SUR L'INTRODUCTION DE L'ANCIENNE GERMANIE
s'il était permis de baptiser une femme enceinte. Combien de temps après sa délivrance elle devait entrer dans l'Église. Après combien de jours l'enfant devait recevoir le baptême. A quelle époque le mari pouvait de nouveau s'unir à sa femme. Il ajoutait plusieurs autres questions sur l'admission des femmes dans l'église à une certaine époque du mois et sur la purification des hommes après qu'ils s'étaient approchés de leurs femmes, toutes choses, disait-il, qu'il importe d'expliquer à la nation barbare des Angles.
Grégoire lui répondit: « Pourquoi la femme enceinte ne « serait-elle pas baptisée, puisque la fécondité de la chair ii n'est point une faute devant Dieu ? Quant h la femme qui < relève de couches, si elle entre dans l'église pour rendre n grâces à Dieu, à l'heure même où elle a accouché, elle ne
n leur de la chair qui est nue faute. Or, c'est dans le mélange « de la chair qu'est la volupté; mais dans l'enfantement il « n'y a que la douleur et le gémissement. Si nous défendions s à la femme d'entrer dans l'église , nous lui ferions un crime n de sa douleur même. On peut donc baptiser sans retard la n femme qui vient d'accoucher et son fruit.
n Quant au mari, il ne doit rechercher sa femme que pour n la génération et non pour le plaisir , et ne pas s'approcher n d'elle jusqu'à ce que l'enfant soit sevré. Il s'est élevé une « coutume dépravée dans les mœurs desépoux , qui fait que « les femmes dédaignent d'allaiter leurs enfants et les don- « neut à nourrir à d'antres femmes. Cette coutume a élé œ inventée par incontinence. C'est pourquoi celles qui auront "donné leurs enfants à nourrir, ne pourront voir leurs
lur-s la sociÉTé civilisée de l'Europe occidentale. 21 * maria qu'après le temps (le. purgation. » Il lui donnait sur les autres points incertains des règles conformes à l'esprit du christianisme. Il autorisait le mariage de deu\ frères avec Jeun sœurs. Il permettait que les clercs de l'Eglise anglo-saxonne qui nVîaii-iil [ias revêtus des ordres sacrés et qui ne pouvaient se contenir, contractassent mariage. Il recoin mandait aux évèques de ne point vivre à part de leur clergé, de se conformer aux règles monastiques, et
a\zq»e\[enidriappclaitsienceqiiilposscdah,inaisoittoutétait il toits. Comme les barbares étaient très-eeiiéieuv , parce que donner pour être agréable à Christ ou a l'api tre Pierre, était plus facile que de s'améliorer, et qu'ils comprenaient encore mieux le rachat pécuniaire que le rachat moral, les églises anglo-saxonnes devinrent riches. Grégoire, interrogé par Augustin sur la distribution des offrandes faites aux autels, lui proposa l'eveiiiplc. île l'Kglise romaine. « Le siège n apostolique, lui dit-il , est dans la coutume de diviser en i: quatre portions tous les tributs payés aux églises. I,a preo mière est donnée à l'évêque el à sa maison pour l'hospitan lité et l'accueil; la seconde au clergé; la troisième aux « pauvres; el la quatrième est destinée à la réparation des - églises (.). ,
Envoyant prospérer cette colonie lointaine de la nouvelle itoine, Grégoire s'écriait dans sa joie et dans son enthousiasme : « Voici que la langue de la Bretagne, qui ne con-
Angmiinum, Anglorom tpùcopam, ail varia liubia lie quitus at> Augustinu cunstillus (lierai, respondel. —5. fine. Opem,\\\i, XI, ep, «4.
21 SUIl L'iNIIIÛDL-CTJOS DE L'ANCIENNE GERMANIE
a naissait que des bruits barbares, a commence à célébrer o les louanges de Dieu dans des chants hébreux. Voici que « l'Océan, jadis soulevé, abaisse aujourd'hui ses Ilots soumis « sons les pieds des saints. Ces passions barbares que les œ princes de la terre n'avaient pu dompter par le fer, la bouo chc des prêtres les enchaîne par des paroles simples; et • celui qui, infidèle, ne craignait point les cohortes des como battants, devenu fidèle, craint la langue des petits et des « faibles (i). .
Mais Grégoire le Grand ne fut pas et ne put pas être témoin de la conversion totale de l'île de Bretagne. Cette conversion fut lente. Elle dura près d'un siècle. Bornée d'abord au royaume de Kent et à celui des Saxons orientaux, elle s'étendit au puissant royaume septentrional de Nortbumbrie, et le christianisme posséda la ville d"\ ork, sa seconde métropole. Elle gagna successivement les royaumes de Mereie, des Angles méditerranéens, des Saxons du sud et des Saxons de l'ouest. Ceux-ci devinrent chrétiens les derniers, quatrevingt-douze ans après l'arrivée des missionnaires romains. Dans chacun de ces pays, mais dans les premiers surtout , il y eut des retours inévitables vers le (monisme pur iin<; ré;irtion naturelle des anciennes idées et du vieux culte. Ces retours furent proportionnés à la force toujours déeroissante du paganisme affaibli (a), Dans la lutte qui s'établit entre une croyance grossière et une croyance supérieure, celle qui
(.) S. Greo. Opéra, t. I , lib. XXVII, mural, nnm. a., (l) rarciemple, le paganisme ni: lui i-tiuOti'incnl il. : lntil dans lu royaume de Kent, où le christianisme avait d'abord die Introduit, nue rjuaranie
DANS LA SOCIETE CIVILISÉE DE l' EUROPE OCCIDENTALE. 1)3
n'avait pas so empêcher l'admission et les progrès de l'autre ne pouvait pas empêcher son triomphe définitif (i).
Mais les missionnaires romains n'avaient pas seulement à convertir les populations anglo-saxonnes an christianisme, ils avaient encore à convertir il l'unité apostolique les chrétiens celtiques du pays de Galles, des montagnes d'Ecosse et de l'Irlande qui ne la rceonnaissuient pas. Les Bretons du pays de Galles étaient chrétiens du temps de l'empire. Les Gaéls de l'Irlande avaient reçu la foi nouvelle de saint Patrick, et leurs missionnaires l'avaient portée chez les Pietés et chez les Scots qui étaient de même race qu'eus et qui occupaient le nord de l'Ile de Bretagne et ses inaccessibles montagnes. A celte époque, certaines règles secondaires qui établissaient dans le monde chrétien une utile uniformité et qui devaient prévenir l'altération de la croyance par l'observation de3 mêmes usages et d'une commune discipline, n'avaient pas été universellement admises ou exigées. Ainsi, ces populations celtiques ne célébraient pas la fête de Pâques à la même époque que l'Église romaine (2). Elles n'administraient pas le baptême par trois immersions. Elles ne portaient pas la tonsure en couronne, mais en croissant. Les moines des vastes établissements cénobi tiques deBanghordanslepaysde Galles, de Binghor en Irlande, d'Iona dans les Hébrides qui étaient les centres religieux et les grandes écoles des Bretons , des Gaëls, des Pietés , lîes Scots, avaient tous la tête rasée sur le
(i]BED.,£cc/.A»/.,lib. II, 111,1V, V. Voiraujii pour ce qui concerne la Auo.Thilbbt.
a4 sua l'introduction de l'ancienne gersunie devant et les cheveux pendants sur les côtés et sur le derrière, tandis que les moines occidentaux n'avaient qu'une légère bordure de cheveux autour de la tête. Mais cequi, pour Rome, était plus grave que la forme différente de leur tonsure, c'était leur habitude d'indépendance. Mlle s'attacha donc à leur imposer son autorité et à leur faire adopter des usages dont quelques-uns étaient sans importance apparente, mais qui, par leur ensemble, devaient lui donner plus de force pour accomplir ses grands desseins en mettant à sa disposition des peuples divers tous pénétrés de son esprit et agissant sous sa discipline.
Son clergé, dans l'île de Bretagne, poursuivit constamment re but jusqu'à ce qu'il l'eut atteint. Après plus d'un siècle d'efforts, il commença à réussir. Le roi des Pietés, Naitan, adopta le rite romain et demanda aux Angles des prêtres pour l'instruire et des architectes pour construire une église en pierre dédiée à saint Pierre et à saint Paul , les deux patrons de Rome (i). Ce rite s'introduisit vers le même temps dans l'ile d'Iona pour les Scots du nord et un peu plus tard chez les Bretons du pays de (ialles (a). Les nouveaux conquérants italiens triomphèrent donc de la barbarie des Anglo-Saxons et de la dissidence des Celtes.
Sous eux, l'ile de Bretagne ne devint pas seulement chrétienne, elle devint lettrée. Ce complément de l'oeuvre romaine, celte civilisation de l'esprit fut due principalement au moine Théodore que le pape Vitalien y envoya avec le moine Adrien,
(i) Vtri lin 710.— Bed., Eccl. /<iif.,lib. V, c. aa. (■) Û.,lib. V, c.i3.
DANS I.* SOCIÉTÉ CIVILISÉE DE l'kUB0PE OCCIDENTALE. ÛJ
enfi68, pourétrcarchevèquedeCatiLerbur)' (i). Théodore était né à Tharse, dans l'Asie Mineure, et il avait longtemps demeuré en Italie. Ce Grec de la Cilicie, qui avait étudié et s'était formé à Uonu- , L i- ; l i j s [ > 1 ;i j j 1 1' sons le ciel brumeux de la colonie pontificale, fit couler sur sa terre inculte, comme parlent les livres du temps, le fleuve de la science. Il enseigna les lettres grecques et latines, les doctrines de l'Église et les arts séculiers dans lesquels il était très-versé, o Jamais, de- * puis qu'il arriva en Bretagne avec Adrien, dit liède qui k sortit de son école, les Anglo-Saxons ne virent des temps <c plus heureux; car ils avaient des rois duviii'iii , terreur des n barbares, et quiconque voulait étudier les sciences sacrées u trouvait de suite des maîtres (2). a II organisa plus fortement l'Église saxonne dont les diocèses furent exactement limités et qui eut deux fois par an des synodes nationaux, présidés par le priniiit, diiii'^iis de dioisir les évèques et de pourvoir à tous les besoins religieux (3). Grâce à lui, les études fleurirent dans les monastères anglo-saxons , au point que l'ile de Bretagne devint, au huitième siècle, un centre littéraire aussi important que l'Italie même. Elle eut un grand nombre de ces asiles spirituels ouverts aux femmes comme
(i)Bnc, Eccl. iiisl., lib.IV.e. I.
(3) Manqua) uquo Britanniara,ii,Adrbno comité, petiit, Anglisfeliciora fuisse lempora, il uni et forlissimos christ ianosque habentes regel, barbare essent oinniiiiu terrnri.... et qnicmii'I'ii; kcliiiiiibus s.icris cupercnl
lib. IV. — Mibillos, "jda tanctonun crdùùi S. Bentdictiiœc. III, pan î, p. 534-
(3; Lisc-Ws , ÂMiq. nf tkt Angfo-Saxon ekvrcA , e. a , p. 54-Sj-
a6 SUR l'intiioduction 1>E l'amcibnhb CEKMAMIE
aux hommes, et dans lesquels s'enfermèrent volontaire ment des filles de rois, et huit rois saxons eux-mêmes. Elle entretint des relations assidues avec la métropole dit christianisme , et quoiqu'il fallut passer la mer et traverser le continent dans
logne et de la basse Loire furent couvertes de pèlerins anglosaxons et de religieux qui y allaient et qui n'eu revenaient pas toujours. De cette grande école sortirent à la ibis : les hommes les plus célèbres du siècle par leurs ouvrages, tels que Bède et Alcuin , les apôtres de la Germanie , et les régénérateurs littéraires de la Gaule.
C'est le rôle important que jouèrent à cet égard les deux iles d'Irlande et de Bretagne qui m'a fait insister sur leur acquisition au christianisme. Elles se partagèrent en effet les temps et les pays pour l'accomplisse ment de cette œuvre importante.
Les invasions germaniques avaient rempli d'une population nouvelle les extrémités septentrionales de l'ancien empire romain. Les nombreuses tribus qui s étaient établies en masse dans le nord de la Gaule, la Rhétic , la Pannonie , le Norique (Suisse, Souabe, Bavière, Autriche, Hongrie), après les avoir ravagées à plusieurs reprises et pendant longtemps, y avaient ramené une sorte de barbarie. Le christianisme n'avait jamais qu'imparfaitement pénétré dans ces contrées et la culture romaine qui s'y était étendue davantage y avait été singulièrement troublée. Avant donc de commencer de nouvelles conquêtes pour le compte du christianisme et de la civilisation , il fallait rentrer dans ces anciennes possessions du monde policé. 11 fallait d'abord reprendre la ligne du Rhin et du Danube, et après avoir atteint de mm veau cette forte position
dans la société civilisée du l'eimoi'e occidentale. 27 des Romains, s'avancer clans l'intérieur du continent pour le transformer afin de n'être pins exposé à l;i |icrdre. Telle fut aussi l'œuvre successive des missionnaires irlandais et des missionnaires ati;;l<>- saxons. Les coin ni. -s irlandaises se répandirent pendant le septième siècle sur la partie païenne du continent située en dccii du Uliin.et les colonies anglo-saxonnes passèrent ce fleuve dans le huitième siècle et convertirent la Germanie elle-même.
Le christianisme, qui était destiné à civiliser le reste du continent européen, était remonté du sud au nord comme l'avait fait précédemment la conquête romaine. Il ne faut pas perdre de vue que l'invasion des peuples avait lieu du nord au sud, tandis que eelie des idées s'opérait dans un sens contraire. Ces deux grands mouvements , d'un ordre entièrement opposé, dont le premier poussa successivement les Gaulois sur l'Italie et la Grèce , les Germains sur la Gaule et le monde romain, les Slaves sur la Germanie , et les Tartares sur la Ilussie et la Pologne ; dont (e second poliça peu à peu tous ces barbares eu transportant la civilisation des Grecs aux Romains, des Romains aux Gaulois, des Gaulois aux Germains et des Germains aux Slaves, s'accomplirent avec intermittence. Ils produisirent les révolutions alternatives de barbarie et de développement social dont les unes ont peuplé l'Europe , et dont les autres l'ont civilisée.
remettre en marche à l'aide du christianisme. La Gaule avait été la station la plus avancée de celui-ci. Conquise tard et placée près des peuples restés indépendants et barbares, elle avait reçu lentement la religion nouvelle, i|ui avait même peu pénétré dans sa partie septentrionale. C'est vers le milieu du
a8 SUIt LINTHODUCTlOlt nE I.'ANCIENNE CP.KMANIK
second siècle que deux Grecs de l'Asie Mineure, saint Photin et saint Irénée, étaient venus prêcher l'Évangile dans la vallée du Rhône (i). Ils s'étaient établis à Lyon et à Vienne, les deux villes les plus importâmes du pays, et leurs disciples avaient répandu le culte chrétien dans les provinces lyonnaise et viennoise (a). Cette colonisation, original renient grecque, ne s'était pas étendue au delà des montagnes qui encadrent le Rhûnc et les rivières ipii se jettent dans son lit.
Un siècle après , des missionnaires latins s'étaient répandus dans la partie méridionale et occidentale de la Gaule. A en croire les traditions et quelques fragments d'histoire , ils étaient an nombre de sept , et ils avaient pris les princijwnix points du territoire pour chefs-lieux de leurs établissements. Saint Trnpliinu- s elait iinVlé ;'i Ai 1 ] es, saint l'a ni à Narbonne, saint Saturnin à Toulouse, saint Martial à Limoges, saint Gatien à Tours, et saint Denis, qui s'était le plus avancé vers le nord, à Paris (3). Ils avaient eu des disciples qui
(i) Gbïcob. tdbhuh., Bill. Franc, Mb. I, n* a;.
(a) Saint Valcrien b ÏWnui ; saim Marcel à Cbalons; saint FéLLi ,
furent saint Andocbe, saint Tliyrse et saint Félix qui prêchLent le christianisme à Autun, saint Bénigne qui l'annonça à Langres et a Dijon, saint Ferréol et saint Ferrucien qui l'introduisirent a Dosai»™). — TiLLMom, HùL tcc!., t. III, p. ÎS à 4a.
La plupart d'enire eux furent martyrisés. Sulpiee-Sevère, disciple de saint Martin de Tours et qui lécut dès lors quelque temps après eux, dit, dans son Histoire sacrée, lin. a : Sub Aurelio et Anton mi fi lia perseetnio quinta agitata, ac tum primum in Gallias martyria visa, scrius Iran s Alpes rcligione Doi snscepUi.
(3) De l'an a5gàacg.— Sub Decio et Grato coosulibus, sicutQdeli records-
DANS LA SOCIETE CIVILISEE Dn l'eUROCE OCCIDENTALE. 3g
avaient porté plus loin le christianisme (1), dont la propagation, à partir du quatrième siècle, avait trouvé dans les moines d'actifs, de persévérants et d'heureux auxiliaires.
L'institut monastique était le dernier degré de concentration dn christianisme , et devait être le plus merveilleux, instrument de ses conquêtes. Établi d'aliord en Orient, répandu ensuite dans l'Asie Mineure et en Italie, il avait étéin troduil de ce dernier paysen Gaulevers la lin du quatrième siècle parle Dalmate saint Martin, qui avait élevé dans le voisinage de Tours ce fameux Majits monnsterium ( Marmoutier), resté si longtemps l'un des centres cénobitiques de la Gaule septentrionale (a) ; il y avait fait de rapides progrès dans le siècle
tïonc reiinctur, primum ac summum Tolosana civitas S. Satuminum liabcre arperat sacerdotem. J[i e rgo mini sunt, Turnnicis Galianus episcopns , Arelatensibits Trophinius episcopuj, Nailionts Paulus episeopus, Arvtrnis Strimonius episcopos, Lemoricinis Martialis deslinatus episcopus. — Ghegdbies tcrbos., fli'l. Franc, lib. I, c. 28.
(1] GaUiachràliimi, in /iravinciiis <-< ctr.tia<n'cti.< ifilIrHiula, parles frères Saiutb-Mahtiiii. — Ain litres des divers évidiés ci-dessus indiqués. — Il n'avait été fondé en Gaule qu'un seul évéchédana le 11' siècle, celui de Lyon. Il en fut établi vingt-neuf dans le IIP, durant lequel les chrétien) jouirent da peu près soiianle il dix ans Je tu lé un ce ; lienre-liiiit dans le IV e , qui fut celui où les chrétiens dominèrent; vingt-cinq dans le V* et dans le VI*.
(1) Saint Martin était verni vers 36o auprès de son ami saint Hilaire de l'oiliers, et avait tonde sor le Gain le monastère de Ligugé (inon.isl. 1,0 rodage nse); appelé ensuite sur le siège épiscnpal de Tours, il avait construit le MajutmonaUarbtm en 3;a. — Sïlp. Sev., fila S. Martini.— Ghbcoh. iubboh., Dr Mirncul. S. il/art., lib. 4 , e. 3o. — Mabu-l. Ann. Sinetf., I, lib. i,n. sa, p. 10 et sq. — Son disciple saint Maxime alla fonder un monastère dans l'île Darbe sur h Saône près de Lyon. — Gimc. tob. ./( G/crié cBufra., c. aa.
3l) SUR I.' INTRODUCTION 1>E [,'*\CIEVNR (lEBMlNIE
suivant sous les auspices du célèbre Cassien et de saint Honorât , qui, à leur retour d'Egypte, avaient fondé, sur les bords de ia .Méditerranée, l'abbaye de Saint-Victor et celle de Lcrins(i).Lesgrandsclo!tres de Mar montrer (a), de Saint- Victor, de Lerins, avaient servi de modèles à une foule d'abbayes, parmi lesquelles les plus importantes avaient été Grigny(3), dans le voisinage de Vienne; Condat (Saint- Claude) (4), Leauconne (5), Labeaume (6), et Roman-Mou-
(i) Johahhh Ciisum Collulio. Atrelmi, i6i8,in-fol. — Mmill., Ann. Ben., t.l,«r 3o à 3g, p. i4 à 17. — Cassieo Jit de Lerins : ingens fratriwi C/rnobium, Lerins fui fondé do 4oo à 4lo. Sailli Honorai peupla de moines la île) Streccades ou Siorr-a-ies (Mes dllières), qui devinrent la The- Laldede l Oetîdent. Eecnsr.,ndW&r., p. 56— Cm., p. c wS.prsf., p. 533-731. — Quant n Cauien, il fonda Sjint- Victor de 401 à 410, ei
Lrs luccursales. M.s.ll., Ann., 1. I, n. 3a à 3 9 , p. .44 ,?.
el le ut i.tre île la Gaule. 1b se répandirent sur lei bonis de b Loin. Ils fondirent du» li ville même de Toiitj l'abbaye de Saint-Martin, qui devint si puissante sous lei Francs ; celles de Cl. i non, de Lochei, da Saint-Salur dans levoîsinage de Sancerre; de Saint-Hilaire, dans Poitiers; de Laiidvenecli el de Sainl-Jacul soi- les cotes Je l'Armorique. Dom Biuo- »im , Recueil ltî.tt<»<'j i -<' 1 , ■ ■■/ i^mgraphique des archevêchés,
èvcchèl, abbayes, etc. de France. Paris IjaS, a vul. iq-,4", t. I, p. a53; 1. II, p. 959-1)67 et possim. — Mabim.., Ann. , lih. 1, pnssim lib. IV, a" 17-18.
(3) Grigni eut 4un nioines. Act. Jonc/. A p. — Bullasd., r"janv., p. 55,
in-rul. 1643-1715. —Muiu.,<fwi.,l. I,lib. i3,n° ai, p. 386.
(4) Bduud., 38 févr. — Minir-L,, Ann., I. I , lib. 1 , n" a6, p. a3.
(5) Kjliiu.., Ann., 1. 1 , lib. 1, n" 36, p. 33.
(6) Mabih.., Ann., 1. 1, lib. I, 0° 38, p. 34.
dans la société civilisée de l'eimopk occidentale. 3i tier (i), sur les deux revers du Jura; Mont-Majour, près d'Arles; Tarnat (a), sur In rive droite du llliône; Agaunr ou Saint-Maurice, dans la solitude du Valais (3); Moissac sur le Tarn (4) ; Saint-Mcsmin de Micy, sur le Loiret (5); Glanfeuil, ou Fleury-sur-Loire (C); Verton , près de Nantes (7) ; Saint-Vincent, depuis Saint-Germain des Prés, à peu de distance de la Seine (8); Saint-Pierre de Sens (g); Saint-Médard de Soissons(io) ; Ferrière-sur-le-Loing, dans le Gatinois(i t); Saint.Benîgne de Dijon (la),
La colonisation monastique, dans sa marche continue, s'était toujours de plus en pins avancée vers le nord. Pen-
(1) S. Car. vit., lib. I, en' j. — Dom But mua, t. i, p. 63-6*. (a) NuiiL,^ 1. I.lib. 1,075, p. 3n.
(3) MllIUi, Ann., t. I , lib. 1 , n° 69, p, 37. — Ga». tomqn., li!.. 3, e.5.
(4) Mjuull., Ann., lib. 1 a, n" Î3, p. 338.
(5) Uuiu, Ann., lib. 1, n' Sa , p. 33.
Gaule la règle bénédictine en 543. — Mmu., Ann., lib. 4 , n° 5o, p. 110; — lib. 5, n" 10, p. 116. — Don liisnna de la congrégation deSainl-Maur, de ordinis Btnedicti gallicans Propagation?.
(7) El hujui ergo loti sancto contubernio tanta eruperiinl eiamina
VUa S. Martini, obbnt. Fcrlavcmù, apud Hum in ad. SS. on!. S, Bencdicli sa*. i,p. eas.
(8) MiiiLL., Ann., lib. 5, n" 4n à45, p. l33 à i35.
(9) Mimnj.,, Ann., lib, a, 11° 39, p. 48.
(10) Maiill., Ann., lib. 5, n° 28 , p. 137.
(n) MiiiLL., Ann., lib. a, n° 3a, p. 4g.
(13) AIiBiM.., An»., lib. a, ri° 11, p. 45.
3l SLIK l'iNTHOOUCTION DE [.'ANCIENNE (IBBMANIE
dant le quatrième et le cinquième siècle , elle s'était étendue dans les vallées du Rhône et de la Saône, et di'puîslea Pyrénées jusqu'à la Loire. Au delà decette ligne elle n'avait eu desétablissementsquedans Auxcrrcet dans Trèves(i). Elle avait été ren-
ayanl fondé unenouvel le règle plus COQ l'orme aux besoins et plus appropriée au climat de l'occident, s'était en quelque sorte rendu le législateur futur des iiimiu ■sil'F.ui ■ope. Klle avait alors vu s'accroître avec le nombre de ses établissements les progrès delasociétéchrélienne.Quoiquela plus grande par tiedecesétablissements eut été concentrée entre la Loire, la Seine et la Marne, cependant beaucoup d'entre eux avaient déjà été portés au delà de ces derniers cours d'eau (a). Enfin, au VII e et au VIII e siècle-, les inoincs des deux récentes colonies de Rome religieuse, animés par la ferveur de la foi et le zèle
la Loire ei sur le Clain , ceux de Marmoulier et de Ligugé, et deux sur la Saonc et le Bbtae, ceux de Ule Darlie et d'Ainai. Dans le cinquième, elle avait compté huit établissements clam la vallée de II Sacjne et du Rhône et leurs dépendances , don» des Pyrénées i 11 Loire (voir Mai.,
porté au delà de cette ligne que le* deux monastères de Saint-Germain dans Auxerre et de Sairii-Marian jiri'i il'Auierre, et les deui monastères de Saint-Mathias et de Saint-Maximin à Trêves. Mtnu,., An*., lib. i, n" 37 , p. 47. - Lib. G, n° 37 , p. 1 53.
(a) Voir les Annales bénédictines de Mabilloti, d'où j'ai tiré les cbiflres s ni vanls • pe ndant le Vrsiirlr/i nal i.-viriiiiM^iilil^sriLLFnts monastiques dans les «liées delà Saiinc ettln tUiône; quatre-vingt-quatorze des Pyrénées à la Loire; cinquante-quatre dj: la Loire aux Vosges; et dix des Vosges au IHiin.
11ANS LA SOCIETE CIVILISEE DE l'KUHOPE OCCIDENTALE. 33
du prosélytisme, se rendirent de l'Irlande et de l'Angleterre sur le continent, pour y continuer cette grande (eu vre de la conquête et de !.. civilisation chrétiennes.
\x plus célèbre 'lis ■ olnus iiL-uidan fui Kiint Dolmidian . disciple de Comgai'l, fondateur du monastère de GiJm-Kil. Il quitta !<' couvent de Bioghor, où d avait été élevé, et il s'embarqua jiour la Gaule avec douze compagnons, au nombre desquels étaient suint Gall , saint Magnoald et saint Sigebert. Il aborda sur les côtes de l'Armorique, et s'avança vers l'est jusque dans les Vosges, dont les solitudes boisées et montagneuses lui plurent. 11 s'arrêta avec ses compagnons près des restes d'un ancien camp romain , nommé Anegray, et il y construisit des cellules. Pénétrant ensuite à huit mille pas plus loin, il trouva dans un lieu appelé Luxovium des débris d'un autre camp romain , et il y construisit le fameux monastère de Tiuxeuil (i), qui devint l'école de toute la Gaule du nord. La vie austère de Colomban et de ses compagnons , et leur réputation de sainteté, attirèrent auprès d'eux beaucoup de Francs, de Gallo-Romains, de Bourguignons du voisinage, et ensuite des contrées lointaines.
Les disciples de Colomban exercèrent leur religieuse influence sur la partie de l'ancienne Gaule et de l'Helvétie, qui, étant la plus rapprochée de la Germanie, avait été longtemps exposée aux courses des barbares, et dans laquelle ils s'étaient établis eu force. Ainsi , lorsque Colom-
[i)FilaS. Columbani abbnlii,aaçlnrcJenB,moMufobobiauifereaqiu]l. — S ■<>. "I"" 1 M ""' dct. 55 ordinù S. Binediai tue. II, t. a, p. 51 ». Voir lllïii Masill. Aan., I. I, lil). 8, II 0, g rt 10, p. un PL ail.