Cahiers du capitaine Coignet cahier
GUILLAUME II ET SES COMPLICES "Jf
prie, mademoiselle, d'accepter quelques parures bien simples. Vous ne trouverez ni perles ni diamants dans cette corbeille. Mais je suis convaincu qu'elle vous plaira, lorsque je vous aurai dit qu'après avoir commandé pendant longtemps les troupes légères qui ont parcouru toute l'Allemagne j'aurais pu avoir de brillantes choses à vous offrir, f avais eu l'idée que mon épée dut me faire conquérir autre chose que de la gloire. y>
Voilà qui juge deux races, deux peuples, deux armées, deux méthodes de combat!
Et ne croyez pas que l'Allemagne soit devenue (( une chose malpropre », — selon le mot cher aux Américains, — seulement depuis les guerres du xviii^ siècle! Au moyen âge, Froissart, esprit positif, impassible, et d'autant plus précieux observateur, jugeait ainsi, dans ses Chroniques^ la race qui fait son dieu de Guillaume II : (( La coustume des Allemands ni leur courtoisie n'est mie belle, car ils n'ont pitié ni mercy de nuls gentilshommes, s'ils échéent entre leurs mains prisonniers, mais les rançonnent de toute finance et outre, et mettent en fers, en ceps et en plus étroites prisons qu'ils peuvent pour estordre plus grand rançon... Allemands sont moult convoiteux. La grande ardeur de convoitise leur toult (enlève) route connoissance d'honneur. i> Avez-vous reconnu, vivants, parlants, drapés pour la postérité, hideux, tels qu'ils sont enfin, von Bissing, ce voleur d'argent, von Fleck, ce voleur de meubles, von Manteuffel, ce brûleur de villes, et von Hindenburg, ce dévas-
tateur, ce bandit, qu'ils prennent pour (( un génial soldat » ?
Non! ce n'est pas pour rien que Nietzsche les a appelés (( le peuple qui trompe ». Entre eux et nous, rien de commun. Français et Latins nous sommes; ils resteront à jamais Prussiens et Germains.
Nous les avons vus sur terre. Sur mer, leur félonie, leur soif d'assassinat et de destruction est aussi féroce, et elle s'augmente ici, pour leurs victimes, du danger perpétuel des éléments. Aux traditions de loyauté, d'humanité, de bravoure, qui sont l'honneur et l'orgueil des marines française et britannique, leur marine, née d'hier, a substitué la lâcheté, le guet-apens, l'anéantissement systématique des marins, des passagers, des navires. Leur guerre ayant soulevé contre eux les neutres, qui se défendent maintenant sur mer, ils coulent tout sans examen ni vérification du contenu, sans accorder la moindre sûreté aux équipages. En employant ces procédés abominables, leurs sous-marins ne veulent pas courir le risque d'être tenus en respect par les canons des bateaux marchands. Glorieuse marine, et de laquelle les Capelle, les Tirpitz et le HohenzoUern ont le droit d'être fiers!
La Germanie est donc un nid d'assassins et de pirates. Les deux mondes ne s'y sont point trompés. Mais, parmi ces bandits, le plus coupable est celui qui proposa les crimes, les systématisa et ordonna comme un instrument de terreur : Guillaume II, le fou de domination et d'orgueil. Six millions de moiTS, douie millions
de mutilés, des larmes, des ruines partout, voilà le bilan du monstre. Notre justice, Alliés, vat-elle épargner ce misérable et le laisser paisiblement croiser ses mains au fond de son tombeau?
L'opinion de nos amis et alliés américains est d'accord avec la nôtre; et la ^?{jw-Tork Tribune la résume magistralement dans les lignes suivantes : (( Ce n'est pas les destructions présentes^ mais la ruine de l'avenir en France que les Allemands poursuivent. Nous sommes en présence d'une de ces suprêmes atrocités de l'histoire humaine, d'un effort délibéré pour assassiner une nation en tuant les femmes et les enfantS; en anéantissant l'outillage indispensable à la vie humaine et au progrès industriel. Il faudra que le peuple allemand paie en nature pour la ruine des villes et des villages français ; il faudra qu'il rende aux fabriques françaises tout l'outillage volé aux petits artisans et aux fermiers tous les instruments de travail qui ont été enlevés et transportés en Allemagne. A moins qu'un jugement convenable atteigne le peuple allemand, les sacrifices de cette guerre auront été vains. »