Unde sic, quaeso, nites
Aut quo cibo fecisti tantum corporis?
Ego, qui sum longe fortior, pereo famé. » Canis simpliciter ; « Eadem est conditio tibi, Praestare domino si par officium potes.
2. — Quod? inquit ille. — Custos ut sis liminis, A furibus tuearis et noctu domum.
3. — Ego vero sum paratus : nunc patior nives Imbresque, in silvis asperam vitam trahens; Quanto est facilius mihi sub tecto vivere, Et otiosum largo satiari cibo!
— Yeni ergo mecum. »
puis un second dialogue... en deux... trois... quatre part lies... (i3 vers) :
Dum procedunt, adspicit Lupus a catena collum detritum Cani :
i64 l'enseignement moyen
« Unde hoc, amice? — Nihil est.
— Die, quseso, tamen.
— Quia videor acer, alligant me interdiu, Luce ut quiescam, et vigilem nox cum venerit : Crépuscule solutus, qua visum est vagor. Affertur ultro panis; de mensa sua
Dat ossa dominus, frusta jactat familia. Et quod fastidit quisque pulmentarium.
Sic sine labore venter impletur meus.
— Age, si quo abire est auimus, est licentia?
— Non plane est, inquit. — Fruere quœ laudas, Canis; Regnare nolo, liber ut non sim mihi.
— Essayez de résumer d'un mot ces deux séries de dialogues, un mot pour la première, un pour la seconde. Quel est le but du poète dans la première moitié de la fable?
T. — Montrer le loup tenté par l'existence du chien.
— Un substantif, un seul, pour rendre cette idée... Plusieurs. — L'appât!
— Non. Le terme est impropre.
F. — Les avances du loup.
— Non. C'est trop long.
Plusieurs. — La tentation !
— Voilà notre titre. Et pour la seconde partie? Deux élèves. — La désillusion.
= Très bien! Mieux que moi! J'avais noté sur mon livre : « la déception ». « Désillusion » est encore plus descriptif...
— Comment se fait-il que vous ayez trouvé tous les deux ce mot difficile?
R. (souriant). — T. me l'avait dit tout bas!
— Felicior quam prudentior T.!... Mais revenons à nos auteurs. La Fontaine a rendu à Phèdre le même hommage que R. à T. : il a trouvé son plan si bon qu'il le lui a pris... Pourtant, "il y a changé quelque chose; quoi?... Commencez donc par compter les vers. Combien en voyez-vous dans Phèdre?
Plusieurs. — Deux et demi pour le préambule.
LA LECTUUE DES TEXTES l65
D'autres. — Douze pour la tentation.
— Et pour la désillusion?
Tous. — Treize.
— Les deux parties, par conséquent, sont presque égales, et précédées d'un court préambule. Et dans La Fontaine? Lisez la fable. G., en la divisant.
G. — Le préambule occupe neuf vers :
Un loup n'avait que les os et la peau.
Tant les chiens faisaient bonne garde : Ce loup rencontre un dogue aussi puissant que beau, Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire loup l'eût fait volontiers :
Mais il fallait livrer bataille ;
Et le mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
— La tentation, vingt-deux vers :
Le loup donc l'aborde humblement, Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
« Il ne tiendra quà vous, beau sire.
D'être aussi gras que moi, lui repartit le chien.
Quittez les bois, vous ferez bien.
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, hères, et pauvres diables.
Dont la condition est de mourir de faim. Car, quoi! rien d'assuré! point de franche lippée!
Tout à la pointe de l'épée !
Suivez-moi, vous aurez un meilleur destin. » Le loup reprit : (c Que me faudra-t-il faire? — Presque rien, dit le chien : donner la chasse aux gens
Portant bâtons, et mendiants; Flatter ceux du logis, à son maître complaire;
Moyennant quoi votre salaire Sera force reliefs de toutes les façons.
Os de poulets, os de pigeons;
Sans parler de mainte caresse. )> Le loup déjà se forme une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
i66 l'enseignement moyen
Et la désillusion, dix vers :
Chemin faisant, il vit le col du chien pelé.
« Quest-ce là ? lui dit-il. — Rien. — Quoi 1 rien ! — Peu de chose.
— Mais encor? — Le collier dont je suis attaché De ce que vous voyez est peut-être la cause.
— Attaché! dit le loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez? — Pas toujours; mais qu'importe?
— Il importe si bien que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte, Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. » Cela dit, maître loup s'enfuit, et court encor.
— Ainsi, la dernière partie est abrégée, la seconde doublée et la première presque quadruplée. La Fontaine fait le contraire de Phèdre : il allonge le début et le milieu, il abrège la fin... C'est que la fable est, comme le théâtre, l'art des préparations. La crise violente, qui constitue le drame proprement dit, ne nous intéresse que si les personnages nous sont parfaitement connus... Où est la crise, ici, le moment décisif où le chien et le loup rompent brusquement?
Plusieurs. — A la fin.
F. — Au cinquième acte* 1
— Et les quatre premiers, à quoi ont-ils servi?
F. — A nous faire sentir la puissance de la tentation.
— Oui, plus le poète nous montre le loup violemment tenté, et plus nous serons frappés de sa brusque volte-face, plus nous comprendrons l'amour du sauvage animal pour sa farouche indépendance.