SE
Chaque grande fenêtre en tiers-poiiit est encadrée par un cordon de feuillages et de crochets, qui s'arrête au milieu des deux courbes, sur une tète d'animal. Son
Fenestrage de la Sainte-Chapelle de Paris.
gable, ajouré par un trèfle, conserve les crochets de ses rampants et de son fleuron. Trois meneaux, garnis de fines colonnettes et reliés par des arcs trèfles, divisent le vitrail en quatre panneaux. Le meneau central, plus
épais, sert de point d'appui à deux arcs brisés, qui encadrent deux quatre-feuilles, et à une grande rosace dont les six lobes se terminent par des bouquets de feuillages.
Les baies du XV*" et du XVP siècle, avec leurs soufflets et leurs mouchettes, et celles de la Renaissance, avec leurs rosaces en ellipse ou en forme de cœur, doivent être décrites en appliquant la même méthode. Quant aux roses, il faut indiquer tout dabord comment elles sont encadrées, puis le nombre des rayons et, enfin, la forme des subdivisions intermédiaires qui se répètent.
Est-il bon de consacrer un chapitre spécial à l'ornementation dune église et à la description de ses chapiteaux? Si lédifîce est homogène, ce qui est rare, cette méthode peut offrir certains avantages iconographiques, mais mieux vaut, dans la plupart des cas. rattacher les chapiteaux au paragraphe réservé à telle ou telle partie de l'église, parce que leur décoration peut fournir la preuve d'un remaniement. Le profil des tailloirs, des bases et des socles est généralement passé sous silence : c'est une lacune regrettable, car on peut en déduire un élément de date plus certain que du caractère des feuillages et des figures.
Les bas-côtés sont plus faciles à décrire que la nef. Il faut toujours commencer par celui du nord si l'édifice est homogène, sinon par le plus ancien. Les chapelles latérales, souvent rajoutées après coup, doivent être étudiées à la suite de chaque bas-côté, en commençant par celle qui est voisine de la façade. Le système de numérotage de toutes les chapelles
LA MOXOGnAPHIE d'uXE EGLISE ? 19
d'une grande église ou dune cathédrale n'est pas à recommander, parce qu'il oblige le lecteur à se reporter constamment au plan pour éviter des confusions.
Le carré du transept ou croisée, sa voûte et ses piles d'angle doivent être étudiés avantles croisillons et leurs absidioles. La description du chœur et de ses parties hautes passera de même avant celle du déambulatoire, dont les voûtes méritent toujours une attention spéciale, en raison des difficultés que l'architecte avait à résoudre pour recouvrir une série de trapèzes. Il faut débuter par la première chapelle rayonnante, au nord, et terminer par la dernière, au sud, sans oublier de noter la forme de l'arc qui les encadre. Quand le chœur est bâti sur une crypte, je suis d'avis de la décrire en même temps.
Passons à l'extérieur. Un porche se décrit en même temps que la façade dont il abrite la porte principale : on doit y rattacher la tribune (Il ou le clocher qui le surmonte. Il ne faut pas employer les mots àe, porche et de narthex comme synonymes. Le premier désigne un vestibule ouvert au dehors par des arcades et des baies, comme à Saint-Benoit-sur-Loire ou àSaint-Leud'Esserent; le second, une salle basse et fermée sur trois côtés, qui communique avec la nef et les collatéraux, comme à Tournus et à Saint- Julien de Brioude. Le narthex de Vézelay, appliqué après coup contre la façade primitive de l'église abbatiale, pourrait être décrit entre 1 intérieur et l'extérieur de l'édifice.
(1) Comme les tribunes de ce genre s'ouvrent sur la nef, on peut aussi les étudier en même temps que le vaisseau central.
Le portail central d'une façade doit être étudie avant les portes latérales. Quand il s'agit d'une cathédrale, on peut adopter le même ordre que M. Georges Durand, dans sa monographie de Notre-Dame d'Amiens, où il décrit successivement le trumeau, le soubassement, les statues, le tympan et les voussures de chaque portail. Cette méthode me semble préférable à celle de M. de Guilhermy, qui commence sa description du portail de la Vierge, à Notre-Dame de Paris, parle tympan, et qui la termine par le soubassement. On doit ensuite procéder par étages, jusqu'au point où les clochers se détachent du pignon. Si les tours sont dissemblables, la plus ancienne doit passer la première. Pour décrire la porte d'une église rurale, il suffit d'indiquer le nombre des colonnettes engagées dans les pieds-droits, l'appareil du tympan et les moulures de larchivolte. Je prends comme exemple le curieux portail de Catenoy (Oise) :
Cette porte en plein cintre, prise dans l'épaisseur du mur, est flanquée de douze colonnettes. Leurs chapiteaux sont garnis de feuilles d'acanthe, de palmettes et de volutes : le profil des tailloirs se compose d'un filet supérieur et de deux baguettes reliées par un cavet. Deux tores encadrent la scotie des bases. Le tympan, en forme de croissant, est soutenu par un are surbaissé, avec boudin sur l'arête. L'archivolte présente trois rangs de bâtons brisés, d'un type différent, séparés par un tore et une gorge : un boudin précède son cordon saillant, orné de feuilles d'acanthe.
L'élévation latérale doit être étudiée sur chaque face : on y joindra la description des arcs-boutants et des culées dans les églises gothiques ; celle des
fenêtres, à l'exception des remplages déjà décrits à l'intérieur. La corniche et ses modillons viennent à la suite. Pour les croisillons, éviter certaines répétitions, si leur style est identique. L'abside se décrit de bas en haut, c'est-à-dire en commençant par les chapelles rayonnantes, dans les églises qui possèdent
Portail de Catenoy.
un déambulatoire, et en terminant par les fenêtres hautes et la corniche du chœur. Il ne faut pas que l'étude extérieure d'un édifice religieux débute par le nord, se continue autour de l'abside et s'achève du côté sud, car la description des murs de la nef et du transept se trouverait coupée par celle du chevet.
22 COMMEAT DOIT-ON HÉDIGER
La description du clocher central ou des tours latérales de labside sera faite par étages et non pas sur chaque face. Certains archéologues se dispensent de monter dans les tours : cependant, elles peuvent renfermer des salles voûtées très curieuses. En outre, si elles sont surmontées d'une flèche, il est intéressant de noter par quel procédé on a pu passer du plan carré au plan octogone. L'étude des vitraux et du mobilier, le texte des inscriptions gravées sur les pierres tombales et sur les cloches prendront place dans des chapitres spéciaux, pour ne pas couper la description architecturale de l'église. La même observation s'applique aux dépendances dune cathédrale, comme une salle capitulaire, un cloître, une sacristie.
Avant de rectifier quelques-uns des termes les plus défectueux du vocabulaire employé par un grand nombre darchéologues, je tiens à faire quelques remarques sur le style qui convient à une monographie. La phraséologie admirafive, qui excluait tout détail technique, est heureusement en baisse, mais elle n"a pas entièrement disparu. Elle dégénère souvent en détails inutiles, qui font perdre au lecteur toute idée d'ensemble sur les caractères originaux d'un monument. La grande difficulté, c'est d'éviter la monotonie et la sécheresse. Les uns simaginent être plus clairs, en mettant toutes les phrases à la ligne ou en abusant des parenthèses ; d'autres tombent dans l'excès contraire, en oubliant les alinéas. Or, un paragraphe bien rédigé sera toujours plus goûté du lecteur
et i)lus conrorme aux règles de la composilion lillt'rairc. On peut l'aire un bon guide en recopiant des notes de voyage, mais cette méthode offre de nombreux inconvénients quand on l'applique à une monographie. En effet, la description sera dépourvue d'intérêt, la discussion des dates mal conduite et le style fatalement négligé.
On peut diviser les mauvaises expressions en deux groupes, suivant quelles servent à désigner telle ou telle partie du plan d'une église ou un élément de construction. Dans la première catégorie, je m'attaque à cette locution très répandue, une église à trois nefs. Il faut dire : une nef flanquée de deux bas-côtés, car, en réalité, une église ne peut avoir qu'une nef, ou deux, comme celle des Jacobins de Toulouse, mais jamais trois. La désignation des bas-côtés par les mots de droit ou gauche prête à la confusion, car les chroniqueurs du moyen âge entendaient souvent par ces directions ce qui était à la droite ou à la gauche du prêtre, quand il se retournait vers les fidèles. En distinguant le bas-côté nord du bas-côté sud, on évitera donc une source d'erreurs.
La même observation s'applique aux bras du transept. Le mot de transept doit servir à désigner la croisée de l'église dans son ensemble : c'est donc une erreur de l'employer au pluriel, sauf dans certains édifices qui ont la forme d'une croix à double traverse, comme l'église de Saint-Benoit-sur-Loire. On ne doit pas dire transept nord, mais croisillon nord, transept sud, mais croisillon sud. Quant au mot d' intertransept, qui jouit d'une certaine faveur, il n'a aucun sens et doit être remplacé par ceux de carré du transept ou de croisée.