‹ Comment apprendre le latin à nos filsChapitre 61 sur 219 · I. — L'expérience tentée dans une classe de Première · texte numérisé non relu

I. — L'expérience tentée dans une classe de Première

Nous avons voulu cette année voir si cet exercice convelait aussi bien à une classe qu'à un élève isolé. Chargé ['une division de Première C qui n'atteignait pas trente lèves, nous avons fait au mois d'octobre quatre thèmes le cette nature (traductions de Cicéron), en nous imposant es règles ci-dessous :

1° Le professeur lit la phrase, l'explique, en insistant !ur les points difficiles, puis relit une seconde fois. Il est irrivé souvent que les meilleurs élèves demandaient une roisième lecture.

2° La même phrase est répétée ensuite cinq ou six fois, )ar des élèves de force inégale, en commençant par les neilleurs; on n'y renonce que lorsqu'un des derniers l'a îorrectement énoncée.

3° Lorsque le texte a été traduit phrase par phrase, la ;lasse désigne ceux qui se sont le plus « distingués » quatre ou cinq élèves ; rarement six ou sept) ; et chacun

i38 l'enseignement moyen

d'eux redit encore une partie du texte latin, après une der nière lecture d'ensemble faite par le professeur.

4° Enfin, dans les dix dernières minutes, les deux ci trois vainqueurs de ce dernier tournoi avaient V « hon neur » de nous dicter le texte latin, que nous écriviom tous (élèves et professeur) en face de la traduction française, sur la page paire de notre cahier.

Il était convenu qu'une heure de retenue frapperai impitoyablement tout élève inattentif. Mais nous n'avons même pas eu à rappeler cette menace, et jamais je n'ai vi classe plus attentive, plus « active » dans un exercice oral Il semble que chacun en ait, en effet, compris l'importance Las de commettre tant de fautes, de se voir pour ainsi din déformés par de mauvaises habitudes, ils sentaient tout cf qu'un tel effort, intensif et répété, pouvait leur rendre d'exactitude dans l'observation et de force dans le raisonnement. Ils se comparaient eux-mêmes à ces enfants dont l'ossature a contracté, par suite d'une longue négligence, des formes défectueuses et qu'une gymnastique un peu rude peut seule ramener à la normale. Ils prenaient gaiement leur parti de recourir à une sorte d'orthopédie morale et n'avaient qu'un regret : c'est que le petit nombre des heures de latin ne nous permît pas un traitement quotidien !

Un jour, deux d'entre eux vinrent me trouver : « Monsieur, dit le moins timide, croyez-vous que si nous pratiquions ce système tous les jours pendant plusieurs mois, nous arriverions à nous corriger? — Mon ancien élève l'affirme; et j'en suis absolument convaincu pour mon compte. — Eh bien ! si vous voulez nous indiquer un auteur facile, voici B. qui est tout disposé à s'arrêter chez moi tous les jours, avant de rentrer déjeuner... — Excellent! Je vous apporterai ce soir deux exemplaires du recueil Chambon et Lemeignan de Cinquième... Vous me tiendrez au courant... » — Huit jours après, ils venaient me donner une représentation; et je constatai qu'ils étaient déjà fort bien entraînés. « Ce matin, me dirent-ils (c'était un dimanche), nous allons assez vite, parce que nous ne

LA QUESTION DU THEME LATIN I Sg

Drames pas fatigués; nous avons remarqué qu'en semaine ne faut pas faire ce travail en sortant de classe... — Mon rave M. me l'avait déjà dit; et vous aviez pu constater éjà, avec vos camarades, combien l'esprit doit être alerte t dispos. Exercice intensif et court! Voilà ce qu'il nous LUt... Ceux qui vous ont déformés, au cours de vos trop )ngues études, ne répondaient pas à cette définition... » - Et des gestes plus éloquents encore que des paroles e me laissèrent aucun doute sur la valeur des thèmes crits avec dictionnaire, dont notre procédé actuel est la ivante antithèse.

Naturellement, pour les thèmes qui furent expliqués en lasse, nous procédâmes à un dernier et très soigneux ontrôle. Au commencement de la classe suivante avant "aborder le nouveau thème, nous refaisions le précédent. ]hacun couvrait avec un cahier la page paire (texte latin) t ?e tenait prêt à traduire une phrase. Je montais en haut e la classe, pour que rien ne pût m'échapper; un élève ùr était chargé d'appeler les noms et de marquer les lOtes — En dix minutes, vingt élèves étaient efficacement aterrogés... — « Aimez-vous mieux. Monsieur, me 'emandèrent plusieurs d'entre eux après la première interogation, que nous récitions ou que nous traduisions^ — Il aut traduire, bien entendu, puisque je veux vous rompre la comparaison des latinismes et des gallicismes. — Test qu'on va plus lentement, si l'on fait attention au texte rançais. — Chi va piano va sano! Je saurai bien reconlaître la lenteur qui vient de la conscience ou celle qui ;ient... qui viendrait... (ailleurs que chez nous)... de la caresse. » — La fois suivante, en effet, la rapidité fut peut- ^tre un peu moins grande, mais la sûreté n'y perdait pas. Hé n'est pas sans regret que je dus abandonner notre nouveau « sport » pour consacrer nos classes trop rares aux explications de textes proprement dites... Que ne disposons-nous encore des loisirs du premier cycle!

Il- — L'expérience reprise par plusieurs pères de îamille.

La semaine suivante, quatre pères de famille me firen savoir qu'ils continueraient volontiers, chacun pour Sc part, l'expérience interrompue; et deux de mes ancien? élèves dont les jeunes frères se trouvaient dans ma classe, se montrèrent animés du même désir. On se procura tani bien que mal des exemplaires du vieux recueil ', et roEJ arrêta de concert le règlement ci-dessous : '|

I. Préparation faite par la personne qui joue le rôle de professeur :

Examiner le texte et la traduction. Souligner légèrement au crayon les mots et les tournures qui semblent susceptibles d'embarrasser l'élève.

•2. Exercice de thème (phrase par phrase).

a) Première lecture du latin par le professeur.

b) Série des questions posées :

sur les fonctions grammaticales des mots et des propositions, soit dans la phrase française, soit dans la phrase latine;

sur le vocabulaire et, dune manière générale, la recherche des expressions latines correspondant aux expressions françaises.

c) Seconde lecture par le maître.

(Doubler chaque lecture si la phrase est longue ou difficile.)

d) Lecture du latin par l'élève.

nef

Page 1