‹ Comment discerner les styles du VIIIe au XIXe siècleChapitre 39 sur 84 · LES CARACTÈRES PROPRES · texte numérisé non relu

LES CARACTÈRES PROPRES

Et cependant, pour le décor de ces édifices princiers, et de ces demeures somptueuses auxquelles Mansard avait apporté d'heureuses modifications, on ne ménageait aucun effort, on ne refusait aucune matière, on ne reculait

Fig. 191. — ALCOVE A LA ROYALE (lEPAUTRE)

devant aucun sacrifice : l'or, l'argent, le bronze, le marbre aux mille variétés de couleurs apportaient leur concours le plus riche; on se dépensait en imagination de toutes sortes, pour donner plus d'éclat à la majesté, mais on ne rencontrait pas le charme.

Les matières étaient précieuses, mais les formes étaient molles et contournées; l'ornement était abondant, mais il se surchargeait de détails inutiles, dont l'exagération et le nombre causaient de la fatigue. Il est vrai que les décorateurs trouvaient une source inépuisable pour leurs coûteux caprices, dans les cahiers de modèles, que les graveurs du xvii'' siècle publiaient sans se lasser, à l'exemple de leurs prédécesseurs de la Renaissance. Et puis, il faut bien le constater, si l'on n'avait pas encore le goût sévère de

ÉPOQUE DE LOUIS XIV

l'archéologie qui se manifestera avec éclat dans le siècle suivant, on avait déjà contracté des habitudes de colleclions : les objets commençaient à s'amasser dans les intérieurs; certains personnages employaient leur forlune à se créer des galeries, où. dans le désordre de l'entassement, toutes les époques et tous les styles se heurtaient, et les décorateurs, pour se distinguer, croyaient bien faire en multipliant l'ornement avec un tout autre but que la pure satisfaction de l'esthétique.

Et d'ailleurs, comment ne pas excuser ces erreurs, quand le bric-à-brac vient dévoyer le geste et fausser le sens de la raison? Dès ce moment le style perd son homogénéité, et les styles, en leurs manifestations diverses, sont difficiles à suivre dans leur évolution précipitée.

Le vitrail est complètement abandonné : les fenêtres portent des vitres, do petite dimension, encore retenues par des ligatures de plomb, les châssis de bois ne devant être adoptés qu'au xvm^ siècle. Mais une industrie nouvelle naquit, celle des miroirs, qu'on avait jusque-là fait venir de Venise, et où les miroitiers français du xvn' siècle atteignirent, du premier coup, à la perfection. On connut des glaces d'une dimension peu commune, et l'on ne peut nier que cet élément de décoration fut particulièrement heureux. La céramique connut également des vicissitudes; on ne voulait plus des faïences de Bernard Palissy,

Fig. 192. CHAISE A rORIEURS LOUIS XIV

pas plus que des formules Henri II. La Chine avait importé nombre de pièces de porcelaine, dont les amateurs se montraient jaloux.

La tapisserie, avec la manufacture des Gobelins, et sous la direction de Le Brun, produisit des pièces qui répondent bien au goût de l'époque; comme les belles suites des Mois, des Saisons, des Maisons royales, des Muses, de Yflistoire d'Alexandre, de YHistoire de Méléagre, etc. ; on doit signaler cependant, vers la fin du xvn'' siècle, l'apparition du papier de tenture, destiné à donner, avec économie, la sensation du luxe des tentures d'étofle ou de cuir.

Enfin, l'orfèvrerie et rébcnisterie, avec les Coulle, affirmèrent leur vitalité en des pièces que nous avons analjsces dans nos planches. 11 s'agit là surtout d'oeuvres de stylistes : le style général échappe; le style individuel s'impose de plus en plus; y insister davantage nous obligerait à sortir des limites que nous nous sommes proposées pour cette étude.

Fig. 194. -

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