‹ Comment je suis communisteChapitre 19 sur 27 · POUR TOUS · texte numérisé non relu

POUR TOUS

Avec quelle rapidité se pressent les événements ! Dans notre I re lettre, du 1 er octobre, nous disions que l'inexorable Coalition exécuterait par la violence son barbare traité de Londres; et, trois jours après, on apprenait le bombardement de Beyrouth et l'outrage au drapeau français dans cette ville incendiée sans déclaration de guerre! Dans notre troisième lettre, du 7, nous protestions contre la non-convocation des Chambres; et, le lendemain, les Chambres étaient appelées par un Ministère qui ne craignait rien tant que d'être forcé de les convoquer , convaincu que leur convocation serait considérée comme un cri de détresse et un signal de guerre !

Le Pouvoir faisait outrager, hier, par ses sergents de ville, l'uniforme d'un garde national qui demandait la Marseillaise à l'Opéra ; et aujourd'hui Paris et la France retentissent de notre hymne patriotique et guerrier !

Etudiants et voyageurs anglais fuyent, à regret, la France, avertis par leur Gouvernement que la guerre est imminente. •

Écoutez d'ailleurs ce que disaient les Débats du 31 juillet :

« Oui, si la France restait spectatrice impassible de l'exécution d'un traité qui, sous prétexte de çpn server l'intégrité de l'empire Ottoman , entraine fatalement la dissolution de cet empire et son partage; si elle pouvait souffrir qu'on la mît hors de la question d'Orient, au lum de cinq Grandes Puissances, il n'y en aurait plus que quatre en Europe ; l'habitude serait prise de traiier sans nous et de se passer «le notre consentement pour arranger les affaires du monde : la France ne cherche pas la guerre; mais elle l'acceptera , si terrible qu'elle puisse être , avec toutes ses conséquences , plutôt que de se laisser rayer du nombre des Puissances avec lesquelles on compte. Jamais cause n'aura été plus légitime que la nôtre La France ue peut donc pch reculer, nous le répétons; et pour qu'on sache bien que sa décision est irrévocable, il est nécessaire qu'elle se prépare immédiatement à la guerre. »

Et la Presse de M. Thiers recommence à pousser des cris de guerre.

Écoutez aussi la Presse anglaise :

Morning-Hekald. — Une convention oblige l'Angleterre, l'Autriche, la Russie et la Prusse, à déclarer la guerre à la France, si cette Puissance commençait les hostilités contre l'un de ces Etats La Prusse n'a pas encore accédé à ce traité. Aujourd'hui l'on annonce que cette adhésion a été donnée.

La Presse anglaise commence à jeter en avant que la France s'exposerait à perdre sa nationalité si elle déclarait la guerre à l'Europe.

Moiining-Chronicle. — « Il faut queMehemet-Ali soit chassé delà Syrie. Ensuite, soit qu'on laisse l'Egypte à Mehemet, soit qu'on la lui retire, la nation française sera bientôt honteuse de l'avoir défendu. »

Courier. — « Nous avons perdu l'alliance de la France pour jamais. Nous sommes maintenant alliés avec la Russie. Quel que. soit le Ministère qui prenne le pouvoir en France, il faudra tôt ou tard que nous ayons la guerre.

Morning-Hërald. — * Malgré les armements ordonnés par

M. Thiers sur une large échelle, nous avons dit qu'il n'avait pas à notreavis> l'intention de faire la guerre , mais aujourd'hui que M. Tfiîersa ravivé la haine nationale entre la France et l'Angleterre., qui oserait affirmer qu'il n'y aura pas d'un moment à l'autre une collision d'où pourrait sortir une guerre européenne? Si le but du gouvernement français en excitant la vanité nationale contre l'Angleterre n'a été' que de faire passer plus aisément le projet de ceindre Paris de fortifications pour tenir en bride l'esprit turbulent des Parisiens , une pareille politique serait déloyale et méprisable. Si Paris n'est pas défendu par un rempart de Spartia es contre une armée d'invasion , un rempar t matériel ne le sauvera point. L'ennemi une fois maître des environs, la famine forcera la ville de capituler au bout de quelques mois.

» En attendant, malgré les dispositions pacifiques de M. Thiers, notre Gouvernement agirait sagement s'il faisait tous les préparatifs nécessaires pour être prêt à tout événement. Tous les hommes raisonnables penseront que lorsque la France se met sur le pied de guerre, le moment est venu pour l'Angleterre de s'armer pour sa défense ou d'exiger le renvoi d'un Ministère qui voudrait précipiter la guerre.

» Les journaux du Ministère français ont, déclaré plus d'une fois que le promiGT coup de canon iiré contre Mehemet-Ali aurait du retentissement iOrt£urope * et motre correspondant nous écrit que des membres dUi{c*bioet 4es Tuileries ont dit que si le traité de ladres étajt exécuté à outrance via guerre serait inévitable. Eh bien ! c'est ce.qiii-a eu lieu* Nos Ministres sacrifient les intérêts de Iqur pqy$ à.la Russie de la manière la plus décisive; et cependant pni reste, indifférent à ce qui se passe. Auss i craignons no us que Angleterre ne s'aperçoive du [danger que lorsqu'il sera trop tard. »

Et ce sont deux hommes, deux Minisires, M. Thiers et jord Palmerslon , qui seuls auront déchaîné la guerre et les tempêtes ! Car écoutons le Commerce s

« Les Chambres sont convoquées pour le 28 octobre : le Parlement anglais ne lardera pas à être réuni. La France et l'Angleterre vont donner au monde un spectacle bien édifiant , bien propre à

populariser le Gouvernement constitutionnel , le (Jouvcrnement du pays par le pays ! Les Représentants des deux nations appelés à délibérer sur la question de la paix et de la guerre arriveront quand la question sera décidée; il ne leur restera plus qu'à examiner des mesures qui les engagent eux, leur pays, le monde entier. Le sort de l'Asie et de l'Europe aura été , en leur absence , sans leur aveu , à leur insu , livré à la merci de quelques hommes. M. Thiers dira aux Chambres : « J'ai disposé de l'honneur de la France en subissant pour son compte une injure sanglante ; j'ai disposé de sa fortune en faisant des armements dispendieux ; j'ai disposé de son repos en agitant l'opinion, en bouleversant le crédit par le bruit de mes fanfares; j'ai disposé de sa Constitution en transformant sa Capitale en une place de guerre. Maintenant approuvez et sanctionnez mes actes ; car révoquer le passé serait impossible. Quant à l'avenir, décidez-en comme vous aviserez. » ^

En Angleterre , lord Palmerston dira : » J'ai fait un traité qui change tout le système de vos alliances ; j'ai allumé une guerre qui peut embraser le monde ; le Parlement est bien le maître de juger ma conduite , car je suis responsable ; mais il faut qu'il subisse les conséquences de mes actes. Le traité du 45 juillet est en pleine exécution. La guerre est commencée contre l'Egypte, et peut-être contre la France. Vous ne pouvez reculer.

» Nous ne pensons pas que des Peuples soi-disant libres aient jamais été plus complètement et plus audacieusement mystifiés. Des Despotes absolus eussent à peine osé entreprendre ce que deux Gouvernements constitutionnels accomplissent impunément. Deux Gouvernements de discussion et de publicité sont parvenus à leurs fins à l'aide de la dissimulation et du mensonge; ils ont échappé au contrôle de la publicité, en face d'une Presse libre et d'une Tribune souveraine. Du moins , en Angleterre , le Ministère s'est-il servi de la dissimulation et du mensonge avec une certaine audace et une certaine dextérité : en France , le Ministère n'en a usé que pour abriter son imprudence et sa faiblesse. M. Thiers s'est fait le complice des fourberies dont il était la dupe ; il a été à la fois le jouet et le compère de lord Palmerston. M. Thiers se vante d'être un Ministre de majorité ; il prétend gouverner par la Presse ; qu'a-t-il fait des Chambres? qu'a-t-il fait de la publicité où il pouvait trouver un appui et des armes contre le machiavélisme du Cabinet anglais? »

Et cependant comme si deux Génies se disputaient la

guerre et la paix, les Gardes nationales dissoutes ne sont pas réorganisées; tandis que, pour former des soldats, il est indispensable de les exercer tous les jours pendant des années , ni la Garde nationale, ni son artillerie ne sont appelées à l'exercice qui sè^l peut les rendre utiles à la défense de la Patrie. Si on voulait paralyser ses défenseurs , que ferait-on de plus ? N'est-ce pas rappeler l'effrayant et douloureux souvenir de 18 14 et de 1815, où le Pouvoir refusait aux intrépides ouvriers de Paris les armes dont s'emparèrent ensuite les soldats de la Coalition , où l'ombrageux Despotisme impérial, redoutant le patriotisme indépendant des citoyens, n'appelait que ses dévoués dans la Garde nationale , et ne leur donnait que des piques en leur imposant môme des officiers de son choix ; où, quand les Gardes nationaux demandaient à Massénade les envoyer à l'ennemi, leur traître commandant leur répondait d'un air affectueux : « Restez tranquilles / mes amis; quand il sera temps , on vous avertira ! » (1) ?

Et quand aujourd'hui le maréchal Gérard, commandant de la Milice citoyenne de Paris, exprime le désir qu'elle soit exercée ; quand, sur l'inconcevable refus des chefs de légion, les citoyens veulent se réunir pour aller présenter au Maréchal leurs vœux patriotiques, un ordre du jour leur répond en son nom :

« Un journal annonce ce matin que, s'appuyant sur des sentiments de patriotisme que l'on égare, des gardes nationaux veulent se réunir pour venir en corps près du commandant supérieur manifester hautement une opinion sur la politique suivie par le gouvernement dans les circonstances présentes , et demander l'adoption

(1) Histoire populaire de la Révolution française, t. IV, p. 562 et suiv., 619 et suivantes.

de mesures dont l'initiative ne saurait lui appartenir, non plus qu'à eux. *> ' >«,•■■

• Cette démarche, ces manifestations, ces délibérations de citoyens qui sont armés pour \a défense de l'ordre public , de la liberté, pour la protection des (où, -seraient,. de leur: part , non seulement une haute illégalité, mais encore une grave atteinte à la chose publique, à la constitution , et à tous les intérêts que ttro mudrait èn vain leur donner pour prétexte.]

* La garde nationale du département de la Seine a, f depuisdix ans, donné d'immenses garanties de son patriotisme et de son dévouertient courageux aux institutions que la charte a placées sous son égiée.Stm commandant supérieur <a toujours été fier de proclamer les grands services qu'elle a rendus au pays , et de protester de II confiance qu'il a mise en elle; mais ces services et celte confiance seraient profondément altérés si la garde nationale pouvait songer un instant à substituer sà force à l'action du gouternement , et ses volontés à la loi: il y aurait alors véritablement dangerjponr la pairie et pour Vhonneur national, et son commandant supérieur repousserait avec énergie toute manifestation qui devrait, après avoir violé la loi , amener d'aussi funestes conséquences. •

» Dans les grandes crises politiques, le pays doit compter sur la force du gouvernement , et celui-ci sur le concours de tous les pouvoirs comme sur la patriotique union de tous les citoyens. Si ces derniers ont des vœux h faire entendre , des droits à réclamer, c'est par des voies que les lois ont tracées ; mais ce n'est pas en uniforme et en corps que des gardes nationaux peuvent venir s'adresser à lenrs chefs : en les accueillant , ceux-ci méconnaîtraient leurs devoirs , et le commandant supérieur ne sanctionnera jamais de tels actes par son exemple. •

Loin de nous la pensée de suspectera loyauté du Maréchal ; mais son premier mouvement de patriotisme nVt-il pas été arrêté par des suggestions qui régarent? Quoi! monsieur le Maréchal, vous appelez fort le gouvernement de Ministres qui ne montrent à l'Europe que] faiblesse et lâcheté l Vous demandez là+confiance pour un ministère

universellement suspect par ses fautes, par sa couardise, par des sentiments antipôpulaires , par une incapacité qui compromet toutes les fortunes et toutes les existences ! Comment pouvez-vous dire que le Gouvernement n'ai pas le droit de prendre l'initiative sur la réorganisation de la Garde nationale, quand rien au monde n'est plus évident que cette hérésie, quand l'organisation de la Garde nationale est la règle et la dissolution l'exception, quand le Pouvoir qui possède le droit exorbitant d'outrager les citoyens en les désarmant possède incontestablement celui de réparer Toutrage en leur rendant leurs armes , quand vous reconnaissez à ce pouvoir le droit bien autrement dangereux d'embastiller Paris et de ftfen.lre un milliard à la France? Comment, dans le péril immense qui nous environne, quand vous allez avoir besoin de l'affection, dé la confiance, du dévouement et du courage de la Garde nationale, pouvez-vous vous résoudre à la froisser, en repoussant la manifestation de ses vœux patriotiques, après que , tant de fois, on a provoqué, toléré, invoqué cette manifestation quand il s'agissait de flatter ou d'appuyer le Pouvoir? Comment voulez-vous que cette Garde nationale, au courage de laquelle la Charte est confiée, puisse défendre cette Charte contre l'attentat d'un Ministre usurpateur, si vous la condamnez à rester spectatrice immobile et silencieuse de la criminelle violation des lois fondamentales qui garantissent la sûreté publique? Comment est-il possible que vous-même, son chef et premier gardien de la Conslitution, vous approuviez par votre silence Tau lacieuse lacération de cette Charte que vous avez juré de défendre? Comment se fait-il enfin que, quand vous tolérez un si monstrueux attentat du Pouvoir, vous ayez tant de vigueur

contre la prétendue illégalité d'une démarche pacifique qui

n'aurait aucune espèce d'inconvénient si l'autorité était

nationale et populaire ? Prenez garde que quelque ennemi

caché n'abuse de votre dévouement à ce qu'on appelle

l'ordre, pour mêler la guerre civile à la guerre étrangère!

Puisse la Garde nationale être plus sage et plus prudente que le Pouvoir, éviter tous les pièges, déjouer toutes les manœuvres, n'écouter que le vrai courage civique, et ne pas encourir la responsabilité de compromettre le pays I Le danger presse, il est vrai ; chaque jour de relard dans la réorganisation des Gardçs nationales et surtout de leur artillerie est peut-être une calamité publique : mais le seul projet de la Garde Parisienne produira le même effet que la visite au Maréchal ; toute la France saura que la Capitale veut se préparer à la guerre ; d'autres manifestations pourront avoir le même avantage sans exposer au danger d'une collision possible'; l'opinion publique, encore divisée par un long aveuglement, renaît chaque jour à l'éclatante lumière des événements ; et bientôt on verra s'embrasser ceux qui se combattraient peut-être encore aujourd'hui. — Mais revenons à la guerre.

Depuis quelques jours, la question de la guerre est'changée : douteuse alors, elle paraît certaine aujourd'hui. Il est quelqu'un , dit-on , qui ne la veut pas : mais la Nation la veut, et les événements l'amènent à grands pas.

Et quel sera le but de la Coalition dans cette guerre? Nous l'avons démontré dans notre première lettre, c'est la guerre de l'Aristocratie contre la Démocratie , la guerre des Rois contre la Révolution, française et contre toutes les ré-

volutions ; c'est, dit Odilon-Barrot dans une lettre récente, la Sainte-Alliance ou la Coalition qui s'est reconstituée pour mettre la France seule en face de l'Europe coalisée ; c'est, dit la Presse anglaise, une guerre contre la Nationalité française; c'est une guerre à mort contre la France et contre la Liberté.

Quelque affreuse que soit la supposition, admettons pour un moment le triomphe delà Coalition : quel serait le sort de la malheureuse France ?

N'est-il pas indiqué par les partages successifs de la Pologne , par la destruction de la Nationalité Polonaise, par les projets de démembrement et de partage vingt fois formés contre la France, par les proclamations de Justus Grunner en 1815, parles distributions que les Congrès ont faites des fitats et des Peuples , parles restaurations violemment opérées par les Puissances en Espagne , en Portugal , à Naples, en Italie, et par la déchéance prononcée contre Mehemet-Ali ?

Qui peut douter qu'une nouvelle invasion en France en

1840 surpasserait en horreurs celle de 1815, comme celle-ci

a déjà surpassé celle de 1814 ?

Qui peut douter que la Coalition victorieuse se hâterait de construire à Paris les Bastilles qu'elle désire inutilement depuis dix ans?

Qui peut douter qu'elle partagerait la France en petits Royaumes ou en Principautés féodales , en les distribuant aux Princes des branches aînée et cadette ; en supprimant les Français pour en faire des Bretons, des Normands, de

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Bourguignons ; en refaisant complètement l'ancien régime ; en rétablissant toutes les anciennes barrières, les douanes, les octrois, les mesures différentes, etc., etc.?....

Qui peut douter que la Coalition n'accomplirait ce que l'Emigration voulait Taire en 1814, ce que Charles X voulait faire après 1824, en rétablissant les jésuites et la dîme, en reprenant les biens nationaux ?

Et dans leur injuste système de domination et de privilèges, les Aristocraties auraient raison de profiler de la victoire pour enchaîner la Liberté ; car avec la Liberté, point de paix, point de repos, point de sommeil pour elles; tôt ou tard la Démocratie les étoufferait ; et c'est la fatalité qui les condamne à dire tout ou rien !

Et qu'on ne dise pas qu'un pareil bouleversement est impossible; car qu'y a-t-il d'impossible sur la terre ? N'a-t-on pas vu des milliers de prétendues impossibilités réalisées? Les ruines de Babylone, de Palmire, de Jérusalem, de Tyr, de la Syrie tout entière, de l'Asie-Mineure, de l'Egypte, de Carthage,de la Grèce, de Rome, ne proclament-elles pas Que ni les Empires, ni les villes, ni les peuples, ni la civilisation, ni les systèmes politiques ou religieux, ne sont indestructibles?

Oui , ce serait folie de se le dissimuler , l'Aristocratie victorieuse et retirée dans ses bastillés , rétablirait l'ancien régime : il n'est pas une classe de l'ancien Tiers-Etat, ou de la Bourgeoisie actuelle et du Peuple , qui n'en serait écrasée ; c'est dans toute la sincérité d'une conviction profonde que nous disons :

Soldats, sous l'ancien régime, le noble seul pouvait devenir officier, et traitait ses hommes comme des esclaves condamnés à verser leur sang pour leurs maîtres, à leur obéir comme des machines, et à végéter jusqu'à la mort sous une verge de fer. Aussi, vos pères embrassèrent-ils avec ardeur une Révolution qui proclàmait l'égalité, tjuî leur rendait la dignité d'hommes, et qui ouvrait la carrière des grades et des honneurs à tout défenseur de la Patrie qui' rhéiïtait la confiance de ses caniarades par son coûrégé, àk capacité, son patriotisme et sa moralité. Ce furent les Gardes françaises qui décidèrent le triomphe populaire en 'défendant les Députés contre la Cour, en refusant We tirér sur le Peuple, et en combattant les régiments étrangers; ce furent les soldats réunis autour de Paris pour le bloquer qui déUrminèrent la prise de la Bastille en fraternisant avec les citoyens. S ins la Révolution, les Hoche, les Marceau, lesKléber, des milliers d'autres Généraux, tous les nouveaux Maréchaux, Bonaparte lui-môme, seraient morts inconnus. Depuis 89 au Consulat, c'est dans l'armée que se conserva , dans toute son ardeur, l'esprit révolutionnaire et démocratique. Sous l'Empire même f ce fut la Révolution et la République que les soldats croyaient voir dans le petit-caporal... Hé bien, la Coalition ramènerait pour l'armée l'Ancien Régime!

Habitants de la Banlieue et des campagnes , vos pères embrassèrent la Révolution avec transport , parcte qu'élle les délivra de la dîme, de la féodalité, des droits seigneuriaux, des servitudes féodales, parce qu'elle les rendit presque tous propriétaires : voulez-vous que la Coalition vous ramène l'Ancien-Régime?

Protestants , vos pères embrassèrent la Révolution avec

enthousiasme , parce qu'elle leur rendit leurs droits et les protégea contre les proscriptions du catholicisme : voulezvous que la Coalition ramène l'Ancien-Régime ?

Négociants, Industriels, c'est à vous surtout qu'en veut l'Aristocratie anglaise; c'est l'industrie française qu'elle veut anéantir ; c'est le commerce du monde qu'elle veut accaparer; et pour y parvenir, elle détruirait notre marine, elle ne nous laisserait plus aucune colonie, elle rétablirait toutes les entraves, les maîtrises, les jurandes, les corporations, les privilèges, les monopoles....

Imprimeurs, Libraires, la censure ecclésiastique viendrait vous ruiner au milieu de mille vexations inquisitoriales • c'est aux lumières et à la presse que l'obscurantisme déclarerait une guerre acharnée ; Voltaire, Rousseau, etc., seraient de nouveau proscrits et traqués partout....

Ouvriers, plus d'espoir pour vous d'affranchissement et d'amélioration; on pourrait impunément augmenter la durée du travail, diminuer le salaire.... ; car le murmure môme serait impitoyablement puni.

Et les Prêtres étant le plus puissant instrument du despotisme, toutes les classes de citoyens retomberaient sous le joug des Jésuites, des Missionnaires, des Frères ignorantins, qui s'empareraient de nouveau des femmes et des enfants, qui ramèneraient les superstitions et le fanatisme, les miracles et les billets de confession.

En un mot, il n'est pas une classe de citoyens qui ne doive voir avec effroi les projets liberticides de la Coalition. . Et le danger est immense; car la Coalition se prépare

depuis dix ans; elle est prête ; elle est instruite par l'expérience de vingt-cinq années de guerre ; elle est enhardie par ses succès de 1814 et 1815, tandis que la France est désarmée , ouverte , et que , depuis dix ans , le Gouvernement semble n'avoir eu d'autre soin que de rassurer la Coalition, en lui permettant de faire tous les préparatifs qu'elle voudrait, et en mettant complètement la France à sa discrétion. Le dénûment de la France est tel, que* quand la guerre éclatera, il n'est pas d'imprécations qui ne puissent être adressées aux gouvernants ; car tout le sang qui sera versé sera leur ouvrage et retombera sur leurs têtes.

Et ce n'est pas la guerre ouverte qui sera le plus grand danger; ce sera la trahison, comme c'est la trahison qui a livré Paris et la France en 1814 et 1815.

Mais, nous en sommes convaincus, la Nation ne se laissera pas trahir; et, nous en sommes convaincus encore, l'enthousiasme de la liberté renouvellera tous les prodiges passés et triomphera des Rois coalisés.

Dans notre prochaine lettre, nous examinerons le caractère de la guerre et le système de défense qui devra procurer la victoire.

Avant que cette lettre soit complètement imprimée, nous apprenons avec une vive satisfaction que les citoyens de la Garde nationale qui se proposaient de se rendre chez le

CABET

maréchal Gérard ont remplacé leur visite par une protestation. Voici leur résolution, qui unit la prudence à l'énergie, et que publie le National en ces termes :

Les officiers , gardes nationaux et citoyens qui avaient pris, l'initiative de la manifestation patriotique annoncée pour demain dimanche se sont réunis aujourd'hui pour délibérer de nouveau sur cette résolution f > , .

Ils ont considéré en ; principe que cette expression publique des vœux des citoyens était parfaitement légale;

Que ce droit, qui a sa source dans la souveraineté populaire, dogme fondamental de toutes les institutions, avait de plus été consacré en termes formels par l'article 60 de la Charte ;

Que cet article n'a pu être détruit par telle ou telle disposition d'une loi réglementaire sur la garde nationale ;

Que si des doutes avaient pu s'élever à ce sujet, lisseraient éclaircis par la conduite même des chefs des légions de Paris, qui, en différentes circonstances, se sont servis de l'opinion qu'ils disaient émanée d'elles pour exercer de l'influence sur la direction du pouvoir;

Que les principes et les faits établissent avec évidence le droit qu'ont les citoyens de protester publiquement contre la conduite du gouvernement, et qu'il importe plus que jamais de maintenir ce droit.

Toutefois , dans les circonstances où nous sommes , il n'importe pas moins d'éviter avec le plus grand soin de donner à un pouvoir lâche au-dehors l'occasion de se montrer brutal au-dedans. t

En conséquence,, les officiers, gardes nationaux et citoyens croient qu'il est de leur devoir de faire entendre au gouvernement, comme à l'étranger, le cri d'indignation de

toute la population parisienne contre la politique déshonorante que Ton suit envers la coalition ; mais, désirant en môme temps ne pas donner le moindre prétexte de collision violente, ont arrêté :

1° Qu'une députation d'officiers et de délégués de la garde nationale serait chargée de protester, devant le président du conseil des ministres, contre Tordre du jour du maréchal Gérard, et contre la honteuse inaction du gouvernement en présence de l'étranger;

2i° Que celte protestation serait adressée sous forme de pétition à la Chambre, après avoir reçu la signature de tous les citoyens qui devaient prendre part à la manifestation.

Paris. — Imprimerie de Bouegogmb el Maatinst , rue Jacob , 30.

LA CRISE ACTUELLE

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