Aux soldats boches partant pour l'expédition de Chine
les dix milliards de titres au porteur volés, les maisons démolies, dynamitées, pour avoir le fer, le bois, le cuivre, des forêts entières abattues, les arbres fruitiers coupés au ras du sol, le matériel d'usine et les matières premières escroqués, expédiés en Allemagne, — série d'horreurs auxquelles se mêle le cortège de lourdes Teutonnes venues de Potsdam et d'Unter den Linden pour choisir et faire emballer, parfois sous les yeux du propriétaire, ce qui est à la convenance de ces voleuses ! A Berlin, leur ministre de la guerre. Von Stein, n'a-t-il pas créé a: l'Office des objets saisis en France »? Saisis I ils ont de ces ironies d'éléphant.
Officiers, femmes et filles d'officiers, soldats, mères, femmes et sœurs de soldats, les deux sexes boches se valent. C'est un appétit formidable de montres, de bijoux, d'or, de meubles et de linge français, jamais calmé par les envois quotidiens; c'est le pillage, le vol, l'escroquerie élevés à la hauteur d'un système et agrémentés, le soir, d'un choeur où Fon remercie Vieu, Mais, entre toutes les variétés de Gretchens que renferme la candide Allemagne, les (( dames de l'état-major » l'emportent haut le vol sur les simples plébéiennes. Tout cela pour promener plus tard, en villégiature, leur caquetage et leurs accoutrements de parvenues, le luxe immoral né du canon Krupp et du pillage. A Carlsbad, dès l'ouverture des sources, elles se couvraient de diamants pour aller boire le verre d'eau. Flaubert, qui les a vues en Suisse, en a
ressenti comme un haut-le-corps : « La laideur des Allemandes qui m'entourent me bouche la vue du Righi. Nom d'un nom! quelles gueules! » écrivait-il le 14 juillet 1874 à George Sand.
Jolie nation, et bien faite pour mener à la baguette le monde! Elégance, vertu, honneur, elle a tout pour elle.
Ils appellent cet ensemble d'actes répugnants et monstrueux, ce déploiement d'ignominies, (( choses naturelles et légitimes ». Ces passetemps de fauves, cette plongée dans l'immonde, cette descente au cloaque, ils la nomment aussi leur (( droit de maîtres ». Une telle pourriture morale nous « kommander », nous « organiser» à son image, nous. Gaulois? Allons donc! Les moins sots d'entre eux reconnaissent que l'Allemagne n'a pas d'amis; mais ils oublient d'ajouter qu'elle a tout fait pour obtenir ce résultat.
Ils se sont arrogé tous les droits, même ceux de répudier la morale, violer les traités, piller, assassiner, voler la maison et le sol. Ils sont le peuple élu (par eux), le conducteur et le guide, le timinajo du troupeau humain. La force crée le droit, disent-ils. Et ils sont conscients! ce qui est épouvantable.
Entre notre mentalité et la leur, c'est un abîme : un siècle d'expiation ne le comblerait pas ! Tout ce qu'ils donnent à boire à leur cerveau est chargé d'acide prussien. La Prusse les a mis au régime de l'ergastule, en a fait ses rabatteurs de proie. Guillaume II continue son aïeul Tassillon de Bavière, ce brigand féodal, et les
Chevaliers teutoniques, tueurs, ivrognes et crapules. Leur langue, vouée par Charles-Quint aux chevaux, abonde en mots pour le mensonge, la ruse, la cautèle, la mangeaille, la soûlerie : elle n'en a point qui traduise exactement notre mot honneur! (( Une paix pleine d'honneur )), cela signifie une paix gonflée d'annexions et de milliards. La charcuterie est pour eux une source de delicaressen. Ils ont le génie de l'espionnage, comme d'autres l'esprit de solidarité et de charité. Tous espionnent, de l'empereur au portier, depuis celui qui cire vos bottines jusqu'à la fille de chambre qui fait votre lit. Ils naissent mouchards et jaloux de la France, — deux traits du caractère national. A six ans, les gamins berlinois savent déjà nous suivre dans la rue comme père et mère, et se déclarent Franiosenfresser, — « mangeurs de Français ». Leur politesse, ou ce qu'ils nomment ainsi, pèse des kilos; et leur (( modestie » leur reproche « de ne pas se faire valoir selon leur mérite »! Leur sottise est monumentale, leur manque de psychologie et d'altruisme effarant, à preuve Bethmann, Bernstorff, Reventlow, Class, ces forains du pangermanisme, et l'étonnant, le breveté Lasson. Ils sont complets, nés pour l'hilarité et le mépris universels; mais avant tout élus pour le châtiment et la mise hors la loi commune.
Un peuple aussi louche, servile, criminel, jamais jusqu'à eux l'humanité n'en a connu l'équivalent. On l'a, Dieu merci, tiré à un seul exemplaire. La terre n'a rien subi de comparable
à la scélératesse allemande, le soleil éclairé, la nuit caché de crimes approchant des crimes teutons, — sanglante floraison née de la Kultur, perfectionnée par l'instinct atavique...
Depuis leur apparition, ils n'ont pas cessé de poursuivre nos femmes, nos jeunes filles, — même les religieuses, dans les couvents dont ils forcèrent les portes. Les viols se chiffrent par milliers, beaucoup suivis d'une maternité qui fait horreur aux mères, on le comprend aisément. D'après une enquête américaine, dans la seule région du Nord, quinze cents enfants, nés de ces crimes, ont été envoyés au delà du Rhin, avec un numéro d'ordre en guise de nom. Qu'ils les gardent! nous n'en voulons pas.
Pendant leur retraite forcée de mars 19 17, ils ne se sont point contentés de détruire villes, villages, fermes, vergers, routes, avec un complet pillage partout, ils ont aussi violé les tombes de nos humbles cimetières de campagne. Un cercueil a été vidé et rempli d'ordures. Aux environs de Saint-Quentin, les Barbares — ce nom suffit-il? — firent sauter des tombeaux à la dynamite, ce qui ne les empêcha pas de mêler aux nôtres leurs morts, ces assassins qu'ils nomment des « héros guerriers », — heldenkriegerK Ces abominations ont même révolté l'un des leurs, le député Bernstein, qui l'a dit en face à Bethmann-HoUweg^.