‹ Comment je suis communisteChapitre 22 sur 27 · IG · texte numérisé non relu

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les classes , se mêleront ensemble et n'auront plus d'autre rivalité que celle du dévouement et du courage; quand la presse, la poésie, la musique, les spectacles et les fôtes, provoqueront l'enthousiasme populaire; quand les applaudissements des vieillards et des femmes exciteront l'héroïsme; quel incendie produiront tous ces feux patriotiques réunis au même foyer !

Et pour l'enflammer , cet enthousiasme , par des exemples et des souvenirs, il ne sera pas nécessaire de citer les faits héroïques des Républiques de la Grèce, de Carthage et de Rome, ni le dévouement de Léonidas jurant de mour rir, et mourant avec ses trois cents Spartiates pour arrêter l'invasion étrangère venant restaurer un Tyran , ni la sublime confiance des Romains mettant aux enchères le champ sur lequel campait Annibal amené par la victoire jusqu'aux portes de Rome, ni le dévouement des femmes Carthaginoises coupant leur chevelure pour faire les cordages des vaisseaux destinés à défendre leur Patrie , ni le sublime désespoir des Babyloniens préférant s'ensevelir sous les ruines de leur ville plutôt que de se soumettre à la loi du vainqueur , ni le sublime courage de nos propres ancêtres bravant la mort pour établir les Communes et pour conquérir la liberté contre leurs Tyrans féodaux ou l'indépendance nationale contre l'invasion étrangère.

Pour exciter jusqu'au délire l'enthousiasme populaire, ne suffira-t-il pas de rappeler notre histoire contemporaine? Quoi de pluscapable d'électriser lésâmes que notre serment du Jeu de paume , la prise de la Bastille et des Tuileries , le dévouement du vaisseau le Vengeur se faisant sauter plutôt que de se rendre aux Anglais, nos mille victoires révolutionnaires, notre 20 mars et nos 3 journées? Quoi de plus entraînant que l'énergie de nos tirailleurs de juin , de novembre , d'avril , etc. , croyant se dévouer pour la liberté et combattant un contre vingt , presque sans armes , contre la mitraille et le boulet?

Oui , nous reverrons l'enthousiasme de nos beaux jours, de ces jours de 89 et de 92 où la France unanime , remplie

du sentiment de sa dignité et de sa puissance, montrait une grande Nation sous les armes, défiant fièrement tous les Rois, et courant aux combats en chantant , confiante dans la victoire, mais envisageant avec presque autant de plaisir la gloire de la mort et la gloire du triomphe. Nous le reverrons cet enthousiasme plus grand peut-être encore 9 parce que vingt-deux ans d'une lutte victorieuse ont doublé la conviction de la force nationale, parce que jamais la bataille ne s'est présentée plus décisive pour la France et pour l'Humanité.

Les Rois espèrent sans doute que, comme en 1814 et 1815 , ils n'auront à combattre que l'armée , et que, se présentant avec une armée plus nombreuse > favorisés par la fortune, aidés par la trahison, quelques batailles gagnées pourront terminer promptement la guerre !... Mais comme en 92, ils trouveront toute la France à ses frontières , l'armée, la garde nationale, le Peuple; et quelque nombreux que soient les assaillants, la grande armée française sera plus nombreuse encore.

Pénétreraient-ils par quelque porte, qu'une stupide et coupable confiance ou la trahison aurait laissée ouverte ! Hé bien! ce n'est pas d'une guerre ordinaire et régulière qu'il s'agira , mais d'une guerre nationale; non d'une guerre de soldats seu»ement, mais d'une guerre de Peuple, de paysans, de guérillas, de corps francs ; guerre où les enfants et les femmes valent des hommes , guerre à l'Espagnole , à la Russe , à l'Anglaise , comme l'Angleterre la préparait en 1803 (l) ; guerre de barricades, de ponts coupés , de routes détruites; guerre sans sommeil et sans repos pour l'envahisseur; guerre de ruines, de déserts, de famine, de destruction en détail et d'extermination en masse.

La prise môme de Paris ne terminerait rien; car l'Espagne et la Russie nous ont appris que les Capitales ne sont pas

(1) Histoire populaire de la Révolution françaiêe t L IV, p. 406.

les Empires, et qu'on peut encore sauver et délivrer I« pays quoique la Capitale soit au pouvoir de l'ennemi. Ré* solu à périr , on disputerait le terrain pied à pied , on prolongerait indéfiniment la guerre , on se retirerait derrière la Loire , on se battrait jusqu'au dernier homme et jusqu'au dernier coin de terre, répétant partout ces sublimes paroles : La garde meurt et ne se rend pa$, et ce sublime décretde la Convention nationale, La France ne traite point avec l'Etra* ger qui foule son territoire.

Mais dans une guerre de cette espèce , que d'ennemis périraient par le fer de leurs adversaires, par les fatigues, les maladies et la famine î car on ne laisserait rien pour les nourrir, et plus ils seraient nombreux, plus, sous ce rapport, leur perte serait certaine.

Est-il permis d'ailleurs de supposer que la Coalition pourrait être long-temps victorieuse et s'avancer bien loin ? Qu'elle puisse gagner quelques batailles, oui ; car les batailles dépendent souvent du hasard; et si le sort de la France pouvait dépendre d'une défaite, la Fortune pourrait bien trahir la cause de la justice. Mais la guerre se prolongeant, toutes les chances ne sont-elles pas pour la France? Quelque courage que puissent avoir les soldats étrangers, en auront-ils plus que lesFrançais? seront-ils aussi nombreux? auront-ils cette confiance et cet enthousiasme qui décuplent les forces ? une seule déroute ne peut -elle pas les perdre, tandis que vingt victoires ne sauraient assurer leur salut?

Et s'ils se décourageaient î si ia désertion se mettait dans leurs rangs! si, au lieu de se faire tuer pour^éterniser leur esclavage, ces soldats se jetaient dans les bras d'un Peuple qui défendra leur cause et qui leur offrira son amitié...!

Que feront d'ailleurs la Belgique, la Suisse, l'Allemagne, la Hongrie, la Pologne et l'Italie ? que fera la Démocratie Espagnole? que feront les radicaux ou le Peuple d'Angleterre? — Si la France s'abandonnait elle-même, tous ces Peuples l'abandonneraient en Faccusant, et resteraient spectateurs désespérés de la commune catastrophe ; mais quand la

France leur aura déclaré sa résolution de vaincre ou de périr ; quand elle aura montré son drapeau sur lequel on lira : Guerre aux Despotes.»./ Fraternité pour les Peuples,,./ Pas de conquêtes..,/ Chacun maître chez toi.,,! Pourront-ils rester indifférents?

La France (qu'on nous pardonne la témérité de la foiré parler) dira à ses soldats : « Défendez la Patrie ; triomphez i» ou mourez pour elle; car c'est pour vous et vos familles » que vous triompherez ou mourrez. Si vous succombez; » j'adopterai vos femmes et vos enfants , et je transmettrai* » vos noms à la reconnaissance de la Postérité. Si vous re- » venez vainqueurs, vous serez tous mes enfanls, tous » citoyens, tous électeurs et éligibles, sans autre distinction » que celle des talents et des vertus civiques. Portez chez » les Peuples voisins le drapeau de l'émancipation des hom- » mes , de la délivrance du Genre humain, de l'égalité, de m la fraternité ! Jamais de pillage ! Jamais de violence envers » Je Peuple! Rappelez-vous sans cesse que vous êtes les » soldats de la Démocratie ; que votre premier devoir est de » lui faire des amis; et que ce serait un crims envers elle « de faire quoi que ce soit qui pût la déshonorer et lui faire » des ennemis. »

Elle dira aux Français de la frontière : « Supportez cou* » rageusement tous les sacrifices qu'exigera le salut de la » Patrie. Je vous en garantis l'indemnité et la récompense.»

Elle dira aux Peuples: « Je jure de ne faire aucune con- » quête , et de n'entrer chez vous que pour me défendre , » combattre nos communs oppresseurs et vous délivrer. Je » veux mettre mon bonheur et ma gloire dans la justice , » dans la morale, dans le respect des droits d'autrui , dans » la fraternité des Nations. Je serai votre alliée, votre » amie , votre sœur. Je suis tellement convaincue que mon » intérêt bien entendu me prescrit de me renfermer dans 9 mes frontières naturelles, que je n'accepterais pas même » la réunion d'un Peuple voisin qui s'offrirait. »

Elle dira aux Peuples en-deçà du Rhin : « La nécessité » de mon salut me portera , pendant la guerre , jusqu'à la » frontière que la Nature elle-même a créée pour ma défense

» mais* nous vous regarderons comme nos amis. Si vous n sentez que votre intérêt vous crie d'être Français, nous » serons heureux de vous accepter comme frères ; mais si, » par impossible, vous ne demandiez pas vous-mêmes notre » réunion , nous respecterions votre indépendance après » que la victoire aurait assuré notre existence. » ^Quand la France tiendra ce langage, que de vœux les Peuples ne formeront-ils pas alors pour son triomphe, qui sera leur délivrance I Qu'ils frémiront d'impatience! Qu'il sera difficile de les empêcher de prendre part à la lutte! Qu'il faudra laisser de soldats pour brider la Pologne et l'Italie ! Et si quelque insurrection éclatait , si le feu prenait quelque part, qui peut dire où s'arrêterait l'incendie?

Si donc la France avait un Gouvernement digne de la confiance nationale et la possédant ; si ce Gouvernement voulait défendre le pays et la Révolution avec autant d'ardeur que les Républicains peuvent le vouloir euxmêmes ; s'il cherchait à s'appuyer sur les Démocrates d'Espagne , d'Italie , de Suisse, de Belgique, d'Allemagne , de Pologne et surtout d'Angleterre-, s'il épiait les mouvements des Rois avec autant de sollicitude et de défiance que la Nation peut en avoir ; s'il déclarait solennellement à la Coalition et aux Peuples qu'il est n solu à ne souffrir désormais aucune atteinte à l'indépendance des États, et à provoquer une guerre nationale plutôt que de consentir aucune concession nouvelle ; si , à l'appui de cette déclaration, il rebâtissait Huningtte ; quelque grand que soit le mal déjà fait, ce mal ne serait point irréparable ; la Restauration serait impossible ; et l'inquiétude sur l'avenir pourrait être appelée folie.

Il faut même le dire , la question de la politique intérieure serait bien moins ardente : rassurés sur l'indépendance du pays, sachant que quelques années ne sont rien dans la vie d'une Nation , les Démocrates attendraient pïus patiemment, du temps et de l'opinion publique, l'infaillible triomphe de la Démocratie ; car c'est surtout la défiance qu'excite la conduite du Gouvernement dans la question

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étrangère, qui fait désirer si vivement le règne de la Démocratie ; et c'est là la principale cause de toutes nos agitations intérieures.

Mais c'est la trahison possible des Légitimistes cachés qui sera le plus redoutable danger. J

La trahison sera le seul danger.

Quoi, la trahison!... ce crime, le plus abominable dt tous les crimes et qui les traîne tous à sa suite !....

Eh oui, quelque horreur qu'il inspire, est-ce que ce crime, plus que les autres crimes, est inconnu sur la terre? Est-ce qu'il est une page de l'histoire (l) qui ne soit souillée du récit de quelque trahison ? Est-ce que les plus grandes catastrophes de l'humanité , la destruction des villes, la perte des batailles, le renversement des Empires, la ruine des révolutions les plus légitimes , ne furent pas presque

(1) Voici deux des exemples de trahison les plus célèbres :

Darius, roi des Perses , assiégeant Babylone révoltée par sa tyrannie, allait lever le siège lorsque Zopyre, l'un des Seigneurs de la Cour, se dévoua pour lui livrer la ville en trahissant les Bab)oniens; et voici le stratagème qu'il imagina. — Il se fît couper le nez et les oreilles, et déchiqueter tout le corps. Il se présenta aux assiégés comme une victime* de la plus exécrable barbarie , feignant de ne respirer que la vengeance, appelant la haine et les malédictions contre le tyran. Comment soupçonner la ruse et la trahison! Il obtint le commandement des troupes, et fit plusieurs sorties dans lesquelles , d'accord peut-être avec Darius, il tua 15 ou 16.000 Perses, ses compatriotes, afln d'inspirer plus de confiance encore aux Babyloniens. Puis, il livra l'une des portes à son maître , quf se rit alors de la haine qu'il avait excitée contre lui , qui le combla d'éloges et d'honneurs , et qui lui donna le gouvernement et les trésors de Babylone noyée dans son sang.

Des sénateurs proscrits par Tarquin s'étaient réfugiés chez les Gabien. Le tyran désirait vivement s'emparer d eux : mais comment faire? D'accord avec lui, son fils Sexto* feignit subitement de déclarer la guerre à son père et de fuir sa tyrannie. Il se retira à Gabies , comme un fugitif transporté décolère et ne respirant que la vengeance.... Il fit tant qu'il obtint la confiance des Gabiens et le commandement de l'armée. C'est alors que , se démasquant brusquement, il fit périr les sénateurs réfugiés et les principaux Gabiens, et livra la ville à Tarquin, sans s'inquiéter des cris d'indignation qu'exciterait sa trahison.

toujours l'effet de la trahison ? Est-ce que les trahisons fu* rent jamais plus communes que depuis cinquante ans? Estce que ce n'est pas la trahison qui a compromis la France en 92 et 93, et qui Ta livrée en 1814 et 1815 ; qui a perdu les révolutions de Naples et de Piémont en 1821 > d'Bspagne en 1823, de Pologne et d'Italie en 1831 ? Est-ce que des Députés, des Sénateurs, des Généraux, des Ministres, des Rois môme, ont craint de trahir leur Patrie? Est-ce que Louis XVI , Louis XVIII , Charles X , les Rois de Naples et de Piémont , et Ferdinand d'Espagne , n'ont pas trahi leur pays, d'accord avec les autres Rois? Est-ce que Murât n'a pas trahi son beau frère, son Empereur, et sa Patrie? Quand tant de Rois trahissent, est-ce que des Ministres et des Généraux ne peuvent pas trahir? Est-ce que les Ministres Clarke, Talleyrund, Fouché, n'ont pas trahi leur Souverain et la France, d'accord avec l'Etranger? Est-ce*que les Généraux Dumouriez , Picheyru , Moreau , Marmont > Augereau, Bourmont , n'ont pas trahi leurs soldats, d'accord avec l'ennemi ?

Oui, aux yeux du Peuple* honnête et moral, la trahison, surtout au profit de l'Etranger, est le ptus horrible de tou* les crimes: mais aux yeux de l'Aristocratie c'est tout autre chose î Pour elle la Patrie c'est elle-même , c'est la confédération de toutes les Aristocraties. Ne lui parlez pas de honte à appeler l'Étranger! car l'Aristocratie étrangère n'est point l'Étranger pour elle , mais une alliée, une amie , unft compatriote; le pays est son domaine, le Peuple est son esclave ou son sujet, l'oppression est son droit , la résistance populaire est un crime ; pour elle il n'y a pas de trahison * on bien la trahison n'est qu'un moyen légitime et souvent une vertu. En un mot, elle a toujours trahi et trahira tou* jours quand elle pourra le faire impunément. — Oui, ils sont disposés à trahir ces Aristocrates qui croient qu'on ne pêut résister à l'Étranger que par la Démocratie , et qui ne peuvent supporter l'idée de la Démocratie parce qu'ils y perdraient leurs privilèges et leur pouvoir, ou parce qu'ils se croient trop compromis avec elle. Ils sont disposés à trahir ; et c'est là, nous le répétons, leïvéritable danger.

Car que peuvent le nombre , le courage, le génie môme,

devant la trahison, quand des chefs du dedans conspirent avec l'ennemi du dehors; quand, pendant long-temps, ils combinent tous leurs mouvements; quand ils travaillent de concert à tromper le Peuple par tous les moyens ; quand on interrompt toutes les communications; quand on répand partout de fausses nouvelles, de faux journaux, de faux bruits ; quand on publie officiellement que l'ennemi est battu, fugitif, éloigné de 50 lieues, tandis qu'il est aux portes de Paris; quand on envoie les troupes à droite tandis que l'ennemi se présente à gauche ; quand un Pichegru convient avec Coudé qu'il se laissera battre par lui et qu'il disposera sa troupe de manière qu'on puisse lui prendre ou lui tuer 20,000 de ses soldats ; quand un Clarke refuse des armes aux citoyens , et fait distribuer des cartouches de cendre ou des boulets qui ne peuvent entrer dans les canons; quand un Joseph déserte la capitale qu'il est chargé de sauver; quand un Conseil municipal va chercher les Russes pour capituler avec eux ; quand un Marmont livre Paris, qu'il s'était chargé de défendre ; quand un Bourmont passe à l'ennemi et lui porte peul-étre les plans qui devaient assurer sa perte; quand un Tallvyrand écrit à Alexandre pour le presser de marcher sur Paris; quand un Fouchéêcrïik Blûcher pour L'engager à précipiter sa marche sur la capitale sans perdre une minute; quand un Massëna dit à la Garde nationale : Restez tranquilles , mes amis! Lorsqu'il sera temps, on vous avertira; quand un Davoust capitule frauduleusement, après avoir juré aux Représentants qu'il se battrait jusqu'à la mort; quand les Généraux se vendent, comme l'Espagne en a tant vu achetés par le duc d'Angouléme en 18-23; quand un Dictateur à Varsovie capitule secrètement avec Nicolas?.. Toute la bravoure des Espagnols, des Italiens , des Polonais et des Français, tout le génie d'un Napoléon, ne peuvent faire alors que d'inutiles prodiges; et c'est ainsi qu'on voit l'Espagne, l'Italie, la Pologne et la France, succomber par la trahison.

C'est donc contre la trahison que la France doit être principalement en garde ; c'est sur elle que tous les regards

doivent se fixer ; c'est elle qu'il faut empêcher à tout prix, ou bien la France est perdue. Quelle horrible situation i

Mais où commencera désormais le danger décisif?

Aujourd'hui que la Pologne et l'Italie ont été sacrifiées; qu'Ancône est rendu ; que le Roi de Piémont est hostile ; que la Suisse est blessée ; que la Belgique a été abandonnée et humiliée ; que Guillaume a abdiqué pour donner au Prince d'Orange plus de facilité d'opérer la Restauration Belge ; que le Luxembourg a été cédé à la Confédération Germanique , c'est-à-dire à la Sainte-Alliance; que les forteresses construites par celle-ci pour menacer la France subsistent encore et peuvent aisément tomber entre ses mains ; que la France est ouverte de ce côté comme à Huningue , etc.; que l'alliance anglaise est rompue; que la Coalition est reformée; que l'Espagne s'y trouve peut-être entraînée par l'Angleterre; que la guerre est commencée, en Orient, contre le seul allié qui reste à la France, et par conséquent contre la France elle-même ; toute concession nouvelle n'estelle pas un danger tellement effrayant qu'il est impossible de le qualifier ?

Laisser faire la Restauration en Belgique , que serait-ce, après que Louis Philippe et ses Ministres ont reconnu (1) :

* Que le Royaume de Belgique avait été créé par la Sainte-Alliance , en (815, en hostilité contre nom; — que plusieurs forteresses y avaient été construites alors par la Sainte Alliance non pour défendre la Belgique , mais pour menacer la France, et pour créer une vaste téte de pont où seraient reçues toutes les armées de l'Europe ; — que la démolition de ces places était nécessaire à la sûreté de la France ; qu'elle avait été demandée et obtenue , et que ces forteresses seraient démolies (ce qui n'a point eu lieu) ; — que l'indépendance de la Belgique était tellement indispensable à l'indépendance delà France, que le Gouvernement n'avait pas hésité a % dépenser deux fois l'or et le sang des Français pour secourir les Belpes ; — et qu'aucun Ministère ne pourrait rester en France s'il souffrait que les Prussiens entrassent en Belgique(*2). »

(1) Discours d'ouverture de la session de 1831. — Casimir Périer. — Sébastiani.— Soult. — Séances d'août et septembre 1831 . (?) M. Tbiers, septembre 183?.

Souffrir que la Sainte-Alliance arrive jusque sur nos frontières ; attendre, comme disait Sébastianï{i), qu'elle ose les franchir et nous attaquer sur notre sol; ne serait-ce pas sacrifier la France?

\1. Nous ne le demanderons pas à M. Sébastiani, qui ne se souviendrait pas d'avoir dit autrefois, « qu'abandonner VEêpagne et le Piémont ce serait se SUICIDER. »

Mais nous le demanderons à tous les hommes de bonne foi qui veulent avant tout le salut du pays.

Nous le demanderons surtout à M. LaffiUe qui , le l ,r décembre 1830, lorsque la Pologne et Tllalie n'étaient point écrasées, lorsque l'enthousiasme existait encore en France, déclarait à la tribune :

« Que le Gouvernement ne permettrait jamais que le principe de non-intervention fût violé, et qu'il croyait nécessaire d'avoir,outre nos places fortes approvisionnées et défendues , 500,(100 hommes en bataille, bien armés, bien organisés, bien commandés , appuyés D'UN MILLION DR GARDKS NATIONAUX. >

Nous le demanderons à M. Dupin qui , le 6, ajoutait :

« Si la France s'était renfermée dans un froid égoïsme , elle aurait dit qu'elle n'interviendrait pas ; cela pouvait être une lâcheté** -mais dire qu'elle ne souffrira pas qu'on intervienne , c'est la plus noble attitude que puisse prendre un Peuple fort et généreux; c'est dire, non seulement je n'attaquerai pas . je n'irai pas troubler les autres Peuples; mais moi , France, dont la voix doit être entendue dans l'Europe et dans le Monde enlicrje nePEUMETTRAi pas que les autres interviennent. C'est là le langage que soutiendraient l'armée, la garde nationale, la France entière. •

Nous le demanderons à M. de Schonen qui , le 28 janvier, s'écriait :

« L'intervention des Rois dans nos affaires , voilà ce que j'appelle la condition déshonorante, au prix de laquelle un Peuple n'accepte provisoirement l'existence que pour la perdre dans l'infamie. »

Nous le demanderons à M. Bignon qui , en août 1831 , (Ecoutez bien î) déclarait :

(?) Séance du 18 mars I83J.

a Que l'abandon de la Belgique à Léopold lai paraissait une de

ces fautes comme il ne s'en commet pas deux en ck siècle. »

Nous le demanderons à M. Mauguin , qui toujours a montré tant de prévoyance et tant de patriotique ardeur sur la question d'indépendance.

Nous le demanderons à M. O. Barrot , qui toujours a si chaleureusement défendu le système de non-intervention.

Nous le demanderons au maréchal Clausel qui, le 17 janvier 1835, proposait à la Chambre de proclamer , en principe , au sujet d'Huningue :

« Que nous ferons chez nous tout ce qui nous conviendra, quand nous voudrons , et comme nous voudrons. »

Aucun d'eux ne pourra le nier , dans la situation actuelle de l'Europe , faire à la Sainte-Alliance des concessions nouvelles , lui laisser faire de nouveaux pas en avant , ce serait peut-être perdre la France, et certainement la compromettre.

Mais comment conjurer le danger?

D'abord , point de Généraux suspects ! Point de comtes de i>o%noc ou de Sainte-Aldegonde à la tête des régiments! Point de Garde royale! ... On dit que Napoléon hésitait à employer Bourmont parce que , suivant lui , les bleus seraient toujours bleus, les blancs toujours blancs , et Bourmont toujours un chouan. On assure que le trop confiant maréchal Gérard garantit alors à l'empereur la fidélité du chouan ; et l'on sait comment Bourmont, désertant à l'ennemi , contribua peut-être à la fatale déroute de Waterloo !

Ensuite, la question est dans le Ministère, parce qu'avec de bons Ministres tout est sauvé, tandis qu'avec de mauvais Ministres tout est compromis. A tout prix, fl faut obtenir le renvoi des Ministres qui, jusqu'à présent, ont matériellement sacrifié la France, qui pourraient la sacrifier encore, et qui sont assez avides de pouvoir pour braver toutes les défiances et tous les affronts. A tout prix il faut obtenir un Ministère patriote et national , connu pour vouloir défendre la Révolution • un Ministère énergique, qui ne craigne pas le

Peuple , qui jouisse de sa confiance , qui puisse prendre à Tinstant les mesures nécessaires pour assurer la défense du territoire en appelant aux armes la Nation tout entière.

Avec ce changement, tout est sauvé; sans lui tout est compromis.

Mais comment obtenir ce* changement si nécessaire de Système et de Ministres ? Faudra-t-il que le corps de la Nation se réunisse et s'associe, comme le Peuple anglais, pour délibérer sur ses dangers et sur son salut ? — Mais , tandis que les Anglais sont libres, les Français sont esclaves! Tandis que les associations et les assemblées publiques sont des droits de l'Angleterre, elles sont interdites à la France! Tandis que les radicaux Anglais peuvent envoyer des députés à Paris , on poursuit les écrivains français et même les Gardes nationaux qui veulent manifester leurs Vœux patriotiques ï Tandis que la Nation anglaise a des moyens légaux de se sauver, la Nation française est presque réduite à périr bâillonnée et garrottée !

Faudra-t-il donc qu'elle périsse, ou que, ne consultant que la première de toutes les lois, la loi suprême du salut public, le Peuple demande la mise en accusation des Conseillers de la couronne? — Mais le courage, l'enthousiasme, le dévouement môme des individus, ne suffisent, pas pour conjurer tant de périls: c'est de l'ensemble qu'il faut, par coiT^ séquent un centre d'action , un point de ralliement , une direction en un mot.

Si la Chambre des Députés voulait enfin se mettre à la tête du Peuple , quelques reproches qu'il ait à faire aux Chambres passées, la raison , l'intérêt public , la nécessité, l'instinct d'organisation et de légalité qui dans toutes nos crises politiques ont toujours rallié la masse autour d'un des Pouvoirs existants, la rallieraient encore autour de celui desPouvoirsd'aujourd'hui qui représente le mieux la Nation; et la Chambre deviendrait la Directrice et le Général ;"et le Peuple, à sa voix, ne serait bientôt plus qu'une armée prête à l'appuyer \ et les Ministres seraient mis en accusation; et le Ministère disparaîtrait à l'instant ; et des Ministres pa-

— aStriotes défendraient le pays; et le pays n'aurait plus rien à craindre.

Mais comment une Chambre composée de tant de Partis divers ; comment une Chambre si timide , si molle , si engourdie jusqu'aujourd'hui, pourra-t- elle avoir subitement assez de vigueur et d'énergie ?

L'Opposition Parlementaire fera-t-elle son devoir ?

Que les Députés aveugleset lâches gardent le silence ou ne parlent que pour défendre le Système , ses Ministres et sa diplomatie, c'est tout simple ; mais si , au moment décisif, l'Opposition hésitait, elle qui voit le danger, elle qui veut l'empêcher, elle qui se prétend plus prudente, plus patriote et plus dévouée que lesautres Partis dans la Chambre, comment cesautres Partis n'hésiteraient-ils pas?— Si l'Opposition attendait que les autres lui donnassent l'exemple du courage, pourquoi les autres n'attendraient-ils pas également? — Si l'Opposition , qui se dit l élite du pays, manquait d'union, de sagesse et de résolution, comment espérer plus d'union, plus de prudence et plus d'ensemble de la part des masses ? — Qui ferait son devoir si l'Opposition ne savait pas faire le sien ?

Mais qu'elle s'élève à la hauteur des circonstances et de sa mission! Qu'elle s'organise et se discipline! Qu'elle donne l'exemple de l'union , de la prudence et de l'énergie ! Qu'elle se considère comme étant à elle seule la Représentation nationale , la Sentinelle du Peuple , son Général et son Guide!

Quand le moment sera venu , qu'elle s'adresse au corps de la Nation! Convaincue du péril, qu'elle lui crie du haut de la tribune que la Patrie est en danger! Qu'elle fasse un appel au patriotisme éclairé de la Garde nationale! Qu'elle provoque la manifestation de l'opinion publique par des pétitions et des adresses ! Et d'un bout de la France à l'autre le Peuple suivra son impulsion et l'appuiera comme si elle était la Chambre tout entière. — Qu'elle demande la mise en accusation des Ministres , sans examiner ce que fera le reste de la Chambre ; et le Peuple demandera l'accusation

avec elle! — Qu'elle interpelle les chefs de toutes les fractions parlementaires î — Qu'elle demande au Tiers-parti s'il veut sacrifier la nationalité française/— Qu'elle demande

aux Ministériels-patriotes , trompés jusqu'aujourd'hui , s'ils veulent l'invasion et le démembrement! — Qu'elle demande au Parti social s'il veut la ruinede la civilisation et le triomphe de la barbarie î — Qu elle demande aux Légitimistes eux-mêmes, à ceux sur tout dont les talents font regretter l'égarement de leurs affections politiques, s'ils ne sont pas Français avant d'être les sujets d'un Prétendant ou d'un Roi ; si l'intérêt d'une famille peut entrer en balance avec celui d'une Nation, et si, pour tout homme de cœur et d'honneur, le premier devoir n'est pas toujours envers la Patrie I — Qu'elle ose, et personne n'osera s'avouer partisan de l'Étranger; qu'elle ose, et tous, Peuple, Chambre, Gouvernement , seront entraînés par elle ! Elle sauvera le pays î — Mais osera-t-elle ?

Point de doute pour l'Opposition radicale *• peu nombreuse, il est vrai , comme I Opposition libérale sous la Restauration, elle dira : « Nous ne sommes qu'un petit nombre ; mais nous avons derrière nous la Nation! >» Elle fera son devoir sans considérer le péril; et, fût-elle seule, peut-être suflira-t-elle pour diriger le Peuple et pour tout entraîner. — Et l'opposition dynastique, osera-t-elle?

Ce n'est pas le moment de lui reprocher trop de ces ménagements parlementaires qui trompent le pays, trop de confiance dans une prétendue habileté gouvernementale qui n'a rien gouverne et rien empêché, trop de confiance aussi dans le pouvoir d'une éloquence dont se rit l'active rouerie de ses adversaires , trop de timidité devant des ennemis qui du moins ont le mérite de l'audace et que son excessive circonspection rend plus audacieux encore.

Quelsque reproches qu'elle puisse mériter , l'Opposition dynastique , nous aimons à l'espérer encore, est nationale et patriote; elle n'a jamais voulu et ne voudra jamais sacrifier la Patrie à quoi que ce soit au monde.

Eh bien, est- il possible quelle conserve encore des espérances et des illusions? Peut-elle ne pas Yoir que la Révolution est sacrifiée ; que la Fiance est avilie, désho-

norée , compromise , perdue , si l'on ne parvient pas à lt sauver ; que chaque jour augmente le mal et le danger , et

qu'il n'y a pas un moment à perdre pour agir ? — Peutelle oublier que ce n'est pas seulement pour faire des lois qu elle est investie de la souveraineté populaire, mais pour représenter le Peuple en tout et pour tout, pour le défendre contre la trahison ou l'incapacité des agents du Pouvoir exéc utif et contre l'agression étrangère , pour veiller en s* place , pour le réveiller s'il est endormi , pour l'avertir, l'appeler, le guider et l'organiser dans les grandes crises et dans les grands dangers de la Patrie? — Peutelle ne pas sentir que ce n'est plus la saison ni des phrases, ni des lois de ménage $ que s'en occuper aujourd'hui c'est ressembler aux Grecs du Bas-Kmpire qui , stupidement absorbés par des disputes théologiques pendant que l'ennemi frappait à leurs portes, perdirent ainsi pour des siècles leur indépendance et leurhberlé ; que c'est à l'Étranger qu'il faut exclusivement penser pour empêcher que le Cosaque ne vienne barrer avec sa lance l'entrée du palais législatif, et déchirer en un jour avec son sabre les beaux discours et les lois de cinquante années $ que c'est sur le mouvement des troupes, des congres et des protocoles, qu'il faut lixer son attention ; en un mot, que c'est la ruine du pays qu'il faut empêcher en obtenant à tout prix un Ministère complètement digne de la conliance du Peuple? — Son devoir est d autant plus impérieux et sa responsabilité d'autant plus illimitée que c'est à ses chefs, à Laffitte, à Dupont de l'Eure, à Odilon-Barrot, à Mauguin , que nous devons en grande partie le Système qui cause tous nos périls. Ils ont été trompés sans doute , et c'est bien involonlairement qu'ils ont à leur tour trompé le pays, qui leur accordait aveuglément sa confiance ; mais que leurs cœurs d'honnêtes hommes et de patriotes doivent être navrés de douleur I qu'ils doivent éprouver le besoin de consacrer toutes leurs facultés, tous les moments de leur existence et leur vie tout enlière à réparer le mal qu'ils ont fait sans le vouloir à leur paysl

Que l'Opposition ne redoute pas la fougue populaire I c'est le désespoir du Peuple qu'il faudrait redouter s'il était

abandonné par tous ceux qui se disent ses Représentants : mais qu'elle ait autant d'énergie que lui , et Tordre ne perdra rien à l'exaltation patriotique!

Quant aux ouvriers, aux jeunes gens , leurs fautes peuvent être trop funestes à eux-mêmes comme au Peuple , leur existence est trop menacée ; nous sommes trop sincèrement dévoués à la cause populaire , pour que nous n'ayons pas aujourd'hui le courage de remplir noire devoir de bon citoyen, en disant franchement ce que nous croyons la plus utile des vérités... Quand le mal est fait, il n'est plus temps de se désoler et de s'écrier : « Les malheureux, ils se sont perdus et nous ont tous perdus avec eux ! » C'est avant la consommation du mal qu'il faut crier : « Vous allez vous perdre, et nous perdre avec vous 1 — Nous allons donc exposer notre pensée tout entière.

Ni émeute , ni attentat !

Hé bien, n'est-il pas évident que toute manifestation partielle, susceptible d'amener une collision , pourrait être funeste et criminelle envers le Peuple? Si l'on peut comparer une nation à une armée, que dirait-on d'un colonel, par exemple, qui, quand le conseil de guerre a décidé, pour le salut de l'armée et du pays, d'ajourner la bataille, commencerait le combat sans ordre et contre l'ordre? Ce chef indiscipliné n'exposerait- il pas son régiment à être abandonné par le reste de l'armée et à être écrasé par l'ennemi, en affaiblissant l'armée et en l'exposant à être ensuite elle-même écrasée? Et si l'armée se croyait forcée de combattre pour le sauver, ne l'exposerail-il pas a se perdre en combattant sans avoir les chances jugées nécessaires pour la victoire? Ce coupable colonel ne mériterait-il pas d'être fusillé? L'étranger ne se réjouirait-il pas de son indiscipline? L'ennemi ne fait-il même pas ordinairement tous ses efforts pour acheter un pareil colonel , séduire son ambition ou sa vanité, et le pousser à tout compromettre ainsi par un engagement partiel et prématuré ? L'histoire ne nous présente-t-elle pas urïe foule de catastrophes qui n'ont pas d'autres causes ? Ne nous apprend-elle pas que c'est par une précipitation de ce genre que les soldats de Bruius et de Cassius ont perdu la bataille é'sictium et la République Romaine, remplacée dès lors par de nouvelles proscriptions et par l'Empire? N est-ce pas ainsi que les émeutes de floréal, de prairial, du camp de Grenelle, ont déûnititement perdu la Démocratie? Ne fonl-ce pas la Machine infernale de la rue Nicaise et la conspiration de George, Pichegru, Moreau, des frères Polignac, du cabinet anglais et des Bourbons, pour assassiner Bonaparte, qui ont déterminé la création 4e l'Empire Napoléonien et la perle de la liberté ? Qui pourrait nier le mal qu'oui fait les émeutes de juin , etc., les attentats de Fieschi, etc. ? fc'est-ee pas une opinion universelle que ce sont ces attentats et ces émeutes qui ont fait la force du Système antipopulaire? N'est-ce pas un cri général, à chaque émeute, à chaque attentat, qu'ils ne peuvent servir que les ennemis de la Révolution ; qu'eux seuls peuvent s'en réjouir j qu'ils auraient donné des millions pour les obtenir ; cl que ce font eux qui probablement Tes ont provoqués ou dirigés?

Qu'il est facile» en effet, à d'habiles agents, soit de l'Étranger, soit d'une des factions ennemies, de s'introduire parmi les ouvriers et les jeunes gens, de gagner leur confiance par une apparence de patriotisme, de connaître les hommes les plus crédules et les plus fougueui, de les tromper, de les séduire, de les gagner et de les entraîner ! — Qu'il est facile aussi à ces agents de se déguiser en ouvriers ou en étudiants , de se glisser dans les rassemblements, de les entraîner dans des pièges, de commettre des violences pour les déshonorer et les compromettre, de tuer même des gardes nationaux , ou des soldats, ou des municipaux , ou des ouvriers, ou des jeunes gens , pour souffler la division , l'irritation el la guerre entre ces différentes classes de Français, el de disparaître ensuite pour accuser ces rassemblements du mal qu'ils ont fait eux-mêmes ! Qu'on n'oublie pas que le massacre du Champ-de-Ma" en 1791 eut pour prétexte un coup de fusil , un coup de pistolet , des pierres , tirés et jetées sur la garde nationale par quelques fous qui compromettaient la foule, ou par des agents payés pour fournir l'occasion de la massacrer!

Aujourd'hui plus que jamais, gardons-nous des. provocations et des pièges des agents de la Coalition elde la Légitimité!

Le patriotisme et le courage ne consistent pas dans la fougue et la témérité, mais dans l'énergie, dans la patience, dans la prudence, et dans le sacrifice de ses désirs à l'intérêt général. — Les pétitions, les protestations , les manifestations de la Garde nationale , comme celles de Metz et d'Angers, etc., les banquets, la Marseillaise aux spectacles, n'ont que des avantages sans inconvénients; mais les rassemblements dans les rues, les promenades , les chants et les cris, quelque patriotique que soit l'intention , ont encore plus d'inconvénients que d'avantages.

Puisque la guerre nous parait évidemment nécessaire dans l'intérêt de toutes les classes de citoyens, cette vérité doit être facile à démontrer. Prouvons doue , démontrons , persuadons...! Il n'est personne qui ne s'occupe aujourd'hui de la question; l'opinion fait chaque jour d'immenses progrès ; et biemôl négociants et industriels, patrons et ouvriers, garde oationale et armée, fonctionnaires et citoyens, Législateurs et juges, en un mot , la Nation entière verra clairement que la guerre est une indispensable nécessité.

Le temps presse, dites-vous! sans doute : si la Coalition a décidé la guerre pour le printemps (et qui peut dire qu'elle ne l'a pas décidée?) chaque jour ei chaque instant perdu est une calamité qui nous coûtera peut-être des milliers de soldats. Sans doute c'est un malheur que l'opinion ne soit pas encore unanime; mais ne serait-ce pas un autre malheur infiniment plus grand, irréparable peut-être, si, dans cette situation des esprits, la précipitation amenait une collision dans laquelle la Dé** mocralie pourrait être vaincue et écrasée?

Des Députés, des chefs de la Garde nationale, des journalistes, des écrivains, auront le courage de se dévouer personnellement sans compromettre la cause. — Sachons donc attendre le triomphe de l'opinion publique; et n'oublions jamais que chacun de nous est responsable du mal qu'il peut faire à la France et à l'humanité ! CABET.

Pam Iwurifflmr de Be-c»«o«»i et Mautikit, rue JotoKJ».

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