CHAPITRE VÏI
Époque de Louis XIV.
Le style, à l'époque de Louis XIY, nous révèle un élat d'àme qui se manifeste impérieusement dans l'art décoratif : l'orgueil. Si toute la production parait unie; si on en saisit la direction, les tendances, l'effort de volonté toujours porté vers un même but, on s'aperçoit que c'est une pensée d'orgueil qui préside à celte direction, à ces tendances, à cet effort de volonté. Et il en résulte dans l'œuvre créée, comme caractère dominant, une sensation d'où le naturel est exclu, une sensation d'artificiel et de convenu, qui arrête l'élan et tempère l'admiration. Tout y est fait pour l'aspect extérieur, pour la parade, pour une sorte d'hypocrisie de grandeur, h laquelle les contemporains eux-mêmes se laissent prendre.
L'ordre et la discipline veulent l'unité, mais l'harmonie fait défaut ; on a soif de magnificence et de pompe, mais la simplicité méconnue garde pour elle ses qualités méconnues. On ne se contente plus d'interpréter l'antiquité dans les monuments, avec l'ingéniosité dont les artistes de la Picnaissance avaient fait preuve, on veut la copier, et l'on voit subitement toute inspiration se stériliser. La copie d'ailleurs est compliquée parce qu'on
prétend, par ignorance, la perfectionner, et, suivant la formule heureuse d'un historien, « ce siècle qui se faisait l'imitation pour règle, eut l'étrange malheur, par une contradiction bizarre, de gâter ce qu'il imitait ».
N'est-il pas curieux qu'à celte époque, oii l'activité inlellccluelle se
Flg. 184. — DESSIN DE LEBRUN, POI.'il MAHLY
haussait jusqu'au génie, où une sagesse vraiment olympienne semblait présidera l'expansion des lettres, des sciences et de la philosophie, où le bon sens même savait se manifester dans les œuvres de l'esprit par d'incomparables chefs-d'œuvre, n'est-il pas curieux que l'art, et particulièrement l'architecture, n'ait songé qu'à sacrifier à l'effet extérieur, effet d'inutile magnificence, transportant partout le temple antique, avec une déplorable
ÉPOQUE DE LOUIS XIV
monotonie de colonnes, comme si tous les actes qu'il fallait abriter étaient des actes divins; comme si la vie, en son évolution la plus stricte, la plus matérielle, élait devenue un culte. A tout propos, le ton qui se fait entendre
Fig. 189. Fig. 190.
est celui qui commanderait à l'épopée, encore qu'il s'agisse de répondre à un besoin pratique : le grand siècle, dans son art, est le siècle de l'emphase, dont l'aspect de grandeur ne va pas sans froideur, dont la superbe dérobe mal les artifices; dont la solennité est souvent disproportionnée avec l'objet
auquel elle s'applique, et d'où s'éveille une inévitable sensation de tristesse; celle qu'on ressent par exemple dans cette cité de Versailles, où chaque pierre, pour ainsi dire, évoque le souvenir du roi soleil.