Les lois de la guerre sur terre
ses, la cruelle canaillerie. La France écrasée, la Russie rejetée en Asie, l'Allemagne aurait procédé sans retard à l'annexion de la Belgique et d'une partie de la Hollande. A ce moment, il est hors de doute que l'Angleterre eût pris les armes, mais dans quelles conditions!
La mentalité de l'Allemagne est si éloignée de la nôtre que l'empire de proie a été profondément étonné, pour ne pas dire scandalisé^ de voir le roi Albert rejeter ses offres déshonorantes, l'armée belge se défendre, et l'Angleterre accourir à leur secours au nom de l'honneur et de l'humanité. L'honneur! chose inconnue aux Teutons. Les traités « chiffons de papier », à la bonne heure !
Le châtiment le plus complet, voilà la paix qui leur est due. Regardez dans quel état ils nous rendent les villes françaises qu'ils sont forcés d'évacuer: les ruines de Bapaume, de Péronne, de Chauny, de Roye, ne le cèdent en rien à celles qu'ils ont semées en Belgique. Voyez ces superbes régions dévastées, saccagées pour longtemps, et quels calices d'amertume ils ont fait boire à leurs habitants ! Que penser de ces officiers, soi-disant civilisés, instruits, diplômés, qui enlèvent de force 50 jeunes filles à Noyon, 31 à Chauny, 164 à Nesle, pour leur service personnel, et l'on sait quelle monstrueuse réalité se cache sous le mot « service » ! Des civilisés, des Européens, des hommes, ces misérables? Peut-être pour les camarades de Kienthal, mais pas pour nous !
Tous les neutres sans exception, — en Europe,
comme en Amérique et dans l'extrême-Orient, — même ceux qui ont ravitaillé l'Allemagne et prolongé ainsi la lutte, ce qui équivalait, osons le dire, à une espèce de complicité, — tous les neutres demandent qu'on châtie cette longue suite de crimes et d'horreurs. Aux plus incrédules, aux plus indifférents, les écailles tombent enfin des yeux. L'heure de la justice sonne. L'Allemagne et ses sicaires râlent affolés, affamés, sous les houseaux des poilus et la botte des tommies. Ils sont moins loin de Tipperary que ne le croyait leur âme généreuse. La civilisation a trop souffert pour ne pas se retourner contre ses odieux agresseurs.
Je citerai ici, à ce sujet, trois opinions, de même conclusion, quoique venant de sources bien différentes : celle d'un Français, celle d'un neutre et celle d'un Allemand... Car, chose incroyable, il s'est trouvé (après le courageux auteur de J'accuse^ un autre Allemand, qui, tout en revendiquant sa nationalité, a déclaré mûrs pour la corde les tristes hérauts de la Kultur et du pangermanisme. Eclatante preuve que les crimes teutons sortent vraiment de l'ordinaire!
En la préface du Second Livre jaune français ^ consacré aux monstrueuses déportations de Lille, 191 6, mon vieil ami Henri Welschinger, de l'Académie des Sciences morales et politiques, écrit, dans la manière chaude et vibrante dont il est coutumier : « Voici que le terro- (( risme, partout où domine l'Allemand, est à (( l'ordre du jour. Mais le monde civilisé ne le
(( supportera pas. Entendez ce que disent en (( termes indignés les journaux anglais, italiens, (( russes, portugais, hollandais, suisses et même (( espagnols. Chacun reconnaît qu'à l'heure (( propice tout ce qui a été fait d'injuste et de (( criminel devra être réprimé. Le sentiment, (.( qui, déjà considérable, devient le sentiment (( unanime, c'est que les auteurs responsables de « Tant de forfaits devront être traduits en justice^ « quels qu'ils soient et quelque position quils (( occupent. Il ne suffira pas de dire et de répé- (( ter : (( Ce n'est pas moi qui ai voulu cela ^ ! » « Cette pitoyable excuse ne touchera et ne (( convaincra personne. »
Dans Les Cruautés allemandes ^ — livre qu'il faudrait répandre à des millions d'exemplaires, car il fut des premiers à condamner la Kultur et les Teutons, — M. Léon Maccas tranche victorieusement la question des responsabilités et réduit à néant l'argument hypocrite et niais de la nonculpabilité du peuple allemand. Ecoutons cette voix d'un neutre, déjà éclatante comme un arrêt de justice : (( L'Allemagne tout entière approuve « les crimes; et les intellectuels allemands ont « tenu à s'en rendre solidaires par leur fameux « et honteux oAppel au monde civilisé. La respon- (i sabilité théorique des cruautés allemandes ap- ^ partient : directement aux écrivains militaires (( de l'Allemagne; plus profondément et dans (( leurs causes, à ses professeurs, à ses historiens, (( à ses philosophes. Au premier rang des exé-