UNE RUE DE VILLAGE
lentement dans le ciel tout bleu; il répand sa lumière en perles sur toutes les herbes et rend brillantes toutes les feuilles.
Le sentier devient étroit, sentier perdu dans les hautes herbes, ombragé parfois des grands plumets blancs ou roses des joncs; sentier charmant, sinueux à l'infini, et, dans l'air très chaud, doux à respirer, je me laisse bercer avec délices au petit galop de mon cheval. Tous les oiseaux chantent dans les arbres; de petites perruches trop vertes, à faire mal aux dents, sautent et
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se poursuivent de branche en branche. Devant nous, dans lepaisseur du «jungle», s'ouvre une étroite fissure dans la montagne. Un gros rocher perpendiculaire sur lequel grimpent des arbres en ferme l'entrée, et il le faut tourner comme la porte d'une étroite gorge. Nous continuons à monter sous d'immenses arbres très droits au milieu des hautes gerbes de bambous, des fougères arborescentes et de la brousse tropicale. De grands singes prennent leurs ébats en poussant des cris qu'on croirait humains. L'un d'eux a la taille d'un enfant de douze ans. Tout à coup, un immense abîme de verdure s'ouvre devant nous. Le soleil y verse à flots sa lumière et l'œil en pénètre les profondeurs. Mes soldats «Punjabi» eux-mêmes s'arrêtent saisis d'admiration : « Bot a atcha! » s'écrient-ils, « comme c'est beau ! » C'est une vaie jouissance que de planter sa tente dans ces grandes épaisseurs de végétation; tel sera mon sort durant un mois sans interruption. On risque bien de s'y réveiller avec la fièvre; mais, grâce à la quinine préventive, j'ai pu soigner mes hommes, et je n'ai jamais été atteinte.
Des ponts écroulés nous créent des descentes et des montées périlleuses; dans des passages marécageux, les chevaux s'ébrouent et enfoncent jusqu'au ventre. Je me suis vue trop heureuse, à l'un de ces mauvais endroits, de passer à pied avec mon écuyer de confiance sur un long tronc d'arbre couché au-dessus de la fondrière, plutôt que de risquer d'y tomber, tête première, avec mon poney.
Nous chevauchons plusieurs jours sur ces hauts plateaux accidentés et nous arrivons enfin dans la « plaine hantée».
Les grands joncs surmontés de leurs hauts panaches qui obstruent le regard, et les natt sans doute, ont causé tout le «mal. En vain, le matin, l'un de mes cipayes avait-il jeté son «la Ilâh illa Allah», ces musulmans ne connaissent pas les natti et nous ne possédions pas la moindre clochette pour éloigner le Malin !
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