B. LE VITRAIL
L'œuvre des verriers de l'époque ogivale mérite une mention plus longue.
Aux heures de l'évolution romane, le vitrail, avec un bel éclat, s'était borné à être une mosaïque de verre, dont l'inspiration primitive était empruntée à l'Orient.
Au xni^ siècle, la fenêtre ogivale, qui permettait de très longues bandes de tapisseries de verres diaprés sur lesquels paraît le caprice symétrique des
Fig.139. VITRAIL (le MANS) DE LA CATHEDRALE DE PARIS Fig.l4l. VITRAIL (lEMANS)
(xiii" siècle.) (xiii" siècle.) {xiii' siècle.)
médaillons, n'avait pas tenté de réagir contre les imitations antérieures; la formule romane régnait toujours; ce n'est que pendant le dernier quart du xiii^ siècle, que les frises romanes laissèrent la place à d'étroites bandes de petites rosaces et de filets perlés, qui s'accommodaient heureusement avec les médaillons; en môme temps les figures avaient plus de souplesse et d'ampleur.
Au xiv" siècle, le style ogival s'imposa définitivement à l'art des verriers : les médaillons disparurent pour faire place à de grandes figures magnifiquement drapées.
« En effet, écrivait en 1835 M. Thévenot, dans son Essai historique sur le vitrail, dans le xiv* siècle, les vitraux perdirent bientôt leur physionomie orientale et resplendissante. Les longues fenêtres ogivales admirent dans leurs verrières de vastes perspectives en grisaille; c'étaient des tours élancées
à un ou plusieurs étages, suivant la hauteur des croisées, exprimant sur verre, avec élégance, les capricieux détails que le sculpteur demandait à la pierre. Le peintre verrier orna ces constructions pyramidales de niches à dais encorhellés, à pinacles aigus, et soutenues par des culs-de-lampe. Les sommets se couronnèrent de clochetons à jour, ornés de frontons flamands de rinceaux d'or. Les nombreuses découpures à jour de ces constructions svelles et légères se détachaient sur fond d'azur, de pourpre et d'émeraude.
« Les habitacles des diff"érents étages se peuplèrent de statues vêtues de pourpre et d'or, de vierges aux vêtements de lin et d'hyacinthe, d'anges et de chérubins aux ailes de feu; à cause de l'élévation, qui était quelquefois prodigieuse, les figures des saints et des vierges étaient, pour la plupart, dans des proportions colossales. »
Au xv^ siècle, la modification est caractérisée par ce fait que les mosaïques et les fonds colorés sont remplacés autour des personnages par des grisailles, ce qui permet au dessin de l'emporter sur la couleur; par conséquent, effets moins brillants.
Si, enfin, nous voulions résumer en un paragraphe typique l'œuvre de l'époque ogivale, il faudrait nous souvenir de ces lignes de Victor Hugo : « Vaste symphonie en pierre, pour ainsi dire : œuvre colossale d'un peuple, tout ensemble une et complexe ; produit prodigieux de la cotisation de toutes les forces d'une époque, où sur chaque pierre on voit saillir de cent façons la fantaisie de l'ouvrier disciplinée par le génie de l'artiste; sorte de création humaine, en un mot, puissante et féconde comme la création divine, dont elle semble avoir dérobé le double caractère : variété, éternité! »
Fig. 142. — NOTRE-nAME DE PARIS.
Fig. 115. —
MODÈLE FOUR UNE DENTELLE A l'aIGUILLE (xvi" sièclc.)