‹ Comment finiront Guillaume II et ses complicesChapitre 3 sur 57 · Voir aux Annexes · texte numérisé non relu

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comporte, dans la pensée des Alliés, le plus éloquent et complet des arrêts de justice. En présence de pareils criminels, les gestes traditionnels des vainqueurs doivent singulièrement s'élargir. Dès aujourd'hui, le châtiment est en droit de commencer son œuvre d'assainissement. Les Allemands savent de quel poids pèse sur leur conscience la violation de la Belgique: ils cherchent, depuis plus de deux ans, à rejeter loin d'eux ce cauchemar. Ils n'y parviendront pas plus qu'à justifier, ou excuser, les fusillades et les pillages qui suivirent le crime initial. En lâches qu'ils sont, beaucoup d'entre eux comptent qu'au dernier moment la France laissera ses alliés passer l'éponge sur cette longue suite de méfaits. Nietzsche n'a-t-il point dit de nous : (( Tout ce qu'il y a de noble en Europe dans l'ordre des sentiments, des goûts et des moeurs est l'invention de la France » ? Le Français est si bon, si généreux, si peu porté à la haine après la victoire! Nous savons trop ce qu'il nous en a coûté pendant quarante-trois ans, pour exercer, cette fois, à l'égard de tels bandits, nos privilèges de clémence et d'oubli. Nous n'oublierons ni ne pardonnerons jamais! L'Angleterre, au reste, est là pour nous détourner de toute coupable faiblesse. Son bras de fer saura faire subir aux vaincus le châtiment de leurs méfaits.

A côté des réparations, des restitutions politiques et matérielles, des frontières restaurées, des peuples délivrés, il faut instaurer une autre réparation : le châtiment personnel des criminels. Faire rendre gorge au voleur, vider ses poches,

l'alléger de son butin ne suffirait pas. Il faut aussi punir en lui l'acte, après la réparation matérielle de l'acte. Arracher la victime des mains de l'agresseur, ce ne serait là qu'une justice bénévole. Il faut supprimer l'assassin ! Il faut, par un châtiment capital, restituer au monde civilisé, si odieusement attaqué, l'idée de justice. Le châtiment, ici, est d'autant plus nécessaire et légitime que, dans presque tous les cas, le cambrioleur avait préalablement tué le cambriolé.

Les esprits timides, portés au pardon, les non-altruistes, ne conçoivent point d'autre douleur que celle qui s'en prend à leur chair ou à leurs biens. Ils objecteront peut-être que la civilisation doit toujours en appeler à sa primordiale générosité. Ce serait là le plus abject et abominable des sophismes! Qui croirait encore à l'équité, à la justice, si des êtres aussi coupables, des compagnons aussi hideux que Guillaume II, Bethmann-HoUweg, von Bissing % von Biilow, ManteufFel^, Stenger, Mourad V, Dj mal pacha, Khalil pacha, Berchtold, Horchstein, Jekow mouraient dans leur lit? Jamais, au regard des annales humaines, jamais, l'histoire de tous les temps et de tous les peuples évoquée, pareil déploiement de crimes n'affliea jusqu'à nous le monde. Jamais l'agression rutale, le meurtre, l'incendie, le pillage, le viol

1 . Von Bissing est décédé en avril, pendant l'impression de ce livre.

2. Fils ou neveu de celui dont Bismarck disait : « Manteuffel est un admirable Prussien. Il serait patriote jusqu'au crime. »

et le vol n'ont revêtu formes plus bestiales, ne se sont parés de circonstances plus cyniques. A des crimes aussi atroces, il faut comme réparation des châtiments appropriés. — « La neutralité est désormais un crime, » disait naguère un des esprits les plus libéraux de l'Amérique latine. Ne pensez-vous pas, bonnes gens, qu'on abandonne quelque chose de son droit à la vie en laissant vivre des assassins? Car ils recommenceraient demain, n'en doutez pas, si, par une inexplicable défaillance, les Alliés laissaient à leur disposition l'eau et le feu. Il faut implacablement écraser la bête tudesque, sinon elle aura raison de nous tous, civilisés, avec son venin.

Les Austro-Bandits paieront donc matériellement, politiquement, le mal qu'ils ont fait. Première satisfaction donnée aux peuples injustement attaqués. Mais il demeure acquis que les chefs du vaste brigandage à main armée inauguré en août 19 14, et férocement poursuivi en Belgique, dans le nord de la France, en Serbie, en Pologne, en Roumanie et en Asie Mineure, paieront aussi de leur tête, des travaux forcés, de la détention, selon leur degré de responsabilité et leur part aux horreurs communes. La détention, perpétuelle ou temporaire, comportera naturellement pour les condamnés la mort civile, la destitution de tout emploi, charge ou dignité. En agissant ainsi, la civilisation ne se vengera pas au sens ordinaire du mot. Elle est, par définition, au-dessus de tous les outrages. Mais elle vengera ses morts, — combattants glorieuse-

ment tombés pour la patrie et victimes de l'invasion barbare, — vieillards, hommes, femmes, enfants, qui croyaient en la civilisation et vivaient sous sa tutelle. Il faut faire aux méchants guerre perpétuelle; mais c'est aux Barbares surtout qu'on ne doit jamais céder.

Nos morts nous tiennent. Au besoin, ils s'échapperaient de leur tombeau pour nous crier de les venger.

La postérité ne pardonnerait jamais aux Alliés d'avoir amoindri, pour le bénéfice d'ennemis sans foi, l'ampleur et la souveraineté de la justice. Ils en seront, à l'heure de la paix, quand le Boche râlera sous le godillot de leurs troupiers, les instruments, les dépositaires. — (( Eh quoi! diraient les générations étonnées, les Alliés avaient la victoire, le droit de punir, des milliers et des milliers de morts à venger; et ils se sont contentés de désarmer les assassins et de les renvoyer chez eux, les mains vides, mais prêts à récidiver à la première occasion ! »

Nous avons pu juger, dans une angoisse de trente-trois mois, quel engin de tyrannie et de cruauté, quel péril pour la morale chrétienne représente la Kultur. S'imagine-t-on, sans serrement de cœur, ce que serait le monde après le triomphe des Barbares? Une telle pensée constitue pour l'honnête homme le plus atroce des songes. Morte la bête, mort le venin. Un pareil attentat contre l'humanité appelle, quand se sera tu le canon, le recours aux armes judiciaires. Lorsque diplomates, généraux et gouvernants auront parachevé leur œuvre, la parole

sera aux juges. A la monstrueuse tragédie, dont le sanguinaire cabotin de Berlin fut le grand coryphée % ils donneront le dénouement que réclament à la fois l'honneur des peuples civilisés, le deuil des veuves et des orphelins, les pierres calcinées et fumantes encore des cités détruites : la guillotine. Et qu'on ne dise pas que ce dénouement attisera les haines de peuple à peuple. La haine, qui l'a voulue, qui l'a commencée, si ce n'est l'Allemand?

Latins et Germains

Latins et Germains, Français et Prussiens, Gallia et "Borussia, — quel contraste, quelle irréductible distance entre les deux races! Et quel prodigieux démenti viennent de recevoir, depuis trois ans, les malheureux remueurs de palimpsestes et de c( documents » qui prétendaient qu'à la longue la famille humaine tend à s'unifier, les traits caractéristiques des races à s'effacer, sous l'effort du temps et la multiplicité des rapports entre peuples! Frappez-vous la

I. Le 29 juillet 1914, Nicolas II proposa par télégramme à Guillaume II de soumettre le conflit austro-serbe à l'arbitrage du tribunal de la paix à la Haye. Le kaiser n'a jamais répondu à ce télégramme. Il voulait à tout prix la guerre I

poitrine dans votre tombe, Helvétius, Michelet, Gobineau, glorieux penseurs, honnêtes gens qui ne vîtes pas le mal où il était... Redressezvous, dans tout l'éclat de votre perspicacité, Montaigne, Stendhal, Flaubert. Votre art ne consistait point à résoudre des problèmes insolubles, et pourtant comme vous avez su pressentir la vérité !

(( Les blancs sont blancs, les bleus sont bleus, )) s'écria Napoléon en apprenant la défection de Bourmont, à la veille de Waterloo. Les Allemands seront à jamais des Allemands et les Latins des Latins, la guerre le prouve.

D'un côté, l'admirable civilisation grecque pieusement recueillie et honorée, la solidarité, l'aménité, la création artistique et littéraire, les Croisades, la chevalerie, le culte de la femme, l'élégance de l'esprit et du cœur, la défense des opprimés, les Etats Généraux de 1789, les plus harmonieuses langues qu'aient parlées les hommes, Homère, Virgile, Dante, Cervantes, Molière, Hugo; de l'autre, les ténèbres, la haine, le brigandage, la grossièreté des manières et des mœurs, la laideur érigée en pierre, l'obscurité, l'incompréhension, la sottise, poussées jusqu'à l'in-folio, une langue rauque, saccadée, déplaisante, sans clarté ni probité... Rien n'a changé de part et d'autre!

Depuis César et Tacite, qui les ont vues à l'œuvre, les deux races sont intangibles et immuables. Elles se sont augmentées, d'un côté de Jeanne d'Arc, de l'autre de Luther. Toujours le même abîme! Et, quand s'agrandit et perfec-

donna la science, TAUemagne s'est empressée d'arborer le chimiste Cari Engler comme un symbole de sa tare originelle^ pendant que le Français Pasteur s'efforçait de servir l'éternelle cause de l'Humanité.

Tacite a marqué les Germains de traits ineffaçables. Avant lui, Velleius Paterculus les disait (( nés pour le mensonge, joignant la ruse à la férocité ». Vingt siècles après, ils étaient les mêmes, avec cette différence que la félonie tudesque s'aggravait de Tapport prussien, — d'où Frédéric IL Après la retraite de Russie^ les officiers berlinois, que notre victoire d'Iéna avaient aplatis pendant six ans, insultaient nos éclopés aux tables d'hôte. Le gant était aussitôt relevé, et, malgré le Blocus continental et vingt ans de rivalité armée, les officiers anglais servaient de témoins aux nôtres ^ Devant Ulm, pendant la campagne de 1805, nos soldats incendièrent par mégarde une maison. Napoléon, le grand Latin, s'offensa de cet outrage fait à sa conception de la guerre : (c Vous la paierez. Je vais donner six cents francs et vous donnerez un jour de votre paie^. » Nous savons ce que les Allemands font des monuments et des habitations en pays envahi!

Von Fleck dévalise de ses meubles, à Ham, la maison où il a logé. Le maréchal Ney écrit à sa fiancée, la veille de son mariage : ce Je vous

1. Mémoires du colonel Combes. Les Prussiens publiaient à Berlin un journal plein de fausses nouvelles, Y Extra Blatl, que nos troupiers appelaient V Extra blagues.

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