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GLOIRE OU INFAMIE

Quoi! un Français, un professeur, un prétendu phiio«ophe, un Ambassadeur, un Ministre des affaires étrangères, vient d'oser, à la tribune, devant la Représentation nationale et les Ambassadeurs de tous les rois, en face de la France et de l'Europe, segloriûer de son émigration à Gand, en 1815 , pour appeler l'Etranger contre sa patrie, pour rentrer sur les cadavres français de Waterloo, à la suite des Prussiens et des Anglais, qui venaient opprimer, outrager, dépouiller, ruiner, assassiner la France...! Et mille imprécations ne se sont pas élevées pour interrompre sa sacrilège audace î mille malédictions n'ont pas éclaté pour venger la morale, l'honneur, la patrie, l'indépendance et la liberté...!!!

Quant à nous, quelque faible que soit notre voix, nous ne pouvons résister au besoin d'exprimer les sentiments de douleur, d'indignation et d'effroi qui nous oppressent... Et, pour les bien faire comprendre, nous jetterons un rapide coup d'oeil sur la Contre-Révolution de 1815, et même sur la Révolution, pour arriver aux périls, aux infamies, aux aveux, que vient de révéler la discussion de l'Adresse.

Chacun le sait, et cependant il faut lef répéter sans cesse , sous l'ancien régime, la Noblesse et le Clergé, c'est-à-dire l'Aristocratie, étaient tout; le Tiers-Etat, .c'est-à-dire la Bourgeoisie (rentiers, avocats, médecins, professeurs, savants, écrivains, manufacturiers, négociants), et les ouvriers, n'étaient bien... C'était l'injustice, l'iniquité... D'un autre côté, le Roi gouvernait personnellement par des Mi-

nistres qui n'étaient que des commis sans responsabilité- — Aussi, que de dilapidations, que de scandaleuses immoralités, que de honte, sous le règne de Louis XV, à jamais déshonoré pour avoir lâchement souffert le partage de la Pologne! — Aussi, depuis plus de trois siècles, les Philosophes réclamaient-ils énergiquement contre le Despotisme, contre les privilèges, contre l'Aristocratie, tandis que les Parlements eux-mêmes, donnant l'exemple de l'opposition et de la résistance, invoquaient les droit* de la Nation, et parlaient de Réforme,

Quand, en 1789, entraîné par l'opinion publique, Louis XVI accorde les Etats-Généraux, les électeurs ( 4 a 6 millions dans les Assemblées primaires), les Députés (1,200), tout le Tiers-Etat, presque moitié de la Noblesse, la majorité du Clergé, en un mot la Nation presque entière, demandent la Réforme.,, Que la Cour y consente, et la Réforme préviendra la Révolution! — Mais le Roi, la Cour, les hauts privilégiés., les hauts conservateurs, répondent tout ou rien, prennent la résolution de périr plutôt que dè céder, déclarent la guerre à la Bourgeoisie et au Peuple, et ne reculent devantaucun moyen, devant aucun crime, pour perpétuer leur injuste domination, au risque môme d'un grand cataclysme social... De là la guerre entre l'Aristocratie et la Démocratie. Et quoi qu'il puisse sortir de cette guerre, à qui sera la faute aux yeux de la Postérité ?

Le Roi, chef de l'Aristocratie, emploie d'abord l'intrigue, puis la menace. La salle des EUt&-Géuéraux est fermée... Mais la Démocratie répond par le courageux Serment du J eu de Paume.

La Cour emploie la violence, fait venir autour de Paris et de Versailles les régiments étrangers, les régiments français dont elle se croit sûre, en donne le commandement au maréchal de Broglie , prépare des grilles à boulets rouges, conspire à Tinsu du Ministre Necker , décide l'attaque pour la nuit du 14 au 15 juillet, renvoie subitement le Ministère quelques jours auparavant, et appelle brusquement une espèce de Ministère Polignac décidé à m-

trailler les adversaires de l'Aristocratie. Tout va dépendre de ce que fera l'Armée.— Mais les Députés populaires, à la tête desquels se trouve le duc d'Orléans d'alors, provoquent les soldats à la défection ; l'opinion entraîne l'Armée ellemême; les Gardes-Françaises (dont le duc d'Orléans est Commandant-Général) refusent de tirer sur le Peuple ; partie des autres soldats fraternisent avec les citoyens-, le 14 juillet, jour de gloire immortelle, les braves ouvriers du faubourg Saint-Antoine, auxquels se joignent d'autres ouvriers et des gardes-françaises, assiègent et prennent, en montant sur les cadavres de leurs frères, la Bastille, qui heureusement n'est pas appuyée par d'autres Bastilles; Louis XVI éloigne l'armée prête à s'insurger contre lui ; toutes les Bastilles dés Provinces sont prises et démolies; la Réforme, repoussée par la Cour, devient une Révolution; la France entière applaudit avec transport; et la Démocratie victorieuse rédige une Constitution qui proclame la souveraineté du Peuple, l'égalité, la liberté et la fraternité.

C'est en vain que, pour arrêter l'esprit révolutionnaire de l'armée , l'Aristocratie fait massacrer un régiment à Nancy ; l'armée française deviedt l'un des plus fermes appuis de la Révolution et de la Démocratie.

Cependant, le comte d'Artois , les Polignac , partie de l'Aristocratie, émigrent, s'organisent sur la frontière pour faire la gtftfrre à leur Patrie , et courent exhorter tous les Rois et toutes les Aristocraties à former une Coalition pour l'intervention, l'invasion et la Restauration.

Bientôt les Aristocraties d'Autriche et de Prusse se coalisent par le fameux Traité de Pilnîtz , long-temps secret. Puis, le» Aristocraties- Russe et Anglaise accèdent au traité* ainsi que les Aristocraties Espagnole , Piémontaise, Napolitaine, etc< Et la Coalition prépare l'invasion en méditant le démembrement de k France à l'instar de la Pologne.

Et le Roi Conspire àvec rEmrgration et la Coalition , correspond en secret , cache ses négociations diptoma tiques 4 , forme vingt projet» de faite à l'Étranger, ment, trompe, prodigué les protestations et les- serments , adopte un système de police et de corruption , achète Mirabeau et beao-

coup d'autres Députés, change fréquemment ses Ministères, choisit toujours des Aristocrates, appelle enGn desMinistres démocrates, mais pour les exploiter, pour les tromper, pour leur cacher sa correspondance , pour les paralyser quand ils voudront préparer sérieusemeut la défense, et pour les forcer à donner leur démission. — Mais Rolland et d'autres Ministres dénoncent à la Nation la marche contre-révolutionnaire de la Couronne.

Cependant, le parti révolutionnaire s'est divisé en Girondins ou Juste-Milieu qui , ne croyant pas ou feignant de ne pas croire à la trahison du Roi , veulent la guerre sous ses ordres, et en Jacobins ou Montagnards qui , convaincus que le Roi ne fera la guerre que pour trahir et livrer la France à la Coalition , veulent détrôner Louis XVI avant de commencer les hostilités.

Tout concourt en effet à favoriser l'invasion $ rien n'est prêt, malgré les assurances contraires officiellement données par les Ministres; et quand la guerre commence , des revers , causés par la trahison , forcent à rester sur la défensive.

Bientôt la Patrie est déclarée en danger ;la Représentation nationale appelle aux armes tous les citoyens ; et les ouvriers toujours patriotes et généreux, accourent pour offrir leurs bras et leur sang à la Patrie.

Après trois ans de préparatifs militaires, le Manifeste de Brunswick, annonçant enfin ( 28 juillet 92) la coalition des Rois, leur intervention dans les affaires intérieures de la France, l'invasion étrangère pour opérer la contre-révolution et la Restauration, offre de pardonner à ceux qui se soumettront, et menace Paris de destruction et les patriotes de mort si le Roi n'est pas respecté.

Que va faire le Peuple français ? Va-t-il se mettreà genoux et demander grâce? — - Non î La mort plutôt que l'esclavage 1 s'écrie l'un.... Vaincre ou périr l s'écrie l'autre

Périsse notre mémoire y pourvu que la Patrie soit sauvée ! s'écrie un troisième.... La guerre, la guerre ! A l'ennemi! En avant/ s'écrie la Fance entière Et la Révolution commence uns de ces luttes de courage , d'honneur et d'hé-

rotsme, qui appellent sur uue Nation l'admiration de l'Univers.

De ce moment , la haine contre la Coalition devient la passion dominante de la Révolution; de ce moment, et pendant vingt-deux ans, tout ce que la France a d'énergie va se tourner en colère, en fureur, en rage, contre l'Étranger et les parricides français qui se rendent ses complices: c'est l'Étranger que le Peuple attaque (le 10 août) dans le palais des Tuileries, en franchissant un terrain pavé de ses cadavres et rougi de son sang; c'est l'Éi ranger que le Peuple poursuit dans l'Émigration, dans l'Aristocratie, dans les Feuillants , dans les Girondins , dans tout le Juste-milieu , disposés à transiger avec la Coalition.

La trahison , qui livre Longwy et Verdun à l'Etranger , n'excite pas moins de colère que l'Étranger lui-môme.

Nous ne parlons pas du prodige de la première bataille contre les Prussiens , arrêtés au cri de Vive la Nation et forcés à la retraite.

> Mais bientôt l'invasion recommence : les Autrichiensbombardent Lille comme les Anglais viennent de bombarder Beyrouth et Saint-Jean-d'Acre ; et l'Émigration, qui guide l'Étranger , apporte dans sa Patrie toutes les calamités , l'incendie, la dévastation, le pillage , le viol et le carnage. Aussi, les lois terribles rendues contre ces Émigrés, Ies*1mprécations lancées contre eux par les législateurs les plus modérés (Boissy-d'Anglas, Pontécoulant), donnent à peine Tidée de la colère qu 'excitent, dans le cœur des Soldats et du Peuple, les crimes et les lâchetés de l'Émigration.

Mais c'est peu |d'employer la force des armes : la Coalition , le Cabinet Anglais surtout , répandent l'or pour soudoyer les divisions, les trahisons, les conspirations, les insurrections en Vendée, en Bretagne, en Normandie, à Lyon et dans le midi , comme ils font aujourd'hui dans la Syrie contre le Pacha d'Égypte; les Anglais paient des traîtres pour leur livrer Brest , reçoivent Toulon des mains de la trahison , volent une partie de la flotte , brûlent l'autre , puis brûlent et pillent perûdement Copenhague , alliée de la France. C'est ainsi que les Royautés et les Aristocraties

donne l'exemple de toutes les immoralités, de tous les

crimes et de toutes les infamies... ! Et ces Gouverne^ ments se proclament la Sagesse et la Vertu , la perfection et presque la Divinité ! Et l'Aristocratie ose parler au Peuple de justice, de morale î

C'est alors que vingt fois, dans les moments de périls, la Représentation nationale, composée de Bourgeois , envoie ses Commissaires au milieu du Peuple, pour faire un appel à son dévouement, pour 1e presser, le supplier, le conjurer, de défendre la Patrie 5 c'est alors qu'elle rend un éclatant hommage à la générosité des ouvriers, à leur courage, à leur patriotisme ; c'est alors qu'on leur promet des droits, l'égalité, môme un milliard de biens nationaux pour soular ger leur misère ; c'est alors que le Peuple , se levant en masse, fournit quatorze armées qui couvrent les frontières et battent partout les armées de l'Europe.

Et le sentiment unanime de ce Peuple armé, c'est la haine de la Coalition , surtout des Émigrés , des déserteurs et des* traîtres. On voit partout les soldats fusiller les Emigrés que des Généraux (secrètement aristocrates) voih draient épargner; on voit les soldats de Dumouriez le pour* suivre à coups de fusil quand il déserto aux Autrichiens ; on voit une armée exterminer elle-même un de ses régiments qui veut passer aux Espagnols ; on voit les Thermo doriens forcés de faire fusiller les 1,000 Émigrés de Quibe» ron qu'ils voudraient pouvoir sauver; on voit Bonaparte menacer de faire fusiller un Ambassadeur dans lequel il trouve un Émigré, déclarant le crime de l'Émigré si grand qu'il ne pouvait être couvert par le caractère de l'Ambassadeur.

Mais , plus la Coalition est battue, plus elle entre dans la voie du crime : c'est l'assassinat ( ou le régicide) qu'elle emploie contre les Chefs du gouvernement : d'accord aveo les Bourbons , avec l'Émigration , avec les contre-révolu-» tionnaires de l'intérieur , le Cabinet Anglais soudoie les assassins de la machine infernale, la conspiration de George , Pichegru, Polignac, et vingt autres conspirations contre la vie du Consul Bonaparte ; cet exécrable Cabinet charge

m Ambassadeurs près les Cours 4e Wurtemberg et décade

d'organiser en France le régicide , l'assassinat et le massacre ; et quand ces infernales machinations sonl découvertes et publiées, l'indignation est si générale, l'exécration contre l'Aristocratie Anglaise, contre les Bourbons , contre l'Émigration est telle que Bonaparte peut impunément faire enlever et fusiller le duc d'Enghien par représailles.

Cependant, l'héroïsme révolutionnaire repousse la Coalition jusque dans ses Capitales; affranchit la Belgique, la Hollande, la Suisse, l'Italie; et les aide à se constituer en Républiques. Et quand Bonaparte va conquérir l'Egypte pour la soustraire à l'influence Anglaise, pour prévenir la domination britannique dans l'Inde, et pour défendre Constantinople contre la Coalition, la France entière applaudit à cette gigantesque entreprise , ne voyant encore là qu'un moyen de défendre la Révolution, en affaiblissant ses ennemis et en lui créant des alliés. — Et si Bonaparte continuait à détrôner des Kois, à fonder des Républiques, à défendre et à propager les principes de la Révolution, à constituer partout la Démocratie, la fraternité et l'alliance des Peuples, à poursuivre l'Émigration, la Coalition et la Contre-révolution, rien n'égalerait l'enthousiasme croissant du Peuple et de l'armée, leur dévouement et sa propre puissance-, et la Coalition ne se reformerait pas en 1840 pour conquérir l'Egypte et la Syrie, pour menacer la France et sa Révolution... !îî

Malheureusement pour la France, plus encore que pour lui, Bonaparte, aveuglé par la plus fatale ambition , abandonne la Révolution et ses principes; repousse les Révolutionnaires; rappelle les Emigrés, les Nobles, les Prêtres, les Aristocrates, les Contre- révolutionnaires , le Juste- Milieu, les Renégats, les Traîtres, en un mot tous les complices de l'Ktrangcr. De là la perte de sa popularité, la désaffection, l'indifférence, le dégoût, l'abandon au moment du péril. D'un antre coté, ce malheureux Ho* naparte substitue l'esprit de conquête, d'égoïsme, d'orgueil et.. de cupidité, à la propagande de fraternité parmi les Nations; il détruit les Républiques pour les remplacer

par des Monarchies; il conserve sur leurs trônes tous les Despotes coalisés , qu'il pourrait détrôner; il opprime les Peuples sans se faire des amis de ces Rois, auxquels il semble faire grâce en leur conservant leurs couronnes ; il blesse profondément et doublement la France, par ses ménagements pour les Despotes et par ses outrages contre les Peuples. Aussi, voyez quelle effroyable conséquence ! Tandis que la France, toujours juste, généreuse, amie des Peuples, se refroidit pour son ambitieux Empereur, la haine qu'il inspire aux Peuples rejaillit sur la France et la confond bientôt avec son maître; les Peuples, qui devraient être les amis de la Révolution française , deviennent ses ennemis; Espagnols, Italiens, Suisses, Hollandais, Autrichiens, Allemands, Prussiens, viennent attaquer cette France qui se levait en 92 pour les délivrer eux-mêmes et proclamer les droits de l'Humanité. . î Et voyez encore quelle étonnante métamorphose ! Ce sont ces mêmes Peuples, et les Anglais et les Russes, qui, préférant s'ensevelir sous les ruines de leurs p iys plutôt que de souffrir le joug de Napoléon, prouvent à leur tour au Monde que rien n'est plus ardent que l'amour de l'indépendance, et qu'aucune haine n'est plus légitime que celte d'une domination étrangère.

EnGn , après vingt-deux ans de guerre et de triomphes, la Révolution est vaincue par la Coalition , par l'Émigration, par l'Aristocratie, ou plutôt elle est perdue par les innombrables fautes de ses Gouvernements , par le machiavélisme de ses ennemis, par la trahison des Émigrés rentrés, par la trahison du Juste-milieu et notamment du Conseil municipal de Paris, par la trahison de beaucoup de Généraux (Marmont , Augereau , Clarke, etc.), surtout parla trahison de cet infâme Talleyrand dont le Peuple un jour exhumera les ossements pour les vouer à l'éternelle exécration de la Postérité. ;

Voilà donc l'invasion consommée; l'intervention étrangère accomplie ; la Coalition victorieuse ; la Restauration opérée; la Contre-Révolution , l'Aristocratie, l'Émigration, la Vendée , la Chouannerie, le Juste-milieu , tous les complices-de l'Étranger,' triomphants! Voilà la Révolution sub-

juguée, humiliée, outragée II Voilà Talleyrand, le traître, l'exécrable Talleyrand , Ministre des affaires extérieures, ou plutôt Ministre de la Coalition étrangère ! Voilà le Maréchal Soult , Maréchal de la Restauration , dirigeant l'érection d'un monument à la gloire des Emigrés de Quiberon! Et voilà un jeune, un obscur, un ambitieux Rhéteur, M. Guizot 1 , Secrétaire -général d'un Ministre contre-révolutionnaire (M. de Montesquiou , ministre de l'intérieur) î Voilà M. Guizot rédacteur des projets de loi contre la presse, censeur royal, etc.!

Nous ne parlons pas de la Charte octroyée , des Émigrés, des Vendéens , des Chouans, récompensés par les grades et les emplois ; des Patriotes destitués ;des acquéreurs de biens nationaux menacés.... C'est le complice et le commis delà Coalition qu'on voit en Louis XVIII , assez indigne pour reconnaître que c'est au Prince Régent d'Angleterre qu'il doit sa couronne; et c'est la haine de l'Étranger et de l'Emigration qui redevient le sentiment unanime et dominant dans le Peuple et l'Armée.

Aussi, quand Napoléon reparaît, c'est cette haine de l'Etranger, plus que l'amour pour l'Empereur, qui précipite à sa rencontre le Peuple et l'Armée ; c'est le défenseur de l'Indépendance nationale cjue l'on salue dans sa per- sonne-, et tout ce qui reste d'Émigrés et de contre-ré vol unaires disparaîtrait à l'instant s'il ne retenait la colère populaire.

Aussi, M. Guizot lui-môme signe l'Acte additionnel qui prononce l'éternel bannissement des Bourbons, et demande à Carnot de lui conserver son emploi, tandis que , pour se populariser. Napoléon ordonne l'exécution des lois rendues contre les Emigrés ; et c'est alors que, repoussé par Carnot, M. Guizot émigré à Gand, auprès de Louis XVIII , où le rejoindra le déserteur Bourmont, et où il rédige le Moniteur royaliste , pendant que l'infâme Talleyrand conjure le Congrès de Vienne de faire la guerre à sa Patrie , et que l'infâme Fouché prépare tout pour la livrer à l'Étranger.

Cependant, la Représentation nationale (la plus vraiment nationale depuis 15 ans) , appelle le Peuple à la défense du

territoire. « Partes, vieux soldats et jeunes citoyens! Quittez vos vieux pères, vos vieilles mères, vos jeunes soeurs, vos fiancées en larmes! Sacrifiez vos affections et vos inté- . rêts à la Patrie ! Écoutez la voix de vos Représentants qui vous crient de vous immoler pour défendre l'honneur et l'indépendance du Pays î Donnez aux heureux de la Terre, l'exemple de toutes les vertus civiques ï Si la fortune trahit votre valeur, faites admirer de l'Etranger lui-môme votre héroïque courage et votre dévouement sublime, en criant : la Garde meurt et ne se rend pas...! »

Pendant ce temps, M. Guizot écrit au nom de Louis XVITI , appelle nos défenseurs des brigands, comme ses amis des Débats appellent l'Empereur un Tigre. — M. Guizot attaque lesélecteurs, la Représentation nationale, le Peuple et l'Armée! — M. Guizot n'aperçoit la France que dans les Bourbons , dans les Emigrés, dap$ le parti de l'Etranger ! — M. Guizot ne voit le reste des Français qu'avec les yeux d'un ennemi! —M. Guizot n'a d'éloges que pour Wellington et la Coalition! — M. Guizot demande la guerre, non pour la France, mais contre la France, pour lui donner la paix de l'esclavage, la paix des tombeaux !

M. Guizot devrait être désespéré si ses compatriotes étaient victorieux; car il serait forcé de mourir en émigration pour ne pas mourir sur unéchafaud comme déserteur et traître !— M. Guizot doit faire des vœux pour le triomphe et la gloire des Anglais et des Prussiens, pour l'humiliation et l'extermination des Français! — M. Guizot se transforme en Cosaque !— M. Guizot aide, autant qu'il en a la puissance, les ennemis de la France à l'assassiner ! —M. Guizot célèbre la victoire des Coalisés et doitse réjouir du massacre de Waterloo !— M. Guizot guide ou suit, dans leurs fourgons, ceux qui viennent piller, outrager, tyranniser la France ! — M. Guizot livre autant qu'il est en lui , son pays à l'Etranger, lui abandonne nos places, notre artillerie, notre marine, nos musées, notre tFésor (plus de 2 milliards), notre armée (qu'il appelle les brigands de la Loire), notre honneur et notre avenir par les honteux traités de 1815 !— M. Guizot, devenant secrétaire-général du Ministère de la Justice , se rend com-

plfce de tous les attentats contre la Révolution , contre la Charte , contre la Liberté, complice de toutes les réactions, de toutes les vengeances , de tous les assassinats judieiaires et autres, de tous les pillages en faveur de l'Emigration,

de toutes les tyrannies contre les patriotes... —On se fatigue à suivre M. Guizot dans cette sombre carrière... D'un seul mot, disons tout : l'Emigration, la Restauration, le dévoue* ment à la Coalition contre la France et la Révolution, se personnifient dans M. Guizot /...

Or, on connaît le mépris, la haine, la fureur concentrée de l'Armée et du Peuple contre la Restauration, contre les Bourbons, contre l'Émigration, contre les déserteurs, les traîtres, les proscripteurs de 1815... Et quand le Peuple et l'Armée se lèvent enfin , en juillet 1830, contre Charles X, c'est contre la Restauration qu'ils s'insurgent, contre les Bourbons, contre l'Aristocratie, contre l'Émigration, contre les complices et les amis de l'Étranger, contre la Coalition, contre les trahisons et les désastres de 1815, contre les traités qui perpétuent l'insupportable souvenir de cette déplorable époque.

L'expulsion des Bourbons est si manifestement juste, qu'elle excite les acclamations de la France entière et les applaudissements du Monde entier. Le courageux effort du Peuple pour reconquérir son indépendance en chassant le commis des Rois étrangers excite une admiration si universelle que beaucoup de Peuples l'imitent et que presque tous veulent l'imiter. Cet enthousiasme général n'esk-il pas la plus éclatante démonstration de Topinion Européenne qui proclame les droits de chaque Nation et qui condamne toute intervention étrangère , toute coalition , toute émigration pour attaquer la Patrie ?

Comment la Postérité pourra- t-elle donc comprendre que le Gouvernement sorti des barricades de juillet, au bruit de la Marseillaise, ait pu choisir pour Ministre l'émigré de Gand, M. Guizot , et pour ambassadeur à Londres le traître de 1814 et de 1815, l'infùme Talleyrand? Tout l'avenir de la nouvelle Révolution n'est-il pas annoncé par le choix de ces deux hommes ? N'est-ce pas un t riomphef pour i'Émi-

gratioo , pour la Restauration , pour la Coalition, pour les traités de 1815, pour les Rois contre les Peuples?

Aussi , M. Guizot , prétend-il que le Duc d'Orléans n'est éluRoique parce qu'il est Bourbon, ce qui constituerait une continuation de la Restauration ou une Quasi Restauration. Puis, il a l'incroyable audace de proclamer cette maxime; « que le Gouvernement doit être impopulaire.*» Puis, il traite les ouvriers de barbares, et ne recule pas devant cette monstrueuse immoralité « que le Peupleest bon pour exécuter une révolution, et qu'on peut lui faire des promesses pour le déterminer à combattre, mais qu'on doit le licencier après la victoire parce qu'il est incapable d'exercer aucun droit. ■ Puis, il sacrifie toutes les Révolutions nées de la Révolution de juillet; il abandonne l'Italie à l'intervention de l'Autriche, et la Pologne à l'intervention de la Russie.

Ambassadeur à Londres , lors de l'avènement du Ministère du 1" mars (1840), M. Guizot ne conserve son poste que parce que M. Thiers prend l'engagement, 1° de ne pas dissoudre la Chambre (quel certificat pour cette Chambre que le certificat de confiance que lui donne ici M. Guizot!) 2° de repousser la Réforme électorale.

Mais bientôt la question d'Orient amène la plus profonde dissidence entre M. Thiers, Ministre des affaires étrangères, Président du Conseil ( qui veut la guerre pour défendre le Pacha d Egypte contre l'intervention d'une Coalition nouvelle) , et la Couronne , qui , comme elle en a le droit constitutionnel, prend la résolution de renvoyer M. Thiers et ses collègues et de les remplacer par M. Guizot.

Bientôt encore, M. Guizot propose ou accepte le système de la Paix à tout prix (comme le Ministre Jaubert le lui reprochera à la tribune, comme le lui reprochera M. Thiers eh lui disant qu'il avait la certitude de la paix ♦ comme il l'indiquera lui-même en demandant la Paix par* tout y la Paix toujours) ; il propose ou accepte l'abandon du Pacha (car il glorifiera publiquement la Couronne d'avoir sacrifié l'Égypte comme la Pologne et l'Italie) ; il accepte le Ministère pour le prendre dans quelques mois , et le demande peut-être (car M. Jaubert l'accusera en face et solennellement de l'avoir pris à deux genoux) ; il se promet de cacher ses projets à M. Thiers, son Chef, de le jouer, de le tromper, pour le supplanter et le perdre (car M. Thiers l'accusera presque formellement de l'avoir trahi).

En attendant, M. Guizoï engage M. Thiers à persévérer dans sa politique belliqueuse, dans ses armements, dans ses fortifications (et les Bastilles sont peut-ôtre Je grand but qu'on se propose en tolérant les armements de M. Thiers î) — Il l'engage à gagner du temps , et à rédiger ses dépêches en style clair pour eux mais obscur pour les Cabinets. — Il souffre tous les mauvais procédés, tous les démentis, toutes les insultes de lord Palmerston envers M. Thiers et la France, et il reste ambassadeur. — il laisse signer le traité de Londres à son insu ou du moins à l'insu de M. Thiers.— Il souffre que lord Palmerston dise (assuret-on) : Je ferais passer le Roi des Français par le troud*une aiguille ; et il reste à Londres. — Il transmet à M. Thiers sans en paraître blessé les insolences équivalentes des Ministres anglais, tandis que (suivant l'Univers Religieux et tous les autres journaux j le Roi et la Reine se plaignent amèrement des outrages de lord Palmerston et du Traité. — 11 écrit à M. de Broglie qu'il craint le dedans plus que le dehors.

Devenu subitement Ministre des affaires étrangères (29 octobre), il accepte la Coalition, le traité, l'intervention en Orient, l'abandon du Pacha. 11 loue, vante l'Étranger autant qu'il est loué et vanté par l'Étranger. — Devant la Pairie, il proclame comme base de sa politique la paix partout, la paix toujours. — Devant les Députés, il accepte tous les faits accomplis. — Puis enfin, provoqué par une interpellation, il se vante de son émigration à Gand.

A la séance du 23, il dit :

« Oui , j'ai élé à Gand, mnis non pour quitter mon pays. Quand il a été évident pour tous les hommes sensés qu'il n'y avait plus de Paix possible pour la France avec l'Europe ; quand il a été évident que la Maison de Bourbon allait rentrer en France, j'ai été à Garni, pour porter au Roi Louis XVI II quelques vérités utiles, pour lui faire comprendre que son Gouvernement avait , en I8M , commis des fautes; qu'il ne fallait pas recommencer ; qu'il y avait des libertés nouvelles à accorder au pays , qui demandait une conduite

3ui inspirât plus de sécurité. J'ai été lui dire qu'il était nécessaire e renvoyer certains hommes , de les éloigner de sa présence. J'ai été à Gand au nom de la Constitution, pour lier le raffermissement

de la Charte avec le retour probable de Louis XVI 11 Toutes les

fois que j'ai cru un acte UTILE , légitime; toutes lc«, fois que je croirai qu'un acte n'attende reiréhensib!e , je N'HESITERAI pas à l'accomplir, quelque nuage que cela puisse jeter sur moi. » A la séance du 28, M. Guizot ajoute:

J'ai été à Gand.... Ce n'est pas une émigration, mais un voyage... J'y ai élé non pour quitter mon pays, mais pour le servir... C'était un de voir difficile. . Je m'identifiais avec le sol, non matériel mais MORAL *. Je défendais l'honneur de mon pavs à Gand... Nous sommes tous Français ..

Ainsi, Monsieur Guizot, ministre des affaires étrangères de France , vous avouez, à la tribune, en face de la Représentation nationale et des Ambassadeurs de tous les Rois , que vous éles alléàGand; Vous affirmez que c'est là un acte utile, légitime, qui n'a rien de répréhensible ; et vous annoncez hardiment que vous seriez prêt à recommencer'... .

— Mais il n'est pas un de vos prétextes qui ne puisse être invoqué par tous les Emigrés, par tous les déserteurs, par tous les traîtres. .!

Ce n'était qu'un voyage, qu'une absence momentanée.. .!

— Mais c'est là le crime î Si, n'approuvant pas la Révolution que venait d'opérer et que voulait la France , vous l aviez quittée pour toujours, sans hostilités contre elle , on aurait pu vous accuser de lâcheté; car c'est lâcheté d'abamlonner la Patrie dans ses périls quand on a partagé sa prospérité ; mais du moins on ne vous aurait pas accusé

d'être un ennemi, un enfant parricide, un traître

Pourquoi avez -vous signé Y Acte additionucl ? Pourquoi avez-vous sollicité de Carnot l'emploi de chef de division dans son Ministère? Si vous vouliez servir Napoléon, n'était-ce pas sacrifier Louis XVIII? Et si vous entendiez n'accepter une fonction que pour mieux servir Louis XVI II, n'était-ce pas trahir Napoléon?

Ce n'était qu'un voyage pour revenir avec Louis XV III et les armées étrangères...! — Eh! n'est-ce donc pas ce que disaient les Émigrés de 89 , de 90, etc. ? Leur émigration à Coblentz n'était-elle pas commencée comme une promenade, une partie de plaisir, pour laquelle on partait sans porte-manteaux et sans faire d'adieux, tant on était sûr de revenir incessamment? Et ces premiers 'Émigrés étaient peut-être moins criminels ; car ils se flattaient d'être assez nombreux et assez forts pour rentrer seuls en vainqueurs, sans le secours de l'Étranger, tandis qu'en allant à Gand, vous n'aviez d'autre espérance que les Anglais , les Prussiens et les Cosaques !

Vous vous identifiiez avec le sol de la France , non avec le sol matériel mais avec le sol moral... ! — Etrange galimatias, sophisme absurde, comme en trouvent toujours tous les Tartufes et tous les plus grands criminels, pour s'étourdir et s'aveugler sur leurs forfaits... ! Et quelle pré-* somption, quelle fatuité, quelle outre-cuidance ! Qui vous donnait le droit, à vous rhéteur obscur, obscur secrétaire d'un ministre, de vous poser en libérateur de votre pays, et de vous écrier , la tête haute : Home n'est plus dam Home, elle est toute où je suis !

Ne vous faites-vous pas , en effet, le juge par excellence, le premier homme de France et du Monde, un homme de ;énie, un grand Lama, un Jésus-Christ, quand vous vouez régenter les Electeurs, la Chambre des Représentants , a Pairie, le Peuple et l'Armée, la France entière ; quand vous la traitez comme une enfant, une écolière, votre pupille; quand vous prétendez connaître mieux qu'elle ses intérêts et son honneur ; quand vous voulez absolument faire son bonheur malgré elle; quand vous allez donner des conseils à un Roi} quand vous avez l,orgueil de vous croire assez fort pour maîtriser la Royauté, l'ancienne Emigration, l'Aristocratie, et surtout la Coalition victorieuse... !

Et qu'avez-vous pu faire , Monsieur G uizot ? Qu'avez- vous empêché? Avez-vous protesté contre les réactions et les vengeances en donnant voire démission ? Avez-vous refusé tout traitement pour prouver que vous agissiez sans intérêt ? Non! Vous avez tout approuvé; vous avez coopéré à tout; vous vous éles rendu complice de tout... I

La défaite de la France était certaine, dites-vous! — Non ! Les Représentants déclaraient la guerre nationale.... Napoléon pouvait vaincre à Waterloo comme à Fleurus.... L'Autriche pouvait se détacher de la Coalition.... Ce sont les Bourmont, les Talleyrand , les Fouché, vous même, qui tous avez contribué à la perte du pays !

Vous avez toujours élé Français, dites-vous encore; vous défendiez à Gand V honneur et les intérêts de la France... ! — Eh! n'est-ce pas ce que disaient aussi tous les Émigrés, et tous les traîtres? Bouille, Dumouriez, Pichegru ( qui faisait tuer exprès ses soldats par l'ennemi), Bourmont , Talleyrand, Fouché, ont ils jamais avoué qu'ils sacriliaient l'honneur et l'intérêt de la Patrie... ?

Tous craignez le dedans plus que le dehors...! — Sans doute, et vous l'avez bien prouve en 1815! vous avez fait comme tous les Émigrés, comme tous les traîtres ; v pus avez pfêtëré l'invasion étrangère et l'intervention de l'Étranger au triomphe du Parti national qui ne pensait pas comme vous. Aujourd'hui, vous préférez le triomphe de ta Coalition au triomphe du Parti populaire; vous voulez le contraire de ce qu'a toujours voulu la France!

Et la conséquence forcée, c'est que vous, le grand-prêtre de l'mlimi iation, vous qui ne représentez Dieu que comme armé du tonnerre, vous vous condamnez à l'emploi des impitoyables rigueurs, poursuivre les conseils anglais, pour comprimer l'élan national.

Une autre conséquence forcée, c'est que vous devez être prêt à recommencer. Vous proclamez que votre émigration

vous paraît utile, légitime, sans rien de rêpréhensible, et que vous n'HÉsiTERiEZ pas à refaire ce que vous avez fait!... Homme de conviction et de conscience, vous diriez: Périste notre mémoire pourvu que le sol moral soit sauvé / Si la France pouvait adopter une opinion contraire à la vôtre 5 si. par je ne sais quelle complication d'événements, la Coalition recommençait son intervention et son invasion, vous émigreriez encore à Gand ou à Goritz! Vous feriez encore des vœux pour la Coalition !

Eh bien, Monsieur Guizot, vous êtes Ministre des affaires étrangères; le sort de la France est peut-être entre vos mains; et voire vie politique tout entière appartient au;ugement de chacun de vos concitoyens. Quelque énergique que soit votre opinion, on peut avoir une opinion différente, aussi sincère et non moins énergique; et mon opinion à moi, c'est que rien n'est p us immoral, rien n est plus dangereux, rien ne peut être plus fatal à la Patrie que votre exemple, et vos principes; mon opinion, c'est que ce que vous appelez voyage est une émigration , et ce que vous appelez utile, légitime est une désertion, une trahison, un crime...

Chut! me dit en m' interrompant une voix amie...! — Non, non! les temps sont venus où la douleur rend insensible à la crainte , où le Patriote , qui tient à la vie non de brute mais d'homme , ne doit pas reculer devani le devoir de protester au risque des plus injustes persécutions... Oui, M. Guizot, rien n'est plus immoral que vos principes ; et je ne puis concevoir comment, quand vous êtes Ministre, l'Adresse peut oser parler de religion, de morale, de cet amour désintéresse du pays qui inspire les grands dévouements et commande de généreux sacrifices; je ne puis comprendre comment, en votre présence, elle ose parlerd'Aonneur, de patrie, de ces vertus civiques qui font la force des Peuples et la durée des États... ! Ah ! c'est en vain que tous les catéchismes, tous les sermons, tous les Moralistes, tous les Philosophes, (ous les Prêtres en chaire, prêcheraient au Peuple la morale, la vertu, le dévouement à la Patrie, quand, du haut de la tribune nationale, en face de la France et de l'Europe, vous pouvez impunément proclamer des maximes qui doivent nécessairement enfanter Vémigration, la désertion, la trahison partout et toujours.

CABET

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