L. Crozet
Quant à Tctonnement que Colomb ait pu trouver un éditeur capable de se charger d'une aussi lourde opération, nous
le partagerions aussi si nous n'avions le nom de l'homme qui osait cette tentative. C'était Hetzel, plus artiste que marchand, plus auteur qu'éditeur, plus Beyliste que calculateur, qui avait sollicité et payé assez cher l'honneur de cette édition dont le sort ne se fait pas longtemps attendre. Elle rate absolument. On ne réimprime tout d'abord que la Chartreuse et les Promenades.
Fiasco complet. Il faut lire les lettres navrées d'Hetzel à Colomb devant cet insuccès.
Le traité avec Hetzel, qui paie 2,5oo fr., est du i3 Février 1845 et le 16 Mai 1846, le pauvre éditeur écrit déjà à Colomb :
Monsieur,
Je ne me refuse pas du tout de faire graver le portrait de Stendhal. Je voudrais le refuser que je ne le pourrais pas, puisque je m'y suis engagé. Que j'aie négligé de le faire, rien n'est plus clair; que vous le trouviez mauvais, rien n'est plus juste; que je mérite la mort pour ce fait, rien ne serait moins croyable.
L'affaire du Stendhal n'est pas bonne, tant s'en faut. J'y vais doucement, piano, mais non encore sano. Voilà mon excuse. Croyez que vous devriez la trouver bonne et que vous la trouveriez bonne si vous n'étiez pas ma partie adverse.
Je ne vous ai pas trouvé trop cruel; soyez-le, je
m'exécuterai, et vous ôterai bien vite le droit de n'être pas content à la lettre.
Les affaires n'ont rien de rose en ce moment-ci, faites-les un peu plus foncées encore pour moi, et je n'y trouverai rien à redire.
Voici vos vingt exemplaires et mes salutations
empressées.
J. Hetzel.
Dans l'intervalle, Hetzel, pour forcer à la vente de la Chartr^euse qui ne se vend pas du tout, avait eu l'idée d'y intercaler le fameux article de Balzac sur Stendhal, et le i" Novembre 1845 il avait écrit à Colomb ce billet qui ne manque pas d'intérêt :
Mon cher Monsieur Colomb,
Soyez assez bon pour m'envoyer un mot pour M. de Balzac dans lequel vous lui demanderez de vouloir bien laisser mettre en tête de la Chartreuse de Parme sa critique de cet ouvrage ( i ).
(i) Nous avons la certitude à présent que cette célèbre critique est due en grande partie à l'atTection aveugle et passionnée de Colomb pour Beyle. Dès que la Chartreuse a paru, il écrit à Balzac pour signaler cette œuvre à son attention, et voici le billet que Balzac lui fait tenir en réponse :
a 20 Mars 1839.
« Monsieur,
t J'ai déjà lu dans le Constitutionnel un article tiré de La Chartreuse qui me fait commettre le péché d'envie.
Je crois bien qu'il vaut mieux que la demande vienne de vous que de moi.
A moi il demanderait de l'argent : à vous il ne demandera rien. xMille pardons.
Bien à vous. J. Hetzel.
L'affaire n'a pas marché, elle n'a donné que de la perte et nous en retrouvons la preuve dans cette lettre qui est du 26 Mai i852, neuf ans après le traité, et dans laquelle Hetzel vient demander une grâce à Colomb, en ces termes :
Mon cher Monsieur,
Dans moins d'une année, si je ne me trompe, la propriété de Stendhal deviendra publique. Je voudrais, avant que cela ne soit arrivé, faire une tentative nouvelle pour remettre en honneur un nom sur lequel l'oubli semble s'acharner. Je voudrais tenter une édition à quatre sous, pareille à celle que je fais des œuvres de G. Sand.
Oui, j'ai été saisi d'un accès de jalousie à cette superbe et vraie description de bataille que je rêvais pour les Scènes de la Vie Militaire, la plus difficile portion de mon œuvre, et ce morceau m'a ravi, chagriné, enchanté, désespéré. Je vous le dis naïvement. C'est fait comme Borgognone et Wouvermans, Salvator Rosa et Walter Scott. Ainsi ne vous étonnez pas si je saute sur votre offre, si j'envoie chercher le livre, et comptez sur ma probité pour vous dire ma pensée. Le fragment va me rendre exigeant, et avec vous on peut tirer des lettres de change, de curiosité, sans trop de crainte. Je suis un
l3o COMMENT A VÉCU STENDHAL
Mais cette tentative me séduit, moi, me séduit si bien tout seul, que je ne trouve pas un associé pour l'entreprendre. Il faut que vous sachiez que sous cette forme on ne fait ses frais qu'à 10,000, ses frais, sans achat de manuscrit, sans droit d'auteur.
Voulez-vous me laisser faire en souvenir de mes pertes passées sur les livres de notre ami, voulezvous me laisser faire gratuitement cette nouvelle épreuve:
Avec le peu de temps qu'a à courir la propriété, personne ne l'achètera maintenant. C'est donc ne faire de tort à personne. Je vous donnerais cent exemplaires, ce serait tout, et courrais tous les risques.
Tout à vous. J. Hetzel.
lecteur si enfant, si charnr.é. si complaisant, qu'il m'est impossible de dire mon opinion après la lecture. Je suis le plus bénin critique du monde et fa:s bon marché des taches qui sont au soleil. Ma froideur et mon jugement ne me reviennent que quelques jours après. « Mille compliments gracieux. de Balzac.
« Quand je suis à Paris et j'y suis pour quelques jours, c'est 108, rue Richelieu, à 4 heures. »
A la demande effectivement faite par Colomb, Balzac répondit le 3o Janvier 1846 :
(Quelques lignes d'excuses sur une vie aussi occupée que la sienne. j
... « Ce que j'ai écrit sur Beyle la été avec trop de désintéressement et de conviction pour que vous ne soyez pas libre d'en disposer comme bon vous semblera ; je n'y mets d'autre condition que d'avoir un exemplaire de ses œuvres que j'aime beaucoup . C'est un des esprits
COMMENT A VÉCU STENDHAL l3l
Le premier effort de Colomb aura donc échoué, on le voit, en 1845. Il en est désespéré; son but, son but unique, n'est pas atteint. Il s'était promis la glorification de Stendhal et l'ombre s'étend plus épaisse que jamais sur cette mémoire. Croyezvous qu'il va se décourager pour cela?
Huit ans se passent, et tout en copiant, recopiant de sa main l'œuvre entière de Stendhal, le connu et l'inconnu, colossal labeur d'ouvrier, le digne homme n'abandonne pas sa première idée. Tout autre que lui, un tiède, Crozet par exemple, se
les plus remarquables de ce temps; mais il n'a pas assez soigné la forme : il écrivait comme les oiseaux chantent et notre langue est une espèce de Dame Honesta qui ne trouve rien de bien que ce qui est irréprochable, ciselé, léché. Je suis très chagrin que la mort l'ait surpris. Nous devions porter la serpe dans La Chartreuse de Parme, et une seconde édition en aurait fait une œuvre complète, irréprochable. C'est toujours un livre merveilleux, le livre des esprits distingués.
« Continuez, Monsieur, l'œuvre que vous avez entreprise; soyez fidèle à l'ami qui n'est plus et je suis heureux d'apporter le denier de la veuve dans cette œuvre. Peut-être fcricz-vous bien de ne donner que des œuvres choisies. Les Nouvelles, les deux romans (Le T^uge, La Chartreuse} de l'Amour, et un choix prudent dans le reste. Le format Charpentier serait excellent (Balzac on le voit se rencontre avec Crozet).
« Trouvez ici, M(jnsieur, l'exprcfesion de ma considéra'tion la plus distinguée. »
H. DE Balzac
COMMENT A ViXU STENDHAL
serait rebuté, se serait dit qu'il était inutile de lutter plus longtemps contre une indifférence du public si nettement accusée.
Lui, pas. Il a la foi, seul il croit au génie de cet homme incompris, ce n'est qu'un retard, Stendhal sera lu, il le faut, il le veut, et malgré tout, malgré tout le monde i . l'œuvre totale sera publiée. Et elle l'est en effet, huit ans après la première débâcle.
En i853, après des démarches infinies, i: .otidiennes, incessantes, Michel Lévy se laisse enfin persuader, et ce sera cette forte maison de librairie, et non plus l'artiste mais trop artiste Hetzel, qui donnera le coup de tremplin à cette renommée.
Le 17 Juin i853 un traité est passé avec Michel Lévy frères qui donnent 2,000 fr. et s'engagent à tout publier, tout, le connu et l'inconnu. Colomb triomphe, Ste-Beuve
: I Même contre Mérimée qui le i5 Juin i83i écrit à Colomb « Je ne puis partager votre avis sur les deux volumes. Cependant je vais relire les nouvelles commencées pour trouver des arguments contre vous. A priori je dirai que les fragments que vous avez transcrits n'avaient pas été approuvés par Beyle puisqu'il ne les avait pas publiés. 2" Que les eut-il approuvés, il ne les aurait pas publiés sans de grands changements. Vous savez, .Monsieur, qu'il en faisait beaucoup. » On a vu aussi plus haut l'opinion de Balzac sur le choix à faire.
fait son article, et voilà tout à coup Stendhal, ignoré en détail, qui devient en bloc un Dieu. Pauvre humanité! Nous ne saurons jamais ce que les Lévy auront payé au Causeur écouté du Lundi, pour ce coup de tam-tam, sans lequel nous serions encore dans les Ténèbres... d'Hetzel; quoiqu'il en soit l'attention est désormais fixée, pour ne plus s'en distraire, sur ce travailleur infatigable. On le lit, l'étudié, le commente, tout le monde s'occupe de son œuvre et l'on en retient, quoi? Les Promenades, L'Amour, La Chartreuse, ces trois ouvrages si bien précisés par Crozet, et par dessus le marché, le ^^oug-e et le Noir^ qu'il eût publié... peut-être.
Ainsi donc, là ou Hetzel aura piteusement échoué, les frères Lévy réussiront complètement; la sœur pauvre de Stendhal, Mme Périer-Lagrange recevra une épave de cette heureuse tentative d'édition. Dans son dévouement, Colomb aura pu lui assurer environ 3oo francs de rente en viageant les 2,5oo francs reçus d'Hetzel, et les 2,000 qu'il reçoit des frères Lévy. Les deux braves amis, esclaves fidèles de leur mandat auront de la sorte, dans leur amicale piété, opéré deux sauvetages. A
l34 COMMENT A VÉCU STENDHAL
eux seuls, et seuls contre tous, ils ont sauvé la sœur de l'indigence, et le frère de Toubli. Merci à eux.
En résumé, nous devons donc à Colomb de connaître Stendhal dans sa vie et dans son œuvre. Par Crozet, nous avons une partie de ses véritables pensées, Crozet, le seul individu « avec lequel il n'ait jamais joué la comédie. »
Sont-ils compris dans l'exception dont Crozet s'est ainsi vanté, les deux témoins qui vont maintenant faire leur dépositon? Sont-elles des confidentes favorisées au même titre que lui, ou bien des dupes comme le restant des hommes, les deux femmes que nous allons entendre. Ici toutes les suppositions sont permises. En tous cas, si en leur qualité de femmes, si grâce à cette circonstance aggravante le jeu a pu être double à leur endroit, si elles n'ont pas connu les véritables secrets du comédien, elles nous ont du moins laissé de l'acteur en scène une bien précieuse silhouette, et le dessin en est bon.
COMMENT A VÉCU STENDHAL l35
Madame X.., & Madame JULES
Il ne nous a pas été possible de découvrir le nom de la première de ces deux femmes qui, l'une et l'autre, selon toute apparence, occupaient un rang social assez élevé.
La tournure des idées, la forme de l'expression, le style, certains détails révélateurs d'une grande existence, tout donnera à penser que cette première correspondante mettant, comme on va le voir, si mal l'orthographe, était loin d'être une femme du vulgaire.
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La première lettre que nous allons retranscrire plus loin est une épave d'une volumineuse correspondance de 282 lettres de la même main, dont quelques-unes avaient souvent huit pages, et toutes d'une écriture très fine, embrassant une période de quatorze ans de 1824 à i838. (Il y en avait 2i5 de 1824 à 1826, 4b de 1826 à i836. et i5 de i836à 1840.)
Précieusement conservées par Stendhal quoiqu'il eût l'ordre de les brûler, ces archives de son cœur, son plus long amour, ont été retrouvées à sa mort et anéanties après lecture et notes prises par Colomb de qui nous les tenons. Une seule a échappé à l'incendie, c'est celle-ci, et elle n'a dû son salut qu'aux annotations dont Beyle l'avait enguirlandée. Dans son fétichisme pour son idole, Colomb avait considéré et gardé cette lettre comme un autographe précieux, et elle nous revient aujourd'hui sous la forme d'un document incomparable pour l'analyse de l'àme du grand analyseur.
Ces quatre pages sont curieuses à examiner de près. Il n'y a pas un mot pouvant servir de renseignement sur un mouvement de l'âme qui ne soit méthodique-
COMMENT A VÉCU STENDHAL iSy
ment souligné au crayon de la main même du psychologue. C'est comme un scalpel qui se promène sur toutes les parties vives d'une douleur non fardée. Chaque détail de cette souffrance est noté, enregistré. Voilà le vivisecteur à l'œuvre : « Ah! tu souffres! Quel beau cri! Comme c'est ça! » Cet homme a une étonnante puissance de dédoublement : il examine et s'examine à la fois. Philosophe avide de vérité, à l'affût de toute indication du cœur humain, il notera là son observation et pourtant il souffre lui-même en cet instant. L'expérience faite, l'homme reparaîtra dans ce cri consigné par lui-même en tête de la lettre : « Hclas! j'écris ceci après mon malheur, 182(3. »
En style d'inventaire, nous décrirons ici cette lettre pour, qu'à défaut de l'autographe, on puisse en avoir une physionomie assez précise, et nous la retranscrirons ensuite avec une scrupuleuse fidélité. Une lettre de femme : papier fil, jauni par le temps, format carré o'^ii sur o"^i6, les tranches dorées : quatre pages pliées en forme de lettre missive, avec pain à cacheter rouge : sans adresse. Ecriture ferme et reposée au début, de plus en plus sac-
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cadée en avançant. A droite, au bas de la troisième page des traces de larmes qui ont brouillé l'écriture. Orthographe d'une singulière incorrection qui s'explique aisément (l'éducation de toutes ces femmes a dû être fort négligée sous la Terreur). Allusions à des faits qui cependant dénotent une haute position sociale. Pas un point, pas une virgule.
En tète et en fin de la lettre diverses annotations de la main de Stendhal; passim un grand nombre de mots soulignés par lui au crayon, de fréquentes accolades embrassant plusieurs lignes.
Texte
Le Dimanche. i
Elle m'a aiwé 2 ans i Larmes et vraie tendresse
avant le -j-j. irai 1S24 ^^ ) lie. as ! j'écris ceci le
donc depuis 1S22 ' \ // octobre 1826, après
à la fin de 1826, mai ii) ( mon malheur, (i)
C'est encore moi Monsieur vous allez crier à la persécution et vous aurez raison d'après vos procédés infâmes je devrais trouver assez de dignité en moi pour ne pas vous faire jouir au moins positivement de toute la douleur que vous me causez mais dans l'état alTreux ou vous m'avez réduite je ne me connais plus j'oublie tout pour ne penser qu'à ce que je souffre je désire un remède j'ai be-
(i) De la main de Stendhal.
COMMENT A VÉCU STENDHAL 1 Sq
soin pour supporter Texistence encore quelques mois d'appeler a mon aide tout espèce de courage il n'y a que vous Monsieur qui puissiez m'ètre utile dans ce moment dites moi par amitié dites moi bien que rinditférence a dicté votre conduite cette idée en brisant mon cœur le guérira peut-être, que pouvaije espérer de vous? ne falloit il pas être folle pour en attendre autre chose que de la douleur. depuis six semaines que j'ai eu la faiblesse de vous avouer mes sentiments comment m'avez vous traitée puis je exiger mieux que votre pauvre Alex qui vous a tant aimé des quelle a été dans le chagrin vous lavez abbandonnée et vraiment si je vous connaissois plus j'aurois bien plus d'exemples pareils à vous citer Oui Henri vous êtes mauvais et vous ne m'avez aimée que phvsiquement ce m'est déjà beaucoup que de pouvoir vous reconnoitre un défaut le mois dernier vous avez été affreux pour moi pourquoi parceque je vous avois avoué une faiblesse vous qui avez eu cent niaitresses aviez vous le droit de me maltraiter comme vous l'avez fait allez Henri voliez vers Rossine (i ), je la déteste; courrez dans ses bras j'en serai ravie car je crois que votre amour est le plus affreux malheur qui puisse arriver a une femme si elle a du bonheur vous le lui oterai si elle a delà santé vous la lui ferez perdre plus elle vous aimera plus vous serez dure et barbar pour elle quand elle vous aura dit je tadore alors le sistème arrivera avec le quel vous lui raffinerez de la douleur tant et même plus quelle n'en pourra suporter.
qu'il est pénible de trouver infâme letre qu'on
(i) M™" Pasta dont rinconnue ctait fort jalouse.
aime de ne trouver que barbarie et manque de procédé quand on s'est donnée avec confiance et abbandon.
Henri ne pouviez vous attendre huit jours pour me tuer demain j*ai quarante personnes ici que faire que dire que devenir quand le cœur est brisé quand lexistance ne tient plus qu'a un fil peut on encore supporter la contrainte des devoirs de société.
quoi ce gros homme que j'aimois a croire bon, au moins ne répondra a mes prières et a mes lamentations qu'en s'empressant de s'ôter toute possibilité de se réunir jamais à moi tu as prétendu m'aimer henri mais ou en sont donc les preuves a tu jamais cherché a me voir? tu mas toujours fuie, pendant deux années tu as évité un aveux et quand je te l'ai fait 8 jours après tu m'as donné mon congé, tu ne t'es plu qu'a me mettre sans cesse un poignard dans le cœur, et cependant je t'aime encore je t'aime, ne me crois pas je ne t'aime plus ma raison me le dit bien du moins : je suis sure maintenant de me guérir de cette folle passion je ne pourrai plus te voir jusqu'au premier février ainsi le souvenir du mal que tu m'a fait et une absence de 7 mois me feront raison de mon extravaguance ou bien dieu aura pitié de moi et me retirera de cette terre maudite ainsi n'espère pas me voir souffrante par toi non ta férocité ne jouieras pas du mal que tu me faits car je saurai bien te priver de cette jouissance il arrive toujours un terme ou le mal étant plus fort que les forces phisiques celles ci doivent céder
que je soulTre quelle douleur et c'est vous henri
qui me la donné. Ion est a table maintenant il m'a été facile de me dispenser de parroitre aux repas aujourd'hui certe je n'ai pas menti quamd j'ai dit que je soufTrois horriblement le pauvre théodore est aux champs il me soigne avec une bonté! Ah je suis un monstre d'ingratitude c'est lui qui me soigne et mon cœur est à celui qui me tue.
henri je ne vous prie plus de rien je vous écris encore parce que vous parler me soulage un peu mais maintenant que je vois bien que vous m'avez trompée je ne vous demande plus rien pas même de me tromper encore allez porter la douleur ou vous voudrez mais ne vous occupez plus de moi si je suis grosse ( i ) vous connaissez ma résolution elle est irrévocable et ne subira aucune variation aimée ou abbandonnée par vous, je ne vous recommande pas le secret après moi n'importe ce qui peut arriver si je ne ie suis pas alors je supporterai l'heureuse existance que vous m'avez préparée, priant le ciel de me donner la force de vous haïr car ce doit être une grande jouissance de pouvoir détester un homme qui vous a faittant de mal.
adieu je ne vous dis que des choses inutiles qui ne vous feront pas rentrer en vous même et qui ne peuvent vous inspirer que la pitié que le ridicul entraine toujours après lui il vaut donc mieux vous laisser tranquile jespère avoir la force de ne plus vous tourmenter et de ne jamais vous forcer directement ou indirectement a vous occuper d'une pauvre femme dont le souvenir pourait bien malgré
(i) Ici les tro's lignes qui suivent sont brouillées par des larmes.
voire duretee calculée vous donner quelques remords.
Bi-ouilles des premiers mois (il regrettées parla suite. Octobre 18-26.
Par cet échantillon, on peut apprécier l'énormité de la faute commise par l'exécuteur testamentaire qui a détruit toute cette correspondance. La femme de cœur qui écrivait ces lignes sauvées du feu a dû, certes, dans les deux cent quatre-vingts autres lettres anéanties, donner à son ami plus d'un détail qui nous intéresserait vivement aujourd'hui, tant sur lui, que sur l'existence sociale à laquelle elle était mêlée. Dans ce bavardage quotidien de 1824 à 1826, 2 1 5 lettres en deux ans, à peu près quatre par semaine, que de secrets de la coulisse politique et mondaine, que de faits, ces faits dont Stendhal était si avide, ont dû disparaître avec les flammes. Mais avant l'autodafé, le scrupuleux anéantisseur de ces souvenirs ne s'est pas senti le courage d'en faire d'irrévocables cendres, sans conserver au moins, quelques-uns des traits qui lui semblaient les plus intéressants sur la vie intime de cet homme par
(0 De la main de Stendhal.
lui entouré d'une sorte de fétichisme. C'est à cette imprudence, malheureusement trop limitée, que nous devons les quelques renseignements suivants :
I. — Pendant la belle saison, madame X... habitait la campagne où Beyle lui faisait des visites, tantôt comme tout le monde, tantôt clandestines. Ces dernières avaient un caractère très romanesque et exigeaient de grandes précautions qui, de la part de madame X... étaient l'objet d'instructions très minutieuses. Je n'aurais jamais cru Beyle capable de se plier avec ses quarante-deux ans à de semblables obligations. Gela me prouve qu'il y avait aussi de sa part de la passion; le simple goût n'aurait pas suffi pour lui faire braver les dangers attachés à des expéditions de cette nature, dans la campagne, au milieu de la nuit, et au risque de faire de fâcheuses rencontres.