‹ Comment apprendre le latin à nos filsChapitre 145 sur 219 · LES DIFFERENTES FORMES DU CONTROLE · texte numérisé non relu

LES DIFFERENTES FORMES DU CONTROLE

Une fois délivré pour une longue période du souci de chercher les textes, le professeur peut se consacrer entièrement à ce côté de sa tâche, si ingrat en apparence, en réalité si intéressant, et si amusant parfois, que nous avons appelé le contrôle du travail. Il y a là, pour un maître un peu diligent, comme une manière de sport! Secouer la paresse des uns, prévenir l'étourderie des autres, dépister des ruses innombrables, et tendre à son tour des pièges d'une innocente malice, ne constituent peut-être pas la partie la plus élevée, la plus noble de notre métier ! Mais nul ne contestera qu'elle n'en soit une partie essentielle. Elle n'exclut pas, d'ailleurs, la vie ni la gaîté; elle doit même donner à la classe un peu de l'intérêt qui s'attache à toute espèce de poursuite; et, pour peu que cette chasse à la négligence soit menée avec entrain, il en résulte infiniment plus de rires que de punitions. Certes, nous ne pouvons nous flatter, en Première, d'en faire un jeu comparable à celui qui chez^ M. Weil rendait le « Concours » préféi'able à la récréation ! Il nous a semblé, pourtant, que les classes où l'ennui s'était le moins glissé parmi nous furent celles où les élèves purent être soigneusement interrogés. Essayons i de nous en rappeler quelques-unes, soit qu'elles aient étél consaci'ées à des exercices oraux, soit que le contrôle y porté sur des exercices écrits.

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LE CONTRÔLE OIîAL SîÔ

Nous avons vu que, dès l'enseignement moyen, une bonne partie des pères de famille se méfiaient des préparations orales. A plus forte raison, dans les classes de lettres, doutent-ils qu'un contrôle efficace puisse être 3xercé sur ce genre de lectuz^es. Un sénateur', M. Gouzy, 5'est fait l'interprète de leur opinion au cours de la discusion du budget de 1912, et il semble bien que la haute issemblée ne l'ait pas désapprouvé.

Puisqu'on parle du latin, dit l'honorable sénateur, laisseznoi (c'est un détail, mais c'est avec les détails que l'on traite es questions) pénétrer un instant dans une classe de latin. •fous y verrons un exercice nouveau : la préparation. La pré- )aration consiste essentiellement à ne rien préparer du tout sourires à droite), ainsi que vous allez vous en rendre compte. jC professeur donne à ses élèves, pour qu'ils apprennent à expliquer mot à mot pour une classe suivante, une page ou ne page et demie d'un auteur latin. Quoique les enfants 'aient pas encore appris le calcul des probabilités, chacun 'eux est apte néanmoins à se rendre compte que, dans une lasse de trente-cinq à quarante élèves, il a peu de chances 'être interrogé. Et, s'il l'est, celui à qui s'adresse le profeseur sera nécessairement aidé par ce dernier. C'est instinctif, est réflexe. Il lui soufflera le mot voulu, et l'élève obtiendra nsi une note qui le préservera d'une retenue, ce qui est le rincipal idéal des enfants [sourires]... Et vous avez la prétenon de remplacer par cet exercice, par cette préparation qu'on

prépare pas, l'exercice de la version!

Nous trouvons là, résumés avec humour, les trois prinpaux arguments qu'on peut nous opposer : i) le nombre excessif des élèves, et la prime assurée à paresse en vertu du calcul des probabilités; 2) la difficulté d'assurer une discipline assez exacte )ur empêcher le soufflage par les élèves ;

i. Discours prononcé à la séance du 19 février 1913.

SaÔ EN PREMIÈRE

3) le soufflage par le professeur, la tentation instinctive que nous éprouvons d'aider Félève et de nous substituer à lui.

Or, si nous examinons de près ces critiques, d'ailleurs sérieuses, nous voyons qu'elles portent non sur les vices de l'exercice lui-même, mais sur des défauts secondaires qui viennent d'une mauvaise organisation générale. Appliquez à n'importe quel exercice les observations de M. Gouzy (fût-ce à la version écrite, pour laquelle nous partageons, quoi qu'il en dise, sa sympathie) ; elles sont tout aussi valables. Jamais vous n'obtiendrez un travail convenable :

i) avec des classes supérieures à trente élèves;

a) avec une discipline relâchée;

3) avec un professeur bavard.

Il s'agit donc d'abord d'obtenir que nos ministre! adoptent les usages de certains pays étrangers et dédou blent toute division qui dépasse trente élèves; il s'agi au moins, pour les pères de famille, d'exiger l'applicatioi de la loi française, en vertu de laquelle le dédoubleraen s'impose au-dessus de quarante unités. Malheureusement il ne dépend pas des professeurs de déclancher l'un o l'autre de ces gestes salutaires ; s'ils en avaient le pouvoii on peut être sûr que la loi serait strictement appliqué* Puisque les Chambres veulent bien s'intéresser à c( questions, nous ne pouvons que nous joindre à M. Gou2 pour les supplier de mettre fin à un abus dont nous r cessons de dénoncer les funestes conséquences.

Quant à la discipline que le professeur doit imposer, se aux élèves, soit à lui-même, dans les interrogations, ce une partie si importante de notre métier que je ne crai pas d'y consacrer le dernier quart de cet ouvrage. Auta nous nous sommes attachés, avec mes collègues de Trc sième et de Seconde, à examiner le texte en lui-même, av l'aide des élèves les plus capables de nous donner réplique, autant cette fois nous songeons à notre n ordinaire de juges d'instruction. Ce n'est pas une rais pour croire que l'exercice perdra de son intérêt : les infr rogatoires judiciaires n'ont jamais passé pour manqi

d'une certaine animation, et la classe n'est pas sans rappeler par quelques côtés, le prétoire... Nous avons, comme au Palais, deux genres assez tranchés. Les circonstances veulent souvent qu'ils soient, comme au Palais encore, plus ou moins mélangés : on rit parfois aux assises, et les débats de la correctionnelle se haussent de temps à autre au ton de la tragédie. Mais, d'une manière générale, le texte est plaisant ou sévère, le professeur et l'élève sont entraînés, soit à rire, soit à réfléchir sérieusement. Empruntons un exemple à l'un et l'autre genre, d'après deux de nos dernières classes sur les Lettres de Cicéron.

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