‹ Comment doit-on rédiger la monographie d'une église?Chapitre 4 sur 7 · COMMENT DOIT-ON HÉDIGER · texte numérisé non relu

COMMENT DOIT-ON HÉDIGER

son système me semble présenter beaucoup plus dinconvénients que d'avantages.

D'autres archéologues éminents ont également donné leurs préférences à Tordre chronologique, qui leur a paru plus scientifique, mais je vais donner un exemple de ses inconvénients. Voici une nef romane reconstruite dans sa partie haute, à l'époque gothique, comme celle de la cathédrale de Bayeux. Faudrait-il donc couper en deux sa description par celle du chœur, qui fut rebâti tout d'abord ? Comment expliquer avec cette méthode un remaniement ou une reprise en sousœuvre? Si on les signale à l'endroit où on les rencontre, c'est avouer que le principe est défectueux.

Si j'ai moi-même employé l'ordre chronologique dans mes articles sur Saint-Hilairc de Poitiers et sur Saint- Julien de Brioude (1), c'est qu'une discussion sur les dates d'une église n'est pas une monographie. En réalité, cet ordre ne se recommande que dans le cas où des fouilles complètes ont permis de reconstituer l'histoire d'un édifice, comme dans les études du R. P. de la Croix sur le baptistère de Saint-Jean, à Poitiers, et sur l'église de Saint-Philbert-de-Grandlieu.

Une autre méthode consiste à étudier la partie basse d'un monument, à l'intérieur comme à l'extérieur, puis l'étage des tribunes ou du triforium, par exemple, et, enfin, les voûtes, avec les arcs-boutants et la corniche. Au premier abord, ce système est séduisant, mais la description des voûtes, qui donnent à l'édifice son caractère essentiel, se trouve rejetée trop loin, lui outre, il aboutit à la confusion, comme l'ordre chronologique, parce qu'on ne peut se rendre compte de la

(1) Congrès archéologiques de Poi/iers (1903) et du Puy (1904).

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disposition d'une travée et de l'élévation latérale dans son ensemble. La visite d'une église devient alors bien gênante, pour un lecteur qui veut contrôler sur place les remarques d'un archéologue, car la description dune nef, d'un transept ou d'un chœur se trouve dispersée en plusieurs paragraphes. Le fil conducteur fait donc défaut, mais je vais le reprendre pour rentrer dans l'ordre à la fois méthodique et logique qui me semble préférable à tous les autres systèmes.

Le plan d'une église peut toujours donner lieu à des remarques intéressantes sur l'orientation, sur les causes de la déviation de l'axe ou de certaines irrégularités, sur la différence de largeur entre les travées, la saillie du transept, et sur des rapprochements avec d'autres plans du même genre. Il est bon de donner en note les principales dimensions et les hauteurs sous voûte. La description de la nef, précédée de celle du narthex et de sa tribune, doit débuter par l'étude des voûtes, en distinguant soigneusement le berceau en plein cintre du berceau brisé, s'il s'agit d'une église romane, et en décrivant le profil des ogives, des doubleaux et des formerets dans une église gothique, sans oublier les clefs de voûte, dont l'ornementation fournit souvent une base à la chronologie.

Il est inutile de décrire chaque travée séparément, si la nef est du même style, mais ce système s'impose on cas de reprise en sous-œuvre. Dans les grands édifices, comme dans les cathédrales de Chartres et de Noyon, la partie de la nef qui se trouve entre les tours de la façade, présente souvent des dispositions

spéciales. Dans ce cas, les mots de première travée doivent désigner celle qui se trouve entre la première et la seconde pile isolée.

Pour décrire les piles cantonnées de colonnes ou de colonncttes, il faut mentionner le nombre total des fûts engagés. Cette recommandation paraît superflue, mais beaucoup d'archéologues expliquent comment les grandes arcades des travées et les doubleaux sont soutenus, sans faire comprendre le plan des supports. D'autres ne distinguent pas les piles rectangulaires des piles cruciformes, les piliers flanqués de quatre colonnes et ceux qui présentent des angles rentrants avec la même disposition. J'avoue qu'il est souvent très diflîcile de décrire les piliers d'une église du XV" ou du XVP siècle, mais on peut au moins ne pas confondre les piles ondulées, qui sont toujours nues, avec celles qui sont entourées de moulures prismatiques correspondant à celles des nervures et des arcs. On oublie souvent d'indiquer le profil et même la forme des grandes arcades.

L'étage des tribunes ou du triforium mérite ensuite une étude attentive. C'est ici que les comparaisons s'imposent, car ces galeries, souvent remaniées, se réduisent à un certain nombre de types. Les différents systèmes employés pour les couvrir et même les dalles qui surmontent le triforium des églises gothiques doivent être signalés, tout aussi bien que la forme des arcs d'encadrement. En arrivant aux fenêtres, je signale la difficulté de bien décrire les remplages dans une baie ou dans une rose. Rien ne vaut un exemple, et voici comment on peut décrire le fenestrage en regard, qui éclaire la Sainte-Chapelle de Paris :

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