diront que je me suis vendu. Eh « bien, oui ! je me vends !... Dans ce jeu terrible, c’est ma « tête que je risque; je puis être fusillé, lâchement assas- « siné par derrière, il faut du moins que je laisse du pain « à ma femme et à mes enfants. »

« Quelque hâte que Dombrowski eût de terminer, l'affaire n’en traîna pas moins en longueur, Hutzinger, malgré les justes observations de Veysset, pesait sur le général pour qu’il exigeât le paiement comptant des trois

portes qu’il livrerait aux soldats de Versailles; de son côté Dombrowski avait des inquiétudes au sujet des saufsconduits, et il exigeait des garanties sérieuses.

« Toutes ces tergiversations étaient de nature à vivement impressionner Veysset ; mieux que personne, il sentait combien le temps était précieux. Il venait pourtant de mener à bonne fin une autre négociation d’une haute importance.

« Par l’intermédiaire d’un de ses amis le docteur Boudin , il acheta les batteries de Montmartre pour une somme de 10,000 francs, qui furent versés en deux fois. Le 6 mai, 500 francs furent donnés à titre d’arrhes et, le jour suivant, le docteur Boudin, pour prouvera Veysset qu’il était le maître de la situation, encloua deux pièces en sa présence. Les 9,500 francs qui restaient dûs, ne tardèrent pas à être remis à qui de droit *.

« Dès ce moment les batteries des buttes Montmartre firent merveille... à rebours. Elles eurent l’heur d’aiguiser l’ironie du Gaulois , de la Liberté et des autres journaux de l’ordre, qui ne comprenaient pas la cause du silence ou du tir mal dirigé de leurs canons. Au lieu des terribles ravages qu’ils auraient pu causer à l’armée de Versailles, voici comment ils se comportaient au dire de la Liberté du 17 mai :

« Les débuts des batteries de la butte Montmartre n’ont pas été heureux. Leurs premières bordées qui ont duré plusieurs heures, ont porté en plein sur les fédérés cantonnés au village de Levallois et ont fait de nombreuses victimes.

1 Le reçu de cette somme de 10,000 francs a été trouvé par Mme Veysset, dans son domicile à Versailles, lors de sa sortie de prison, après l’entrée des troupes de Versailles dans Paris, et a été remis à M. Barthélemy Saint-Hiliare par M. Guttin, ainsi que ce dernier le constate dans sa lettre du 3 juin. Voir la 2m* partie de la brochure de Mm» Veysset.

« Cela n’a pas empêché le journal La Commune de publier hier un bulletin daté de la butte Montmartre et ainsi conçu :

« Depuis 8 heures, nous tirons sur le château de Bécon. Situation excellente , tir parfait ! »

« Tir parfait a dû sembler dur à la garnison de Levallois.

« Le Journal officiel se borne à dire plus modestement ce matin : « Le tir n’est pas encore bien juste. »

« Les fédérés écloppés hier se plaignent qu'il ne l’était que trop.

« Les fédérés sans rien savoir de positif, flairaient une trahison, ils devinaient qu’ils étaient joués, et ne pouvaient rien préciser, chacun tirait son épingle du jeu, témoin cette note que le citoyen Jeannier fit insérer dans Y Officiel de la Commune, sous la date du 16 mai :

« Le citoyen Jeannier, commandant de l’artillerie de Montmartre, fait observer que le feu des bàtteries des « buttes a été dirigé par le commandant Gréjorok, qui a « été chargé de conduire cette batterie aux buttes et qu’il « n’entre en rien dans ce qui s’est exécuté dans le tir.

« Le commandant d’artillerie de Montmartre, Jeannier. »

« Cependant les tergiversations de Dombrowski continuaient. Après avoir exigé, sur les conseils d’Hutzinger, le payement comptant des portes qu'il livrerait à Versailles , il refusait des traites sur Londres et sur Bruxelles, alléguant avec quelque raison qu’elles ne seraient point acquittées. Il voulait ou des billets de la banque de France ou du papier de Rothschild de Francfort.

« Les retards qu’amenaient fatalement ces discussions étaient des plus fâcheux. Les soupçons s’éveillaient de tous les côtés au point de rendre dangereuses les entrevues à l’état-major de la place Vendôme. Elles eurent

lieu dès lors dans une voiture de place conduite par le cocher Paul, homme entièrement dévoué à Veysset. Les rendez-vous étaient le plus souvent donnés sur la plaine de Courcelles et l’on rentrait à Paris chacun tirant de son côté.

« Pour donner plus de poids à ses négociations, Veysset avait proposé de présenter Hutzinger à Versailles. Celuici conduit par le cocher Paul, dont nous avons parlé plus haut, vint prendre Hutzinger à Saint-Denis et avec lui se rendit à Versailles.

« Fut-ce imprudence de sa part ou fatalité? Mais — on l’a su plus tard — il fut reconnu par des espions de la Commune. De celte malheureuse reconnaissance, peutêtre, naquirent toutes les difficultés qui dès lors se .présentèrent en masses serrées.

« La conséquence immédiate de cette découverte fut évidemment le décret rendu par le Comité de salut public, en date du 26 floréal an LXX1X, et inséré à l'Officiel le 16 mai 1871. Voici ce décret :

« Paris, le 16 mai 1871.

« Le Comité de salut public,

« Considérant que pour sauvegarder les intérêts de la Révolution, il est indispensable d’associer l’élément civil à l’élément militaire;

« Que nos pères avaient parfaitement compris que cette mesure pouvait seule préserver le pays de la dictature militaire; laquelle tôt ou tard aboutit invariablement à l’établissement d’une dynastie;

« Vu son arrêté instituant un délégué civil au département de le guerre :

« Arrête

« Article Premier. — Des commissaires civils repré-

sentants de la Commune , sont délégués auprès des généraux des trois armées de la Commune.

« Art. 2. — Sont nommés commissaires civils :

« 1° Auprès du général Dombrowski, le citoyen Dereure;

« 2° Auprès du général La Cécilia, le citoyen Johanard ;

« 3° Auprès du général Wroblewski, le citoyen Léo Meillet.

« Hôtel de Ville, 26 floréal an LXXIX.

« Le Comité de salut public, signé:

« Antoine Arnaud, Billoray, E. Eudes, F. Gambon, G. Ranvier. »

« Les négociations pourtant avançaient et paraissaient devoir aboutir. Depuis le 10 mai, Veyssct possédait une lettre de M. Barthélemy Saint- Hilaire, qui lui enjoignait de terminer avec Dombroivski coûte que coûte.

« Il n’était que temps, l’entreprise si chaudement menée par Veysset et ses amis, était éventée et sans qu’aucun put encore s’en douter, ils étaient espionnés, filés, gardés à vue et les mandats d’arrêt, — il fallait bien conserver une apparence de légalité, puisqu’on jouait au gouvernement sérieux, — se signaient contre eux à la préfecture de police.

« Le 10 mai, Veysset reçut un billet sans signature lui assignant rendez-vous, à lui et à M. Guttin, pour le lendemain vers neuf heures au café de Normandie pour affaire qu’il connaissait bien? Il ne pouvait être question de Dombrowski. Veysset était à la veille de tout terminer avec Hutzinger, on se rappella alors les ouvertures faites à M. Preud’homme concernant son fils, le colonel Henry.

Serait-ce lui qui viendrait à eux? Il ne fallait rien négliger en de telles circonstances. On résolut donc de se rendre au café de Normandie.

« C’était un petit café situé au coin de la rue Joubert et de la rue Caumartin et parfaitement disposé pour un guetapens. MM. Veysset et Ad. Guttin furent exacts au rendez-vous, mais personne ne les y attendait. Ils s’adressèrent à la dame qui tenait le comptoir, elle ne savait rien. Les deux amis patientèrent pendant une heure, puis las de rien voir venir, ils sortirent en prévenant que si quelqu’un les demandait, on pouvait lui répondre qu’ils repasseraient vers midi. A cette heure-là, en effet, ils revinrent, mais cette fois encore nul ne s’était enquis d’eux. Ils s’assirent pourtant et à peine leur avait-on servi pour contenance une consommation douteuse, qu’ils virent entrer deux individus à mine suspecte. Ces nouveaux clients s’installèrent auprès des deux amis, les couvant du regard. M. Ad. Guttin se souvint alors de les avoir remarqués les filant dans la rue, et comme leurs regards toujours braqués sur lui et sur Veysset, commençaient à l’irriter, il tira son revolver de sa poche et, le posant négligemment sur la table :

— cc Que ces armes sont lourdes et gênantes? » dit-il en matière de réflexion et en s'adressant à Veysset, un tressaillement involontaire, mais significatif des nouveaux venus lui permit de constater qu’il avait été parfaitement compris.

« Il devenait nécessaire cependant de ne pas prolonger la situation. Alors M. Guttin dit tout haut et sur un ton d’indifférence :

— « Décidément on ne viendra pas. Vous devriez rentrer; moi je reste encore quelques instants et puis je retournerai chez moi. »

« Veysset serra la main de son ami et s’éloigna sans

presser le pas. Les deux mouchards le laissèrent aller, se contentant de surveiller M. Guttin. Lorsque celui-ci jugea son ami assez loin pour ne plus pouvoir être poursuivi, il se leva, prit son revolver, sortit du café, suivi comme il l’avait prévu par les fileurs. Grâce, à sa parfaite connaissance des rues de Paris, aux ressources que présentent leur enchevêtrement et à l’inatlérable sang-froid qu’il conserve dans les moments critiques, M. Guttin parvint à dérouter ce jour- là les limiers delà Commune.

« Rentré chez lui, Veysset, changea de costume, s’affubla d’un chapeau tyrolien et ainsi déguisé sortit de Paris ou bras de M. Georges Warenghem, et établit son centre d’opération à Saint Denis, hôtel du Lapin-Blanc. Delà,

11 put continuer ses relations avec Hutzinger et avec ses amis restés à Paris, par l’intermédiaire de Mmo Muller, femme du concierge de la rue Pigale, n° 28, et de deux autres courageuses jeunes filles, Victorine et Louise X....

« Ge fut par ces deux dernières qu’il apprit le lendemain, l’arrestation de Mme Forsans-Veysset et l’occupation de son appartement de la rue Caumartin par un détachement des « Vengeurs de Flourens , » ces héros de la Commune immortalisés par le crayon de Berthall.

« Cette arrestation s’effectua dans la nuit du il au

12 mai, à deux heures du matin, par des gardes de la brigade Dupont, au domicile de M. Georges Veysset, que nous avons vu partir pour Saint-Denis, après avoir changé de vêtements. Ne trouvant pas celui qu’on cherchait, on se consola tant bien que mal en arrêtant Mmede Forsans- Veysget, qui fut conduite à la préfecture de police devant le délégué Dupont. Après un premier interrogatoire, elle fut écrouée par ce citoyen lui-même et mise au secret. Le délégué voulut bien la prévenir que si M. Veysset ne venait pas en personne la réclamer dans les trois jours, elle serait fusillée.

« Pourtant Mme de Forsans-Veysset ne fut pas complètement abandonnée dans la pénible position qui lui était faite. Une honnête et brave femme Mme Autonier, damesurveillante au dépôt de la préfecture consentit, au risque de perdre sa place et même de se faire fusiller, d’avertir elle-même Mme Guttin aînée de l’arrestation de Mrae de Forsans-Veysset.

« Il était d’une haute importance de faire prévenir toutes les personnes compromises dans l’entreprise de Veysset, afin qu’aucune d’elles ne se rendit rue Caumartin, 62, pour se faire prendre à la souricière que la Commune y avait établie, Mme Guttin aînée hésita d’abord à reconnaître l’écriture de la prisonnière que celle-ci avait déguisée à dessein ; mais sur la présentation d’un bijou,

- — une boucle d’oreille connue de Mme Guttin, — celle-ci donna des nouvelles exactes de la situation afin de calmer tes inquiétudes de Mmo Forsans-Veysset ; puis elle prit ses mesures pour faire connaître l’arrestation de cette dernière à tous les intéressés, en leur signalant le danger de la rue Caumartin.

« Malgré la menace de Dupont, Mme de Forsans-Veysset resta jusqu’au 17 mai à la préfecture sans être autrement inquiétée. Ce jour-là, le citoyen Cournet, ayant reçu par l’entremise d’un tiers , une somme de trois mille francs *, elle fut transférée à Saint-Lazare et écrouée à la pistole avec les femmes des sergents de ville et des employés du gouvernement de Versailles.

1 M. Adolphe Guttin a constaté la remise de cette somme de 3,000 francs à Cournet dans une lettre adressée à M. Charles Bocher, représentant du peuple, du 17 juin 1871, dans laquelle il prie ce dernier d’intervenir auprès du gouvernement de Versailles, afin de lui faire obtenir la restitution de cette somme et de plusieurs autres qu’il avait avancées. Voir la lettre authentique de M. Ad. Guttin, reproduite dans la seconde partie de la brochure de Mme Veysset, que nous plaçons à la fin de notre récit comme preuve à l appui.

La coMmuüé

« La veille, M. Alphonse Guttin avait été également arrêté, sur la dénonciation du cocher de la voiture de place n° 7790. Cet homme qui l’avait plusieurs fois conduit dans sa voiture avec Veysset et Hutzinger, ayant conçu des soupçons, les dénonça dans un moment d’ivresse au Comité de salut public.

« Une souricière fut en conséquence établie rue de • Douai, n° 3, seul domicile de ce cocher. Le 16 mai, M. Alphonse Guttin, qui venait des Batignolles, où il avait déjeuné chez ses parents, crut apercevoir en entrant dans la rue de Douai, des gens à mine suspecte. En s’approchant, il vit qu’il ne s’était pas trompé, car à mesure qu’il s’avançait il se produisait un mouvement parmi ces individus douteux, une voiture le suivait et le cocher, autant qu’il put le distinguer, le désignait et recevait l’ordre de le rejoindre.

« Se rendant compte de l’immensité du danger, M. Alphonse Guttin rétrograda aussitôt par la rue Notre- Damede-Lorelte, où il fut suivi de près par la voiture, qui contenait un commissaire de police de la Commune , du nom de Chauvet, et un autre agent. Ce fut alors jusqu’à la rue du Faubourg-Montmartre une véritable chasse à l’homme. La voiture ayant été entravée dans sa marche, M. Alphonse Guttin qui ne ralentissait pas sa course sauta dans un omnibus, espérant ainsi dépister la poursuite. Malheureusement la voilure put le rejoindre, les deux hommes qui la montaient en descendirent, firent signe au cocher de l’omnibus d’arrêter, et vinrent s’y installer aussi près que possible de M. Alphonse Guttin. Celui-ci n’eut pas l’air de s’apercevoir de cette manœuvre, mais à mesure que les voyageurs descendaient, les agents de la Commune se rapprochaient de lui de plus en plus et lorsqu’ils arrivèrent enfin à son côte, l’un d’eux lui dit qu’il avait ordre de l’arrêter.

GOMMENT A PÉRI

— M. Alphonse Gultin lui demanda si cet ordre était écrit et que dans ce cas il le produisît. L’ordre existait, et il était parfaitement en règle.

— « C’est bien, répondit M. Alphonse Guttin, je vous suis. »

« On fit arrêter, et M. Guttin fut conduit au poste de la mairie du 5e arrondissement, où il passa la nuit.

« N’ayant pas été fouillé, il fit disparaître en les mâchant et en les avalant, tous les papiers compromettants qu’il avait sur lui, et il effaça sur son calepin avec son crayon les notes se rapportant à ses agissements. Pour les fédérés qui étaient de garde au poste, il n’était qu’un simple réfractaire de la Commune; ils ne refusèrent donc pas de causer avec lui par le judas de la porte, et il obtint même de l’un d’eux qu’il portât un avis à sa famille. Cet avis parvint heureusement à destination et permit à M. Adrien Guttin d’éviter le même sort, en se réfugiant rue Neuvedes-Mathurins, chez des amis de sa famille qu’il ne connaissait même pas et d’où pourtant, grâce aux messagères Victorine et Louise X..., il put continuer à correspondre avec Veysset.

« Le lendemain de son arrestation, M. Alphonse Guttin fut conduit à la préfecture de police, fouillé et interrogé par Sicard. Celui-ci se mit dans une effroyable colère contre le commissaire qui avait fait l’arrestation et qui n’avait pas eu, disait-il, le bon sens de s’emparer immédiatement des papiers du prévenu. Nous savons comment ce dernier s’était hâté de les détruire. Fort de l’ignorance où ses ennemis étaient dès lors obligés de demeurer, il nia tous les faits qui lui furent reprochés dans cet interrogatoire, à la suite duquel il fut écroué au dépôt de la préfecture et mis au secret dans une cellule.

« Pendant ce temps, la famille de M. Guttin s’occupait du moyen de le sauver.

« Un ami de la famille, M. Bourgeois, se rendit le troisième jour après l’arrestation de M. Alphonse Gultin à la préfecture de police auprès d’un juge d’instruction de la Commune et lui annonça que son neveu, M. Gutlin avait été arrêté par erreur, et que ce jeune homme était meilleur républicain que ceux qui l’avaient arrêté. Le juge d’instruction, qui ne connaissait pas un mot de l’affaire, consentit à lui laisser voir son neveu et tandis qu’on allait chercher celui-ci, il expliqua à M. Bourgeois qu’il y avait beaucoup de réfractaires dans le quartier de Notre- Dame-de-Lorette, et que lorsqu’on y effectuait des razzias, il se commettait de nombreuses erreurs. Dès que M. Alphonse Guttin parut, M. Bourgeois ne lui donna pas le temps de le reconnaître, il lui sauta au cou, et l’embrassant avec effusion, il lui dit :

« — Mon pauvre neveu, tu as été arrêté dans le quar- « tier Notre-Dame-de-Lorette, n’est-ce pas ; mais M. le « Juge d’instruction me fait espérer que tu vas pouvoir « être relâché, puisqu’il n’y a que cela : on te prend pour « un réfractaire. »

« Le prisonnier comprenant aussitôt son rôle, répondit dans le même sens au juge d’instruction. Il cita son bataillon des Batignolles, dont il ne faisait plus partie depuis longtemps et qu’il avait quitté pour se faire incorporer dans le huitième ; quant à la cause de son arrestation, il l’ignorait complètement. Le juge d’instruction influencé sans doute par le quartier de Notre-Dame-de- Lorette, ne prit pas la peine de consulter le dossier. 11 répondit à M. Bourgeois, qui voulait emmener son neveu avec lui, en lui promettant de le relâcher aussitôt que certaines formalités seraient remplies, c’est-à-dire dans une heure. M. Alphonse Guttin reconduit dans son cachot, dut y attendre sa délivrance, trois longues heures lors-

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qu’une minute suffisait pour faire découvrir la ruse !

« On comprend les angoisses par lesquelles il a dû passer pendant ces trois mortelles heures. Le drame poignant après la comédie !

•< Il courut aussitôt aux Batignolles embrasser ses parents, leur annoncer son heureuse délivrance et il se hâta de se réfugier dans un quartier tout opposé, rue Cardinal-Lemoine, chez une parente, ne doutant pas qu’on vînt le chercher à son domicile... ce qui arriva, ainsi qu’il l’avait fort sagement prévu.

« Comme on le voit, la situation était des plus tendue à Paris, Mme Forsans-Veysset était arrêtée, ainsi que M. Alph. Guttin, qui était relâché, il est vrai, mais forcé de se cacher comme son frère; Dombrowski était surveillé et Hulzinger reconnu à Versailles. Enfin, le huitième bataillon, commandé par M. Cadart, était licencié et mis dans l’impossibilité de prêter son appui dans le cas où l’on tenterait un coup de main.

« Personne, cependant, ne désespérait encore de l’issue de tant de peines, de tant d’angoisses et de tant de périls affrontés.

« La lettre de M. Barthélemy Saint-Hilaire, datée du 10 mai, enjoignant à Veysset d'en terminer avec Dombrowski, coûte que coûte *, avait donné une nouvelle activité aux négociations ; un traité fut signé avec le général, par lequel celui-ci s’engageait à dégarnir de troupes toute la zone de défense qui lui était confiée, c’est-à-dire depuis la porte du Point-du-Jour jusqu’à la

1 Voir au sujet de cette lettre, la seconde partie de la brochure de M'ne Veysset, contenant une lettre de M. Ad. Guttin, dans laquelle ce dernier constate que M. Barthélemy Saint-Hilaire avait écrit, le 10 mai, à Veysset de traiter à tout prix « coule que coûte », avec Dombrowski, mais que cette lettre avait été malheureusement retournée à M. Saint-Hilaire.

LA COMMÜNÉ

porte de Wagram ; l’article 4 portait en outre que les prisons seraient remises aux troupes de Versailles et que les otages seraient immédiatement mis en liberté.

« Le gouvernement de Versailles, de son côté, devait payer à Dombrowki et à son état-major une somme de 1,500,000 francs et leur accorder à tous un sauf-conduit qui leur permettrait de sortir de Paris et de passer la frontière. La somme devait être payée en billets de la Banque de France ou en papier sur la maison Rothschild de Francfort; elle était répartie comme suit : 1 million pour Dombrowski, 300,000 francs pour Hutzinger et ses amis et 200,000 francs pour divers.

« Dès le 14 mai, Dombrowski prenait des mesures pour rendre certain le succès de l’entreprise. Il s’était assuré le concours du colonel Mathieu, à qui il avait fait des ouvertures au commencement des négociations, il pouvait donc compter sur sa coopération active et, pour lui en faciliter les moyens, il signa l’arrêté suivant:

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