‹ Comment éviter les impôts mortelsChapitre 15 sur 26 · LES GARANTIES DES PAIEMENTS DUS PAR LE PEUPLE ALLEHAITD · texte numérisé non relu

LES GARANTIES DES PAIEMENTS DUS PAR LE PEUPLE ALLEHAITD

I. — Les mesurée imméâiaies à prendre de nature à empocher les Allemands d^esquiver la prise d'engagements précis lors de la conclusion de la 'paix.

ill. — Le désarmement intégral de l'Allemagne.

III. — Ijacréation solide des États antipangermanistes de rEùrope Centrale.

Le système exposé dans les chapitres prëcëfleiïts pour permettre aux peuples àlRés fl'Europe de falire face aux charges écFBsainteg Fésoittant de la guerre « lient » au point de «vue technique financier. Mais il ^t'ëtvîd^eFBft*queoe système, comme n'imfiorte quel aritre d'ailleurs, est sans la

moindre valeur, si un ensemble de garanties extrêmement sérieuses n'assure pas le fonctionnement durable et régulier de ce système.

La parole des Allemands ne pouvant être prise en considération, on ne saurait attacher aucune importance, quant à leur exéculioïiy aux engagements écrits qu'ils sont susceptibles de prendre par traité. Ces engagements sont cependant utiles à faire prendre car ils serviront de base à l'action ultériçure des Alliés et formeront titre pour la répartition de l'indemnité allemande entre les Alliés.

Il faut être parfaitement convaincu que les Allemands paieront seulement dans la mesure où ils se sentiront contraints de faire et seulement aussi longtemps que itte contrainte existera. A cet égard, il est permis d'avoir aucune illusion. Les

seules garanties qu'on puisse prendre au sérieux quant aux paiements que doivent faire les Allemands aux Alliés ne sauraient résulter que de faits, c'est-à-dire de garanties réelles judicieusement choisies, étudiées et réalisables dans le temps et sur la carte de façon à obtenir le résultat voulu.

'Les mesures tmnrrétf rates à prerrdrede 'nstture à empêclwr les Mlemarréfs d'esquiver la prise d'engagements précis.

Il n'est nullement certain que les Allemands signeront un traité de paix, car dès maintenant ils travaill^nt à se soustraire même à cette obligation formelle, au moyen d'un plan qu'ils s'efforcent activement de réaliser depuis la conclusion de l'armistice à la faveur des discussions de la Conférence.

J'ai exposé ce plan en janvier dernier dans la Tribune de New- York. Depuis lors

GOienfiNT Éyiimi les impôts moatels 131

lesi événemâ^nts en dômoatreat chaque jour un peu plus la réalité.

Ge plan est composé esseBtîellément (lâs>éiém6nits suivante :.

1** Oirgadiiser et accroîtrte au plusr vite Uarmée bokJ^iviâte russ^ dont, les chef& sûnt. en: néalité: des agents allemands. Sln faîL, Taumée bolckeviste qui. compte déjà plus dfuUi million d'hommes est une armée mencenaice. Les cadres sont composés suctout d'Allemands et de Mîagyars. Le noyau de ses régiments est constitué, outre les Allemanda^ et les Magyars, de Lettons et de Chinois. Les Russes, en réalité, ne font que remplir les cadres de cet ensemble.

I1& y entrent surtout pour avoir à manger et ils n'y restent que par l'effet d'une discipline basée su» la terreur.

2** Concentrer géographiquement toutes les forces de l'Allemagne de l'Ouest à

l'Est contre les Polonais et les Tchèques, ce qui est déjà fait.

3^ Dès que l'Angleterre et la France auront suffisamment démobilisé, afin de les réduire à l'impuissance, déclancher chez elles des mouvenients sociaux en provoquant d'incessantes demandes d'accroissement de salaires et de traitements qui, après les immenses dépenses de la guerre, sont de nature à déborder financièrement les gouvernements alliés.

4"* Simultanément écraser les Polonais sous l'effort combiné des Allemands, des Bolchevistes russes et des Ukraniens.

5** Agir en même temps contre les Tchéco-Slovaques afin de leur faire subir le sort des Polonais.

6"^ Poursuivre la même opération contre les Yougo-Slaves et les Roumains, ces derniers étant attaqués par les Bolchevistes russes.

Non seulement ce plan ressort nettement pour un observateur des faits concordants qui se multiplient depuis Tarmistice, mais encore il se trouve avoué dans une lettre publiée par le Daily Telegraph du 18 mars 1919 et dans \di Démocratie nouvelle du 18 avril 1919. Cette lettre a été écrite fin janvier 1919 par M. de Kuhlmann qui fut ministre des Affaires Étrangères de l'empire allemand d'août 1917 à juin 1918 et qui, en cette qualité, signa le traité de Brest- Litovsk. Cettre lettre a été interceptée dans un pays limitrophe de T Allemagne par un service de renseignements allié. Naturellement, cette lettre ne saurait être avouée par son auteur mais ceux qui ont pu en vérifier le texte et qui connaissent personnellement M. de Kuhlmann sont convaincus de l'authenticité de ce document. En voici le texte, qui constitue une confirmation du

134 C0M8IENT ÉVITER liES IMPOTS in)RI^.S

plan géniéral exposé plus haut et que déYodient plus nettement encore les faits acquis. postérieurs à cette lettre.

« Les éYténemeiits suÎTBnt le cours prévu dans ma lettre du^l2 jan^v^ier. Alors, jeté disais : a L'épée du Maréckal Foch a été remise au fourreau, désormaisinous n'avons plus rkn à craindre de la Franee et trois alliés nouveaux nous arrivent qui vont renforcer nos Ukraniejos et nos bolcheriks .

•(( Cas trois alliés sont :

« Premièrement, Tîdîéologîe du président Wilson qui sert merveilleusement notre jeu, et aide également les Bolchevistes qui sont nos alliés actuels au dehors de l'Allemagne. Avant longtemps, Tidéologie du Président Wilson aura semé la division parmi les Tchèques, les Polonais, les Italiens et les Yougo-Slaves. Réellement, si nous ne sommes pas des ingrats, nous

élmmons- unei statue h^ Wilson dan» la Wilfa etlmstr atss®.

' ce Sdeondement^ la délicieuse étourdsrie deSiErançad» nœ ban&voidns^ qui^ comme oiTipouvaitifattendre; ne yaîent'rieii aujourd'hui sm delà de: la reprise provisoire de l'Alseee-Lorraiiie. Dans leur joie,, ils ne voient rien de ce qui se passe en Orient, négligent les ppogtrès que le holchevisme réalise de tous côtés : (rivent. Longuet, Loriot^ Sadoul et leurs amis!), abandonnent à leur sort ces Polonais qu'on pouvait si aisément secourir il y a un mois eft vont jusqu'à oublier nos usines, notre démobilisation, nos voiesferrées, menacées d'un, rigide contrôle par Foch au: moment de l'armistice. Vive l'esprit français, mon cher Gustave I Avant 1925, nous serons à Paris dans de favorables conditions.

« Troisièmement, les méthodes ordi*-

naires de la diplomatie française. On \a nommer des masses de commissions qui ne ficheront rien (en français dans le texte). On fera des discours enflammés.

Les décisions énergiques seront remises au lendemain. En attendant le bolcbevisme montera, la barrière polonaise-roumaine s'écroulera, etc. ; on enverra des commissions à File des Princes.

(( La lente et aimable diplomatie française, je le répète, est le meilleur auxiliaire de TEmpire allemand, qui renaîtra plus rapidement qu'on ne pense.

« Biilow avait bien raison de répéter à Ebert, le 24 décembre : « Dès que Foch ne commandera plus, les bonnes cartes nous reviendront peu à peu 1 »

La phrase : « La barrière polonaiseroumaine s'écroulera », constitue un véri-

table aveu de l'authenticité de cette lettre.

Ea effet, cette phrase annonçait, en somme, la révolution soi-disant bolcheviste en Hongrie et rintervention maintenant connue de Lénine en Europe centrale, laquelle fait partie du plan général dirigé de Berlin.

Il est d'une suprême importance qu'on comprenne bien en France et dans tous les pays alliés que la défaîte des Polonais et des Tchéco-Slovaques suffirait à rendre à nouveau les Allemands maîtres de toute l'Europe Centrale et Orientale. En effet, une fois la Pologne et la Bohême écrasées, les Allemands se trouveraient renforcés des troupes bolchevistes russes. Aussitôt les Magyars, les Bulgares et les Turcs rentreraient en campagne. Dans ces conditions, la Roumanie et la Yougo-Slavie seraient bien vite réduites à une complète impuissance. Or, dès que l'Allemagne

138' GQmffinr Éviif» les ibimts mohtbus

serait maîtresse à nouveau de TBuro^ CenU^lê, la France", TKalie efc rAngleterne seraient dh:ns rimpossîJbiUté' d& se* ^e payer; Alors^ sous? l'effet de la propagande: boleheviste, la situation' finaDcière dîM-^ cile de ces pays porterait toutes se*' con^éqcienK^es; Bientôt se produirait Texplosion économique des Alliés d'Occident d'où résulterait^ ensuite leur ses^^ituée pNDlitique à regard de F Europe centrale paiigemna^ nisée.

Tel est le plan pangermanei^bolcheyii^e, à Ja^ faveur diaqne^l les Allemands^ cherche^ rofib ai se soustraire peut^tre même^ à la pFÎs^d!6ngageni0nts^ écrits.

Il est d'^ailkurs eoctréfaiement faeileiaux Allié» de s* opposée àt ce nouvea» plan bocbe; Il suffît de clairvoyance 6 ttdevûkiiitéi

Fbnurr faire obstacle au nouareaux: plan allemand'^ il suffit de pratiquer laj stratér

comifEirr" ÈmsER les ihfots m&KTEiB. 139

gie spéciale qui conyienl. à la période dianQDiktice(, et quJon aiirail àtk depuis lon^emps' employer.

Cette stratégie réclame un ensemble* de manosaivres simples, demandant très peu d-'effèctifs et consistant essentiellemeiat à réaliser U eneerclement géographique parfait de r Allemagne. Les Alliés doivent occuper fortement la ligne Danlzig-Thorn- Siléâiei Cette occupation est indispensable : l*" pour' empêcher le désastre que serait la jonction des troupes bolchevistes russes et des ti*c»ipes allemaindes sur le cadavre de laiRalogue; 2f pour permettre UorganisatioB die Favmée:poknaaise; 3"" pour assurer les paîemenilS'dus: par le peuple allemand.

Les Alliés doivent, en ootre^ ravitailler et armer au plus vite les Roumains, les Tchèques et les Yougo-Slaves. Enfin les Alliés doivent se tenir constamment prêts

à faire intervenir leur aviation de bombardement à grand rayon d'action qui leur permet d'agir sur les villes de rAllemagne centrale et orientale.

Ces diverses mesures, en somme, faciles à réaliser et ne nécessitant pas une nouvelle mobilisation, suffiraient certainement à éviter tout désastre et à empêcher les Allemands de se soustraire à .la prise de l'engagement écrit de réparer les dommages causés. Assurément, cet engagement n'a aucune valeur en lui-même, quant à son exécution^ mais il est cependant nécessaire pour Ips Alliés d'obtenir cet engagement afin d'avoir le titre matériel reconnaissant la dette allemande et facilitant les règlements entre eux.

Le désarmement intégral de l'Allemagne.

La seconde garantie du paiement allemand de réparation par le peuple allemand réside dans un désarmement intégral de FAUemagne. Il faut partir du principe très bien posé par un groupe de députés français :

« L'Allemagne ne doit conserver ni armée, ni organisation militaire, ni armement. On ne doit lui tolérer que les forces de police et de gendarmerie nécessaires au maintien de l'organisation intérieure. î)

Les événements actuels démontrent la

justesse pour l'avenir de ce point de vue.

Si on les avait désarmés totalement après l'armistice, les Allemands ne resteraient plus une menace. Quant aux Spartakistes, s'ils com,mettent des dégâts, c'est uniquement parce qu'ils ont pu s'emparer d' armes ' sans lesquelles leur action eut été impossible. Quant aux bolchevistes russes organisés par les Allemands-, ces Bolcfawistcs eux aussi ne sont dangereiiK que: panœs' qu'ils ont des armes.

Enfin, il faut'désarmer totalemeaatl'AlIe^ magne pour que' tous lesÉtats alliés- puisr sent désarmer aussi dans la mesuve' Im plus lai^ possible;

Mais pour arriver au' désann£ment total de TAllemague i! est essentiel de comprendre que ce désarmement ne saurait résulter d'un traité imposant à l'Allemagne limitation de ses effectifs, même

OOMfiEENT ÉVITER LES IMPOTS lAHtTELS 143

rédaits à des effectifs de police et de gdndaranerie. Aucune garantie vraiment décisive ne saurait être obtenue par remploi de ee seul procédé qui est d'ordre moral en ce sens qu'il repose sur une convention doftt on est sûr à l'avance que rÂllemagne ne respectera jamais les obligations.

Quel que soit le chiffre des contingents ^u'on l'autorisera à conserver, l'Àllemagae aura loujours, bu effet, des millions d'hommes prêts à se laisser incorporer, et elle les incorporera dès qu'elle en aura les moyens. Par contre, il est parfaitement possible de faire que ces hommes soient dans l'impossibilité absolue de s'armer si on « réalise » Timmensé parti possible à tirer de mesures qui, à notre époque, peuvent être prises dans le domaine matériel.

Après avoir signé un traité de désarme-

ment avec Napoléon, les Allemands, au bout de très peu de temps, purent reprendre la campagne. Pourquoi ? Parce qu'à cette époque il était facile dç créer des fusils et des canons, encore dans un état si rudimentaire que leur fabrication ne nécessitait ni outillage spécial, ni sommes considérables. La situation, de notre temps, est radicalement différente. Maintenant, il faut de nombricux milliards pour construire le matériel de guerre et les munitions nécessaires aux armées modernes ; en outre, un outillage gigantesque, fort onéreux et long à créer, est indispensable pour réaliser ce matériel et ces munitions.

Sans doute, il existe un matériel de guerre léger et fort efficace comme les avions et les bombes qu'ils lancent, qu'il est facile de construire relativement rapidement et sans énorme outills^ge. Mais ce matériel

spécial exige encore des usines et une fabrication qui, pour peu qu'on le veuille vraiment, peuvent être soigneusement surveillées .

Ce sont ces diverses nécessités financières et matérielles inéluctables qui rendent possible^ un désarmement intégral et vraiment durable de l'Allemagne.

Pour obtenir ce résultat, il faut d'abord désarmer l'Allemagne, ensuite l'empêcher de se réarmer.

Pour désarmer l'Allemagne, les armes de toute nature qui actuellement s'y trouvent doivent pour la plus grande partie être anéanties sur place. La partie subsistante de ces armes doit être remise aux États de création nouvelle : Pologne, Bohême, Roumanie, Yougo-Slavie, qui, pendant quelques années tout au moins, devront monter la garde sur les frontières

146 COMIfERT ÉVITER LES IMPOTS MORTELS

de rAUennagne ou en Europe Centrale, afin d'éTÎter toute renaissance du danger allemand et contribuer à assurer le paiement des annuités allemandes de réparation dues à Tcnsemble des peuples alliés.

Quant à la livraison de ces armes, elle sera rapidement obteaue le joor où les villes allemandes se sentiront sous la menace d'un bombardement aérien.

Le réarmement de rAllemagne peat être rendu impossible par l'effet combiné des mesures suivantes :

1® L'obligation pour le peuple allemand d'avoir à payer sous contrôle, pendant une longue période, des annuités de réparation, privera évidemment l'Allemagne des moyens financiers indispensables à un réarmement : V annuité allemcmde de réparation devient ainsi une garantie fondamentale de la paix.

â^ L'outillage allemand doit être mis dans rimpossibiiité de fabriquer du matériel de guerre, dans toute la mesure réalisable pratiquement. Or, cette mesure peut être extrêmement étendue. Dans une usine comme Essen, par exemple, il y a deuxcatégories de machines. La première c«mprend les machines qui peuvent servir à la fois à des fabrications de guerre et à des fabrications de paix. Ces machines doivent être conservées comme nécessaires à la vie économique du peuple allemand et par suite à Texécution des réparations dues par lui. La seconde catégorie comprend les machines ou les installations industrielles seiTant exclusivement à des fabrications de guerre, par exemple : les machines à rayer les fusils et les gros canons ; les tours construits en vue de T usinage de grosses pièces ; les puits spéciaux pour

tremper dans Thuile les canons, les machines-outils spécialement destinées à la fabrication des fusils, etc. Toutes ces machines et installations doivent être intégralement détruites sur toute retendue du territoire allemand^ sous le contrôle direct de commissions interalliées.

3** Les armes de la police allemande ne doivent pas pouvoir être augmentées de façon à servir brusquement à l'armement d'une partie de la population. Pour atteindre ce résultat, il suffirait de décider que la police allemande aura des fusils non rayés, ce qui suffit à une force de police, des pistolets automatiques et des mitrailleuses fabriqués hors d'Allemagne, aux États-Unis, par exemple. Les machinesoutils compliquées indispensables à la fabrication des deux dernières catégories d'armes en question n'existant pas en Aile-

magne, on serait, par suite, assuré que le nombre des armes de la police allemande ne pourrait être subrepticement augmenté.

¥ L'importation des armes et des munilions en Allemagne doit être rigoureusepient interdite, cette mesure étant assurée par un contrôle interallié.

tV Des combinaisons interalliées doivent avoir droit de visiter à tout moment toutes les fabriques se trouvant en Allemagne, notamment celles de produits chimiques, d'aéroplanes, afin d'y découvrir et d'y arrêter en temps utile toute fabrication destinée à un réarmement.

6^ Ces diverses mesures ne sauraient , être efficaces que si leur exécution est effectuée sous le contrôle direct de commissions interalliées. Or, l'action Utile de ces commissions implique évidemment Texistence de contingents interalliés en

ISO COMMENT ÉVITBX LES IMPOTS HOITIELS

Allemagne. Mais, dans une AUemagae total«m«at désarmée, les eoaiingeats interalliés de sarveillance pouiraieitt être relativement fort peu nombreuK et leur seule présence suffirait à obtenir le résultat Voulu. Qu'il s'agisse de payer ou de ne pas faire une chose interdite, les Allemands s'exécutent tou^mirs quand ils voient même un très petit nombre de gendarmes. Mais il ne suffit pas que les Allemands connaissent l'existence des gendarmes; pour que les Allemands s'exécutent, il est psychologiquement indispensable qu'ils voient les gendarmes en chair et en os. ■

7° Toutes ces mesures seront appliquées pendant la durée de l'exécution des engalents ânanciers de l'Allemagme^ <c'est-Ài pendant soixante annéra oomne dans re projet financier.

En définitive, on constate donc que le désarmement intégral et durable de l'Allemagne, condition première et préalable d'un désarmement général et de l'exécution des réparations, peut être parfaitement réalisé. Mais cette réalisation ne saurait résulter d'une limitation d'effectifs assurée par des traités sans aucune valeur, mais surtout par ujoe série de faits d'ordre matériel qu'il dépend absolument de la volonté d«5 Alliés de réaliser.

Création solide des Etats antipanger manîstes de l'Europe Centrale.

La troisième grande assurance à prendre pour être certain que les Allemands paieront aussi longtemps qu*il le faudra consiste dans la création solide des États antipangermanistes de l'Europe Centrale :

Pologne, Bohême, État Magyar démocratisé, Roumanie, Yougo-Slavie. Beaucoup d'Alliés voyant les choses de loin, troublés par les polémiques récentes", soulevées d'ailleurs par des écrivains dont aucun n'a étudié sur place les questions dont ils parlent, peuvent avoir des doutes sur la

valeur de la création de ces États. En effet, on a vu récemment les Tchèques en conflit avec les Polonais à propos de Teschen, les Roumains se quereller avec les Serbes à propos du Banat de Temesvar et les Yougo-Slaves aux prises avec les Italiens.

Ces rivalités sont certes fâcheuses et je suis le premier à les regretter, mais après les fautes répétées commises par les grandes puissances de l'Entente pendant la guerre et depuis le début de la Conférence, on ne peut pas raisonnablement demander aux petits États en formation d'être parfaits. En outre, au sujet des conflits entre les divers Étals slaves et latins de l'Europe Centrale, il faut faire la part de la propagande allemande qui a le plus grand intérêt h inspirer aux Alliés des doutes sur la reconstruction de la nouvelle Europe. Les erreurs des petits États alliés

154 GOMliENT ÉVITER LES IMPOTS MORTELS

slaves et latins en formation méritent doDc de Tiadulgence. D'ailleurs, si on regarde la carte, on constate que les différends entre les nouveaux États en formation en Europe Centrale portent géographiquement sur des territoires relativement très

petits et qu'en réaiiié la création de ces Etats résoud déjà d^une façon certaine tendiguement de linfluence pangermaniste sur d'énormes éiendues géograpàiques ,

Quant à la valeur réelle et durable que peuvent avoir contre tout retour du danger allemand les nouveaux Etats de TEurope Centrale : Pologne, Bohême, Roumanie, Yougo-Slavie, une constatation permet de juger cette valeur.

Un fait est certain bien qu'on n'attire généralement pas sur son importance extraordinaire l'attention de l'opinion publique. Tant que l'Allemagne a été mal-

tresse de l'Europe Centrale, c'est-à-dire de l'Antriche^Hongrie et du Danube, il a été impossible aux Alliés, malgré leurs efforts coalisés, de venir à bout de TAllemagne, sur le front Ouest. Par contre, dès que la défaite infligée en septembre-octobre 1918 à l'armée bulgare par l'armée d'Orient des Alliés permit, grâce à la valeur exceptionnelle de l'armée serbe, de reconquérir le Danube, l'insurrection des Yougo-Slaves et des Tchèques se produisit aussitôt et détermina immédiatement l'effondrement de l'Autriche-Hongrie. Dès lors, la totalité des Allemands d'Allemagne, civils et militaires, reçut un coup fatal moralement et matériellement. Coup moral, parce que le plan pangermanisle pour la réalisation duquel l'Allemagne entreprit la guerre s'écroula brusquement. Coup matériel, parce que l'Allemagne, coupée de TAutriche

et des ressource^ de TOrient, était condamnée à la famine et à l'invasion des Alliés marchant par la Bohême directement sur Berlin. C'est à partir de l'effondrement de TAutriche et seulement à partir de ce mo^ ment^ que TÂllemagne, sous peine d'une défaite absolue et irrémédiable, comprit l'obligation d'accepter l'armistice sur le front Ouest. Dans sa lettre adressée le 3 octobre au chancelier allemand pour lui demander à tout prix l'armistice, Hindenburg dit textuellement : « Par suite de la rupture du front de Macédoine ainsi que de l'affaiblissement de notre front occidental qui en est résulté forcément, etc..,, il n'y a plus aujourd'hui de chance, selon toute prévision humaine, de pouvoir imposer la paix à nos ennemis. » Hindenburg luimême reconnaît que l'action des Serbes, des Yougo-Slaves et des Tchéco-Slovaques

fut Torigine de la capitulation allemande.

Ce fait, beaucoup trop peu connu, constitue un argument extrêmement puissant pour démontrer à tous ceux qui veulent juger de bonne foi et sans parti pris la valeur considérable pour l'avenir de la création de nouveaux États de l'Europe Centrale avec les débris de l'Autriche-Hongrie, de la Russie et les régions non allemandes de l'Allemagne.

Un second argument établissant la valeur et la nécessité de cette création résulte de l'exaspération, dans laquelle cette création met les Allemands qui exècrent les Polonais, les Tchéco-SloVaques et les Yougo-Slaves , les Roumains, dans les efforts inouïs faits par le gouvernement de Berlin, avec Taide des mercenaires bolchevistes russes et de ses alliés magyars, pour empêcher à tout prix l'organisa-

138 COMMENT ÉVITER LES IMPOTS TliORTELS

tion de ces peuples à l'état indépeadant.

Mais les Etats de l'Europe Centrale :

PoltJgne, Bohême, Roumanie, Yoogo-Slavie, ne seront solides que si leur création résulte, non d'un traité, mais de faits judicieusement accomplis. C'est pourquoi il est absolument indispensable pour les Alliés de leur donner les secours et concours indiqués plus haut (v. p. 139).

Telles sont les trois séries de mesures de nature à assurer le paiement durable et régulier des Allemands. Ces mesures sont toutes possibles, logiques, justes. Pour les réaliser, il suffit de vouloir.

Page 1