‹ Comment j'ai parcouru l'Indo-ChineChapitre 4 sur 47 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Une Française en exploration dans l'Extrême- Orient est, paraît-il, chose peu commune. Cela explique le bienveillant accueil qui lui est fait quand elle revient sur le sol français, et l'intérêt qu'on veut bien attacher au récit de son voyage.

Les sentiments qui m'ont été témoignés m'encouragent à présenter au public un résumé des choses que j'ai vues et apprises au cours de mes pérégrinations. Je ne prétends qu'au modeste rôle de vulgarisateur; ce qu'une femme seule peut entreprendre est à la portée de tous. Et il me semble que nous avons toujours intérêt à élargir Thorizon de nos idées, à nous rendre compte de ce qui se fait au dehors, à observer d'autres initiatives que les nôtres, d'autres manières de comprendre la vie. Les voyages ne pourraient-ils être

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l'emploi fructueux de quelques années pour nombre de jeunes gens riches et oisifs ou encore aspirant à la situation que l'État, si complaisant qu'il soit, ne peut faire à tous? C'est à grand tort que les longs voyages sont considérés comme très dispendieux; ils coûtent souvent en raison inverse de la distance à parcourir pour en atteindre le but, et je mets en fait qu'un voyage d'une année en Extrême-Orient, malgré la lourde dépense d'un long trajet maritime, coûte moins qu'un voyage de même durée à travers l'Europe.

La plus grosse difficulté consiste à avoir le courage de partir, à faire l'effort nécessaire pour se détacher des mille liens qui nous enveloppent, pour s'arracher à quelques chères affections, celles qui rattachent quelquefois encore à l'existence les plus douloureusement frappés dans leur tendresse et dont la vie semble finie, — pour se lancer dans ce certain inconnu que n'éclairent jamais entièrement les renseignements préliminaires.

Dès le départ, c'est l'existence au jour le jour, l'accoutumance rapide à de nouvelles manières de vivre; c'est l'atténuation des douleurs et des regrets dont notre pauvre moi aime à se repaître, l'effacement pour ainsi dire de ce moi trop sen-

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sible, trop. endolori et qui ne devient plus qu'un enregistreur fidèle et consciencieux de ce qui si passe autour de lui.

Le voyage est le livre vécu qui nous abstrait de notre propre vie ; et l'on ne comprend tout à fait, qu'après l'avoir subi, le charme des sentiers peu battus. Les obstacles et les incommodités sont généralement moindres qu'ils n'ont été prédits. On finit toujours par passer, et plus aisément qu'on ne croyait. En réalité, cette bonne vie nomade est saine au corps comme à l'âme. J'ai traversé pendant des mois les brousses tropicales où gîte la fièvre sans en être incommodée : ne dirait-on pas que dans ce déplacement continuel un microbe tue l'autre. Les longues journées de marche, l'existence au grand air. jour et nuit, sont plus salubres que la vie passée dans ces cases capitonnées, que nous appelons salons, dont nous ne sortons guère qu'au moyen de boites roulantes: en sorte qu'un grand nombre d'entre nous deviennent, vers quarante ou cinquante ans , incapables de remuer et d'agir. Je compte, certes, dans les plus chers souvenirs de la seconde vie que la Providence m'a permis de me faire, les mois qu'à différentes époques j'ai passés, seule, sous la tente. Au retour, avec les images d'autres pays et d'autres peuples, avec les souvenirs

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d'autres mœurs, avec d'autres idées qu'on rapporte, il y a encore l'intime jouissance du cœur rempli de gratitude pour les bienveillances et les accueils aimables rencontrés sur la route, qui font croire à une bonté universelle.

ARROYAU DE CAN-KHO

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