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ROUPE DE K.\CHIN

Le lieutenant-gouverneur, sir Frédéric Fryer, qui s'est montré si aimable et. si bienveillant pour moi, m'a signalée aux officiers et fonctionnaires de Taunggy, de Fort Stedman et de Xieng-Tung. Il veut bien encore me donner une escorte de cinq beaux cavaliers du Punjab, coiffés du vaste turban rayé blanc et bleu avec l'écharpe flottant en arrière, le fusil en main et le grand sabre à la ceinture; parfaits soldats du reste, et un peu gentlemen, qui me serviront comme si j'étais leur officier. Dellawarkhan, leur caporal, me tiendra lieu tout ensemble d ecuyer et d'interprète. Une cinquantaine de mots hindoustanis, acquis dans un précédent voyage au Cachemire et au Tibet anglais, suffiront à tous nos besoins, avec la belle langue des gestes et beaucoup de bonne volonté.

Le 25 décembre, je pars donc à cheval, les fiattï ou bandes de laine noire enroulées autour des jambes selon l'usage, suivie de mes cinq gardes du corps et d'un garry, char qui portera mes bagages jusqu'à Taunggy. On m'avait offert des éléphants, mais je n'étais pas assez novice pour accepter des éléphants quand je pouvais me servir de chevaux. Ces pachydermes ne rencontrent pas toujours en montagne des sentiers assez larges pour livrer passage à leur masse énorme, et ils sont obligés de se reposer un jour sur trois ou quatre pour ne pas user la plante de leurs pieds mous.

Les dix premières étapes jusqu'à Taunggy, résidence du superintendent des Etats Shans, se font par une route carrossable, sablonneuse, parfaite aux cavaliers, mais laborieuse pour les chars, les «garries», qui la suivent en longs convois. Elle est encombrée de caravanes shanes, dont les bœufs marchent en troupeau

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désordonné, heurtant leurs gros paniers les uns contre les autres, dans un nuage de poussière blanche.

Dès qu'on s'élève au-dessus de la plaine, la verdoyante végétation commence, et le chemin tourne en corniche au-dessus de profondes vallées, coupé de petits ponts de bois près desquels se lit parfois un avis prudent écrit en anglais : « Dangereux pour éléphants. »

Je marche, tous les matins, deux ou trois heures avant de monter à cheval. Des pluies de volubilis bleu pâle retombent de la cime des plus grands arbres. Les abîmes de verdure, traversés par de gigantesques lianes, se perdent au-dessous de moi dans la belle sauvagerie de la nature. Partout volent, de branche en branche, de jolis oiseaux bleu foncé, les ailes bordées de blanc, ouvertes en éventail, de chaque côté d'une queue très longue comme celle de l'oiseau de paradis.

Chaque soir, sur la route anglaise, Yinspections bungalow, sous forme de chalet de bambou, dans un site pittoresque, offre au voyageur un gîte très confortable, sans qu'il soit nécessaire de déployer la tente. Rien n'est plus coquet et plus pratiquement organisé que ces asiles, sous leurs grands toits avançants, du genre des poonghee kiung, monastères bouddhiques. Une grande véranda, ouverte sur trois faces par de grands auvents de nattes de bambou, constitue le salon et la salle à manger, avec tables, buffets garnis de vaisselle, fauteuils pour s'asseoir ou s'étendre. En arrière sont deux chambres avec tables, fauteuils et cadres de lit pour la literie avec laquelle on voyage toujours; puis deux grands cabinets de toilette avec larges «tubs» que le gardien s'empresse de remplir d'eau dès qu'on arrive. Portes, cloisons, clôtures et

plancher sont en lattes de bambou; le tout propre et agréable à l'œil, §ur dq hauts pilotis.

D'autres petites cases sont espacées dans le campoong pour la cuisine , pour les gens, pour les chevaux et les communs.

Sur le plateau de Kalow, je suis à 1,650 mètres d'altitude , au milieu d'un village d'une certaine importance, si j'en crois la foule qui se presse, les nombreuses pagodes et les htî répandus.

C'est jour de grande pive, et

il y a théâtre, musique, danse et fête religieuse chez un riche Shan qui fait fête aux poonghees «pour se porter bonheur». Il y a, en cette saison, beaucoup de pwe, et les djttnghi, habitants du jungle, sont nombreux à la fête. On s'est empressé de me faire place; chaque artiste vient me danser, chanter, mimer ses plus

FEMME KARIAN

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jolies scènes, tandis que le maître me fait apporter un panier d'oranges exquises. Nous sommes sous un large abri de bambou et de paille, à travers lequel le soleil laisse tomber des taches éclatantes sur tous ces groupes pêle-mêle de femmes, d'enfants et d'hommes dans leurs plus beaux costumes.

Les poonglices viennent s'aligner l'un à côté de l'autre sur une légère estrade peu élevée, vêtus de belles soies jaunes, et assis chacun derrière une petite table basse surchargée de provisions alimentaires et de toiles blanches, présents destinés à la pagode. L'ensemble forme un fond de tableau superbe.

Les femmes shanes portent la grande chemise descendant à mi-jambe, dans laquelle elles enferment leurs genoux lorsqu'elles s'accroupissent, ce qui est la manière de s'asseoir. C'est un tissu de laine aux dessins originaux, taillé droit, à la chinoise, aux larges emmanchures retombant sur les bras. Dans une broderie de soie, une ligne de fines coquilles blanches garnit l'encolure et le devant de la blouse. Un grand sac carré de fibres recouvertes de soie rouge, brodé des mêmes coquilles, est suspendu à l'épaule. Une grosse écharpe verte, rouge, ou de diverses couleurs, est très artistement posée sur la tête, et les deux extrémités, mollement rejetées en arrière, dessinent une jolie ligne de profil. Détail très original : de grands cercles de cuivre brillant, superposés, leur forment de hautes guêtres, tandis que d'autres cercles font de larges genouillères comme chez les Kachins, et que d'autres bracelets assemblés ont l'apparence de manchettes mousquetaire.

Il ne leur manque que les hauts colliers des femmes de l'étrange tribu des Talhaings au sud de Fort Sted-

man. Le long cou de ces femmes, curieusement comprimé depuis l'enfance par des jeux de colliers de cuivre, ne petit se développer normalement. A mesure

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