DANS LA SOCIETE CIVILISEE DE L EUROPE OCCIDENTALE. IOJ
o coutume tiomaene, et la partageant entre les cvëques (i ), n nous avons pieusement offert nu Christ et à saint Pierre la ■ partie septentrionale <[iii est très-fertile eu poissons et eu a pâturages, et nous avoua établi un évêque dans la Wig- « modie, au lieu appelé Brème sur le Weser. A cette paroisse, a nous avons soumis dix pagi (cantons), auxquels nous avons a ôté leurs anciens noms et divisions , pour les réduire en « deux provinces que nous avons appelées IVÎgmodie cl « Lorgoc. De plus, nous avons consacré à la construction de « cette église soixante et dix mansi {ou métairies), avec leurs « colons, et continuant cette donation, nous ordonnons que « tous les habitants de cette paroisse payent fidèlement la a dîme à cette église et à son pasteur. En outre, d'après la «décision du pape Adrien et l'avis de Lull ;, archevêque de n Mayence, nous avons donné l'église rlc lirême et toutes ses «dépendances à Willehad. Et comme Willehad nous a fait s observer que cette paroisse, à cause des barbares et des «autres événements qui y arrivent ordinairement, ne suffi- « sait point à l'entretien des serviteurs de Dieu qui combattent « pour lui, nous avons donné à perpétuité à l'église de Brème, « à son évêque Willehad et à ses successeurs , la partie de la « Frise qui est voisine de cette paroisse. Le passé nous oblio géant à nous mettre en garde contre l'avenir, de crainte a que quelqu'un n'usurpe quelque bien dans ce diocèse, nous en avons fait exactement tixer les limites (2). >
inciam rédigeâtes et intM- epîscopos certu limite distermiiiantej.
!'V; l'r/rirf,U:li: :tr j'^!,, r l^!:>r,v Ly<'.\<yn la r;.7; /V M:;:ii.'/u:;h. -- li.u.iv.j-,
apllul., 1. 1, p.
io8 sua l'introduction de l'ancienne CERMANIK
Mais celle habile mesure n'amena pas immédiatement l'occupation ecclésiastique de la Saie et la résignation définitive des Saxons à la croyance et aux habitudes de la société occidentale. En 783, pendant que Charlemagne s'était rendu à Rome (>our faire sacrer par le pape Adrien , ses deux fils Pépin - et Louis, l'un comme roi de Lombardie, l'autre comme roi d'Aquitaine, ils se soulevèrent une cinquième fois à l'instigation deWitikind, qui avait également décidé les Slaves sorabes, habitant entre l'Elbe et la Saale, à envahir les frontières des Thuringiens. lies Saxons détruisirent même la moitié de l'armée des Francs orientaux que Charlemagne avait envoyés contre eux , en attendant d'y marcher lui-même.
Jusque-là , Charlemagne avait été assez modéré par politique, cette fois il fut cruel par vengeance ou par système. N'ayant pas pu gagner les Saxons avec des mesures de douceur, il ne songea plus qu'à les dompter par la terreur. Il parut au milieu d'eux en ennemi irrité et inflexible. Witikind lui échappa. Mais ayant convoqué les nobles du pays, il en saisit quatre mille cinq cents qui s'étaient révoltés et il les fit décapiter dans un seul jour, dans un lieu appelé Ferdi sur l'Aller (1).
Après cet acte d'une politique vindicative et féroce, la guerre fut pendant trois années sans quartier entre les Saxons et les Francs. Charlemagne les battit successivement sur l'Haase, sur le Weser, sur l'Elbe, et ravagea tout leur pays, sans qu'ils déposassent cette fois les armes. Lorsqu'il les vit à la liu épuisés par tant de défaites et de dévasta-
('ItoW^jJ. „„. 3 8 2l — ApuJ Pebti,i. II, p. 16Ï.
DANS LA SOCIÉTÉ CIVILISEE DE I.' EUROPE OCCIDENTALE. IOg
lions, il offrit à eux la paix, et à Witikind, qui les soulevait sans cesse et qui était au delà île l'Elbe , sa grâce. Witikind l'accepta , et vint se faire baptiser à la villa royale d'Attigny sur l'Aisne ([). En se soumettant à la croyance et au pouvoir du vainqueur, le chef du paganisme et de l'insurrection parmi les Saxons donna à tous les siens le signal d'une dépendance durable et d'une conversion réelle.
L'état de paix se maintint à peu près dix ans. Ce fut pendant cette période que l'action du christianisme se fit le plus profondément sentir; que les établissements religieux dont les pieux habitants avaient été si souvent tués ou dispersés, se consolidèrent; que les divisions territoriales, tracées en 77g et 780, s'effectuèrent, et que le pays des Saxons, distribué en diocèses sous le rapport religieux, en comtés sous le rapport politique, participa à la culture morale et matérielle des pays occidentaux. Çharluniu^ni? v éiablit îles comtes avec des guerriers francs, auxquels il donna une partie des terres saxonnes, et qu'il chargea d'y maintenir la paix publique et d'y rendre In justice à la manière des Francs. Il exigea de plus, que dans chaque paroisse on donnât à l'Église une cour, deux métairies, et qu'on lui accordât un serf et une servante sur 1 20 hommes ; qu'on lui payât la dîme de tout ce que recevait le fisc, et que chaque homme noble, libre ou colon, lui
. (1) /*., ail an. 7 83 ad an. 7 85. — Widokinduj ao Abbio... Tandem accepla ab m quam Dplabant, impunitaiis aponsione, alqus impetratii,
quos sibj dari precabanuir obsidibus, ad ejus prxsenuam in Auiniaco
villa venerunt atcjue ibi bapliiati auni. — Voir aussi pour la même année, Annalti Launutnsu, qui sont en tout conformes à celles d'E^in-
1IO SUR l 'INTRODUCTION OE L'ANCIENNE GERMANIE
payât également la dîme de ses biens et île son travail. Les serments durent être prêtés dans 1rs églises. Afin de maintenir les Saxons duns la croyance et la fidélité qu'il leur avait imposées, Charlemagne porta des lois terribles. Voulant donner aux Églises des privilèges qui les rendissent utiles et qui les fissent respecter, il prescrivit d'y laisser en paix ceux qui y chercheraient un asile jusqu'à ce qu'ils pussent se présenter en justice. Il défendit, sous peine de mort, de violer la paix et les droits- d'une église, de tuer un éveque, un prêtre ou un diacre, cl même de ronipri: le jeûne du carême. La mort fut aussi infligée à ceux, qui sacrifiaient des hommes aux idoles, à ceux qui refusaient le baptême pour rester païens, à ceux qui brûlaient les morts au lieu de les enterrer, à ceux qui conspireraient pour les païens contre les chrétiens et con-
II condamna à une amende de cent, de soixanteou de trente solidi le Saxon , noble , libre ou colon, qui ne ferait pas baptiser ses enfants dans l'année qui suivrait leur naissance; à soixante, trente ou quinze solidi, ceiui de l'une de ces trois classes qui contracterait mariage aux degrés prohibés; à la même amende ceux qui feraient des ofïi .nnIt'S aux fontaines ou aux arbres. I! leur ordonna d'être soumis aux comtes, de se présenter à leurs plaids, et de ne pas se réunir en assemblées publiques, à moins que son mUsus ne les y appelât de sa part (i).
(i) Capitulât™ de partit™ Saxmiw, aa. 789. Balbie, l. I, p. a5o
Voir ainsi Capimlare Sajronum dalimi Âaahgraneasi , aa. 797, m général/ episroparum et oplimatim amvmtu. Biluïï, u f, p. îyoetmiT.
DANS LA SOCIÉTÉ CIVILISEE [JE I.'eII HOl'E OCCU1ENTAI.E. 111
Tels furent les moyens employés par Charlemagne pour opérer la transformation du pays qu'il venait de conquérir. Les Saxons ne demeurèrent cependant pas constamment soumis. Ceux de l'ouest ou les Westphalieus , qui étaient plus rapprochés du Rhin, et dès lors de !a puissance et de la civilisation des Francs, restèrent fidèles après que leurs chefs Witikind et Abboin eurent sincèrement déposé les armes et embrassé le christianisme. Ils servirent même Charlemagne dans ses expéditions contre les peuples de-race slave ou tartare qui étaient au delà de l'Elbe et du Danube. Mais les Saxons de l'est, et ceux surtout qui étaient au nord de l'Elbe, s'insurgèrent encore, en 70,3 (i), lorsque Charlemagne marcha contre les Huns ou Avares, qui occupaient au delà du Danube et sur le cours inférieur de ec fleuve le vaste pays dans lequel sont compris l'Autriche, la Hongrie, la Transylvanie, l'Esclavonie, la Dalmatie et la Croatie actuelles. Mais ils ne furent pas plus heureux que dans leurs précédentes insurrections.
Après avoir vaincu les Avares et s'être emparé des neuf linge au enceintes dans lesquelles campaient leurs bordes (a),
(i) Saioncs «jlimaDttj quod Àvarorum gens se vindicarc super chrijtianos debuisset, line quod in corde eoriim dudum jaro anleà laiebat,
rcspuerant,iterum relinquenles chri si intilatcm... jun génies se cum paganas génies qtue in dreuitu corum erant. Scil cl misses suos ad Avaros irans-
miltenles coiiatî sunt rebellarr Omnes ccelesias vnslabanl, rejicientej
episeopos el presbyteros. — Annales Laumseata, ad an. jo3.
(a) GEiniKDi Hungarisdtc Getchichti, 1. 1, p. 3a8. — EiHHiBn, Ann.; cl Fila Caroli mttgnl, ad an. 793 et ■jrfi.
lia sun L'iKTBomicnoN iie l'ancienne ceusunie Charlemagne revint dans lû partie rebelle de la Saie. ïl la ravagea. Mais, persuadé ([lie les défaites répétées, les soumissions contraintes, les serments prêtés, les otages reçus, ne pourraient jamais rendre assurée la dépendance des Saxons qui occupaient les deux rives de l'Elbe et qui confinaient avec les Danois ses ennemis, il se décida à prendre à leur égard une mesure définitive. Il les transplanta en masse par tribus et par familles, dans la Gaule et dans l'Italie, et donna leur territoire aux Slaves Obodrites qui, depuis plusieurs années, étaient ses fidèles alliés contre les Saxons (i). Depuis lors, il n'y eut plus aucune révolte en Saxe, qui lit partie du nouvel empire d'Occident. Charlemagne avait relevécct empire, par suite des relations intimes que les moines anglo-saxons avaient établies entre les papes et son aïeul Charles Martel, qu'ils avaient déclaré protecteur de Rome; "son père Pépin, qu'ils avaient sacré roi; et lui-même, qu'ils avaient couronné empe-
Ainsi se termina, après une guerre de trente-deux ans, l'incorporation violente de la Saxe dans la société civilisée. Charlemagne y établit, comme nous l'avons tu, les huit évèclies de Paderborn sur la Lippe , de Munster près des borda de l'Ems, d'Osnahruck sur l'Hanse, de Mindcn sur le haut et de Brème sur le bas Weser , d'Hïldesheim sur l'Innerse, de Verden sur l'Aller, enfin d'Halberstadt entre le
(i) EmnARni Ann., ad an. 804. Apud I'eetï, 1. 1, p. 191. — Et« ht» <jui ulraïque ripjis A Ibis Huniinis incnlrbant, cum usonbus ci parviilissu. blaluj (ranstulit.et hue nique illuc per Galliamet Germanium mullimmla divisions ira nslii lit.— Einn.,inf jtofaraKmn^ii. A[indP>sxTz,t.II, p. 447.
DANS LA SOCIÉTÉ CiVlUSEE DE LEUBOPE OCCIDENTALE. Il3
Weser et l'Elbe dans la partie montagneuse et orientale de la Saxe. Ces évéohés donnèrent naissance à autant de villes. Il construisit des forteresses et des palais impériaux qui servirent à la fois à sa défense et à sa civilisation. Les palais de Lipp-Stadt, de Salti, d'IIcnsliil sur !;i Lippe, la Saale et le Weser, furent les principaux. Quant aux forteresses ou castella, il en éleva dans les parties du territoire conquisqui demandaient à être gardées ou protégées. Outre celles qui furent disséminées dans l'intérieur du pays, il construisit sur lecours de la Saale et det'Elbe qui lui servaient de limites, les casleita lie Hall et de Magdebourg et de Hambourg (i). Il eut nn pont sur l'Elbe fortifie des deux cotés, et au delà de ce fleuve il forma comme avant-poste, lecastriun de Hesfcld sur la Stor (n).
La ligne de l'Eyder qui le séparait de la presqu'île occupée par les Danois-Normands lui servit de défense. Le roi (ïodefrid en avait lui-même formé une barrière entre les Danois et les Francs, d'après le témoignage d'Eginhard : a Gode- « frïd s'étant porté là aveo toute son armée , dit-il , avait élevé ■t un retranchement de la mer de l'Est (ou de la Baltique) à « l'océan Occidental (ou Germanique), en fortifiant le cours de « l'Eyder, et il n'avait laissé à ce retranchement qu'une seule h porte par laquelle pussent sortir et rentrer ses chariots et « ses cavaliers (3). b
114 SUR. I,' INTRODUCTION [)E I.' ANCIENNE CEHfflANLE
Charîemagne fonda sur k frontière septentrionale de son empire deux inaigi-avhits f ni^iicnt face aux barbares du continent, l'un au nord suri' ICI be, l'autre à l'est sur leDanube(i). 11 en confia la garde à des chefs et à des guerriers de sa nation.
dans les districts saxons, i|iii reçurent l'organisation territoriale et politique de la Gaule et de l'Italie, comme ilsenavaienl reçu la croyance religieuse et la ronstilti tion ecclésiastique. I*s Saxons furent régis par In législation générale des capitulaires en ce qui regardait leurs rapports avec l'État, et par leur loi particulière (a), que modifièrent toutefois le christianisme et la conquête eu ce qui regardait leurs rapports personnels.
Les marécages et les bois île la Saxe se changèrent peu à peu en riches cultures et se couvrirent de villes qui tirent adhérer à jamais la population au sol. Les villes sont eu quelque sorte les racines par lesquelles les boni nies se fixent dans un pays, y sont retenus, s'y développent, et le fécondent. Les colons bénédictins se rendirent en foule sur le territoire des Saxons. Ils y formèrent plusieurs de ces grands établissements à la fois religieux, agricoles, littéraires, qui pourvoyaient à tous les besoins de la culture humaine, l-es deux principaux furent la nouvelle Corbie fondée sur le Weser
UHam £gidom (Eider) Huminis aquUonalem ripa m niunimtmimi ralli praiteierel, una lantiim prma dimissa, prr rpiani carra et «quitta emïlli 01 recipi potuissem : divisoque npere inter duces copiaruni, doninm remsuj en. - Eimam Ann., ad. on. Ku8. Apuil Pmiz, t. I, p. ig5.
(i) Les margrwiats <lu Nord et d'Autriche.
(a)Lex Aununun.ipud Cueuri, t. III, p. 4u.
par t\en\ parents de Charlcmagne , Adalard et Wala (l), et l'abbaye de Ilerford qui fut destinée aux femmes (a). La nouvelle Corbie (3) et Herford furent pour le nord-ouest de l'Allemagne te qu'avaient été pour le centre de ce pays Fulde et Bishoflltim. Elles devinrent les deuxgrandes écoles de la Saïe, et c'est de Corbie que partirent bientôt les missionnaires qui convertirent les Slaves et les Scandinaves, comme étaient partis de Fulde ceux qui convertirent les Saxons.
Examinons iiiiiitid'iiniii lt-s ( Irm^oinents qui s'introduisirent dans les pays nouvellement acquis an ebristianisine ; recherchons quels principes régulateurs furent enseignes aux barbares, quels sentiments supérieurs leur furent donnés, quels arts utiles leur furent transmis. Voyons ce qui fut fait pour l'individu , pour la famille , pour la société, pour le territoire. Après avoir, exposé cette heureuse conquête, étudions la
tljli«i<.|llul | - 1 ■ ■ Il-Pll-H .fi 1]<I| • Il l|l .IHIp l< I.
Les Germains étaient surtout guerriers. C'était la guerre
(i) Mibili., ^ M ., t. II, p. 468, ad. an. Saï-8m, et fïta Adhalard. Vit. Vais, aptiu Mimu,., Act. Sanç., t. IV, inc. 4, pan i, 33a et p. 465 ctseq.
(a) BU«Li,.Am.,t.U, p. 4 7 S.
,3;. \d.-oqui- primaria utrinsque SaxonifC scliob alïrf îlot srcculjs fuit; iiuo respublica lïttvrarîa. — Mbuiimiuj, in pntfjlinnc ad terliam Wiiii'liimli ciliiioncm.
ijin' [i:r vir.ii iNu-iln 1 .', ;.!'.;.,. jl . I.il jiimimiiLiiu li:rvi;ti j.i inlii du tiiiii ■ ■ 5tr»avii. — Madiu.., AcI. SS., sicr. lit, pars I, p. ay.
nG sua l'introduction de l'ancienne cbbmanie organisation, à la société son but, au territoire sa distribution.
L'individu était brave, hospitalier (]), avide (a). Ce sont les trois besoins des barbares, pour se défendre contre, les autres , pour se mettre en relation avec eux , et pour subsister dans l'état imparfait où se trouve et où ils laissent volontai renient la propriété! chez eux. Le courage (3) était la vertu obligatoire du Germain, pan* qu'elle faisait sa sûreté. H l'en-
l'amollir par le travail. Il passait dans une longue oisiveté tout le temps qu'il n'employait pas à combattre ou à chasser (4)- Livré aux instincts naturels lorsqu'ils ne sont pas
(i) Hospites violare fas non putant : qui, qiiaque de causa, ad eus ïenerini.ab injuria, prohibent, sa nctusque ha lient. C.E31B, de Bell. Coll., lib. VI, c. XXIII.
Conïictibuj ei hospïtiis nulla alla gsns effuiïuj indulgrt- Quemcumque mortalium arcere tecto, nefas est... victus inter hn»pites eoniii. — Tacite, Gj™on.,c, XXII.
(a) Lalrocinia nulhm habent infainiam aique ea juremutis eier-
cendic... causa lieri pradicant. — Cisin, duBell. Gail , lib. VI , c. XXIII.
(î) lgnaïos et imbcllcs eceno ac palude, injecta insuper crate,
mergtini. — Tacite, Germon., c. XII. Scutum rcliquisae prcccipuum flagitium : nec aut sacris adesse aut concilium inire ignominioso Tas esc. — lb., c. VI.
(4) Quotiens bella non ineiint, moltum .enatibus, plus per otiiim mnsigum, dedïii sonmo ciboque. — Titan, German., c. XV. Nec arare terrain aut eispectare annum, taui facile persiiaserij, quam
ration idqamre , quod pnssij sanguine parare. — Tacite, German., c XIV.
UAfS U SOCIÉTÉ CIVILISÉE DE I.' EUROPE OCCIDENTALE. ] l~
encore perfectionnés par les idées et régies par les devoirs, il était personnel, cruel, vindicatif, spoliateur. La propriété territoriale était informe chez lui. Elle changeait de main toutes les années (i), et était surtout cultivée par des serfs(a). Elle ne pouvait, dès lors, pas substituer les sentiments doux et conservateurs que donnent à l'homme la culture paisible des champs et l'abondance de ses produits, aux sentiments emportés et féroces qui naissent de la guerre et de l'acquisition par voie violente. Sa religion, conforme à l'état grossier de son esprit et aux dispositions belliqueuses de son âme , était une adoration des forces de la nature ou l'apothéose du courage guerrier. Elle donnait à la férocité la sanction divine. L'histoire de ses dieux était une histoire de combats et de meurtres; les sacrifices par lesquels on les honorait le mieux et on les satisfaisait le plus étaient des sacrifices humains; le paradis qu'ils promettaient aux guerriers était un lieu de combat mi ii' siiiiiï roulait sans cesse et où l'on buvait dans le crâne de son ennemi. Une telle religion était peu propre à adoucir les âmes (3).
La constitution de la famille, quoique moins imparfaite,
(i) Magistratui ac principes in annos singnlol gentil™ cngnalk.uiW ijue honûnnm, qui una coicrnnt, quantum et quo loto visum est, agri attribuunt atquc an no post alin ttanairecogune. — C.esih, delictloGallico, lifi.VI, e. XXII; lib. IV, et Mb. IV, c. I. Anaperannm mutant, el laperai ager : nec enim cum uberlale et amplïtuuine joli labore conteniitint ut pumaria conserant et prata séparent et hortos rigent. — Ttcin ,.
a™™., o. xxvi.
(a) TjtERR, Germon., c. XXV.
(3) Voir ci-dessus, p. JÎÎ à jty.
llH SUS L'iHTRODVCTIOH DE L'ANCIENNE GKBHAN1E
dérivait cependant du même état. Cette constitution dont l'origine, là comme partout, était l'union de l'homme et de la femme, et l'alliance naturelle de ceux cjue rapprochaient les liens du sang, avait pour but de pourvoir à la défense et à la vengeance. Comme la société publique n'avait pas encore assez de forée pour protéger l'individu, c'était à la société domestique à le faire. Il fallait que ia protection vînt de quelque part et qu'il y eût quelque chose qui ressemblât à la justice. Cette protection résidait dans la parenté, et cette justice n'était d'abord qu'un acte de représailles. La parenté entière prenait fait et cause pour un de ses membres. Elle poursuivait l'agresseur et la pareille de relui-ei jusqu'à ce qu'ils eussent racheté le méfait et obtenu la paix au moyen d'une composition en bestiaux ou en argent (i). Chez les Germains, ce que nous appelons crime était un simple l'ait de guerre qui se terminait par un traité pécuniaire entre les deux parentés intéressées. Le caractère moral de l'action n'existait pas. Il y avait des sentiments de famille blessés, mais non des devoirs légaux violés. Dès que la parenté mécontente était satisfaite et la paix rétablie, les traces du mal étaient effacées. Les aetions répréliensibles ne relevaient pas encore de la morale et du droit , mais de la passion et de la force.
La famille dut être constituée chez les Germains d'après cet
(i| Suscipere lam inimicilias, leu palris,«eu propinqui, quai» amieilias necejse est : nec implacables durant. Luiiur eniin elîaiu homicidiupi
ilornus. — Ticite, Gcrmnn. , c. XXI. — Voir aussi les diverses luis des [H'ii|'ti:s b.ikim apiis lit fijiiiplihu.
DANS LA SOCIÉTÉ CIVILISÉE DE LEUftOI'E OCCIDENTALE. 1 Ifl
état de guerre universelle et ce besoin impérieux de défense. Elle reposa sur le principe de la force et sur la nécessité de l'union. Tout ce qui était faible y tenait peu de place. Quoique , sous le rapport moral , les Germains attribuassent à la femme quelque chose de divin , qu'ils ne négligeassent pas ses conseils, qu'ils r. un luit lissent sous ses yeux , qu'ils vinssent après le combat lui montrer leurs blessures, qu'ils protégeassent sa débilité en punissant les offenses qui lui étaient faites par des amendes plus considérables ([), ils ne lui accordaient pas lie droits personnels. La femme ne s'appartenait pas et elle ne disposait de rien , parce qu'elle était à jamais privée de cette force qui donnait seule la liberté et la propriété dans une société violente (a). L'enfant ne comptait pas encore, et le vieillard ne comptait plus, parce que l'un n'avait pas encore cette force et que l'autre l'avait perdue. Aussi , étaient-ils occupés du service et des soins de la maison (3) et se trouvaient-ils placés sons le mundium ou
(j) [nessc quin eliam santlum aliquid et proviclum putaiit; nceaul concilia adjpernantiir. — Tique, Germnn., V. VIII. — Hi cuique saneliisim; testes, hi niaiimi liudalores. Ad maires, ad cou juges minera ferunt. Ib. — Voir les diverses Inis barbares (passim) pour la protectiun accordée auj femmes qui ne pouvaient pas se défendre.
(a) Hulli mulieri libérai sul> regni n
semper sub potes ta te vin fuerit, liabeal potestalem
120 sua iiNTHOmjcnoN de l'ancienne gebm*nie la tutelle de celui qui était fort, brave, oisif, dont le métier était de se battre, l'honneur de protéger et d'être servi. L.a femme, en sa qualité d'être constamment faible, restait sous un mandium perpétuel (t). lit le passait de la tutelle du père sous celle du mari, de celle du mari, s'il mourait, sous eelle de l'héritier du mari , ou sous celle du frère, ou bien de l'oncle paternel. C'était le mundwald ou tuteur, père, mari, héritier du mari , frère ou oncle , qui touchait la composition due pour la femme outragée ou tuée. Comme cette tutelle était productive, la femme, fille ou veuve qui était demandée eu mariage était achetée à celui sous le mtmdium duquel elle se trouvait placée(a). Elle n'apportait pas de dot, elle en recevait une (3). Une tutelle aussi prolongée et un achat pareil
penaihim et agrorum cura feminis senibusijue ti inlirmisiimo cuitjue ei familia. — Ttc.i-œ, Gtrman.,e. XVI.
(i) Lei Alemann., lit. 55, S — t*" Saionum, lit. y, art 3,3, j. — Lcx Longob., lib. a, lit. 10; et lej autres loi).
(a) Lei Saxonum, lit. 8, art, r , a, 3, 4 et autres loû barbare».
(3) Dolem non uxor mante, sed tuori mariius offert. — Ticm, Germ., c. XVIII.— La dot cuit UD achat- de la femme aux parents , suus la tutelle desquels elle je trouvait placée, tandis i|uc chei les Romains elle était honorum ijuanlilai, qnm marito ad lailincnda Outra nuitrimmii datur, h. 7 pr„ I. 56, S tt de jur. dot. — Ujorera dueturui CGC solidns det paremibus ejus. Lei Saxonum, t. VI, art. i. — Si rjuis uiorem mercclur et pretiiim non proveniat. LL. Inas.L. 3i. Filin, dit CancLuri (t III, p. 4>> 10'- a) coinmtrcio erai cl a parenlibus nelcjai lulorc sponso CCC solidii ■Baidebalur. — Du reste, c'était la le début naturel du mariage. Le mariage avait en lieu chei les Grecs par achat (Aristot. Polit., lis. a, cb. 6 et 8; Homère, lliad. , Ut. i). Le mariage romain, per amnplionan.
DAK5 LA SOCIÉTÉ CIVILISER TIR I.'rUROPR 0CC1DEBTALE. 131
sont pour la femme les signes incontestables d'une condition intérieure qu'expliquent à la fois sa faiblesse naturelle et la violence de l'état social auquel elle appartenait.
Le mariage , qui est la base de la société domestique, n'était pas arrivé à sa forme la plus avancée et la meilleure chez les Germains. Ces barbares étaient plus chastes que réglés. Par une sorte de continence qu'ils devaient au climat froid et rude de la Germanie (i) et qu'ils perdirent bientôt après les invasions, la plupart d'entre eux se réduisaient à une seule femme; mais ils pouvaient en prendre plusieurs fa). La polygamie leur était permise, et ils y cherchaient un moyen de puissance par l'agrandissement de leur parenté. 11 n'y avait entre l'homme et fa femme ni égalité dans l'union conjugale, ni égalité dans sa violation. L'adultère de la femme était irrémissible (3) ; le concubinage de l'homme marié était admis. T« mariage ne reposait donc ni sur la monogamie, ni sur la fidélité réciproque.
La société était encore plus à son déhut que la famille. Elle avait pour objet la défense ; au dedans, contre la guerre des familles, par l'établissement d'une sorte de justice; au dehors, contre l'attaque des autres peuples, par l'organisation d'une armée. Il était pourvu à ces deux besoins par l'élection de juges publics , le choix de chefs militaires , et la
(i)Cnii,JiÏ!ff, Gall., lib. VI, c. XXI. — Titra, Germa»., n. XX.
(a) Prope joli birburorum sîngulis uioribus contenti sunt, exceplis aûWdum paucis, nui non libitiine, sel ob nobibtattni pluiïmu miptiis ■mbiuntnr. — Tacite , fi. , c. XVIII.
(3) «ni, c. XIX.
122 SUH T.' INTRODUCTION DE LANCIENNB CBBMAN1E
réunion □"assemblées dans lesquelles se pacifiaient les ramilles, se décidaient les entreprises extérieures, et se réglaient les intérêts généraux peu nombreux de l'association. Les deux vertus exigées parmi les Germains, comme nécessaires au salut commun , étaient le courage et la fidélité. I.a ] Acheté et la trahison, qui compromettaient l'existence de la nation en ne repoussant pas l'cmiemi ou on s'entendant avec lui , étaient punies de mort ( i) : c'étaient les seuls crimes contre l'État. Les autres étaient, comme nous l'avons vu, des actes d'inimitié entre les familles.
L'association, très-faible et très-imparfaite encore, contenait cependant les deux éléments de justice et d'ordre qui devaient la fortifier et la perfectionner plus tard, en faisant prévaloir l'intérêt général sur les passions individuelles, et l'organisation miltNitn' sur l'iium'cliie domestique. Peu à peu, la justice de l'État intervint davantage entre les parentés pour les pacifier. La société exigea unfrctl, qui était le prix de son intervention, comme le wcregheld était le prix de la composition. Elle embrassa la défense île celui qui n'était pas sous la protection d'une parenté, elle autorisa môme le membre d'une famille à se séparer d'elle en rejetant son héritage; à ne pas la défendre et à ne pas en être défendu, à ne pas payer pour elle et à n'élre pas racheté par elle (a). Elle augmenta le nombre de ses protégés, la force de la protection
(i) Proiliiorca el Iransfugas arborilitu suspendant; ïgniYiis et iniliiilles ccono ac paluik , ïnjeeti super mite, mergunt. — Tacite , Gens., c. XII,
(a) Vuit les luis barbarei, aux litres ilei h< : i-iij(;<^.
BANS LA SOCIÉTÉ CIVILISEE DE I.'kUBOPË OCCIDENTALE. Ia3
publique, et tendit lentement à substituer le droit à la. guerre, la justice à la vengeance, le châtiment personnel à la composition domestique.
Mais ce résultat ne fut atteint que fort tard, tout comme l'organisation de l'armée ne prévalut sur la constitution de la parenté qu'après les invasions. L'armée, auparavant temporaire, fut alors forcément permanente. Les Germai ns se distribuèrent surces territoires conquis , par bandes encore plus que par familles. Ils y restèrent organisés d'après l'ordre numérique des dizaines, des centaines, etc., qui était celui de l'armée, encore plus que d'après l'arrangement des parentés. Les devoirs de l'obéissance acquirent plus de force pour eux que les devoirs dusarig. L'État fut supérieur à la famille, et le chef de l'armée devint le roi du pays. Maïs cet ordre de choses n'existait qu'en germe au delà du Rhin.
Quant au territoire de la Germanie, son occupation provisoire, sa culture imparfaite, son aspect sauvage, répondaient à l'état social des peuples qui l'habitaient, et qui, toujours menacés de le perdre par des invasions, ne s'y trouvaient pas en sûreté, et ne croyaient ni pouvoir y rester ni devoir s'y établir. Ces peuples étaient surtout chasseurs et pasteurs (i). Ils ne vivaient sans doute pas sur des chariots, comme les nomades qui occupaient les plaines siluées entre l'Oural et la Vistule. Ils restaient le plus qu'ils pouvaient sur le même sol, mais ils ne s'y fixaient pas , de peur de s'amollir par des mœurs plus douces , des habitudes plus
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sédentaires et moins guerrières (i), et de le perdre alors par I attaque d'un peuple plus belliqueux. Ils s'y maintenaient toujours dans un état de mobilité qui leur permit au besoin de le quitter et de se transporter ailleurs , avec leurs femmes et leurs troupeaux. C'est dans ec but qu'ils se distribuaient les terres par tribus et par parentés, et pour une année seulement. C'est dans ce but encore qu'ils ravageaient au loin les pays placés sur leurs confins, pour établir autour d'eux de vastes et rassurantes solitudes'qui leur servissent en quelque sorte de fortifications (k). N'adhérant point au sol , se le partageant annuellement, faisant paître leurs troupeaux dansla portion qui leur était échue, ne pouvant, ni àeausede cet état précaire de la propriété, ni à cause du danger toujours imminent d'une invasion, s'adonner à l'agriculture qui exige de la fixité et de la sûreté, vivant dans des huttes de bois éparses (3) et informes, se nourrissant de lait, de fromage et de chair (4), se couvrant de peaux de renne ou d'animaux tués à la
(i) Ne assiilua tonsueiudine capti, itudinm belli gerendi agriculture commutent. — CsUl , dt Ml. Gai!. , lib. V, c. XXII.
(3) Maiitua fous est, quam htissmias riifiim se vasut» finîbus lolitudinesbalwrc... . Simul hoc se fore luliorcj arbitrai) tu r, repentins: incursionii timoré sublatc — Ceur, de Bell, fiait, lib. VI, e. XXtII,etib., lib. IV, c. 111 jet parlant des Sucres il dit: — Publics maiimara putant esse budem quam lulissime a suis linibua vacare agios...., kaque una ex parte a Suevis cicciter millia passuuiu a, agri vacare dicuuiur.
pus, utnemua placuit. — Tiorn, Gérai., c XVI. U) Ciiil, ,1e Bell. Ga.ll, lib. VI, c. XXII.