‹ Comment je suis communisteChapitre 12 sur 27 · II. — SUITE DE LA RÉPONSE A L'ARTICLE DC 10 AVRIL · texte numérisé non relu

II. — SUITE DE LA RÉPONSE A L'ARTICLE DC 10 AVRIL

Vous prétendez donc que je n'ai attaqué le National au sujet des bastilles que parce que je suis devenu morose, chagrin, soupçonneux jusqu'à la manie. — Mais d'abord, ne voilà-t-il pas, pour les précepteurs de la France, une admirable manière de raisonner! Je ne puis donç pas (ni tous ceux qui parlent comme moi) avoir une seule bonne rais ;n, un seul bon motif, pour ne pas adorer vos bastilles! Quand je vous reproche d'avoir toléré la violation de la Charte, vous me répondez que je suis morose...! Quand nous vous reprochons

d'avoir soutenu l'urgence des travaux par ordonnance, vous criez que nous sommes tous chagrins, soupçonneux, même des carlistes, de mauvais citoyens, des traîtres...! Bonne recette a vendre aux ennemis de ta raison et du Peuple...! Et que pourrez-vous reprocher aux écrivains de la Cour, du Ministère, de la Police, de l'Etranger, quand vous leur donnez de pareilles leçons...! Etquediriez-vous si, quand vous attaquez M :d. Guizot,Soult,etc. , ils vous répondaient que vous êîes moroses, etc...?

Je suis morose, chagrin, soupçonneux, faible, maniaque., A Mais, comprenez-vous ce que vous dites? Réfléchissez-vous avant do laisser courir votre plume, ou ne la tancez-vous qu'au milieu des fumées d'un bon sou— per? Et qu'auriez-vous à répliquer si je vous répondais que vous m'insultez, que vous me dites «les impertinences, que vous êtes un étourdi, un ocervelé, un enfant, un mauvais raisonneur, un sophi: ie sans bonne foi, un présomptueux, un vaniteux, un jésuite, un cagot, un fou vous-même...?

Je suis morose , chagrin ! Et vous, vous ne tètes

donc pas vous-même? Vous êtes content, joyeux, triomphant ! Mais moi, oui je suis, non morose et chagrin , mais affligé, désolé, désespéré quelquefois , de voir tant de corruption , tant de bassesse tant de lâcheté; de voir le National nous compromettre et se perdre lui-même! Je suis désolé depuis 4844, depuis le

51 juillet 1850, depuis ! Je suis chagrin avec tous

les patriotes, avec tous les démocrates, avec tout le Peuple... avec le National , dans ses moments de franchise et d'honneur... !

Vous me reprochez d'être soupçonneux... Mais vous ne savez donc pas ce mot de Démostliène , répété par Mirabeau : « La défiance est le palladium de V indèpendancà et de la liberté»? Est-ce qu'il ne lalkit pas soupçonner les passions et les vices de ce .Mirabeau , de liumouriez, dePichegru, de Talleyrand , de Fouché... ? Est-ce que vous ne vous vantez pas d'avoir soupçonné le duc d'Orléans , dès \ 850 ? Est-ce que vous n* soupçonnez pas Soult, Guizot, Thi.ers,..? Que de soupçons n avez-vous

pas indiqué vous-même contre ce Thiers.... ! Etes-vous , donc plus inviolable et plus sacré qu eux tous... ? Voire

vertu est-elle donc si pure, si éclatante, si connue, si divine, que ce soit un crime de la soupçonner , quand même on vous verrait boire et manger tous les jours avec Thiers, ou avec la corruption incarnée? Oui , je

suis soupçonneux , très soupçonneux , infiniment soupçonneux, dans ce temps d'immoralité , de cupidité e l de trahison ! Et quand je vois la marche et les raisonnements du National, quand je le vois soupçonner hautement les adversaires des bastilles, l'un d'être vendu la Russie , l'autre d'être vendu à Henri V, etc. , etc. je ne puis m "empêcher de dire : mais, mon Dieu, qu'est-

il arrivé au National ? Comment se lait— il que.... ?

Pourquoi... ? Oui..! non..! Je m'y perds; c'est la nuit, c'est le chaos... ! Et puis, est-ce que vous ne savez pas que tout Paris, toute la France, sont aussi soupçonneux v que moi... ? Montrez les lettres qu'on dit vous avoir été adressées de tous côtés par centaines.... ! Vous ne pouvez pas ignorer ce que tout le monde se disait dans certaines semaines , en s abordant : Ah çà , le National est donc vendu... ? — Non , on ne peut pas soupçonner Bastide et Thomas.... ! — Mais d'autres.... — Je n'en jurerais pas.. — Mais comment expliquez-vous... ? — Ma foi, je l'avoue, c'est la bouteille à l'encre...? —

Ecoutez encore: vous connaissez les laineuses lettres ;

vous avez dit que, vraies ou fausses dans la forme, vous

les admettiez comme vraies au fond... Eh bien ! lisez

« Qu'on s'assure donc que je ne renonce pas à mon projet (de bastilles ), ni à celui de maîtriser la presse , notre plus dangereuse ennemie. On a GAGNÉ une grande partie des écrivains; LES AUTRES SUIVRONT ; et le calme succédera aux excitations journalières de ces plumes guerroyantes. »

Hé bien î quand tout le monde et vous-mêmes soupçonnez le Constitutionnel , le Courrier Français , comment serait-il impossible aux hommes de la plus incon testable bonne loi de voir que c'est le National qu'on avait le plus d'intérêt à #a?jner pour les bastilles ; que M. Thiers, lont l'existence et toute la fortune étaien

en jeu, devait nécessairement vouloir donner des millions pour y parvenir; que d'autres, plus riches que lui, devaient voulojren donner davantage; et que.... Vous

comprenez l'irrésistible puissance de la logique! Et

tenez, franchement, si Bastide et Thomas n'étaient pas là , on n'aurait aucun doute , quoique le vraisemblable puisse n'être pas vrai, pas plus ici que dans les lettresl

«Connaissant cette Jaiblesse de JU. Cabet et quelques-unes des eau ses qui l'ont produite, nous étions bien résolus, et nous le sommes encore, à éviter avec lui toute discussion irritante. »

Vous dites que vous connaissez quelques-unes des causes qui ont produit ma faiblesse et ma manie!.... Ici, je vous arrête ! Point d'insinuation , point de mystère ; autrement je crierais à la perfidie et à la calomnie. Je vous interpelle , je vous somme; faites connaître toutes les causes ! Donnous un bon exemple, vous et moi ! confession entière, combat au soleil et à corps nu, jeu à cartes sur table].. . Allons, je vous attends!

Quant à votre résolution , passée et surtout actuelle, d'réviTER toute discussion IRRITANTE, vous plaisantez, je crois! Vous m'appelez faible, maniaque, agent aveugle ou corrompu, et vous parlez de votre bénignité ! Et vous croyez qu'involontairement je ne penserai pas à tous les jésuites passés, présents et futurs! ! !...

« Néanmoins, comme il parait vouloir persister dans ses attaques, comme, dans sa troisième publication, il réduit en système les calomnies qu'il neqpsse de débiter contre nous, il nous est bien impossible de ne pas les repousser de nouveau. Nous le devons à nous-mômes et aux personnes qui. nous font l'honneur d'avoir confiance dans le National, o

Non, Messieurs, je, ne persistais pas dans mes attaques depuis le vote définitif de la loi ; je n'aurais plus fait de brochures contre vous; vousauriez dû en attendre une quatrième (qui n'aurait pas paru) pour avoir le droit de parler comme vous faites! Non, il n'est pas vrai que je ne cesse pas de débiter des calomnies contre vous; je mériterais d'être appelé un calomniateur , et je laisse à d'autres l'infamie de ce titre. On dit que vous m'avez

envoyé des ouvriers pour savoir ce que je pense et dis du National; ce serait bien indigne d'abuser de la bienveillance avec laquelle j accueille des inconnus; mais personne n'a moins à cacher que moi ; toutes les polices peuvent épier et noter mes paroles. Quant au National, je ne me cache pas pour dire, chez moi, que je ne puis soupçonner Bastide et Thomas, niais que ma raison n'est pas assez bouchée pour ne soupçonner personne ou rien.

Du reste, puisque vous vous devez à vous-mêmes et à vos lecteurs de repousser mes attaques , vous proclamez par-là que je me dois à moi-même et à mes nombreux amis politiques de repousser également vos insinuations et vos injures.

«Voici en deux mots le système ou le conte de AI. Cabct : >/. Thiers ne pouvait se consoler de n'être plus ministre. Pour le redevenir, il s'est imaginé que ce qu'il pouvait faire de plus agréable à celui qui donne les ministères, c'était de lui faire obtenir les fortifications de Paris. M. Thiers a donc promis que si on lui rendait son portefeuille, il embastillerait la capitale, et le portefeuille lui a été rendu. Puis aussitôt, se mettant a l'œuvre, il a prié lord Palmerston de vouloir bien faire quelque insulte à la France, afin d'exciter son humeur guerrière.»

Quoi ! vous appelez cela un conte ; vous défendez M. Thiers; vous vous portez garants pour lui ; vous jurez sur l'honneur qu'il est trop pur pour.... Allons donc !

ail se seti souvent, il est vrai, du mol voire National. Pourtant il ne nous parait pas que M. Cabet nous accuse d'être vendus : c'est une justice que nous nous plaisons à lui rendre. Mais il jjrétendque nous voulons des fortifications pour notre propre compte, eV pour établir la dictature au profit des rédacteurs du National. Nous voici donc accusés tout simplement d'aspirer à la tyrannie. Ah! M. Cabet, nous avons vu plusieurs fois des gens qui jouaient à la Convention, mais nous n'avions encore rien lu ni entendu de cette force.»

Non , je n'ai pas employé souvent cette expression : Votre National... Vous êtes si habitués à tout dénaturer dans celle infernale affaire des bastilles que vous dénaturez même les petites choses ! Je vous défie de la trouver souvent, même deux foisl Et là où elle est, elle peut signifier votre défenseur, votre ami le National.

Non, je n'ai pas prétendu que vous vouliez les bastilles pour votre propre compte, pour établir la dictature à votre

profit. Voici ce que j ai imprimé dans ma seconde brochure (pag. 95 ) :

c Vous n'y êtes pas, répliquc-t-on tout bas : le National veut des a bastilles pour s'en servir comme bastilles après la révolution.... — Mais contre qui?... Contre les légitimistes qui l'en ont formellement accusé?... — Non, contre... — Contre qui? — Contre la Démocratie qui menace de le déborder... — Quoi! il révérait une dictaturc du sabre et du canon î... Mais avec quoi repousserait-il Uinvasion, s'il commençait par tyranniser les ouvriers , qui sont la principale force du pays et le seul boulevard de l'indépendance ?... Ce serait trop de démence, trop de... C'est impossible! »

Ainsi, je ne prétendais pas, je n'affirmais pas; mais puisque vous insistez, si vous voulez que je vous dise toute ma pensée aujourd'hui, je vous dirai : Oui, je crois ( et à qui la faute?) que ce peut bien être là l'un des mobiles de voire conduite.

«C'est donc à lui qu'elle doit être éternellement reprochée, à lui, Yiû» strument aveugle ou perfide que Ai. Thiurs a employé avec succès pour paralyser l'énergie du peuple.»

Votre ironie ne prouve rien. Tous ceux qui veulent des bastilles aspirent à la dictature, à la tyrannie ; cl si c'est une folie, les fous n'ont jamais manqué. Pourquoi serait-il impossible que le National fut aussi fou que tant d'autres? Puisqu'il m'accuse de faiblesse et de manie, pourquoi serait-il à l'abri de l'accusation d'être r aible y maniaque, fou ? — Beaucoup le i lisent et le peusent; et s'il faut parler net, moi je suis convaincu, d après certains propos de vos amis, que vous êtes assez extravagants pour rêver une révolution militaire et une dictature.

«Examinons pourtant avec un peu de sérieux cette étonnantehistoirc. M. Cabet ne se souvient-il donc pas qu'en 1832 le National, la Tribune, et la plupart des patriotes demandaient que Paris fut fortifié au moyen d'un enceinte continue? Qu'ils aient eu tort ou raison, à Dieu ne plaise que nous revenions sur une question grave, mais assez débattue pour être désormais très fastidieuse. Mais enfin nous demandions tous cette enwinte. Le National n'a donc pas eu besoin de recevoir V impression «le qui que ce fût pour réclamer en 1840 ce qui avait paru bon à lui et à beaucoup d'autres huit ans auparavant ;#

Non, je ne m'en souviens pas ; je me souviens du contraire; je nie; je soutiens que votre assertion est inexacte malgré votre ton tranchant.

Carrel ne voulait pas demander l'enceinte dans la • crainte qu'elle ne servit de passeport aux forts ; tout le monde a repoussé les forts en 4855 ; vous-mêmes vous les avez combattus dans la Tribune et sur les boulevards; et vous les accordez en \ 840, quoiqu'Arago dise toujours analhème aux forts ; vous les accordez avec un blancseing , par conséquent sans l'enceinte!!!

«Bans cette année 1840, nous n'avons pas attendu le traité du 15 juillet pour parler de la nécessité de fortifier Paris. Dès cette époque, le National a publié le rapport du général Valazé sur ce sujet.»

Tant pis pour vous ! Cela ne prouve rien en faveur de votre habileté; mais cela peut indiquer que, comme le général Bertrand, vous vouliez les fortifications longtemps avant la lettre d'Arago du 5 août; que vous vous êtes empressés de saisir cette lettre comme une égide ; mais que votre parti était déjà pris sans que vous ayez eu besoin d'être provoqués par cette lettre.

«Quant à ce journal, qu'on le relise depuis 1830 jusqu'aujourd'hui, et notamment pendant le ministère du 1 er mai : il a été plus sévère que tout autre pour M. Thiers; et le pouvoir, de son côté, s'est montré également plu* dur pour nous que pour aucun journal; car, tandis • que les feuilles ennemies de la fortification se livraient en toute sécurité à leur verve frondeuse, nous, nous étions condamnés parla Chambre des Pairs à une amende considérable, et traduits en même temps devant la cour d'assises.»

Si j'étais soupçonneux corn me vous m'accusez de l'être, si je soupçonnais le National de s'être vendu \ 00,000 écus ou \ million, je pourrais vous avouer que cette sévérité ne prouverait rien à mes yeux; que \ o jours de prison pour votre gérant et \ 0,000 francs d'amende pour vous ne sont rien; que vous avez soupçonné bien d'autres ruses, et qu'on en a bien vu d'autres dans l'histoire. /;

Mais, que voulez-vous dire en disant que les feuilles ennemies des fortifications ( le Journal du Yeuple , la

Bévue du Progrès, le Commerce, etc.) se livraient en tout* sécurité à leur verve frondeuse ? Voulez- vous encore insinuer qu'elles étaient d'accord avec le Pouvoir; que le Pouvoir ne voulait pas desfortiGcations;etque M. Thiers a eu besoin de les lui imposer, quoique ce soit M. Guizot qui ait présenté le projet? Ce serait trop absurde pour être déloyal !

Et vous parlez de verve frondeuse ! Les journaux du Peuple, etc., Dupont de l'Eure, Arago, etc., étaient des frondeurs , des séditieux, des factieux... ! Y pensezvous? M. Thiers parlerait-il autrement...?

«Il n'y a pas un journal qui ait attaque l'administration de M. Thiers autant que nous; et les griefs de M. Cabet lui-même, dans ce qu'ils out de sérieux, sont tous tirés du National. C'est nous qui lui avons reproché, les premiers, son adhésion aux traités de 1815, sa faiblesse dans l'affaire d'Orient, la corruption de ses fonds secrets, la nomination du maréchal Sébastiani, sa sotte conduite dans la question des soufres de Sicile, et enfin sa complaisance coupable pour quelques misérables intrigants décorés du nom d'hommes de lettres.»

En vérité, ce ton d'assurance esf bien capable d'en imposer aux crédules lecteurs : mais on n'a jamais vu pareille hardiesse ! C'est le Commerce qui a constamment attaqué M. Thiers..., et le National l'a presque constamment défendu en attaquant le Commerce. Est-ce que le National n'a pas défendu M. Thiers dans la question de violation de la Charte, d'urgence, de non convocation des Chambres, de travaux continués illégalement, d'embastillement... ? Moi-même j'ai constamment refusé le National pour attaquer M. Thiers. Ma brochure M. Thiers ne mérite- t-ilpas d'être mis en accusation, et celle le National nous perdpar son aveuglement sur les bastilles, sont entièrementeontre le National défendant M. Thiers.

Oui, je vous soutiens, moi, que vous avez soutenu , défendu, loué M. Thiers, dans tout ce qui concernait la question des bastilles , dans tous ses discours, toutes ses paroles , tous ses actes relatifs aux bastilles, comme si vous lui aviez vendu ou donné deux ou trois colonnes du journal , comme si ces deux colonnes avaient été rédigées par lui. C'est un fait manifeste , notoire, qui a

frappé tout le monde, et que je vous démontrerai quand vous voudrez, vos feuilles à la main. Je vais vous en citer deux exemples. Le 5 août, vous disiez :

<r Nous n'entendons pas attaquer aujourd'hui le ministère du l* 1 " mars. Ce qu'il a fait jusqu'à présent dans cette question (d'Orient) est digne d'éloges ; son langage a été ferme, son attitude et ses mesures méritent t approbation de tous les hommes de cœur.... Notre oppotion ne fut jamais tracassière et déloyale. Quand un homme du pouvoir , quel qu'il soit, voudra se placer hardiment sur le terrain national , nous n'aurons jamais peur d'être justes envers lui... Nous ajouterons que nous irions presque jusqu'à DÉFENDRE M. THIERS, quand nous voyons les misérables intrigues qui s'agitent pour le renverser.... »

Autre fait : Vous avez publié que M. Thiers s'était opposé à la poursuite contre M. Lamennais et que , n'ayant pu empêcher la décision du cabinet, il avait cherché à la paralyser en prévenant l'illustre écrivain , pour qu'il pût parer le coup par une préface. Tout le monde a regardé ce fait comme une fausseté , et vous l'avez donné comme vrai ! Ç aurait été, d'ailleurs, une perfidie, une trahison de M. Thiers envers ses collègues; et vous l'avez donné comme un trait honorable pour votre protégé, joignant ainsi à un mensonge une leçon de corruption et d'immoralité, le tout pour recommander le persécuteur de la presse, afin de lui procurer des bastilles !

Et ce trait de trahison , transformé en beau trait digne de servir de modèle et d'être inscrit dans les fastes de l'honneur à la Thiers, vous l'avez envoyé secrètement à vos correspondants des départements qui, entraînés par vous , en ont empoisonné le pays 1 Et cette correspondance secrète n'était-elle pas journellement remplie de l'éloge de Thiers, de ses bonnes intentions , de son retour à la Démocratie, de son patriotisme, de sa nationalité, de son courage à imposer les fortifications au Roi qui n'en voulait pas? Comment avez-vous pu pousser l'aveuglement jusqu'à croire que 40 ou 50 correspond dants, ou plutôt 400 ou 500, vous garderaient un pareil secret pendant quatre ou cinq mois; que, s'il était

possible de tes tromper d'abord par la confiance que vous leur inspiriez , il serait possible de les tromper longtemps et toujours; et que , quand les faits leur crèveraient les yeux , tant de patriotes sincères et généreux ne seraient pas d'autant plus indignés et irrités qu'on aurait plus longtemps et plus complètement égaré leur bonne foi et compromis leur patriotisme ? Allons, soyez francs; dites votre meâ culpâ; faites-nous connaître leurs reproches, et la séparation de beaucoup d'entre eux d'avec vous ! Et si vous niez , produisez , publiez votre correspondance autograpbiéel Je vous en fais la sommation formelle, pour me prouver qu'elle ne contient pas l'éloge de M. Thiersi

Je sais bien que vous attaquiez M. Thiers sur d'autres points , dans d'autres colonnes , et que vous laissiez à vos rédacteurs en second carte blanche pour le draper; mais , entre nous , c'est une ruse qui ne prouve rien , n'est-ce pas , pour ceux qui n'ont pas les yeux remplis de poussière (comme un article foudroyant de la Tribune contre une brochure de Lucien Bonaparte en faveur du 48 brumaire , ne prouvait pas , vous le savez aussi bien que moi , que la Tribune n était pas l'amie de Napoléon lit ! ). Vous ne pouviez pas mettre tous vos collaborateurs dans la confidence , si confidence il y avait; et d'ailleurs, si Thiers avait acheté deux colonnes du journal , il aurait dû stipuler que le reste du journal l'attaquerait sur tout le reste, et qu'il pourrait, de temps en temps, s'attaquer lui-même !

Du reste , je le conçois , tout mauvais cas est niable , et celui-ci ne manque pas que d'être embarrassant. Vous accablez maintenant de reproches ce pauvre , cet innocent, cet honorable M. Thiers ; vous parlez de sa corruption , de ses innombrables fautes ( vous verrez plus bas)... Mais alors ne vous attendez-vous pas à ce qu'on vous dise irrésistiblement : « C'est précisément « pour cela que nous avons toujours repoussé ses forts « comme des bastilles : vous êtes tellement aveugles , « tellement insensés d'avoir eu confiance en un pareil « homme et de lui avoir donné des bastilles , que vous « en êtes coupables , et l'on pourrait dire criminels I »

Enfin, que pariez-vous de misérables intrigants décorés du nom d'hommes de lettres ? 11 y a donc de pareils misérables, bien mis, brillant dans les salons, dînant chez le Président du conseil, morigénant tout le monde, insultant à la probité et au patriotisme..! C'est effrayant vraiment...! Vous les flétrissez et vous les maudissez vous-mêmes... Mais à quel signe les reconnaître ?

«Tout cela, sans doute, ne prouve rien aux yeux de M. Cabet; il a réponse à tout; et d'ailleurs, dans ses préoccupations, il ne lit pai dans un journal ce qui s'y trouve, ou y trouve des choses qui n'y sont point écrites. Ainsi il a vu dans le National un éloge du rapport de M. Thiers, et cet éloge n'y a jamais été fait. Il attribue à MM. Thomas et Dornèsdes paroles qu'ils n'ont jamais ni écrites ni approuvées. Ailleurs il éclate en admiration a propos de M. Lamartine, de M. Dufaure et de M. Mounier, sans se douter, apparemment, que ces Messieurs ont parlé, voté et peut-être travaillé en faveur du système des bastilles de 1833. »

Vous n'avez pas fait l'éloge du rapport de M. Thiers ! Mais vous l'avez inséré tout entier, en en remplissant tout votre journal, tandis que vous avez tronqué, étranglé , annihilé celui de M. Mounier et tous les discours contraires aux bastilles ! Je soutiens que vous avez constamment loué M. Thiers dans cette discussion.

Vous dites que j 1 attribue à MM. Thomas et Dornès des paroles qu'ils n'ont jamais ni écrites , ni approuvées, Eh bien ! voici ce que jai dit (2e brochure , page 26) :

« Une protestation contre l'enceinte et les forts fut rédigée dan9 les bureaux du National et avec deux de ses chefs (Thomas et Dornès), par le Comité central réformiste, dont ils étaient membres avec MM. Lamennais , Dupoty, etc. Ces deux messieurs s'opposèrent à la protestation et menacèrent de se séparer du Comité. Les autres persistèrent. Alors eut lieu une espèce de transaction. M.Thomas rapporta la protestation, dans laquelle on lit la phrase suivante, qu'on dit rédigée par M. Thomas ou par un autre écrivain du National. »

Je ir attribuais donc pas positivement la phrase à M. Thomas ou à M. Dornès. Mais vous niez l'évidence , quand vous dites positivement que Thomas n'a pas approuvé les paroles de la proteslation , et vous n'avez pas osé démentir le Journal du Peuple ou M. Dupoty, quand il vous a répondu , le M avril (page>l2), que c'estvous qui avez provoqué cette protestation , que c'est de vous qu'il Ta recueillie , et que , revenant sur vos pas , vous

avez finalement accepté les forts que vous aviez d'abord acceptés puis repoussès. — Du reste , je ne nommais M. Thomas et Dornès, que pour mieux préciser le fait, sans en rien conclure contre leur opinion particulière ; et je m'empresse d'ajouter, d'après de nouveaux renseignements, que M. Dorés était alors absent.

Non, je n'ai pas éclaté en admiration à propos de MM.de Lamartine, Dufaure, Mounier; et je vous défie de citer des éclats d'admiration: mais, du reste, vous ne me ferez pas peur avec ces attaques au sujet des Conservateurs ou des Légitimistes ; je vous déclarerai que je respecte toutes les opinions sincères ; que je suis convaincu qu'il y a des gens estimables et admirables dans tous les partis, comme des gens méprisables et détestables dans tous ; que, si la force devait décider la question, je ferais la guerre aux carlistes comme ils me feraient la guerre ; mais que j'estime beaucoup plus un carliste estimable qu'un prétendu républicain méprisable ; et que j'admire en M. de Lamartine et môme en M. Mounier, ce qui me parait être chez eux un sentiment d'indépendance et de nationalité. J'ajouterai que le National et Odilon Barrot, etc. , ont laissé le beau rôle aux légitimistes ; que les Pairs opposés aux bastilles ont montré beaucoup plus de talent, beaucoup plus de libéralisme et de patriotisme que les députés et les journalistes ; que j'aime a croire que quelques-uns d'eux n'avaient pas d'arrière-pensée ; mais que quand même ils n'auraient agi que dans l'intérêt d'un prétendant, tout en désapprouvant leur but, je serais forcé de reconnaître que leur moyen était conforme à l'intérêt de la liberté et de l'indépendance, tandisque vous.... Ah ! je vous en veux d'avoir tout interverti, tout dénaturé, d'avoir défendu les intérêts du despotisme, et d'avoir laissé à nos adversaires, à nos ennemis naturels, le magnifique rôle qui ne convient complètement qu'à la Démocratie !

Quant au travail , aux intrigues, aux manœuvres en faveur des bastilles, comment osez-vous en parler, vous les souteneurs de M. ïhiers, qui a plus intrigaillé à lui tout seul que tous les autres intrigants réunis !

«Qu'importe, encore une fois, tout cela? M. Mounier et M. Lamartine ne sont-ils pas bien autrement patriotes que les rédacteurs du National?»

J'en suis bien fâché ; mais, en vérité, je ne vois pas pourquoi non ; je crois que M. Lamartine aime tout autant sa patrie ; et je pense que ses moyens sont en effet plus patriotiques. Je ne me laisse pas imposer par ces grands mots : à mes yeux un carliste honnête homme a plus de patriotisme qu'un coquin qui s'affuble du titre de patriote ; M. de Lamartine me paraît cent fois plus patriote que M. Thiers, le soi-disant fils de la Révolution ; et rien ne me parait ( j'en suis morose et chagrin) moins patriotique que la conduite du National.

«Mais, monDieuî Monsieur Cabot, si nous raisonnions avec la même légèreté que vous, quel beau jeu vous nous donneriez avec votre tendresse pour MM. Mounier et Dufaurc ? »

Quel beau jeu ! Hé bien jouez ! Mais prenez-garde de ne pas vous jeter dans la blouse ! Prenez -garde de n être

pas èéhecet mat !

Vous entendez me faire un reproche, me décréditer , me dénigrer.... Voire intention est mauvaise! Aussi , prouvez ma tendresse , au moins exprimée, pour MM. Dufaureet Mounier, dont j'ai à peine parlé, et que je n'ai nullement l'honneur de connaître. Mais il vous sied bien de parler de tendresse, à vous qui en avez tant pour M. Thiers et pour les bastilles...!!!

«Ne pourrions- nous pas dire aussi que vous êtes Y instrument aveugle ou corrompu de M. Molé et de M. Decases, dont vous soutenez le système?»

« Ne pourrions-nous pas dire que vous avez des intelligences avec Goritz, vous qui écrivez, à quelque chose près, comme parlent M. de Brczé, et M. deNoailles, et M. de Castellane, l'ami de AI. Molé ? »

«Vous voyez donc qu'il nous serait loisible aussi, par un jeu d'esprit pareil au vôtre, de dresser à vous-même votre acte d'accusation. »

Un jeu d'esprit pareil ai* mien ! — Mais vous ne faites rien dépare// à ce que ce j'ai fait ; vous faites tout le contraire; car vous ne citez jamais mes phrases pour rai-

sonner sur elles, en faisant le public juge de la justesse de vos raisonnements , tandis que, dans mes brochures, tous mes jugements sur le National sont précédés de ses articles textuels, sur lesquels je fais mes réflexions, en rendant le public juge suprême entre nous... Ma marche est droite, loyale; et si j'en avais connu une autre plus loyale encore, je l'aurais employée : mais la vôtre...!

Nous pourrions... Il nous serait loisible.. — Oui, si vous étiez extravagants, fous; mais autrement, non.

Mon acte d'accusation... Quel mot! Mais je veux bien...! Allons, dressez...! Ou plutôt vous l'avez dressé; le voilà : je vais y répondre!

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