CHAPITRE P Le Style. — Sa définition. — Sa constitution
Le sens du mot a Style o.
La définition du style n'est pas aisée, parce qu'il n'est rien, à mon sens, de plus complexe et de plus sujet à discussion. Le mot, est-il besoin de le rappeler, vient du grec ctiIo:, du latin slilus, qui désignait un poinçon en métal, en ivoire ou en os, dont les anciens se servaient pour tracer, à la surface des tablettes de cire, les caractères d'écriture. Avec la pointe du style, on gravait les caractères; avec l'autre extrémité aplatie, on eiïaçait. Plus tard, on étendit le sens du mot, et par mélonyirxie, on entendit par style, non pas l'écriture elle-même, mais la forme particulière de la pensée que traduisait l'écriture. De l'écrivain, le mot passa à l'artiste, et l'on parla du style de Phidias, de Léonard de Vinci, de Michel-Ange, de Bernard Palissy, pour désigner le sentiment personnel communiqué par ces maîtres aux matières qu'ils animaient de leur génie ; mais c'était là un sens concret du mot : il devait prêter à une autre extension.
En comparant les styles propres à chaque artiste, quelque différence qui les distinguât, on pouvait en dégager une manière qui servit d'expression au
beau absolu, et on parla alors d'ua style par excelleace, d'un style abstrait; on dit encore couramment : « Voici une œuvre qui a du style. » Il est vrai que la locution est fâcbeuse et ne donne pas une idée plus exacte que cette autre locution très usitée dans le monde des amateurs : « Voici un beau casque ; il est bien de 1 époque. » Quelle époque? On ne le dit pas.
Pourtant cette variation dans le sens du mot style n'inclina guère du côté des beaux-arts qu'au début du siècle dernier. Jusque-là, et depuis la plus haute antiquité, les textes qui étendaient le sens du mot style ne l'appliquaient qu'aux écrivains. C'est la critique historique et les nécessités d'une analyse didactique plus subtile qui amenèrent l'extension.
Si le style, ainsi que je le disais tout à l'heure, peut servir à l'expression du beau absolu, il peut servir aussi à désigner le caractère propre à des époques particulières, à des contrées différentes, à des artistes isolés. Et définir le style, en fixer les règles d'évolution, en déterminer les caractères, c'est enseigner l'histoire de l'art tout entière, c'est rechercher les principes d'après lesquels on peut établir le rapport entre des œuvres anonymes et d'autres œuvres d'un même temps, d'une même contrée, d'un même artiste.
Le style, si je puis m'exp rimer ainsi, est donc, en dehors des artistes créateurs, un instrument, un moyen de classification, découvert dans un ensemble d'œuvres, par les historiens ou les critiques, pour analyser les caractères d'art et en déterminer la filiation ; c'est une tradition formée d'éléments assimilables, qui se continue pendant un temps limité, dans certaines conditions précises de sentiment et de mouvement.
Des conditions du travail, comme élément constitutif du Style.
Sans remonter à l'antiquité, qui nous a laissé mieux qu'un héritage somptueux, une grande leçon d'esthétique et d'harmonie esthétique, si nous tournons nos regards vers le moyen âge, nous constatons que l'art, sous quelque forme qu'il se présente, à quelque matière qu'il serve de moyen d'expression, est toujours décoratif. Son effet tend à un but utile, toujours déterminé, et le concept et l'exécution ne visent qu'à atteindre ce but. L'architecle a élevé sa construction, mais dans l'achèvement de cette construction, le sculpteur, le peintre, le menuisier-huchier, le peintre-verrier, l'armurier, le tapissier, le céramiste, ont chacun un rôle à jouer, une mission à remplir, mission qui consiste à apporter à l'ensemble le concours obéissant de sa