‹ Comment finiront Guillaume II et ses complicesChapitre 11 sur 57 · I. Dans leur note du lo janvier 191 7. Voir aux Annexes · texte numérisé non relu

I. Dans leur note du lo janvier 191 7. Voir aux Annexes

Les Contrats violés

Dans cette guerre, voulue par elle et si longtemps préméditée par elle, entreprise uniquement pour voler et dépouiller le voisin; dans cette guerre, qu'eût déconseillée Bismarck, mais qui remplit d'aise la falote cervelle d'un Bethmann-HoUweg, l'Allemagne a commis tous les crimes. Mise en appétit par sa Kultur, elle en a même créé; elle a mis au jour, frappé à son coin, ceux qu'aucun être civilisé n'aurait pu concevoir.

Faire couvrir ses bataillons par des civils, — vieillards, femmes, jeunes filles, — obliger ces dernières à marcher toutes nues, pour se garer des coups loyalement portés par l'adversaire; massacrer la fillette et l'enfant, moissonner la fleur humaine qui vient à peine d'éclore et d'aspirer la lumière; tenter de faire assassiner dans l'ombre le défenseur d'une forteresse; voler les uniformes, imiter les sonneries, arborer le drapeau de l'armée adverse pour la tromper, l'attirer dans le traquenard; abuser de ce symbole sacré qu'est la Croix-Rouge en vue du même but; empoisonner les populations et les combattants par des moyens et des engins spéciaux, — l'Allemagne a fait tout cela. Elle l'a fait, consciemment, le sourire aux lèvres, convaincue

qu'elle atteindrait son but. Agissant à la façon d'un grand artiste en massacre, elle a eu trois manières : au début la glorification impudente, puis la négation malgré l'évidence, la triste réalité, enfin l'excuse, pitoyable, invraisemblable, à base de bêtise... Stratégie, (( nécessités militaires », arguments de Frédéric et de Moltke, venez à son secours : l'Allemagne se noie dans un bourbier de mensonge et de calomnie!

Ces trois manières n'ont dupé personne. Les faits sont là. La conscience humaine est saisie. L'affaire est en instance devant les peuples.

Signataires du manifeste des 93 intellectuels de l'innocente Germanie, protestataires des vingt-deux universités boches, qui vous vantez de connaître l'histoire, — feuilletez-la, et soyez heureux! L'Allemagne a marché à pas de géante dans la régression. Elle a laissé loin d'elle, en barbarie, le Mogol, le Hun, le Visigoth, le Vandale, l'iconoclaste, le PeaU'Rouge, le Canaque et l'apache. Attila, le fléau de Dieu, s'il vivait, tomberait aux genoux du HohenzoUern et baiserait, humilié, le bout de sa botte. Gengis-Khan s'avouerait pauvre débutant, chétif apprenti, dans l'immonde et dans l'ignoble; et Timourlang s'excuserait de ne pas avoir reconnu en lui son maître. Au lieu de payer soixante mille dinars au poète du Shah-C^ameh^ le sultan Mahmoud-Sobokteghin enverrait von Vieber réquisitionner chez lui... Guillaume, idole des Teutons, a mis en branle, depuis trois ans bientôt, un instrument de scélératesse dont aucune nation ne soupçonnait l'existence. Contre une

aussi épouvantable agression, la civilisation doit répondre dignement en s'armant du glaive justicier!

Pour nous en tenir aux lois écrites et reconnues de tous les peuples, — l'Allemagne et ses complices mis à part, — l'empire allemand et ses hordes ont violé :

i"" Au point de vue de la personne humaine, les codes et statuts criminels de toutes les nations civilisées, sans en excepter Vhabeas corpus; 2"^ au point de vue du droit des peuples, les articles i, 2, 3, 4, 7, 22, 23, 25, 26, 27, 44, 45, 46, 47, 50, 52, 53 et 56 (concernant le droit international et les hostilités) des conventions de la Haye de 1899 et 1907, signées par ToAllemagne; les traités de Londres des 1 5 novembre 183 I, 19 avril 1839 et ti mai 1867, reconnaissant la neutralité et l'inviolabilité perpétuelles du royaume de Belgique et du grand-duché du Luxembourg, signés par rc4llemagne;la convention internationale de Genève relative aux blessés des armées de terre et de mer, signée par roAllemagne, De plus, elle s'est immiscée là où elle n'avait que faire.

3** En agissant criminellement, en vue d'actes de guerre, en Amérique, au Mexique, à Cuba, aux Philippines, en Irlande, en Espagne, en Grèce, en Roumanie', elle a compromis la neutralité proclamée diplomatiquement par ces différents Etats (violation des articles i et 2

I. Avant que la Roumanie lui déclarât la guerre (28 août 1916).

de la V convention de la Haye). Elle a attaqué une colonie du Portugal sans déclaration de guerre (violation de l'article i, IIP convention de la Haye). Pour ce qui concerne particulièrement le royaume de Grèce, l'Allemagne, en agissant sur la politique intérieure et extérieure de cet Etat, a tenté de violer le statut organique du 4 septembre 1829, — traité d'Andrinople, — signé par l'Angleterre, la France et la Russie et donnant à ces trois puissances seules le droit de protection, de tutelle et de contrôle sur les Hellènes. Elle a même essayé de faire assassiner Ueniielos. A peu près partout où elle avait des agents diplomatiques et consulaires dûment accrédités, principalement dans les Etats-Unis d'Amérique, au Mexique et en Espagne, l'Allemagne a prescrit à ces agents de sortir de leur caractère spécial, — le seul justifiant leur présence dans les pays où ils résidaient, — pour se livrer à des manœuvres et des actes absolument incompatibles avec leurs lettres de crédit ou leur exequamr,

4'' Enfin, plus que graves, irréparables ont été les coups portés par l'Allemagne à la civilisation, — puissance impondérable, mais présente et agissante dans toutes les sociétés humaines.

La civilisation n'a pas de lois écrites. L'homme civilisé les porte au fond de son cœur. Ces lois sont d'autant plus vivantes qu'elles sont inhérentes à la constitution de l'humanité, que l'homme les accepte en naissant, qu'elles coulent pour ainsi dire dans ses veines. Ces lois,

orgueil et honneur de l'espèce, l'Allemagne les a piétinées toutes! Par sa monstrueuse façon de mener la guerre, elle a ravalé la science au rang d'un fléau et fait du soldat un bandit, un boucher. L'Allemand, presque toujours, fut un hideux exemplaire d'Européen, et la guerre actuelle a déplorablement aggravé son infériorité morale. Mais le kaiser est-il bien sûr, en imposant son drapeau et ses armes aux soldats teutons de 19 14, en leur commandant comme des actes militaires des actes purement criminels^ de n'avoir point outragé, chez plusieurs d'entre eux, — ne serait-ce que chez un seul, — ce mystérieux contrat d'honneur dont l'homme est comptable envers sa propre conscience? Armer quelqu'un au nom d'une patrie que personne ne menaçait, exiger de lui une absolue discipline jusque dans le crime, c'est exercer le plus atroce abus de pouvoir, c'est crocheter une âme... Ce crime, personnel à un chef d'Etat, ce crime impuni parce qu'il est insoupçonné de tout code, Guillaume II l'a commis à coup sûr le jour de sa proclamation de guerre, ne fût-ce que sur un de ses soldats, en l'obligeant malgré lui de mettre à mort des femmes et des enfants, de brûler des villes, des cathédrales et des bibliothèques.

L'Allemagne doit à la civilisation, aux nations martyrisées et outragées, aux victimes, à leurs veuves, à leurs orphelins, à leurs ayants droit, une réparation effective et complète. Elle devra rendre gorge, restituer, ou indemniser, moralement et matériellement, pour le mal qu'elle a

fait^ Nous avons les noms des principaux coupables, des indications pour découvrir et identifier ceux dont la personnalité nous manque. Combien d'autres demeureront impunis, hélas ! Ceux-là — au contraire de ceux qui l'écrivaient à la craie sur les portes, l'étalaient dans leurs odieuses affiches et proclamations, l'aventuraient dans des reçus d'argent et de vivres — ont caché leur nom ou donné pour inexact le numéro de régiment cousu sur leurs habits. Précautions inaugurées par eux — car ils pensent à tout — devant l'amas de publications, livres, enquêtes personnelles, reportages, rapports, relations, où des neutres, des hommes de cœur, indignés de tant de féroce bestialité, signalent à Tunivers les sanglantes turpitudes de la Kultur. Glorification, négation, excuse, aucune de leurs trois manières n'absoudra ces monstres. Le monde sait. Le monde juge. Leur défense est si piteuse, si embarrassée, qu'elle râle dans leur bouche et se débat jusqu'à les étouffer!

Quant à nous. Alliés, nous avons pour les condamner une arme judiciaire efficace, un instrument de droit décisif, qu'ils ne peuvent récuser puisque eux-mêmes nous l'ont fourni : l'article 3 de la convention IV de la Haye 1907, ainsi conçu : (( La partie helligérame qui violerait les dispositions dudit règlement sera tenue à indem-

I. Il est incontestable, en droit, par exemple, que les maisons incendiées ou détruites par les Allemands devront être reconstruites aux frais de l'Allemagne, en Belgique, en France et ailleurs.

nité^ s'il y a lieu. Elle sera responsable de tous actes commis par les personnes faisant partie de la force armée, )) Comme à ce moment l'Allemagne préparait la guerre et se proposait de violer la Belgique, elle fit mettre aux voix cet article par son délégué, le baron Marshall von Bieberstein. La convention l'adopta à l'unanimité et vit en lui un palladiuml La Belgique violée, les Teutons espéraient l'apaiser en lui payant (( un droit de passage », tant ils jugent des autres d'après eux-mêmes! Aujourd'hui l'article 3 se retourne magistralement contre eux; ils vont le subir dans toute sa rigueur... Oui, Allemands, il y a lieu, et même plus que vous ne le croyez.

Il faut jusqu'au bout dire aux neutres, qu'apeurèrent trop longtemps pour leur honneur de civilisés les menaces et la guerre de terreur de l'Allemagne, ce qu'est la race maudite qui voulait infliger au monde entier sa culture.

En outre des contrats internationaux violés, y compris la convention de la Croix-Rouge, les Barbares se sont fait un jeu d'exécuter tous les crimes que châtient les sociétés humaines, tous les dois, tous les forfaits. Assassins, violateurs de femmes, incendiaires, pillards et voleurs, faussaires, faux témoins, ils tombent sous l'application des articles 302, 332, 434, 381 à 388, 147 et 148 du Code pénal français et belge. Ils ont, en ces jours derniers, dans nos départements de la Somme, de l'Oise et de l'Aisne, par l'épouvantable accumulation de leurs forfaits, cent fois mérité les peines édictées en tous ces articles. On sait qu'en tuant des non-combattants

ils se livrèrent souvent sur eux à des raffinements sauvages, — crime prévu par l'article 3 03 : (( Seront punis comme coupables d'assassinat tous malfaiteurs^ quelle que soit leur dénomination ^ qui^ pour l'exécution de leurs crimes^ emploient des tortures, ou commettent des actes de barbarie. )) Enfin, il semble qu'en l'article 435 les auteurs du Code pénal aient uniquement visé les Allemands, tant cet article est éloquent à l'égard de l'immonde race : (( La peine sera la même (celle des incendiaires) contre ceux qui auront détruit, ou tenté de détruire, par Ve^et d'une mine ou de toute substance explosible, les édifices, habitations, digues, voies.,. y>

Les Barbares, devant l'indignation et le mépris universels, ont publié depuis, dans tous les pays où se démène leur propagande, un faux Manuel allemand des « Lois de la guerre », qui n'a rien de commun, bien entendu, avec le vrai, celui de 1907 destiné à leurs officiers. De ce manuel trompeur, fabriqué pour égarer la saine vision des neutres, je cite quelques lignes au chapitre suivant. On les croirait dignes d'une nation civilisée... Ramassons cette arme, que nous a fournie leur incurable sottise, et jetons-la-leur au visage, en même temps que notre Code pénal et l'article 3 du règlement de la Haye !

La Sanction juridique

Nous n'avons plus devant nous des soldats, mais des bandits. Les onze nations alliées sont en présence d'une association de brigands à main armée Je soutiens, en mon âme et conscience, que, du fait même quelle a violé les conventions de la Haye, signées par l'Allemagne à la face du ciel et des hommes, l'armée allemande a perdu tout caractère militaire professionnel. Point ne sera besoin de dégrader ces criminels affublés d'un uniforme. Pas de galons, pas de croix, pas d'épaulettes à leur arracher! Us se sont dégradés

I . En abandonnant, en mars 19 17, les régions de la Somme et de l'Oise, en battant en retraite devant les troupes françaises et anglaises, les Barbares sont revenus cyniquement, méthodiquement, aux monstruosités de 19 14 et 191 5. Incendie de Bapaume, destruction complète de Péronne et de Chauny, destructions partielles de Roye, Noyon, Lassigny, statues volées sur les places publiques, édifices incendiés, arbres fruitiers coupés au ras du sol, populations affamées, jeunes filles enlevées, puits empoisonnés, — quelle retraite de Vandales ! Ils ont même fait sauter à la dynamite les majestueuses ruines féodales de Coucy. Avec quelle ironie de pachyderme ils s'en vantent, les misérables! « Au lieu de nous reprocher l'incendie de Bapaume, — dit un de leurs communiqués, — les Français devraient nous remercier d'avoir mis en sûreté les objets précieux que contenait la ville. »

eux-mêmes dès le premier civil tué, la première maison pillée et incendiée^ le premier argent volé. Ils sont, dans toute la force péjorative, juridique, du terme : des criminels de droit commun.

Ils échappent au conseil de guerre, à la cour martiale, au peloton d'exécution, à la prison disciplinaire. Us reviennent de droit à la juridiction civile, à la cour d'assises^ à l'échafaud ou à la potence, aux galères, au présidio. Le couperet ou la corde, la casaque du forçat et du reclusionnaire les attendent. Tout autre dénouement, toute autre procédure méconnaîtrait la logique du châtiment encouru et ferait de cas exceptionnels des cas ordinaires. Si des empereurs, des sultans, des maréchaux et leurs subordonnés n'ont pas encore été exécutés comme bandits ; si des cardinaux, des pasteurs, des savants, des publicistes, tous bandits de l'arrière, n'ont pas encore traîné le boulet, eh bien! la civilisation est assez forte et sûre d'elle pour offrir ce spectacle vengeur, et réparateur, au monde ! La justice des Alliés doit se dresser, éperdue d'indignation, comme la Némésis antique, et faire flamboyer son glaive! A la guerre abominable que les Barbares ont inaugurée, les Alliés doivent répondre par une autre inauguration : frapper le coupable j quels que soient son rang et sa condition^ même si ce coupable a mobilisé Dieu à son usage et porte un sceptre ; même si ce coupable est revêtu de la pourpre romaine, de la robe du recteur ou du docteur.,. Les honnêtes gens de tous pays, quelle que soit leur religion, éprouveront un particulier plaisir en apprenant que ces deux coquins,

les cardinaux Hartmann et Boettinger, archevêques de Cologne et de Munich, tressent quelque part des chaussons de lisière \

La légitimité de la répression, le droit absolu de punir sont hors de doute. La convention de la Haye d'octobre 1907 le dit formellement en son article 3 . Et que les Boches n'aillent pas là contre! Ce sont eux, c'est leur délégué, — je l'ai dit plus haut, — qui fit voter cet article.

Au reste, il ne faut pas voir en cet article 3 un quelconque scrupule de la prétendue conscience allemande, ni de cette « bonhomie de mœurs », que le Teuton a le front de s'attribuer. En 1907, l'Allemagne était bien décidée à la guerre. Avec la publication du livre intitulé : Kriegshrauch im Landkriege^^ elle cherchait à se dégager des premières conventions de la Haye, signées par elle en 1899. Elle était bien décfdée aussi à violer la neutralité de la Belgique, afin d'en finir en deux mois avec la France et de se retourner con amore vers la Russie, la couper de l'Europe, en faire une puissance exclusivement asiatique. Mais, comme tout soupçon même de psychologie et d'altruisme est absent de son massif intellect, elle comptait que la Belgique ouvrirait ses portes aux nouveaux Huns, se contenterait d'une indemnité en argent pour paiement du dommage causé. Elle espérait que l'Angleterre laisserait s'accomplir, les bras croi-

1 . Le bandit de l'arrière Boettinger vient de mourir dans son lit, comme Von Bissing (avril 19 17).

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