VOUS SERIEZ RESPONSABLES
EXVERS LA PATRIE!
-5 pages in-S. — Prix : \ sou.
Un jour, S août 1829, apparaissent trois noms, Labourdonnaye , Bourmont , Polignac, Ministère menaçant ! Voilà la Contre-révolution ï crie-t-on aussitôt de tous côtés.
Attendez nos actes pour nous juger, répondent-ils. — Votre passé annonce votre avenir, répliquent la Presse et le Parti national. Vous êtes des hommes de sang, de trahison et de Contre- révolution! Voustie venez que pour faire un coup d'Etat! — Non! — Si!
L'article 14 de la Charte nous donne le droit de faire des ordonnances de salut public. — Non! — Si !
Si vous les faites , nous refuserons l'impôt!... — Vous n'en avez pas le droit !. .. — Si ! — Non !
Si vous refusez l'impôt , nous emploierons la force!... — Nous repousserons la force par la force !
Et pendant onze mois et demi, toute la Presse patriote , toute la France, prennent part à cette discussion. 221 députés se prononcent contre le Ministère, et 181 seulement l'appuient... La Chambre est dissoute par le Roi, mais réélue par la Nation électorale... Et, le 25 juillet, le Roi commence l'attaque; les ordonnances paraissent, fondées sur l'article 14.. . C'est le signal attendu pour la défense ; c'est le dragon qui met le feu à l'artifice ; c'est le coup de canon qui annonce la guerre à tout Paris, à toute la France. L'impression est électrique : à l'instant môme, journaux et Garde nationale , bourgeois et ouvriers, vieillards et jeunes gens, femmes et hommes, soldats et citoyens, population entière, tout s'en môle... L'insurrection est générale. Deux régiments se joignent au Peuple... L'armée cède... Le Roi veut céder : mais il est trop tard ! Il abdique en faveur de son petit-fils : mais il est trop tard encore...! Et Louis-Philippe est Roi, sorti d'une insurrection presque unanime.
Juin , avril , mai , ne sont que des émeutes partielles, qui
n'ont presque rien de commun avec l'insurrection de Juillet : point de cause spéciale , point de motif déterminant pour le jour et l'heure ; point de signal ; seulement la volonté de quelques chefs alors inconnus. Et quels chefs! Leurs soldats entraînés par eux montrent du dévouement et du courage; mais qui sait les motifs d'intérêt , de vanité, d'ambition, qui faisaient agir quelques uns d'eux? Qui sait les pièges temius et les agents qui les tendaient? Aussi, la population , qui ne sait rien , reste étonnée , inquiète, mimobile, et l'émeute est écrasée... Beaucoup d'utiles citoyens sont perdus pour la Patrie. . . Quoique ce ne soit qu'une compagnie de l'armée populaire follement engagée > le Gouvernement publie que c'est l'armée entière; que cette armée est vaincue ; et qu'il faut les punir. . . Etat de siège, intimidation , terreur, rigueurs impitoyables, carnage, arrestations dans toute la France, conseils de guerre, cours d'assises, Cour des Pairs, lois de septembre , le plus mauvais Ministère peut impunément tout faire alors; et rémeute fortifie le Despotisme en tuant la Liberté.
Bientôt les prisonniers comparaissent devant leurs juges, qui les rendent responsables de leurs actes; mais n'ont-ils pas une autre responsabilité vis-à-vis leur Parti, vis-à-vis la Liberté, vis à-vis l'Humanité ? Qu'importe au Peuple que sa cause soit perdue par des amis imprudents et téméraires ou par des ennemis? Chacun ne devrait-il pas sentir que, s'il est libre de disposer de sa personne (et encore le vrai patriote n'a-t-il pas cette liberté), il n'a pas le droit de disposer de la destinée et du salut de la Nation ?
Mais c'est l'un des plus déplorables effets des discordes civiles que chaque Parti se croit obligé de cacher la vérité, de soutenir indistinctement tous ses membres, de les approuver, de les défendre, au lieu de leur adresser des reproches qu'ils peuvent mériter. C'est ainsi qu'on transforme souvent en héros des hommes auxquels la Patrie pourrait reprocher de l'avoir compromise, qu'on étale partout leur image , et qu'on s'expose à leur donner des imitateurs qui compromettront et perdront peut-être à leur tour- C'est ainsi que l'éloge de Juin a peut-être produit Avril, comme l'éloge de Juin et d'Avril a peut-être produit Mai. Faut-il donc que l'éloge des émeutes passées produise éternellement desémeutes, jusqu'à ce que la liberté soit perdue pour des siècles? Faut-il que l'exemple des funestes émeutes de Uoréal , de prairial et du camp de Grenelle, soit sans instruction pour nous ? Faut-il que personne n'ait le courage de *e dévouer à dire une vérité si nécessaireau salut de tous?...
- Maintenant à l'application ! Jamais cette vérité ne fut plus indispensable î
Trois noms viennent d'apparaître, Martin (du Nord), Soult, Guizot... noms sinistres! Ministère d'impopularité et de parce que Bourbon, c'est-à-dire de quasi«restauration ; Ministère que la presse qualifie de l'Étranger; Ministère que le Courrier Français dénonce comme amenant une Révolution } Ministère dont, suivant le Commerce , M. Guizot apporte de Londres ce programme : « l'Europe ne me- » nace pas la France; elle n'attaque que la Révolution. » Il ne faut pas se mettre avec la Révolution contre l'Eu- » rope, mais avec l'Europe contre la Révolution. >»
Et ce Ministère organise une Garde royale , presse les Bastilles, amène 100,000 hommes à Paris.... Le journal de la Cour parle de modifier la Charte, de modifier la composition de la Chambre... On parle de dissolution, d'abdication... Quand la Nation se plaint d'être avilie, déshonorée, privée de tous sesatliés, menacée parla Coalition, compromise dans son industrie, dans son commerce, dans son existence, c'est par une proclamation à l'armée, par un appel à son dévouement à Tordre quand môme, que le Ministère répond aux. plaintes du pays!
Mais l'opinion se prononce chaque jour davantage; les yeux et les oreilles s'ouvrent; les illusions se dissipent; chacun voit l'abime où seraient englouties toutes Içs fractions du Parti national, le Courrier Français , le Siècle , le Constitutionnel, s'effraient avec le Commerce elle National;
et se préparent à se défendre M. Thiers se défendra
contre les Ministres... la Gauche dynastique et la Gauche défendront la liberté... la cause va se plaider à la tribune,
en face de la Nation... la vérité tuera le mensonge et
l'avenir est au Peuple.
Dans cette situation, que doit désirer la COALITION?
— La guerre civile, pour empêcher la guerre étrangère, une émeuie t aujourd'hui, demain, le plus tôt possible, avant que la Chambre ait pu parler au Pays, avant que l'opinion soit plus unanime $ une émeute partielle, une émeute
désapprouvée par la masse La COALITION voudrait que
cette, émeute fût écrasée, exterminée; qu'elle , servit de prétexte pour l'état de siège, pour un grand coupd'Eiat, pour
l'achèvement des Bastilles. — Elle voudrait Qui peut
mettre des bornes aux vœux infernaux d'une Coalition
ennemie, qui depuis cinquante ans a déjà fait tant de mal à la France, qui souffle partout la trahison et la guerre civile, et qui voudrait notre perte et notre ruine?
Et s'il y avait une émeute , peut-on douter qu'il se trou verait des gens pour réaliser les vœux de la Coalition ?
Et pour obtenir une émeute, est-il un moyen devant lequel reculerait cette Coalition ? Croit-on qu'elle se ferait scrupule d'employer la corruption, la provocation , la séduction, la trahison, en introduisant d'habiles agents auprès des patriotes les plus impatients, les plus énergiques , les plus fougueux, les plus confiants , les plus crédules, les plus susceptibles d'être égarés et entraînés ?
Aussi, les journaux craignent-ils des manifestations qui pourraient dégénérer en collision , en émeute.
Nous n'y ci oyorè pas. Nous savons bien les sentiments d'indignation, de douleur et presque de désespoir, à la vue des humiliations et des outrages prodigués à la Patrie....
Nous connaissons les souffrances, les misères Mais nous
espérons dans le bon sens et dans le patriotisme... Cependant, quand d'infernales tentations tiraillent peut-être, n'estce prs un devoir pour tout citoyen zélé d'apporter sa petite part d'efforts pour empêcher le mal? Faut-il attendre qu'il soit sans remède et que nous soyons tous perdus , pour crier : <r Ne nous perdons pas ! »
Plus fortement que jamais nouscrieronsdonc : « Ni émeu- >► te, ni violence, ni attentat, ni attaque quelconque! At- » tendo/is l'attaque pour nous défendre ï Opposons la force » d'inertie î Laissons la Chambre faire son devoir, défendre » en même temps son honneur , son existence et le salut » de la Nation î Repoussons les provocateurs, abandonnons » les fous qui s'obstineraient î N'oublions pas que le vrai » courage est calme, patient, inébranlable, et que le vrai » patriotisme consiste à sacrifier ses sentiments, son désir, » son intérêt, à l'intérêt de la Patrie! Ne perdons jamais de » vue qu'au jour du triomphe la France n'aura de couronne >» que pour ceux qui se seront montrés enfants dévoués; »» qu'elle n'aura qu'un blâme sévère pour les imprudents » qui l'auront compromise; et qu'elle dira malédiction ou » anathème à ceux qui l'auraient sacrifiée à leur vanité, »• à leur présomption, à leur ambition et à leur intérêt ! »
Cabet.
riius.— nii'iîiMEKiE de bouki;o<;ne et Martine* ,
rue JacoJi, 30.
L'ÉMIGRATION DE il. GUIZOT A GAND