L. Crozet
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Rien que nous sachions, ne nous a donné un Stendhal plus complet que ces intimités. Il revit en etïet, ici tout entier, et tout dépouillé d'incertitudes dans ces quelques phrases soulignées, et le témoin est là, l'ami des premiers jours qui au bout de cinquante ans, nous livre le tréfonds de ce caractère.
On nous saura peut être gré d'avoir exhumé ces documents, si longtemps endormis, et dont au reste voici le dernier :
Les notes biographiques de Colomb ont enlin l'approbation de Ciozet qui répond en ces termes :
Grenoble, le 5 Mars 1845.
Monsieur,
Je songeais à vous écrire, à vous demander de vos nouvelles et de l'œuvre à laquelle vous consacrez si généreusement vos veilles, lorsque j'ai reçu votre bonne lettre du 2 de ce mois; je ne saurais trop vous remercier- des merveilles que .vous avez opérées. L^mitié et la persévérance sont deux grands leviers. Moi, mandant indigne, je ne puis qu'approuver ce qu'a fait un mandataire qui aurait dû être à ma place; c'est à vous. Monsieur, que notre pauvre ami aurait dû faire l'honneur qu'il m'a fait; c'est à vous que revenait cette preuve d'amitié, et le legs appartenait de droit à celui qui savait en tirer parti. Je fais donc plus que vous approuver,
COMMENT A VKCU STENDHAL I2D
je VOUS loue, je vous admire, je vous remercie du plus profond de mon cœur...
Et nous aussi, Monsieur Colomb, nous nous associerons avec votre ami Crozet dans ces éloges bien mérités qu'il vous décerne là, nous vous louerons, admirerons, et remercierons du plus profond de notre cœur. Et quels braves gens tous deux! Qu'il est beau ce dévouement à cette mémoire! Oui, ce sont eux qui ont sauvé Stendhal de l'oubli, et quelle modestie, quel effacement de soi dans Colomb, quelle ardeur dans le souvenir! Quelle noble passion, pour l'homme et les lettres, enflamme cet excellent mandataire qui n'a pas le legs de celui qu'il admire le plus au monde, et néanmoins fera pour sa gloire plus que le légataire véritable, ainsi que, continuant, Crozet le constate :
... Je ne puis m'empêcher d'être surpris en voyant que vous êtes parvenu à obtenir une édition complète; il y avait bien des ouvrages qu'on pouvait supprimer (décidément Crozet y tient) sans faire tort à notre ami et h la littérature; puisqu'il en est ainsi, n'oubliez rien; prenez garde à laisser échapper Racine et Shakespeare, i^e partie, ce véritable traité de théâtre en quelques pages, la 2mc partie ne vaut rien (Crozet, en vérité, n'est pas une bête) et d'Un nouveau complot contre les Industriels ,
I 2n COMMENT A VKCU STENDHAL
cette excellente satyre en prose qui est encore de circonstance et que notre ami aurait bien pu continuer de nos jours, car les mœurs qu'il y critique ont fait de beaux progrès depuis les premières prétentions de St-Simon : l'honorable citoyen qui a fait venir des chèvres du Thibet était un bien grand homme auprès des agioteurs du jour qui ne font venir que du papier.
Et puis, si nous voulons être absolument édifiés sur le désintéressement de ces deux hommes, désintéressement qui devient presque une collaboration posthume à l'œuvre même de Stendhal, voici qui nous en dira plus long que toutes les phrases :
... Je trouve parfait que vous affectiez tout ou partie des 5oo fr. que M. Hetzel vous a comptés, à faire graver et répandre le portrait de notre ami. Vous savez, d'ailleurs, que rien ne nous doit revenir des prix de vente, que tout ce qui en restera après avoir pourvu à la gloire de Beyle, est destiné à Madame Périer, c'est convenu depuis longtemps.
Adieu, Monsieur, recevez de nouveau tous mes remerciements, et agréez, je vous prie, l'assurance de mes sentiments les plus affectueux et les plus dévoués.