‹ Comment discerner les styles du VIIIe au XIXe siècleChapitre 40 sur 84 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

styles du XVIIP Siècle.

La Régence. — Louis XV. — M"' de Pompadoup.

On a écrit : « La corruption des mœurs engendra, sous la Régence, la corruption du goût. L'abaissement de l'esprit gouvernemental entraîna celui de toutes les aspirations. » Et l'on a voulu, en ce jugement d'une excessive sévérité, donner la synthèse morale non seulement de la Régence, mais encore de tout le règne de Louis XV.

Il faut revenir sur une pareille appréciation : le style du xviii' siècle, y compris la transition de la Régence, s'explique parfaitement sans invoquer la corruption du goût et l'abaissement de l'esprit. Si les modes et, partant, si le goût exprimé sont des résultantes d'une façon générale de penser et do sentir, le mouvement philosophique était trop puissant au xvuf siècle pour ne pas rejeter tout de suite, après la mort de Louis XIV, tout ce que la saine raison commandait de rejeter des vains artifices de l'emphase. Le style du HMif siècle est donc un style de réaction.

Après la solennité massive et triste, il fallait quelque chose qui se rapprochât davantage des commodités étroites de l'humanité, et qui rendît la vie agréable. Après le masque hypocrite de l'ennui, on voulut avoir au moins l'apparence du plaisir. Après cette parade continue, cette sorte de garde montante toujours prête à saluer la pompe maussade d'un roi qui se laissait

comparer au soleil, on éprouva des besoins de délente, des besoins de se mettre à l'aise, des soifs de crépuscule et de lumières atténuées, où la fatigue fût évitée, où la bonhomie l'emportât sur la morgue, où le laisser aller se montrât plein de complaisance, dans un cadre d'apaisement, fait de grâce facile et de sourire mièvre.

Et c'est pourquoi l'on vit tous les angles s'abattre ; la sinuosité fut à l'ordre du jour, la volute s'oflrit élégante et légère. Le style conservait

Fig. 195. — SALON DÉCOUÉ PAT. BOFFRAND

encore une tradition de symétrie, mais le caprice s'y glissait déjà avec d'extraordinaires trouvailles d'imagination. Certes, on ne tend plus au beau absolu, mais on atteint au point maximum de ce que peut donner l'agréable : on est tout à la vie sensitive, nous pourrions dire à la recherche sensuelle, et l'on joue sur le clavier d'une nervosité un peu lasse, des variations d'une infinie douceur et d'une incomparable harmonie. Car il faut reconnaître, dans le style du xvnf siècle, un système très complet, très défini, où la fantaisie, parfois, confine à la licence, mais où la pondération, qui fuit la ligne droite, découvre, pour s'imposer encore, un autre centre de gravité; ce n'est que plus tard, sous l'éncrvemcnt du style rocaille, que les lignes déchi-

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