‹ Comment collectionner les spécimens zoologiques pour le Musée commé moratif Victoria [microforme]Chapitre 12 sur 25 · COMMENT METTRE EN PEAUX · texte numérisé non relu

COMMENT METTRE EN PEAUX

La seule opération préliminaire à la mise en peau de l'oiseau consiste à prendre ses mesures. Or la seule mesure utile que l’on ne peut obtenir d’une peau préparée, c'est celle de la longueur. Beaucoup de collectionneurs emploient le système métrique, mais comme ce système n'est encore que très peu connu dans notre pays, jai cru préférable de m'en tenir à l’ancien système anglais qui aur cet avantage d'être mieux compris de tous, vu que c st celui qui est en usage chez la majorité de mes lecteurs. Dans l’ensemble, le pouce et la fraction décimale du pouce donnent entière satisfaction. Placez l'oiseau sur la règle, les pattes en l'air, de manière que la pointe de la queue

corresponde au zéro de l'échelle. Ensuite, étendez la tête suffisamment pour allonger le cou, mais sans tirer dessus. Notez immédiat..nent la longueur sur l'étiquette, afin de ne pas risquer de l'oublier. Il est préférable de mesurer tous les spécimens exactement de la même manière, les résultats en seront plus précis et plus réguliers.

Le meuble le plus propice pot la mise en peau de l'oiseau est assurément une table, mais à défaut de ce meuble, on peut se servir du siège de la voiture, d'une simple planchette sur ses genoux, ou même simplement de ses genoux, si tout cela fait défaut. En fait d'outils, un bon scappel, bien tranchant, une paire de ciseaux et des bruxelles (espèces de forcens à ressort) suffisent généralement pour le travail. Il en est de ce métier comme pour tous les autres: ce sont les plus mauvais ouvriers qui se munissent des outils les plus variés. A la rigueur, le seul instrument indispensable pour mettre en peau, c'est un couteau; un couteau de poche est même tout ce qu'il faut. Le reste n'est que du luxe.

Tout d’abord, placez l'oiseau sur le dos en face de vous; avec l'index et le pouce de la main gauche, écartez les plumes de chaque côté, de manière à découvrir la peau sur une ligne partant de l'oesophage et longeant la crète de l'os de l'estomac jusque vers la pointe qui finit vers les premiers muscles de l'abdomen: alors, avec le scalpel, commencez une incision vers la fourchette de cet os, et prologez-la, en suivant la ligne découverte, jusque vers le vente. Il faut prendre bien garde que l'incision ne pénètre pas dans le tissu de l'abdomen, car alors les viscères seraient mis à découvert et risqueraient de souiller la peau. Le meilleur moyen d'éviter ce danger, c'est de faire d’abord une légère incision, d'introduire ensuite la lame entre la peau et l'abdomen, et de glisser la lame en coupant en remontant. Cela fait, détachez la peau du corps, en tirant légèrement sur les lèvres de l'incision. Ensuite, tirez sur une patte de façon à la mettre à angle droit avec

le côté du corps, et refoulez-la en-dedans en poussant sur le talon. L'articulation du genoux va se montrer en-dedans de la peau; coupez cette articulation au moyen du couteau ou des ciseaux; faites de même avec l'autre patte. Vous allez pouvoir maintenant séparer la peau d'avec le muscle à peu de distance des cuisses.

Il s'agit ensuite d'enlever la queue. Il est préférable pour cela de se servir de ciseaux. Placez l'oiseau sur ses épaules, relevez fortement la queue sur son dos et, à l'endroit de la base, où les tissus se resserrent, donnez le coup de ciseaux en séparant la queue du corps. C'est pour l'amateur le moment vraiment critique, car s’il coupe les extrémités des pennes de la queue, il n'aura pour se consoler qu'à songer que cet accident arrive à presque tous ceux qui s'attaquent à leur premier oiseau. L'extrémité du croupion doit rester avec les pennes de la queue auxquelles elle sert de support; il faut donc se garder de l'en sé:arer. Si vous avez réussi cette opération, vous pouvez ensuite séparer la peau d'avec le corps dans la üirection du dos, la peau se retournant à l'envers au fur et à mesure que vous procédez. Cette partie de l'opération requiert une adresse particulière que seule l'expérience peut donner. Il s'agit non pas de tirer sur la peau, mais de fouiller avec ses ongles de manière à la faire céder. Cependant, chez certaines espèces, la peau adhère tellement aux chairs, qu'il est nécessaire de se servir du couteau. Les gros oiseaux, sous ce r--nort, offrent une certaine difficulté; aussi conseille une fois que la queue es. coupée et que la peau est arée du “os ::r une certaine distance, de suspendre l'oiseau. De la sorte on peut employer ses deux mains à cette opération difficile, qui requiert toute l'attention de l'amateur. Pour suspendre l'oiseau, on peut se servir d'un fort hameçon fixé à une corde que l'on enroule autour d'une branche ou de tout autre support. On a soin d'enlever auparavant l'arète de l'hameçon. L'expérience aura vite fait d'indiquer le

meilleur endroit où l’on doit accrocher l’hameçon dans le corps de l'oiseau.

Il s'agit maintenant de détacher la peau tout autour du corps jusqu'à l'endroit des ailes. Lorsque l'on sera parvenu à découvrir le commencement de l'aile, on la coupera avec des ciseaux pour la détacher du corps, toujours en ménageant b‘en la peau pour ne pas la trouer, ce qui n’est pas trop facile, dans les petites espèces surtout. L'humérus, ou haut de l’avant-bras, étant coupé, on sépare les chairs et les tendons qui tiennent encore au corps; on découvre la peau, et l'on en fait autant à l’autre aile.

Une fois les ailes coupées, la peau du cou se détache pour ainsi dire d'elle-même jusque près de la tête. On peut écorcher la plupart des oiseaux avec la peau du cou intacte, c'est-à-dire que la peau du cou étant plus grande que la tête, celle-ci peut fort bien s'engager dans celle-là. Nous allons immédiatement considérer ce cas et nous reviendrons plus loin sur le cas ou ;* tête ne pourrait pas s'engager dans la peau du cou. L'’amateur rencontre parfois un peu de difficulté à décoller la peau jusqu’à la base du corps; on y arrive comme suit: avec la main gauche, on saisit l'extrimité du cou, et, avec la main droite, on renverse et retourne la peau en l’y faisant glisser par de légères secousses, et en la détachant avec les ongles jusque vers les os du corps, que l’on découvre avec beaucoup de précaution. La peau cède alors brusquement et la cavité de l'oreille est atteinte. Chez toutes les espèces, les oreilles forment des cavités externes ou conques, d’une certaine grandeur. Chez les éperviers, ces conques sont très grandes; elles sont au contraire à peine soulevées chez les hiboux, mais toujours elles sont indiquées par une continuation de tégument externe, La peau retournée comme elle se trouve présenvement dans l'oiseau que nous sommes en train d’écorcher, l'oreille ressemble à une espèce de petit sac membraneux, logé dans le crâne et se dirigeant vers l'arrière de la tête.

Si l'on opère sur un petit oiseau, on peut facilement arracher ce sac membraneux en le pressant entre le pouce et l'index. S'il s'agit d'une espèce de forte taille, il faut se servir des ciseaux ou même de la pointe des pinces. Cela fait, on continue à décoller la peau, jusqu'à ce qu'on ait atteint les yeux, que l'on aperçoit comme deux globes noir bleuâtre, recouverts d'une membrane fine, en partie transparente. Il s’agit de couper cette membrane qui unit la paupière aux bords des cavités des os formant les orbites; mais il faut bien faire attention de ne pas couper ies paupières, ce qui défigurerait l'oiseau, ou de ne pas crever le globe de l'oeil, parce qu'il s'en épancherait aussitôt une assez grande quantité de liquide qui se répendrait sur les plumes de la tête et du cou, ce qui les gâterait absolument. Certains préparateurs se servent à cet effet des ciseaux, d’autres préfèrent le couteau. Peu importe l'instrument, du moment que l’on agit prudemment.

Lorsque la peau est renversée jusque sur la base du bec, on arrache les yeux de leurs orbitres, que l'on nettoie parfaitement; on enlève les muscles et les membranes qui recouvrent le crâne; on enlève parfaitement toutes les parties charnues des mandibules, et, enfin, on met partout les os à nu. Avec le scalpel, on coupe la partie inférieure de la tête, afin d’avoir plus de facilité pour en extraire la cervelle avec un cure-oreilles, ou tout autre instrument fait sur ce modèle. Mais si l'oiseau est gros, on se contente d'agrandir le trou occipital suffisamment pour nettoyer aisément l'intérieur du crâne. Quelquefois même, quand l'oiseau est de la grosseur d’un hibou, ou même plus gros, on coupe la partie postérieure du crâne avec une petite scie à main. Il ne faut rien déplacer de l'intérieur du crâne ou des articulations des membranes, si ce n'est d'enlever le tissu gras qui le recouvre. Le cerveau est contenu dans une enveloppe rugueuse, assez diffcile à détacher, et il faut une certaine expérience pour opérer proprement

Loc

et promptement. On passe ensuite aux pattes et aux ailes, car jusqu'ici les unes et les autres n'ont été que séparées du corps, mais toutes les parties des muscles sont intactes dans la peau. En tirant, de la main gauche, sur l’humérus que l'on saisit par l'extrémité supérieure, la peau se détache presque d'elle-même jusqu'à l'extrémité inférieure. Ici, le préparateur à le choix entre deux manières d'opérer. Les grandes plumes de cette partie de l'aile, les secondaires, adhèrent directement à l'os; si l’on prépare le spécimen en vue d’être monté, il est préférable que ces plumes n'en soient pas séparées. Il ;" a des oiseaux qui ont cette partie üe l'aile bien developpée et il n’est pas possible d'enlever toute la chair que recouvre la peau; il faut, dans ce cas, faire une incision sous l'aile. Nous reviendrons là-dessus tout à l'heure. D'une main, tenant l'aile par l’humérus, ou bien la suspendant à l’hameçon à la place du corps que l'on a enlevé, il sera très facile, avec un peu de précaution, de décoller la peau sans briser les attaches des secondaires. Une fois la chair mise à nu, depuis l'épaule jusqu’au métacarpe, on débarrasse les os, que l’on nettoie le mieux que l’on peut. On agit de même avec l'autre aile, puis on passe aux pattes. (Celles-ci n'offrent pas de grande difficultés, surtout après le travail des ailes. Il ne s'y trouve pas de grandes plumes ct il ne s’agit que de décoller la peau jusqu'au talon, à l'extrémité supérieure du tarse et d'enlever la chair partout où il s’en rencontre.

Le dépouillement de l'oiseau est maintenant complet et l’on se trouve en présence d'une peau retournée. On doit examiner attentivement cette peau pour en enlever toutes les parcelles de gras qui pourraient y adhérer. Dans la plupart des oiseaux, ces parcelles s’enlèvent facilement sous forme de pellicules plus ou moins grandes; mais chez les canards, les plongeons ou autres espèces aquatiques, on découvre que les hampes des plumes pénètrent à travers la peau et que leurs pointes sont entourées d’une épaisse couche de gras très adhérente

et toutes recouvertes d'une substance qui en rend le nettoyage fort difficile. Cependant, si l'on veut que la peau se conserve indéfiniment, il est de toute nécessité de la débarrasser de cette substance et de la couche de graisse qu'elle recouvre, de façon à ce que les pointes des hampes apparaissent luisantes et bien propres. Il est à remarquer que ces pointes sont disposées dans un ordre assez régulier et que la graisse s'amoncelle surtout dans les intervalles. On peut, conséquemment, promener la lame du couteau dans ces intervalles et faire un grattage soigneux de la graisse et de l’huile qui s’y trouvent. L'opération du dépouillement et du nettoyage donnent lieu parfois à de subits épanchements de sang ou autres liquides; aussi, est-il bon de tenir à portée de soi une bonne quantité de matière absorbante dont on pourra se servir immédiatement au besoin. La sciure de bois dur est ce que l'on peut recommander de mieux; viennent ensuite la farine de maïs, puis le plâtre. La sciure de bois a cela de bon qu'elle adhère mieux . ue les autres substances, et lorsqu'ils en sont recouverts, les caillots de sang ou les parcelles de gras sont moins glissants sous les doigts et se manipulent plus facilement. On doit donc en jeter abondamment partout où se trouve du sang, de la graisse, ou autres saletés, et répéter la dose jusqu'à ce que tout soit absolument nettoyé. C'est surtout pour le dépouillement des espèces qui ont la peau huileuse, comme les oiseaux d’eau, par exemple, qu'il faut se montrer prodigue de ces matières hydrophiles, vu que l'huile et la graisse de ces oiscaux se fondent rapidement à la chaleur de la main ct risquent de s’imprégner partout. Le grand secret du succès, c'est la rapidité, la légèreté dans la manipulation et l'emploi sans compter des matières absorbantes. Veillez à éviter le contact des plumes avec tout ce qui pourrait les souiller. L'expérience basée sur la pratique aura vite fait d'enseigner comment procéder. Ayez soin de plonger souvent vos mains dans la matière hydrophile chaque fois qu’il vous faut frapper les plumes

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