CHAPITRE VI
Epoque de Louis XIII.
Le Style caractérisé par un défaut de caractère. Influence d'une étude imparfaite de l'antiquité. Le superficiel et le manque d'accent.
La Renaissance est-elle bien achevée? Oui, si l'on considère les constructions, telles que le Luxembourg, que Marie de Médicis s'applique à faire terminer rapidement. Non, si l'on étudie les tapisseries, dont les fabriques des Flandres et de la France inondaient les palais et les demeures seigneuriales; si l'on étudie surtout la peinture décorative, destinée seulement à remplacer sur les murs les tentures de tapisseries, et dont la production s'inspira obstinément des exemples les moins heureux des écoles italiennes.
Marie de Médicis avait appelé Rubens à décorer la grande galerie du Luxembourg, et l'on connaît la suite d'oeuvres si intéressantes que le grand coloriste exécuta pour elle. Mais l'influence d'une décoration si complète, et si difl'érente de ce qui se faisait alors, fut négative sur les décorateurs français. Ceux-ci avaient appris le chemin de l'Italie : d'aucuns, et non des moindres, y avaient établi leur foyer; et sous la tyrannie d'une pareille éducation, ils semblaient avoir renoncé à tout jamais à chercher une formule qui répondît mieux au génie national.
« Saisis par la théorie classique, qu'ils comprenaient d'ailleurs fort peu
et appliquaient fort mal, dit M. Henry Lemonnier, l'éminent professeur de l'École des Beaux-Arts, ils ne représentèrent presque jamais les scènes de leur époque. Ils eurent deux sources d'inspiration : le paganisme et le' christianisme, mais ils prirent avec l'un et avec l'autre de singulières libertés. Ils connaissaient très vaguement la véritable antiquité, ils n'étaient capables de la voir que par ses côtés anecdotiques, de l'inlerprélcr qu'à travers l'interprétation italienne : ils ne la mesuraient qu'à leur esprit, qui était médiocre. Quant au christianisme, on ne les sent pas mieux en état d'en concevoir même la gravité, à plus forte laison le sens religieux :
ils n'y cherchaient en vérité que des motifs de tableaux.
« Aussi voit-on facilement tout ce qui leur manque; d'abord la pensée. Leurs œuvres ne répondent jamais à une conception intellectuelle ou morale, aucune idée ne s'en dégage. Non seulement ils n'y mettent rien d'eux-mêmes, mais ils ne prennent jamais leur sujet que par la surface.
Ils n'ont pas d'avantage l'amour profond de la plastique; non qu'ils demeurent absolument indifférents à la séduction des formes, mais ils n'ont jamais compris que l'expression de la beauté venait avant tout de l'élude sincère de la réalité; ils n'ont vu la nature qu'à travers le voile de leur éducation artistique et de leurs théories. Leur main même ou leur pinceau finissait par ne plus avoir l'énergie de serrer de près la vérité, ne la rendait plus que par un compromis entre le modèle et l'antique, et ne se prêtait qu'à une certaine grâce arrondie et molle. Idée ou exécution, on cherche en vain chez eux l'accent*.»
Peut-être faut-il aller chercher la vérité dans les arts accessoires, comme le vitrail que nous reproduisons (fij. 170) et qui nous donne un précieux document sur la personne môme de Louis Xlil, tirant de l'arquebuse à rouet et velu d'un jubtaucorps galonné, à petits pans t.-iiUadés, par les fentes
Flg. 179. — VITRAIL REPRÉSENTAXT LOUIS Xlll, EXÉCUTÉ PAR GAUTHIER ET LINAUD
ÉPOQUE DE LOUIS XIII
Ce jugement paraît un peu sévère si on l'applique à Nicolas Poussin, qui, lui, avait eu réellement l'intelligence de l'antiquité, et même à Eustache Le Sueur, qui montra de belles qualités décomposition; mais il faut avouer qu'il s'adapte justement au peintre favori de Louis XIII, à Simon Vouet, autant qu'on en peut juger par ce qui reste de lui. Dans ses panneaux décoratifs, qui furent gravés par Michel Dorigny, il apparaît comme le styliste type du commencement du xvn" siècle; ce ne sont plus les lignes élancées de la belle période de la Renaissance : ses figures ont des formes plantureuses, et
l'ordonnance de Tensemble est lourd : les rinceaux n'ont plus d'imprévu ni de légèreté, et les cartouches se présentent dans un cadre simplement géométrique. La seule originalité qu'on doive y reconnaître, c'est la fleur prise à son état naturel, et mise en guirlande, au lieu des fleurs empruntées toutes stylisées aux formules précédentes.
Si la couleur plus que le modelé préoccupait les peintres, les sculpteurs ornemanistes, au contraire, cherchaient l'accent dans l'abus et l'exagération du relief : entre les pilastres, sur les tympans, partout oîi ils le pouvaient, ils multipliaient les cartouches aux contours amollis, et aux volutes excessives;
duquel prssent les aiguillettes qui tiennent le liaut-de-chausses au pourpoint. Cette peinture sur verre, très curieuse, est de deux artistes de Troyes, cités par Moreri, Léonard Gauthier et Linard, et non d'un seul Lirxard- Gauthier.
suivant que l'édifice était religieux ou civil , ils prodiguaient les tètes de
chérubins ailés ou les mascarons ironiques.
Pour le mobilier, l'appoint architectonique se borne à des colonnes torses, et à des moulurations arrondies : le meuble est en chêne ou en noyer ; et quand il s'agit d'un meuble léger, comme un siège, on le fait de bois noirci, paribis d'ébène, qu'on recouvi'e la plupart du temps de tapisserie, de velours ou de soie. Il existe enfin d'autres meubles, comme les lits, et même les tables, qu'on dérobe entièrement sous l'ampleur des rideaux et des tentures, ou sous la sombre moiteur des tapis.
A cette époque cependant, époque austère, époque aussi de compression politique et de recueillement forcé, un art brilla d'un réel éclat, la glyptique, qui comprenait le travail en creux
Fig. 181. CUAISE LOUIS XIII 1- n 1 , i f • ii
et en reliei du métal, et tut exceptionnellement servie par deux maîtres médailleurs, Guillaume Dupré et Warin.
l'ig. 182. — MÉDAILLON PAR GUILLAUME DUPIilî
Fig. 183. — GRAND GUÉRIDO.N A flGUBES (l>ESSI»I DE LEDUUN)