I. Voir aux Annexes
de la Prusse, qui n'avait rien à voir en ces régions de race gauloise. Ainsi cessera, notamment, le flagrant supplice infligé à la ville de Sarrelouis, patrie du brave des braves — Sarrelouis, ville si peu allemande qu'elle donna à la France, en outre du maréchal Ney, de 1792 à 1815, dix officiers généraux, vingt-deux colonels ou lieutenants-colonels, cent soixantedouze officiers des autres grades et plus de deux cents sous-officiers !
L'indemnité de guerre à payer par l'agresseur, le retour à nos vraies frontières seront l'œuvre des diplomates, des généraux, des gouvernants, avec cette particularité décisive que les chefs de l'armée, responsables de la sécurité nationale, auront fortement, en l'espèce, voix au chapitre. Il faut en finir une bonne fois avec les routes d'invasion géographiques et parquer l'Allemand au delà du Rhin. Mais les restitutions, réparations matérielles, dommages-intérêts, sont affaire de justice. Le travail des armes accompli, la toge commencera le sien.
Tout ce que les Boches ont volé en France, en Belgique, en Serbie, en Roumanie, en Pologne, sous prétexte d'amendes et contributions de guerre, devra être restitué. Ces extorsions de fonds sont des vols officiels, avoués, hors de proportion avec ce que tolèrent l'état de guerre et les conventions de la Haye. En certains endroits, — - abominables procédés I — gouverneurs militaires et civils, généraux, officiers de kommandantur (commandants de place) et chefs de détachements, traversant ou occupant tem-
porairement le pays, ont exigé de l'argent pour soi-disant épargner aux régions et localités l'incendie et le pillage, ce qui n'empêcha ni l'incendie, ni le pillage, ni la dévastation. C'était rétablir le sauvage principe de la rançon des villes^ depuis longtemps aboli par les troupes des nations civilisées. Ni par de l'argent, ni par des peines corporelles (travail forcé ou emprisonnement), les habitants des territoires occupés n'avaient à se racheter. L'article 50 du règlement annexé aux conventions de la Haye, 1907 \ est formel, précis, irréfutable : « Aucune peine collective, pécuniaire ou autre^ ne pourra être édictée contre les populations à raison de faits individuels dont elles ne pourraient être considérées comme solidairement responsables. )) La collectivité, c'est la commune, le département, la province, selon l'organisation administrative du pays. En arrachant de l'argent aux villes, départements, provinces, particuliers, les Teutons ont donc ouvertement commis le crime de vol qualifié, prévu d'abord par les articles 381 à 388 du Code pénal en vigueur en France et en Belgique, ensuite par la convention de la Haye.
On estime à dix milliards la valeur des titres au porteur belges, français et russes, volés par les soldats et officiers de Guillaume II depuis août 19 14, Les quatre cinquièmes environ de cette monumentale escroquerie atteignent des Français. Je ne parle pas des innombrables li-
I, Signées par le baron Marschall von Bieberstein, ministre plénipotentiaire, au nom de l'empereur Guillaume II.
vrets de caisse d'épargne, reconnaissances, obligations et autres valeurs volées à des particuliers ou aux morts dépouillés sur le champ de bataille \ Je passe sous silence aussi — faute d'évaluation précise — l'or et les billets de banque dont les officiers de la Kultur — tous gentilshommes et souvent titrés! — ont allégé les poches de nos soldats et officiers, blessés, prisonniers, ou libres en vertu de leur service hospitalier. Le baron (ou comte) de SchaflTenberg et le docteur VulpiuSj pour ne parler que de ces deux bandits^, passeront à la postérité comme des symboles de dignité professionnelle, de délicatesse et d'honneur allemands. Mais il me faut rappeler les 625 millions volés à la ville d'Anvers, les 500 millions de Bruxelles et du Brabant, les 60 millions de Liège et sa province, les 10 millions de Lille (19 14), suivis de 45 autres millions (19 16), les 10 millions de Roubaix, les 10 de Tourcoing, les 3 millions de Valenciennes et le i /i million de la commune d'Armentières. Je laisse de côté les extorsions de fonds subies par des communes moins importantes et celles que nous cache soigneusement l'ennemi. La complaisante rubrique <( contributions de guerre » a bon dos ; les Barbares ont su en jouer. Ce compte sera d'ailleurs très facile à établir par les autorités municipales,
1. On sait que les armées allemandes sont suivies d'une tourbe immonde, composée de mercantis, vivandiers, etc., ce que, dans la langue énergique de nos soldats, on appelle des corbeaux,