‹ Comment je suis communisteChapitre 25 sur 27 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

s la Question d'Orient,

le Traité du 15 Juillet — et la Guerre.

— i MQ O Bia n »

Vers 1772, la Russie, l'Autriche et la Prusse, déclarèrent leur Protectorat de la Pologne ; puis, aidées par la trahison intérieure, elles démembrèrent, partagèrent , dépecèrent cette malheureuse Pologne... Et le vieux Louis XV, voulant obstinément la paix à tout prix , sacrifiant la France à son propre repos, toléra ce criminel partage, qui détruisait l'équilibre européen. Et l'histoire fut unanime pour flétrir l'égoïsme et la lâcheté de ce Monarque qui , aussi mauvais père que mauvais Roi, laissait à Louis XVI une infaillible révolution pour héritage, en disant : Après moi le déluge !

Aujourd'hui les trois anciens Protecteurs de la Pologne , qu'ils ont partagée, viennent de se coaliser avec l'Angleterre pour déclarer leur Protectorat de la Turquie. N'est-ce pas encore pour la partager, pour détruire l'équilibre européen, pour affaiblir , ruiner et démembrer la France elle-même? Le gouvernement français le souflrira-t-il ?

Cette question d'Orient est, non seulement sous le rapport politique et humanitaire mais encore sous le rapport commercial et industriel , une des plus graves questions qui jamais aient agité le monde.

Sous le rapport politique et humanitaire : Constan-

tinople a été et peut redevenir la capitale de la Terre. C'est vers cette ville que se dirige, depuis Catherine, toute la politique Russe, la plus persévérante, la plus patiente, et en môme temps la plus active, la plus habile peut-être de l'Europe et la plus envahissante ; car, écoutez cette prophétie de Napoléon à Sainte-Hélène :

« Ceux qui ont consenti à Pincorporation de la Pologne avec la Russie seront Y exécration de la Postérité, tandis qu'on prononcera mon nom avec regret, alors que les belles contrées du Sud de l'Eu-, rope seront la proie des barbares dù Nord Dans quelques années, la Russie aura Conslantinople , la Turquie et la Grèce: cela mé paraît aussi certain qoe si la chose était déjà faite. Toutes les cajoleries d'Alexandre envers moi avaient pour but de m'y faire consentir. Alors la Russie sera MAITRESSE de V Europe. » — « L'Europe sera Cosaque, si elle n'est pas République ! »

D'un autre côté, tout le monde s'accorde à voir, dans Méhèmet-Ali y un homme extraordinaire, un homme de gé- »ie, [le régénérateur de l'Egypte, plus que personne capable de régénérer la nation Turque , de ranimer son enthousiasme, de recomposer l'Empire dans son intégrité, de défendre son indépendance contre la Russie, et de maintenir l'équilibre européen. — L'intérêt de la France était donc évidemment de soutenir Méhémet-Ali, pour empêcher les quatre Protecteurs de la Turquie de se la partager.

Sous le rapport commercial et industriel : écoutez ce que disent la Phalange, la Quotidienne, et le Courrier Fraw çais du i novembre :

* La Qmtidiennè fait remarquer avec raison que les nouvelles explorations du capitaine Lynch sur l'Euplirale , et la roule nouvelle <yi'on se proposerait de suivre entre l'Inde et l'Angleterre , sont d'une grande importance pour notre pays. 11 ne s'agirait de rien moins que de continuer la navigation de l'Euphraie jusqu'à Sstarfsomi, detraVerser la mer Noire, de remonter le Danube, puis de sttivre dès chemins de fer jusqu'à Anvers, Ostende ou Amsterdam, où les voyageurs, comme les marchandises, seraient embarqués pour l'Angleterre. Heureusement de grandes difficultés topo-

graphiques et politiques seront rencontrées avant que ce projet soit mis à exécution ; mais il n'en est pas moins vrai que , si oh parvenait à les surmonter un jour, la France se trouverait dépouillée de tous les avantages qu'elle est appelée h retirer dè sa position géographique , lorsqne le commerce avec l'Asie aura reprit sdn ancienne route par ta Méditerranée. — On âvait indiqué, il y a un an environ, comme moyen d'assurer la pacification de l'Orient, l'idée d'ouvrir des négociations entre les cinq Puissances pour neutraliser l'isthme de Suez, et pour créer ainsi une grande voie commerciale ouverte a toutes les nations. Il était question en même temps d'établir un chemin de fer de Marseille au li'avre ou à Boulogne, de sorte qu'avec peu de transbordements et de risques de mer oh aurait fait le trajet de Bombay à Londres en trente ou trente-cinq jours. »

Ainsi , deux nouveaux chemins projetés entre l'Angleterre et les Indes , le Japon et la Chine ; oh parle mêrhë d'ùti troisième par la Syrie ; et ; dé ces deui on trois chemins , l'un passerait par l'Egypte, la Méditerranée et la Francë , tandis que les deux autres passeraient par l'Asie Mineure ou par la Syrie , par les Etats de la Russie, de l'Autriche, de la Hollande ou de la Belgique. Les deux derniers, joints à là ligue de douanes entre tous les États d'Allëmâgne, dé Prusse et de Hollande,TUER aient presque V industrie H le commerce français.

Que les commerçants et les industriels n'tfuWient pas que c'est le commerce avec l'Inde qui, après les Croisades, a fait la fortune et la puissance des villes d'Italie, Pise , Gênes, Venise/ Qu'ils ouvrent les yeux et Voient que la Question d'Orient est une question de vieou de mort pour le commerce et l'industrie de la France !

11 est tout naturel que les Aristocraties de Russie, d'Autriche, de Prusse et d'Angleterre, ne défendent pas les intérêts de la France et veuillent au contraire la ruiner pour s'enrichir à ses dépens en s'emparant, pour se les partager, de Conslantinople, de la Syrie, môme de l'Egypte et du nouveau chemin entre l'Angleterre et l'Asie méridionale et orientale : mais n'est-ce pas , pour le Gouvernement français, le plus sacré des devoirs de défendre les intérêts de la

France et par conséquent de maintenir à Méhémet-Ali l'Egypte et la Syrie?

Le Gouvernement l'a toujours reconnu et proclamé : il a demandé qu'on laissât môme à Méhémet-Ali toutes ses conquêtes , Candie, V Arabie, les Villes Saintes , elc. Trois ou quatre fois, surtout après la bataille de Nezib, il a, par ses conseils et ses promesses , empêché Méhémet-Ali de marcher sur Constantinople (où le conduisait la victoire et où l'appelait le vœu des Musulmans) en lui garantissant, sur l'honneur et sur la loyauté française, que la France lui maintiendrait TÉgypte, la Syrie et ses conquêtes. Mais, après cette garantie solennelle, il a souffert qu'une espèce de nouveau Congrès des cinq grandes Puissances se formât à Constantinople , et que ce Congrès intervînt dans la Question d'Orient pour régler souverainement le sort de la Turquie, de TÉgypte, de la Syrie, etc. Et quand la Russie, l'Autriche, la Prusse et l'Angleterre, ont voulu enlever à Méhémet ses conquêtes et ne lui laisser, avec l'Egypte, qu'une portion de la Syrie et même sans hérédité, il a reconnu l'iniquité de cette prétention , mais en manifestant l'intention de violer sagarantie et de sacriûer le Pacha , son allié, qu'il avait arrêté et compromis. Cette faihlesse n'a fait qu'enhardir les autres Puissances.

Bientôt un nouveau Congrès s'est ouvert à Londres; et pendant plus de huit mois , les négociations ont traîné en longueur, le Gouvernement français admettant malheureusement le principe de l'intervention, repoussant la spoliation et la violence contre le Pacha, mais protestant toujours de son amour pour la paix.

► On ignore les intrigues ou les manœuvres secrètes de quelques membres ou agents du Cabinet français : on ignore également si, comme on l'a dit, la révélation subite faite par la Diplomatie russe à la Diplomatie anglaise de quelques intrigues de la Diplomatie française, a blessé et irrité le Cabinet anglais : mais le fait est que, subitement , brusquement, l'Angleterre a rompu son alliance avec la France et signé, le 15 juillet, un traité avec la Russie, l'Autriche et la Prusse, pour aider le Sultan à dépouiller le Pacha de ses

conquêtes , même d'une partie de la Syrie en ne lui laissant l'autre partie que viagèrement. . .

Ainsi, l'Aristocratie britannique brise subitement son alliance avec la France ! Elle la brise sans la prévenir, dit-on, sans égard, outrageusement, hostilement! Elle la brise sans parler de la France dans le nouveau traité! Elle la brise pour se coaliser avec sa propre rivale et son ennemie dans l'Inde, à Constantinople et en Pologne ! Elle la brise pour se liguer avec les Iroisanciensennemis de la Révolution de 1789, de la Révolution du 20 mars , de la Révolution de 1830 , et du progrès sur la terre...! Et elle ne communiquera le traité que deux mois après...!

Et un article secret porte que, si la France attaquait l'un des quatre Alliés, les autres le soutiendraient contre la France... ! Et qui sait les autres traités secrets, les manœuvres secrètes...? N'est-ce pas une nouvelle Coalition de Pilnitz ?

Pour meltre les Députés et les citoyens en état de résoudre cette question , nous allons placer sous leurs yeux le résultat d'un travail immense, 1° l'analyse du traité et des actes diplomatiques ; 2- l'opinion du Gouvernement, de presque tous les journaux français, et des principaux journaux étrangers. Nous avons cherché à donner à notre analyse le plus d 'exactitude que possible ; mais nous ne donnons qu'une analyse ou des extraits, soit pour éviter la dépense, soil pour que les choses utiles ne soient pas noyées dans les choses inutiles.

Le Sultan n'étant qu'un instrument entre les mains des Coalisés, il écrit d'abord, sous leur dictée , les conditions suivantes qu'impose au Pacha la Coalition :

ARRANGEMENT ACCORDÉ PAR LE SULTAN AU PACHA. — Le Sultan

a l'intention d'accorder et de faire notifier à Méhémet-Ali les conditions de l'arrangement ci-dessous » — 4° Sa Ha ut esse promet d'accorder à Méhémet-Ali, pour lui et ses descendants, l'administration du pachalick d'Égypte, et en outre, sa vie durant, avec le litre de Pacha d'Acre et le commandement de la forteresse de

Sain t-Jean-d* Acre, l'administration de la partie méridionale de la Syrie, dont les limites seront déterminées par la ligne suivante ; — 2* le Sultan retirera son offre si Méhémet n'accepte pas, pour la Syrie dans les dix jours de la notification , et pour l'Egypte dans les vingt jours. — 3° Le Pacha paiera tributau Sultan, r- 4° I! remplira la flotte turque sans indemnité. — Ce projet d'arrangement est apprpuyé et garanti par les quatre Puis sançcs, pomme on va le yoir pqr l'article I er q*u fraisé .ci-après.

Telles sont Ie§ conditions imposées au Pacha vainqueur par le Sultan vaincu, ou plutôt par la Coalition , qui veut les dépouiller tous deux.

f raité du »S juillet, a Londres, entre la Grande-Bretagne, V Autriche, la Prusse et la Russie, d'une part, et la Porte Ottomane, de l'autre. — - Le Sultan ayant eu recours aux quatre Puissances pour réclamer leur appui contre Méhëmet-Àli, qui menace de porter atteinte à l'intégrité de l'Empire Ottoman et à l'indépendance du trône du Sultan , les quatre Puissances, dans l'intérêt de raffermissement de la paix de l'Europe, ont résolu de conclure la Convention suivante : — Article 1 er . Lns quatre Puissances s'engagent à agir dans un parfait accord, et à unir tous leurs efforts pour déterminer Méhémet-Ali à se conformer à l'arrangement ci-dessus proposé par le Sultan. — Art. II. Si le Pacha refuse, les Puissances s'engagent à prendre, à la réquisition dp Sultan, des mesures concertées et arrêtées entre elles, afin de mettre cet at m fangement q> çxécution. Pqns l'intervalle, sur )'invjtatipn actuelle du §u|Jan, les, \ ujssapces s'engagent à interrompre les conimuoi* calions par mer entre ('Egypte et la Syrie.

Le traité sera ratifié dans les deux mois. — Néanmoins,

les mesures préliminaires mentionnées en l'article II seront mises à exécution tout de suite et sans attendre les ratifications. Il est convenu en outre que le Sultan notifiera de suite ses oflres d'arrangement. Les Consuls des Puissances en Egypte assisteront l'agent du Sultan dans cette notification.

Tel est le fanieux trajtq, appelé traité prunow, c|u nom du plénipotentiaire Jlusse. — Cp traité sera expliqué plus tara* par le protocole suivant :

Protocole (17 septembre) : — Les Puissances déclarent qu'elles ne chercheront ni augmentation de territoire ni influence exclu-

sfve, ni autres avantages commerciaux qœ les sujets de toute antre nation ne pourraient pas également obtenir.

Maison saitce que valent les Protocoles pour les forts et les vainqueurs! — Deux jours après le traité, lord Palmerston remet à M. Guizot, à Londres 7 le Mémorandum sujvant:

V T Mémorandum Palmerston (1T juillet) : — Les Puissances ont vu avec regret que tous leurs efforts pour amener la France à leur but restaient infructueux

Mais ce regret a été diminué par les déclarations réitérées du Gouvernement français qu'tV n'aoait rikn a objecter contre /'arv rangement que les quatre Puissances cherchent à faire adopter à Mehêmet-Ali. si Mehémet-Âli y consent; que, dans aucun cas, la France ne s'opposerait aux mesures que les quatre Puissances, d'accord avec te Sultan, jugeraient nécessaires pour obtenir le consentement du Pacha; et que le seul motif qui empêchait la France de s'associer aux autres Puissances était dicté par des intérêts de divers genres, qui rendaient impossible au Gouvernement français de prendre part aux mesures coërcitives contre Mchémet- Ali — Les quatre Puissances ne pourraient-elles pas espérer, et même exigvr de l'amitié du Gouvernement français, qu'il emploie son influence auprès de Méhémet-Ali, et qu'il l'engage à accepter les conditions de l'arrangement?

Si Palmerston disait vrai, M. Thiers, ou M. Guizot, ou quelque autre T aurait consenti au sacrifice t du Pacha! — M. Guizot, qui répond le 24, semble en effet ne désapprouver que faiblement, et seulement à cause tjes moyens d'exécution.

Mémorandum Guizot (24 juillet) ; — Toutes les objections se réduisent à ceci : Vos moyens d* exécution , par l'insurrection ou par la force, ne sont pas avouables, sont insuffisants et dangereux.

Quelle tiédeur Jdans M. Guizot! Mais quel débordement d'indignation dans le Gouvernement et dans les Journaux. I Écoutez !

Remarquons d'aJ)ord que la Jtewe des deux Mondes, le Constitutionnel, le Temps, le Siècle, le Courrier français,

sont dévoués a M. Thiers , le Messager aux Ministères, les Débats au Château, et la Presse à la Cour.— Ecoutons maintenant les Deftats. organe du Château :

DEBATS (29 juillet) : — La nouvelle, aujourd'hui certaine , du traité arrêté à Londres entre les représentants des quatre puissances au sujet des affaires d'Orient nous afflige : elle ne nous décourage pas. «Nous croyons la France, même dans son isolement, assez forte de son bon droit, de sa population belliqueuse, de ses ressources matérielles, pour entrer , s'il te faut, dans la lutte avec avantage. » Car il ne faut pas s'y tromper: si la guerre commence, elle sera terrible; la France, qui ne lapas provoquée, quia fait pour la prévenir tout ce que son honneur lui permettait de faire, s'y jettera tout entière. Plus la France a donné de preuves de sa modération, de sa loyauté, de son désir de ne pas troubler le monde, plus Voffense qu'on lui fait lui blessera le cœur. » A ce jeu terrible des batailles, ce n'est pas nous qui avons le plus de risques à courir. Nous n'avons pas à maintenir sous notre obéissance des provinces « conquises et ne portant le joug qu'à regret ;

nous n'avons pas une Irlande attachée à nos flancs Nous

avons des hommes et de l'argent pour la guerre la plus longue et la plus difficile. » Insensés les gouvernements qui porteront la première atteinte à une paix que nous seuls nous aurions le droit de trouver dure, puisque nous sommes les seuls qu'elle ait dépouillés !

Dans un partage de l'Empire Ottoman, le lot de la Russie

est marqué d'avance : c'est Cons'antinople. Quelle compensation espère-t-on à Vienne et à Berlin ? Le prétexte du traité est le mainlien de l'Empire ottoman dans son intégrité; mais qui ne voit que la desti uction de cet Empire en est le but ? On met en avant la nécessité de réprimer l'ambition du pacha d'Egypte et de faire rentrer un vassal dans son devoir ; mais qui ne comprend qu'on veut ruiner dans le vassal le dernier appui du maître, et dans l'Egypte, la partie encore entière et vivante de celle Turquie que l'on convoite ? L'intégrité de l'Empire ottoman, c'est nous qui la défendons de bonne foi, en nous opposant à la ruine de l'Egypte. Si la Porte ne cède pas la Syrie à Méhémel-Ali , elle cédera aux Russes le Bosphore et Constantinople. C'est le chemin de celte capitale que la Russie veut s'ouvrir à tout prix

Mais l'Angleterre , l'Angleterre rivale avouée de la puissance russe, n'est-elle pas complice de cette indigne et fatale machination? L'Angleterre, notre alliée, n'a-t-elle pas signé, à notre insu,

ce traité qui renversé l'équilibre de l'Europe? 'est-ce pas elle qui offre aux Russes les clefs de Constantinople? Qu'est devenue l'alliance anglaise, celte alliance sur laquelle nous avuns toujours dit que reposait la paix du monde? n'est-elle pas brisée?

Il est vrai qu'au moment même où l'on nous prodiguait

de mensongères protestations d'amitié, on traitait sans nous, contre nous , avec une insolence que la France ne supportera pas , son honneur le. lui défend, si l'Angleterre ne désavoue pas son cabinet. Lord Palmerston est l'ennemi de la France ! Soyons prêts à tout, même à la guerre. La France a épuisé la mesure des sacrifices qu elle pouvait faire avec honneur à la paix. Ce qu'on exigerait d'elle aujourd'hui ne serait pas autre chose que le sacrifice de

sa grandeur, de sa sûreté, de son indépendance D'un jour

à l'autre, la France peut être appelée à déployer tout ce qu'elle a de forces pour garder dans le monde la place <jui lui appartient et qu'on lui dispute.

Est-il possible de mieux prouver la nécessité de la guerre? N'est-ce pas provoquer la Nation entière à crier la guerre! la guerre ! — Écoutons encore les Débats.

DÉBATS (50 juillet) : — En 4830, nous savions que les

passions démagogiques avec lesquelles nous acceptions noblement la lutte, se transformeraient en passions nationales eis'épureraicnt en traversant la frontière. Mais nous n'avons pas pensé que nous eussions le droit d'acheter notre repos au prix du repos de l'Europe, et nous avons déposé la plus puissante des armes françaises, la propagande. Qui oserait dire que ce fût là de la faiblesse? Nous avons généreusement refoulé sur nous-mêmes la flamme qui aurait pu embraser l'Europe; on sait à quel prix ! Mais ces péni' les batailles qui ont désolé nos cités, pourquoi les avons-nous livrées, sinon pour les principes éternels de la justice et de la morale? pour qui, sinon pour vous, pour vous qui prétendez aujourd'hui compter sans nous

DÉBATS (51 juillet) : — S'il devenait nécessaire d'aller

plus loin et de mettre la France sur le pied complet de guerre, les Chambres seraient immédiatement convoquées

La France ne reculera pas. Nous le disons sans prendre des airs de matamore, qui conviennent mal à la vraie fermeté, sans nous faire illusion sur les dangers d'une guerre dans laquelle la France serait seule à soutenir la liberté de l'Europe, nous le disons de

sang- froid et arec une profonde conviction : la France ne peut pas reculer. Elle ne le peut pas, parce que ce serait se laisser mettre au rang des Puissances de second ordre. Ce mot dit tout. Oui, si ia France restait spectatrice impassible de l'exécution d'un traité qui, sous prétexte de conserver l'intégrité de l'empire ottoman, entraîne fatalement la dissolution de cet empire et son partage ; si elle pouvait souffrir qu'on la mît hors de la question d'Orient, au lieu de cinq grandes Puissances, il n'y en aurait plus que quatre en Europe. L'habitude serait prise de traiter sans nous et de se passer de notre consentement pour arranger les affaires du monde. Supposez que le traité de Londres eût été signé à Paris entre la France et la Russie, au lieu de l'être entre la Russie et l'Angleterre: l'Anr gleterre supporterait-elle cet affront? Se laisserait-elle réduire à la neutralité ? Ne risquerait-elle pas toute m puissance, et jusqu'à son dernier vaisseau plutôt que de permettre qu'une flotte française et une armée russe se chargeassent sans elle de maintenir l'intégrité de l'empire ottoman en mettant garnison à Alexandrie et à Con stantinpple?Ce que l'Angleterre ne supporterait pas, devons-nous donc le supporter? La France ne cherche pas la guerre, mais elb V acceptera, si terrible qu'elle puisse être, avec toutes ses conséquences, plutôt que de se laisser rayer du nombre des Puissances avec lesquelles on compte. Jamais cause n'aura été plus légitime que la nôtre

La France ne peut donc pas reculer, nous le répétons ; et pour qu'on sache bien que sa décision est irrévocable, il est nécessaire qu'elle se prépare immédiatement à la guerre. Le gouvernement arme ; il a raison

Le traité de Londres n'est pas autre chose que la remise faite aux Russes par lord Palmerston des clefs de Gonstantinople. C'est un traité de partage déguisé ; c'est la fin de ce statu quo que depuis dix ans l'Angleterre et la France ont réussi à maintenir

La, France, s'il le faut, défendra seule l'indépendance de l'Europe ; pour cette cause, qui est celle de la civilisation contre la barbarie, de la liberté contre le despotisme, nous épuiserons jusqu'à la dernière goutte de notre sang

N'est-ce pas epflarrmier les serçtirrtents belliqueux?

DEBATS (2 août). — Les trois ordonnances royales que vient de publier le Moniteur ont pour but d'ajouter à l'effectif de notre marine 40,000 matelots, 5 vaisseaux, 15 frégates et 9 bateaux à vapeur, et d'augmenter l'effectif de l'armée d'environ 130,000 hommes pris sur les classes de 4830 et de 4839.

Ces mesures sont bonnes et dictées par une sage politique? c'est une démonstration ferme et prudente tout à la fois ; et nous n'hésitons pas h donner au gouvernement une complète approbation.

Les négociations et les événements ultérieurs peuvent seuls don* ner à cette politique sa véritable signification. Aujourd'hui la France obéit aux plus impérieuses prescriptions du point d'honneur, au plus légitime sentiment de conservation. Quel que soit l'avenir de l'étrange système de quadruple alliance essayé par la vanité de lord Palmerston , qu'il soit ou ne soit pas ratifié, qu'il soit ou ne soit pas exécuté, le gouvernement français devait une énergique réponse à ce traité de Londres, qui lui apparaît avec tous les caractères d'une provocation. Le maintien de la paix dépend encore de la sagesse du parlement anglais et de la prudence traditionnelle du cabinet de Vienne; c'est dire que la paix a beaucoup plus de chances que la guerre. Mais en attendant le jour des explications, il y a une menace contre la France; c'est le traité de Londres »

N'est-ce pas encore déclarer que la guerre est indispensable si le Parlement anglais et Je Catynet autrichien ne rétractent pas le trajté ?

DÉBATS (4 août): — Lp Pacha a pour lui le fait et le droit;

il a quelque chose de plus , il a pour garants l'honneur et la loyauté de la France, qui , par deux fois, en 1833 et en , s'est interposée seule entre la Turquie et l'Egypte, a préservé Constantin hople d'une double invasion , et épargné à l'Europe une guerre générale

Mais l'isolement est pour la France une menace qui lui impose l'obligation d'être prêle pour toutes les éventualités, d'être prête tous les jours et à toute heure. C'est pour elle un devoir impérieux, Irrésistible; c'est un de ces actes qui ne se discutent pas ; c'est une de ces démonstrations qui répondent au plus noble , au plus gènércu^senliment des Peuples , à ce sentiment qui entraîne les plus grands esprits et les plus tiers courages , à l'instinct national. Les Miuistres français s'honorent à juste litre de leur conduite dans ces derniers jours. Ils ont fait leur devoir; ils ont fait ce que devaient faire des hommes qui gouvernent la France. Il n'y a dans les mesures^du gouvernement ni démonstration menaçante, ni vaine fanfaronnade ; il y a un sentiment vrai, profond, énergique, de la situation. C'est la politique de l'isolement dans toute sa franchise et ses impérieuses conséquences

Ainsi, le plus noble et le plus généreux sentiment des Peuples, les plus grands esprits, les plus fiers courages, l'instinct national, se réunissent pour crier : la guerre, la guerre î — Ecoutez maintenant le journal de la Cour, la

Presse !

LA PRESSE ( 5 août ) : — Nous croyons bien fermement que l'Angleterre laisserait déloger les Turcs de Constantinople, pourvu qu'elle a" inféodât l'Egypte et la Syrie. Cela n'est peut-être pas entré jusqu'ici dans la tête de notre grand Minisire des affaires étrangères ; mais nous croyons savoir que cela ne fait pas doute chez les hommes d'Élat d'Angleterre , whigs et torys

Pour la Presse, c'est bien aussi la guerre ! — C'est aussi la guerre pour le journal des Ministères, le Messager!

MESSAGER [-2 août) : — Depuis les hautes sphères du

Pouvoir jusqu'aux derniers confins des classes populaires, un sentiment puissant de réaction s'est manifesté contre l'appartnce même des façons équivoques qu'on essayait de prendre avec nous, tout en les désavouant ; l'anniversaire de juillet a été une occasion plus marquée enepre de réaliser une généreuse protestation de notre nationalité blessée ; et nous apprenons que, de toutes parts, dans les départements comme on l'a vu dans la capitale, un admirable élan court au devant des sacrifices que la gravité de la situation pourrait exiger. La justice d'une cause peut se connaître à cette ardente exaltation qui se produit pour sa défense, et la conscience publique peut tranquillement envisager l'avenir en présence d'un instinct si général du parti qui vient d'être pris.

Et quand le journal des Ministères excite ainsi Y admirable élan vers la guerre, depuis les hautes sphèresdu Pouvoir jusqu'aux, derniers confins des classes populaires, le même Pouvoir pourrait punir et proscrire ces élans unanimes de patriotisme î

MESSAGER (.> août) : — Il est des faits d'une telle nature que, pour s'édifier sur leur vérité, il suffit d'interroger la probabilité et la vraisemblance.

Ainsi, qu'on vienne nous affirmer qu'une grande Nation peut être ouvertement blessée dans sa dignité sans que son souverain s'associe au sentiment public réagissant contre cette injure; nousdi-

rons que cela ne peut pas être, et parlant que cela n'est pas. — Qu'on vienne encore nous dire qu'au moment où un admirable élan se révèle dans une population pour défendre une cause juste et nationale, une haute prérogative s'interpose pour arrêter cet élan patriotique et en altérer la portée, nous dirons que cela ne peut pas être, et partant que cela n*est pas. Certes ce serait un étrange malheur si, au nom des qualités de gouvernement qu'on a montrées, on pouvait être accusé de tomber dans leur excès contraire, et de les pratiquer â outrance et sans discernement des circonstances et des époques. Singulière logique! Parce qu'une intelligence supérieure aurait compris que le bienfait de la paix ne devait pas être sacrilié h des nécessités problématiques, ou à des inspirations plus généreuses que réfléchies, il faudrait la croire inféodée à perpétuité à un système, et supposer qu'elle ne saura pas reconnaître le moment où les exigences de Vhonneur national réclament une autre attitude et d'autres déterminations. Nous avons dit dès le premier jour où la rumeur d'une atteinte portée à notre considération et à notre droit s'est répandue, qu'une imposante unanimité d'adhésion s'est ralliée aux mesures qui avaient dû être prises, et en celte occasion nous n'avons pas entendu parler d'une unanimité relative, mais d une unanimité ardente et absolue qui n'admet, dans celte sorte de levée en masse de la volonté nationale, ni une seule hésitation, ni un seul dissentiment.

Ainsi, d'après le Messager, c'est le Souverain, c'est une haute prérogative, c'est une intelligence supérieure (qui ne veut pas s'inféoder à perpétuité au système de la paix à tout prix), c'est une unanimité ardente et absolue dans le gouvernement, c'est une levée en masse de la volonté nationale, qui crient : la guerre, la guerre! Et l'on proscrirait ensuite ce cri !

Écoutez maintenant les journaux de M. Thiers, d'abord le Temps.

TEMPS (28 juillet) : — Comme l'esprit qui a dicté le

traité est un esprit d'hostilité contre nous, il faut examiner si les quatre Puissances signataires sont bien en mesure de nous traiter

avec le dédain qu'elles ont affecté dans celte circonstance

L'on médite dans l'ombre un traité d'où dépend la paix de

l'Europe ; l'on entretient dans une erreur calculée notre diplomatie, qui cependant n'a pas été prise au dépourvu ; et on lui communique

un arrangement auquel on ne l'a pas mis en demeure de concourir, comme si la France était effacée de la carte du monde. Eh bien ! il y a dans cetie conduite autant de folie et d'imprévoyance que de malveillance et d'injustice. Il peut plaire à la Russie de reconstituer la Sainte Alliance ; il peut convenir à l'Autriche et à la Prusse de suivre la Russie comme ses satellites, et l'Angleterre peut se laisser séduire par la flatterie, égarer par la passion. .....

L'Europe est bien faible contre nous. Elle peut essayer déjouer avec nous le terrible jeu de la guerre : nous jouerons avec elle le formidable ;eu des révolutions. Que si l'on nous pousse à promener de nouveau le drapeau tricolore de capitale en capitale, nous ne le ferons plus cette fois pour accumuler contre nous les représailles et l'esprit d'indépendance des Peuples, mais bien plutôt pour favoriser leur affranchissement, et nous assurer par là leur concours et leur alliance. Aux Gouvernements seuls s'attaqueront nos armes; aux Nations s'ouvriront nos bras et nos cœurs. . ....

Il faut établir une distinction entre le Peuple anglais et son Gouvernement L'alliance Anglo-française, nous l'avons dit vingt fois, est indissoluble de Peuple à Peuple; elle survivra aux Ministères qui passent, aux règnes qui se succèdent : ce n'est donc pas à la Nation anglaise que nous devons nous en prendre du manque de foi et de bienveillance qu'accuse si hautement Vinique convention de Londres : aussi cette convention est-elle à nos yeux comme nulle et non avenue

Ainsi c'est la Coalition, c'est la Sainte-Alliance , c'est la

gU Iïoutez deux articles écrits sous Inspiration de M. Thiers !

REVUE DES DEUX MONDES (1 er août ) : — La France s'intéresse à Méhémet, disait lord Palmerston; elle ne veut pas agir contre lui imaiselle laissera faire; elle fera entendre quelques plaintes, elle nous enverra une note. Avant que ces communications soient accomplies, que les explications soient données, l'affaire sera, terminée et tout sera dit. C'est ainsi que les choses se sont passées lors des affaires de Modène, de Bologne, de Franc-

^° Le noble lord nous croit inféodés au système delà paix... Les bras de la France sont longs, et le jour où, malgré son amour du travail et du repos, on la forcerait à accepter la lutte, ce jour là elle sau rait fermer les ateliers de la paix pour ouvrir les ateliers de la

guerre ; ce jour-là, il n'y aurait plus en France ni opinions diverses, ni discussions, ni parti ; ce jour-là , qu'on le sache , la France unanime prendra ses points d'appui partout.

REVUE DES DEUX MONDES (15 août) : — Les nouveaux Alliés ont imaginé que la France se bornerait humblement au rôle de spectatrice ; qu'elle laisserait écrire dans l'histoire du xix c siècle ces paroles : La France, après les guerres de la Ké solution et de l'Empire, et un repos de vingt-cinq ans, vit l'Angleterre , la Russie, la Prusse et l'Autriche, régler seules les affaires de l'Orient, et se contenta de leur dire que c'étaient des façons peu courtoises

11 méconnaîtrait complètement la France celui qui penserait qu'elle se résignera à un rôle subalterne et indigné d'elle. Disons plus : quels que fussent leà hommes assis au pouvoir, nulle forée humaine ne pourrait les y maintenir , le jour où ils faibliraient sous Je poids de cette mission nationale, le jour où ia Couronne ne trouverait pas en eux un conseil et un instrument proportionnés à la grandeur des événements

C'est bien la guerre ! — Mais écoutez M. Thiers écrivant, dit-on , lui-même. #

REVUE DES DEUX MONDES (15 août) : - Jamais la proposition décéder l'Egypte héréditairement, U Syrie viagèrement, n'a été faite ; jamais le cabinet français n'a eu à la refuser.

Une chose fort grave : l'Angleterre , après dix années d'alliance, quitte la France pour la Russie, et s'en va tenter de résoudre, avec les adversaires plus ou mois avoués de la France et même de l'Angleterre , la plus grande question du temps. — La France est exclue d'une question qui comprend tous les intérêts de la Méditerranée à la fois; elle en est exclue quand l'Autriche , qui a Trieste dans cette mer, quand la Prusse , qui n'y a rien , sont appelées à la traiter! — La France, en outre, se trouve seule en présence des Puissances du Nord , toujours au fond ennemies de sa Révolution; et elle n'a plus avec elle l'Angleterre pour conjurer leur mauvais vouloir. Qu'a dû faire la France dans cette position? Que doit-elle faire encore? S'agit-il de menacer, de faire du bruit, d'agiter les esprits , en un mot de tenir la conduite des faux braves? Non. La France doit se souvenir que, même étant seule, elle a tenu tôle à l'Europe; elle doit se rappeler que, même étant seule, elle peut défendre sa Révolution, si c'est sa Révolution qu'on me-

nace , ou ses intérêts , si c'est à ses intérêts qu'on en veut dans la Méditerranée; elle doit se mettre en mesure sans bruit et sans jactance.

Tout le monde lui dit : mais nous ne voulons pas la guerre. Soit ; si vous ne la voulez pas, ne faites pas ce qui pourrait l'amener.

La France doit armer sans ostentation , mais avec une volonté efficace ; puis , comme l'on dit, elle verra venir. C'est aux Puissances à voir ce qu'il faut penser de tout cela, et à se demander si, s'étant trompées sur les premières conséquences, elles ne pourraient pas se tromper sur les dernières.

Ainsi, c'est M. Thiers (celui que tout-à-l'heure on transformait en dictateur, en génie, presque en Dieu) qui le proclame, la question d'Orient est la plus grande question du temps ; c'est une Coalition ennemie de la Révolution qui vient de faire le traité; c'est la guerre î — Écoutez le Constitutionnel !

CONSTITUTIONNEL ( 27 et 28 juillet ) : — Si l'Angleterre était réellement intéressée à traiter la Porte et l'Egypte comme les Congrès de Leybach et dt Vérone ont traité l'Espagne, le Piémont, Naples, le premier, le plus impérieux devoir de la France serait de rompre sur-le-champ avec le Gouvernement anglais. .....

Voilà donc la France isolée : cela est grave, mais cela l'est pour tout le monde. Ce n'est pas la France que cet événement doit le plus inquiéter. Elle est restée inviolablement attachée à la politique de Neutralité, c'est-à-dire de la Paix. Les quatre Puissances rendent, autant qu'elles le peuvent, tout arrangement impossible. Elles prétendent retirer au Pacha les trois quarts de la Syrie, et lui donnent moins que Mamouth ne lui donnait avant la bataille de Nezib. Ces propositions sont dérisoires. Si Méhémet ne les accepte pas , s'il prend l'offensive contre le Sultan, la responsabilité de cette œuvre et de ses conséquences retombera sur ceux qui l'auront poussé à ces extrémités, bien funestes à l'équilibre de l'Europe. La France doit prévoir dès à présent ces grandes éventualités ; elle ne verrait pas de sang-froid une main sur l'Empire turc. Toute seule qu'elle est, elle a une puissance immense , une puissance matérielle et morale. Sa puissance matérielle, elle consiste dans une population admirable par une unanimité compacte, par sa passion pour la gloire des armes, pour la grandeur appuyée

de la justice; elle consiste dans les plus belles finances du monde, dans les 200 millions de la réserve accumulés à la Manque, dans les 90 millions de son amortissement, dans les 150 millions distribués par le budget aux travaux de la paix et dont on peut appliquer les deux tiers aux besoins de la guerre, dans 2 milliards de forêts royales dont l'aliénation bien ménagée peut fournir 200 millions par an, dans les 500 millions que son budget alloue aux dépenses actuelles du département de la Guerre. Sans emprunt et même sans aliénation de bois, la France aurait aujourd'hui 6 à 700 millions pour tenir téte à ses ennemis. — Elle a de plus sa puissance morale. Cette puissance tésidc dans la sympathie et l'approbation des Pcuphs ; mais pour que la France méritât cette approbation , il fallait qu'elle ne mil aucun toi t de son côté : c'est ce qu'elle a fait. Forte de ses ressources et de l'opinion publique, la France n'a rien à craindre de son isolement. Mais, dès ce moment même, le Gouvernement a des piécautions à preudre; nous sommes très certains qu'il lesprendt a Quelles que puissent être les conséquences d'une conduite énergique dans ses moyens, mais juste dans sa cause, Une sou/frira jamais pour la France aucune perte d'intérêt ou d'honneur.

CONSTITUTIONNEL (Kaoût) : - Ainsi, il est certain

que l'opiniâtre conduite d'un Ministre aveugle (Palmerslon) rendait la rupture inévitable; aucun Ministère français n'aurait pu se dérober à cet événement

Il faut le reconnaître , il y avait en France deux politiques : une pour les alliances, et celle de l'isolement. Dans les deux politiques la France a une grande force. Avec la politique des alliances, elle agit diplomatiquement; elle a au moins deux voix pour elle dans toute conférence européenne; elle amène naturellement les Puissances à transiger. Avec la politique d'isolement, elle a aussi une grande puissance ; mais cette puissance est redoutable. Son moyen : c'est la Force, Si les Cabinets qui agissent en dehors d'elle veulent prendie une détermination qui attaque ses intérêts ou son honneur, elle ne peut en suspendre l'exécution qu'en faisant briller aux yeux de ses adversaires les armes terribles dont elle dispose, sa belliqueuse Population et ses principes. — M. Thiers, il y a sept mois, exposait que la France tenait dans sa main les deux politiques; il s'est naturellement prononcé pour celle des alliances; aujourd'hui il prend avec une énergique activité les mesures que s A dignité lui commande, et, quji qu'il arrive, il Stra prêt àfa<re face à tous les événements.

CONSTITUTIONNEL (S août) : — La force delà France

dans cette lutte, ce ne sont pas seulement ses Armées, c'est encore la sympathie des Peuples. Dire que la France a non seulement pour elle ses soldats mais ses principes , ce n'est pas une menace, c'est un fait connu du Monde entier. Ne nous serait-il pas permis de rappeler à nos voisins que M. Canning se représentait du haut de la tribune comme pouvant ouvrir l'antre d'Ëole, et qu'il menaçait les Gouvernements de pouvoir déchaîner sur eux les tempêtes ? Nous ne faisons pas comme M. Canning, quoique nous fussions plus en droit que lui de le faire ; car la clef de cet antre des tempêtes, elle n'est pas dans la main de l'Angleterre, et elle pourrait être dans celle de la France; car la situation dans laquelle parlait M. Canning ne comportait pas cette politique formidable; et il est telle situation dans laquelle on placerait la France qui la comporterait

C'est bien toujours la guerre pour le Constitutionnel , quoiqu'il ait la faiblesse de dire ensuite :

Palmerston s'est expliqué. S'il reste encore quelques nuages, ses intentions sont excellentes ; il regrette les malentendus entre les deux pays.

Le Courrier Français dit, au contraire , que le Peuple anglais accuse Palmerston de trahir l'Angleterre, et d'avoir tendu Constantinople à la Russie. — Pour le Courrier, c'est aussi la guerre.

COURRIER FRANÇAIS (2 août) : — Le traité de Londres a reconstitué sur des bases fragiles, il est vrai, et moins sur des principes que sur des intérêts, la Sainte-Alliance de 481 o. — Aujourd'hui comme alors, la France est exclue; c'est à elle que l'on en veut, sous d'autres noms. La France doit armer et veiller. C'est aux Puissances à ne pas la mettre dans la nécessité d'aller au-delà. Nous serons fermes : que les autres soient prudents !

COURRIER FRANÇAIS (5 août): — Quand lord Palmejatdn conduirait parla main les Russes à Constantinople, Toccupatirindes' rivages du Bosphore par une armée Moscovite serait-elle un danger auquel l'Europe pût s'habituer? Nous n'hésitons pas à dire que les Russes à Constantinople. c'est la guerre, c'est la guerre à outrance; comme l'écrivait aujourd'hui un ancien Président de la Chambre

des députés. L'opinion de lord Pal mers ton peut différer de la n$tre sur ce point ; mais que l'on y prenne garde ; car la nécessité le veut.: une armée Russe à Gonstantinople amènerait infailliblement une arfmée Française sur le Rhin

Écoutez maintenant le Siècle :

SIÈCLE (26 et 28 juillet) : ~ Celte convention, s'il est vrai qu'elle ait été signée à l'insu de la France, est un outrage à notre

Gouvernement Qu'on ne se hâte point de parler au nom de

la France, d'une attitude passive : il se peut qu'une action prompte, énergique* serve mieux les intérêts qu'on doit protéger; et la France, à bout de générosité, lasse de déceptions, forte de son droit, ne reculera certainement devant aucune des nécessités qui pourront lui apparaître dans la lutte dont une imprudente provocation donne le signal. — Il y a des traités que la France a pu subir au jour de ses désastres, lorsque, épuisée et sanglante, elle avait à se défendre à l'intérieur contre des traîtres, au-dehors contre lesPeu 1 ples dont le soulèvement poussait les Rois devant eux. Aujourd'hui, grâce à Dieu, elle n'est plus la même ; le sang s'est renouvelé dans ses veines, et il y circule plus abondant que jamais ; ce n'est plus d'épuisement qu'elle succombe, mais d'une trop longue inertie. Elle a vengé, il y a dix ans, une de ses injures ; il en est une autre qui Ini pèse encore sur le cœur ; et puisqu'on la lui rappelle, puisqu'on parodie les vieilles Ligues, au milieu de tant d'intérêts nouveaux , puisqu'on ne tient compte ni de sa modération, ni de la justice de sa cause ; puisqu'on recommence à comploter contre elle en tâchant de l'isoler; elle rendra menace pour menace, défi pour défi, et s'il le faut guerre pour guerre. La Révolution, si elle est provoquée , se présentera, en face de V Aristocratie européenne et des Cabinets absolus, avec toutes ses forces, dans toute sa dignité. Quelles que soient dès lors les inimitiés ou les embûches qui l'attendent, elle n'a rien à craindre de l'avenir.

Que Ja France arme donc, il le faut ; qu'on appelle et qu'on organise la réserve ; que notre marine, déjà formidable et prête à tout événement, voie encore élargir ses cadres : il s'agit de notre dignité et de notre puissance. Le pays ne craint point les sacrifices pour Une telle cause : demandez son or et son sang, il les donnera ; mais tous, gardez son honneur ; maintenez son influence en Europe ; ne souffrez pas que, parce qu'elle est tombée une fois, épuisée, haletante, perdant ses forces et son sang par mille blessures, après Vingt- cinq ans de guerre, et abusée encore sur son avenir ; on sç

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