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POURQUOI L'ALLEMAGNE PEUT PATEB ET A QUELLES CONDITIONS

— La situation relativement avantageuse de l'Allemagne.

. — Pour payer, les Allemands doivent pouvoir travailler.

I. — Quel peut être le minimum de l'annuité allemande de réparation?

f. — L'annuité allemande de réparation doit être payée pendant longtemps.

Ud très grand nombre d'Alliés ont la ensalion que le problème des réparations 3 pose dans des termes tels que sa solulon est probablement impossible. On se it : a Puisque les dommages directs et idirects causés par TAIIemagne aux

Alliés sont évalués au chiffre gigantesque de 1.000 milliards et que la valeur du patrimoine de l'Allemagne était en 1913, d'après M. Helfferich, d'environ 375 milliards de francs-, le peuple allemand ne pourra jamais s'acquitter ; par conséquent, il faut dès maintenant se résigner à des réparations très incomplètes. »

La situation relativement avantageuse

de l'Allemagne.

Ce raisonnement paraît tout d'abord logique et péreipaptoire, il est en réalité beaucoup trop rapide et superficiel. D'abord l'Allemagne n'est pas, comme on le prétend, ruinée par la guerre. Elle est au contraire, par comparaison avec les États alliés, dans une situation exceptionnellement favorable, carde tous les grands pays du continent, l'Allemagne est le seul n'ayant pratiquement pas subi d'invasion.

En effet, l'invasion des Russes en Prusse Orientale n'avait déterminé que pour

400 millions environ de dégâts qui, depuis longtemps déjà, ont été réparés aux dépens de la Russie et combien largement ! Quant aux affirmations actuelles des intéressés, c'est-à-dire des Allemands qui, comme Helfiferich, affirment que l'Allemagne ne pourra pas payer, il n'y a pas lieu de s'y arrêter. Ces affirmations font partie de la manœuvre générale dont le but final est de soustraire les Allemands à leurs responsabilités. Ces affirmations ont la même valeur que celles des Allemands prétendant, pendant les quatre années de guerre, qu'ils étaient affamés et n'avaient littéralement plus de quoi manger. Or, tous ceux qui ont été en Allemagne depuis l'armistice ont pu constater que ces déclarations étaient fausses. La pénurie des vivres existe maintenant en Allemagne mais elle n'a commencé à exister réellement que

quand rAUemagne a été coupée des sources de ravitaillement de l'Orient par la victoire deis Alliés en Europe Centrale.

11 en est de la soi-disant pauvreté de l'Air lemagne de même que de sa' soi-disant famine pendant la guerre. En fait, l'Allemagne outre les richesses qui lui sont propres regorge encore du produit gigantesque des vols qu'elle a faits dans toute l'Europe. D'ailleurs l'Etat allemand ferait-il faillite que les richesses matérielles de l'AUemagûe qui sont énormes n'en subsisteraient pas moins. Or, ces richesses et le produit annuel qu'elles donnent peuvent devenir la base de certaines combinaisons qui, comme j'espère le démontrer plus loin, permettraient, tout en restant dans les limites du droit le plus strict, de faire réparer au peuple allemand infiniment plus qu'on ne le croit généralement, c'est-à-dire

tous les dommages directs et sinon tous, au moins la partie de beaucoup la plus considérable des dommages indirects (dépenses de guerre) .

Pour payer, les Allemands doivent pouvoir travailler.

Pour comprendre comment, si les Allemands ne peuvent pas réparer intégralement les dommages directs et indirects qu'ils ont causés, ils pourront tout au moins fournir une réparation assez large pour rendre possibles des combinaisons permettant à cette réparation d'être pratiquement beaucoup plus grande qu'on ne l'imagine généralement^ il faut d'abord considérer à quelles conditions les Allemands pourront réparer.

La première de ces conditions qui s'impose par son bon sens évident, c'est que.

pour que les Allemands puissent payer, il faut qu'ils puissent travailler et faire de l'argent. C'est pourquoi, l'idée d'un boycottage général du peuple allemand dont on a si souvent parlé dans la presse alliée ne doit pas être maintenue comme n'ayant pas de caractère pratique. Dans l'intérêt même des victimes de l'agression allemande, cette conception du boycottage général doit être abandonnée. Non seulement il faut que les Allemands puissent travailler, mais encore il faut qu'ils aient intérêt à travailler, c'est-à-dire qu'on ne leur prenne pas chaque année la totalité

du produit de leur travail. Il est même nécessaire de leur en laisser une partie suffisante pour qu'ils aient un avantage personnel les déterminant à vouloir continuer à travailler, sinon ils paieraient une fois, deux fois, mais plus après. Cette

compréhension psychologique dn fonctionnement des réparations est^ encore dans rintérêt direct des créanciers du peuple allemand. En somme, celui-ci doit être traité exactement comme généralement un créancier intelligent traite son débiteur, en l'autorisant à se libérer par fractions modérées parce qu'il sait bien que s'il lui demandait trop à la fois, il n'aurait qu'une partie extrêmement faible de ce qui lui est dû. Mais si le boycottage ^^^î^ra/ du peuple allemand doit être abandonné, j'ai eu bien soin de spécifier que le boycottage ' auquel il faut renoncer est un boycottage généraL

En effet, si la reprise de l'activité économique allemande est indispensable au fonctionnement des réparations, par contre, cette reprise né saurait être absolument libïjB. La reprise de l'activité écono-

mique allemande ne peut être permise qu'après le désarmement total de FAllemagne, progressivement et sous le contrôle de commissions interalliées. On ne peut évidemment pas laisser FAllemagne, par exemple, s'emparer des débouchés extérieurs que la France a dû totalement abandonner par suite de la guerre qui lui a été imposée ou permettre à TAUemagne de transformer très vite sa défaite militaire en victoire, en raison du fait que, n'ayant pas été envahie, elle se trouve grandement favorisée pour la reprise de la vie économique. Assurément, cette restriction . de l'activité économique allemande, — restriction qui d'ailleurs doit être appliquée sans esprit de tracasserie car un débiteur constamment tracassé ne travaille pas, donc, ne paie pas, — sera peu agréable aux Allemands mais elle est

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le conséquence inéluctable de leur agresan. II faut bien qu'ils iasubissentcomme le punition nécessaire de leur forfait.

cet égard encore, ta nécessité vitale apose aux Alliés de choisir entre vaincre 1 être vaincus.

En résumé, dans l'intérêt même de ses 'éanciers, il ne faut demander chaque nnée au peuple allemand que ce qu'il 3ut réellement payer sans compromettre ;s facultés fondamentales de production, squelles doivent pouvoir fonctionner récisément afin d'assurer la continuité de 1 réparation.

Quel peut être le minimum de l'annuité allemande de réparation?

Ce n'est évidemment pas rapidement ' que les Allemands pourront restituer une part importante des 1.000 milliards qu'ils doivent en tout. Il est clair que le peuple allemand ne pourra, s'acquitter, même en partie, de cette somme gigantesque que par annuités. 11 s'agit donc de se faire premièrement une idée sur le montant minimum possible de cette annuité.

Constatons d'abord que la situation économique générale du peuple allemand était avant la guerre plus favorable que celle du peuple français et que la guerre a

ore considérablement augmenté cette érence au proBt des Allemands et au riment des Français.

)es documents publiés avant la guerre la Dresdner Pank reproduits par M. Lu- 1 Hubert, sénateur, rapporteur du buddes affaires étrangères, et des chiffres !S par ce dernier, il résulte nettement I, en 19H, par tête de citoyen, la dette di^ue allemande était de 645 francs en 3magne, alors qu'elle était de 832 francs France. Toujours par tête de citoyen, le ntant des dépôts aux caisses d'épargne it de 142 francs en France et de I francs en Allemagne. En 1911, les italîstes allemands ont pu verser milliards de francs à diverses sociétés inymespar actions.

t'après les chiffres récemment publiés, dépenses de guerre de rÂltemagne ont

été de 205 milliards de francs, et celles de la France ont été de 164 milliards de francs. ÀTant la guerre, la dette de la France était de 32 milliards et celle de r Allemagne de 26 milliards. La dette totale de la France est actuellement de 196 milliards et celle de TAUemagne de 231 milliards.

La population de TAUemagne en 1914 était de 68 millions sur lesquels elle a perdu à la guerre 1.600. 000* Supposons que la perte de la population civile allemande résultant indirectement de la guerre soit égale à celle des pertes directes de guerre comme c'est le cas pour la France (voir p. 5), alors qu'évidemment TAllemagne non envahie a dû avoir de ce chef des pertes de population civile inférieures à celles delà France. Sur ces bases la population de l'Allemagne aurait donc

iminué du chef de la guerre de 3.200.000 .

ais il y a lieu de tenir compte du fait livant. Alors que la population de la rance est depuis longtemps stationnaire, 1 population de l'Allemagne, en raison de 1 forte natalité, s'accroît en moyenne de )o.000 têtes par an, soit de 2.540.000 endant les quatre années de guerre. La srte de population réelle de l'Allemagne, %r rapport au chifTre de sa population en 914. est donc de 3.200.000— 2.540.000, »t 660.000 habitants, soit 1 million en diffres ronds. Il resterait doncen chiffres jnds 67 millions d'Allemands pour suporter une dette de 231 milliards, soit par tte 3.447, alors que la dette nationale 'un Français est, comme nous l'avons Dastaté plus 'haut (voir p. 6), de ,444 francs.

Un Français a donc à supporter une

part de dette nationale de 1.997 francs, 2.000 francs en chiffres ronds, plus élevée que la part de dette nationale d'un Allemand. Mais, dira-t-on,rAllemagneva perdre ses sujets Polonais, Alsaciens-Lorrains, Danois. En effet, de ce chef TAUemagne doit perdre environ 7 millions d'habitants. 60 millions d'Allemands auront donc à supporter 231 milliards de dette, soit 3.850 francs par tête, donc encore 1.594 francs de moins qu'un Français.

En outre^ il y a lieu de tenir compte des immenses conséquences^ funestes pour le Français, de -l'invasion du nord de la France (96 milliards de dégâts) et de l'immense avantage résultant pour r Allemand^ du fait que r Allemagne na pas été envahie.

Ces constatations établissent que, toute question d'équité mise à part, TAUemagne est incontestablement plus à même écono-

miqu^ment de réparer les dommages qu'elle a causés à la France, qu'il ne serait pratîquement possible àcelle-ci de les supporter.

Quelles sont maintenant les ressources générales de l'Allemagne ?

En 1913, d'après ce môme M. Helfferich, qui déclare aujourd'hui que TAllemagne n'a plus rien, le revenu total de l'Allemagne était de 50 milliards. Or, point capital à retenir, pendant la guerre^ le peuple allemand a pu souscrire environ lOù milliards de francs d'emprunts^ soit une souscription moyenne de S5 milliards de francs par an^ pendant la guerre^ alors que cependant son commerce extérieur était complètement arrêté. En outre, toutes les richesses intérieures de l'Allemagne subsistent.

Constatons enfin que si la victoire des Alliés est une réalité portant ses naturelles conséquences, le peuple allemand n'aura

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plus à supporter les frais d'une armée et d'une marine, soit par an, au moins, S milliards de francs de charges supprimés. On peut faire beaucoup d'autres constatations ou déductions du même genre. Elles expliquent qu'une étude minutieuse, faite parla Fédération des indusdiès anglaises^ démontre, à l'aide de nombreuses constatations techniques sur les ressources de l'Allemagne, qu'elle peut payer, à titre de remboursement aux Alliés, une annuité d'au moins 15 milliards de francs. Les données ci-dessus permettent de se convaincre que ce chiffre est très vraisemblable et probablement même modéré.

Je suis persuadé quant à moi, que lorsque l'activité économique du peuple allemand aura été reprise dans les conditions exposées ci-dessus, il pourra même verser plus de 15 milliards par an, sans que sa puis-

sance vitale soit cependant paralysée, ce qui est nécessaire dans l'intérêt même des réparations.

Mais pour que la démonstration du système de réparation que je propose soit plus convaincante, je supposerai d'abord dans les calculs qui suivront au chapitre iv que l'annuité allemande de réparation serait seulement de 10 milliards de francs, xîhiiffre qui semble bien être le minimum de ce que peut payer le peuple allemand délesté de ses dépenses militaires. Bien entendu cette annuité ne sera pas nécessairement payée en argent, ce qui peut être pratiquement impossible. Elle pourra être payable en nature en tout ou en partie ou en titres représentatifs d'une valeur quelconque.

Donc, dans tout mon exposé, le mot milliard est compris non pas dans son sens strict argent^ mais dans son sens large valeur.

L'annuité allemande de réparation doit être payée pendant longtemps.

Mais si on admet que rannuité allemande de réparation ne doit pas être trop lourde, par contre, la justice exige que cette annuité soit payée pendant une période suffisamment longue pour que les réparations deviennent suffisantes et rendent possibles les combinaisons financières permettant aux peuples alliés d'Europe d'éviter les impôts mortels qui suffiraient à déterminer leur irrémédiable défaite.

Mais, dîra-t-on : « Ce long délai de règlement, cinquante ans et peut-être plus, ne

sera pas du goût des Allemands. » Il n'y a vraiment pas lieu de se préoccuper s'il plaît aux Allemands de s'acquitter ou non, mais simplement de savoir si un long délai de-^ paiement est juste et possible à faire fonctionner en pratique.

Le peuple allemand a bien préparé la guerre pendant près de cinquante ans.

Durant cette période, il a régulièrement payé le prix d'armements crorissants, il est donc naturel, conforme à la justice et à l'exemple nécessaire, que le peuple allemand supporte les conséquences de son crime pendant une période sensiblemeat égale à celle de la préparation de son agression. D'abord, on ne peut pas dire que la longueur du paiement à effectuer exciterait les Allemands à refaire la guerre, parce qu'au contraire, tant qu'ils devront payer des annuités, les Allemands ne pourront

cosniËirr éviter les impots mortels

reconstituer leur armement, ni entretenir armée et marine.

Ensuite, en droit, les Allemands doivent exécuter les réparations intégralement et sans délai. Donc, en droit strict, les Ailemands devraient verser tout de suite l.GOO milliards ce qui évidemment est impossible. L'acceptation d'un long délai de la part des Alliés est, en somme, une preuve de leur modération et de leur compréhension des nécessités de la situation et aboutit, en fait, à ne demander aux:

Allemands qu'une partie relativement faible de ce qu'ils doivent.

Par exemple, une annuité de 10 milliards payée pendant soixante ans représente infiniment moins de 600 milliards. Si ces 600 milliards étaient payés d'un seul coup, ils produiraient des intérêts. Or, le fait de en demander aux Allemands que 10 mil-

S par an pendant soixante ans, fait ficier les Allemands du jeu dés intérêts l'ensemble difTéré représente un total idérable. En effet, en tenant compte aïeul des intérêts, une annuité alleie de 10 milliards payés pendant inte ans ne représente, en valeur iUe estimée la première année, que nilliards en chiffres ronds. Le système mnuités fait donc perdre aux Alliés de breux intérêts, donc, en réalité, une de ce qui leur est dû. Il résulte de onstatations que les Allemands n'ont iment lieu de se plaindre d'un long , au contraire. D'ailleurs, sans un long , les réparations deviennent imposs. Refuser d'admettre un long délai de lent aboutirait donc à laisse/' PAllele tirer parti de ses vols et èënéficier de ■ences économiques en sa faveur telles

qu'il en résulterait bien vite une écrasante victoire allemande.

D'autre part, fixer à TAllemagne un délai de réparation trop court, c'est rendre impossibles les combinaisons financières permettant d'éviter aux peuples alliés les impôts mortels.

Pour toutes ces raisons, les Alliés ont à choisir entre une défaite irrémédiable et totale ou faire payer les Allemands pendant un très long délai, les paiements étant assurés pendant ce délai par les garanties réeljes exposées au chapitre v.

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