‹ Comment discerner les styles du VIIIe au XIXe siècleChapitre 33 sur 84 · TOSCAN DORIQUE IONIEN CORINTHIEN COMPOSITE · texte numérisé non relu

TOSCAN DORIQUE IONIEN CORINTHIEN COMPOSITE

cinq ordres, et dans chaque ordre il faut considérer trois divisions, subdivisées elles-mêmes en trois parties :

Le piédestal, qui comprend la base, le dé et la corniche;

La colonne, qui comprend la base, le fût et le chapiteau;

L'entablement, qui comprend l'architrave, la frise et la corniche.

co

Les cinq ordres qui se caractérisent dans ces différentes parties sont : 1° D'origine grecque :

L'ordre dorique : huit diamètres de hauteur; membres des moulures nombreux ; ornement distinctif placé dans la frise et appelé triglyphe {fig. 148).

L'ordre ionique : neuf diamètres de hauteur; beaucoup de grâce dans les proportions; une base; le chapiteau formé d'un léger tailloir, surmonté de deux volutes. Entablement orné de denticules. Souvent, sur les doucines et les talons, courent des feuilles d'eau et des rais de cœur [fig. 149).

L'ordre corinthien : dix diamètres de hauteur ; piédestal à hauteur calculée d'après les proportions de la colonne et orné de sculptures; base composée d'un grand nombre de moulures; chapiteau, en forme de vase, décoré de feuilles d'acanthe, d'olivier, et de feuilles frisées, profondément refouillées; architrave aux membres garnis de perles et de rais de cœur; frise occupée par des rinceaux ou des bas-reliefs; corniche, riche et variée, ornée de laurier supporté par des modillons {fig. 150).

2" D'origine étrusque :

L'ordre toscan : sept diamètres de hauteur; la base, le chapiteau et l'entablement sont dépourvus d'ornements {fig. 147).

3° D'origine romaine (?) :

L'ordre composite : Mêmes proportions que l'ordre corinthien, mais le chapiteau est composé de l'acanthe de cet ordre, surmonté des volutes de l'ordre ionique; et il introduit dans l'entablement des changements malheureux {fig. 151).

Enfin l'intercolonnement varia suivant les ordres : dans le dorique, il était de deux diamètres et demi; dans l'ionique, de deux un quart; dans le corinthien, de deux; dans le toscan, de quatre; dans le composite, de un et demi.

C. COJIMENT LA RENAISSAJMCE s'aFFIRME TOUT d'aCORD EN RETOUR A l'aNTIQUITÉ

Or l'un des premiers efforts qu'accomplit la Renaissance fut de reprendre le sentiment dominant de la ligne horizontale, de l'art antique; de replacer l'architrave sur le tailloir du chapiteau, d'en faire un rempart contre lequel

LA RENAISSANCE

vainement l'arcade viendrait se heurter; tandis qu'une des tendances les plus ' marquées du style ogival avait été de déguiser, comme l'écrivait Vitet, les lignes horizontales et d'accentuer les lignes perpendiculaires, d'affranchir l'arcade en la transportant sur le chapiteau de la colonne, et en brisant l'entablement pour lui supprimer tout obstacle.

Des différentes étapes d'évolution pendant la Renaissance.

Jusqu'à l'avènement de François I" (1515), il y eut en France un style de transition, dont nous venons de citer un exemple. II est à remarquer, d'ailleurs, que pendant la Renaissance, l'évolution des styles est beaucoup plus rapide que pendant les siècles de la doctrine ogivale. Cela tient, en dehors des conditions spéciales de la société et du mouvement accentué de la politique extérieure, à ce que l'art s'est définitivement individualisé; l'histoire complète du style pendant la Renaissance ne va pas sans l'histoire des stylistes, et cependant nous voulons nous borner à l'étude comparative des styles, réservant pour un autre volume l'étude spéciale des stylistes. De François I" à Henri II, le style qui se dérobe de plus en plus à la tradition précédente a encore des tâtonnements : il en rejette les formes, mais il ne peut se défendre d'en continuer le principe. Après avoir d'abord appliqué les théories qui s'étaient fait jour sous Louis XIl, les artistes étaient arrivés à des formules d'oii se

Fig. 152. — FAÇADE DU PALAIS DE JUSTICE DE DIJON PAR HUGUES SAMBIN (xvi" siccle.)

dégageait réellement le style de la Renaissance; mais dans la dernière partie de son règne, Fiançois I" avait appelé à la cour trop d'artistes italiens, pour que leur influence n'eût pas pour résultat d'afTadir le style et d'en fausser, sinon d'en changer le caractère.

11 fallut qu'à la fin de ce règne des maîtres français, Pierre Lescot, Jean Bullant et Philibert Delorme, qui étaient allés étudier en Ilalie, revinssent, pour que le style épuré par eux, devant les témoins mêmes de l'antiquité, s'affranchît de l'influence italienne, influence de seconde main, et apparût en une beauté recherchée, oii l'opulence savait demeurer

Fig. 153. — PANNEAU SCULPTÉ (Renaissance.)

délicate, mais où surtout, au-dessus des formules générales, planait le sentiment individuel. C'est la plus glorieuse période de la Renaissance. Le style s'y manifeste h la fois par la simplicité, la grâce et la noblesse : on y sent un besoin de constituer un style nouveau qui soit un style national; et pour y parvenir on ne redoute aucune difficulté; l'activité se dépense en efforts extraordinaires de pensée et de labeur, et l'on atteint, dans l'exécution, à la perfection.

Sous le règne de Henri II, le mouvement s'était continué, apportant encore plus de simplicité, plus de goiàt dans le style, qui multipliait ses effets à tout objet susceptible de recevoir une forme caractéristique d'art; mais après Henri II, sous le règne des derniers Yalois, François II, Charles IX, Henri III, les guerres civiles amenèrent une décadence rapide : on ne prenait même plus le soin de défendre contre la ruine les monuments qui constituaient la richesse du patrimoine national, et l'industrie, inquiète, gênée, misérable, n'avait plus « le cœur à l'ouvrage «, et ne se donnait plus la peine d'innover, se bornant à prendre ses modèles dans les cahiers des graveurs. Pendant le règne de Henri IV, le luxe cède le pas à l'utilité; la

LA RENAISSANCE

science s'empare des voies publiques pour y exercer sa tyrannie de l'alignement, et le style s'applique à traduire la force et l'énergie, sans grandeur ni noblesse. Comme le souffle d'où émane sa production, l'art se fait court. C'est la fin de la Renaissance, que le règne de Louis XIII achève définitivement.

Détails d'ornements caractéristiques de la Renaissance.

Nous avons indiqué rapidement le processus d'évolution du style pendant la Renaissance; il faut maintenant nous arrêter à quelques détails d'ornementation, qui nous permettront d'en préciser les différents caractères.

Si les artistes de la Renaissance s'étaient adonnés à une évocation de l'art antique, ils ne consentaient pas à s'enfermer dans la formule étroite des canons, et ils prétendaient user des ordres avec la même liberté que les Grecs eux-mêmes et les Romains.

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