‹ Comment l'ancienne Germanie est entrée dans la société civilisée de l'Europe occidentale et lui a servi de barrière contre les invasions du Nord mémoire lu à l'Académie des sciences morales et politiques par m. MignetChapitre 20 sur 31 · DANS L* SOCIÉTÉ CIVILISÉE DE I. 1 EUROPE OCCIDENTALE · texte numérisé non relu

DANS L* SOCIÉTÉ CIVILISÉE DE I. 1 EUROPE OCCIDENTALE

bles(i), et dans leurs écoles intérieures, où ils instruisaient Tes moines tant indigènes qu'étrangers, ils rendaient de grandsservices à l'esprit humain en enregistrant les événements historiqueseten multipliant les exemplaires des manuscrits.il yavait, dans les couvents, des moines qui étaient chargés de rédiger les chroniques et d'autre» de transcrire les livres (a). Ceuxcis'apuelaientan(içfi«nï(3).Lesuns copiaient les ouvrages, les antres lescol la tion liaient, y ajoutaient des peintures et desornemeuts en or, les reliaient avec soin, et quelquefois avec somptuosité (4). Ce travail n'était pas étranger aux monastères de femmes qui , indépendamment des ouvrages qu'elles tissaient, copiaient les deux Testaments, le Psautier, et d'autres livres qu'elles ornaient aussi d'or et depierreries. l.es grands établissements cénobi tiques avaient leurs peintres, leurs architectes, leurs sculpteurs qui travaillaient dans la fabrique del'abbé(5).

(,) Exteriorcm in qufl magnatum n obi [i unique liberi fingebantur. Antltf. Fitld., c 9, p. Î6 et aeq.

(al AMiq. Fu!d., c. n , Exercilationa , p. 43 tr jeq. Tlirilbèroe dit que, dam le VI 11" siècle, il j eul à Fuldeplus deaju moines Irès-insimiis dans les Écritures. — TmineM., C/ir. Hirt., an. 838.

(3) Mibiil., Aa. jonc, ssec. 1, praf., c. IX. — Manu hotninibu) pradïcare, digitii litiguas aperire , jalutem inortalibus taciium dare et contra diaboli ïurreptiuncs illicitas calamo pugnpre. — Cassiod,, Ub, a ,

(4j Alii spargendis in membrancas pagina) apîcum et divers! generis characlenim notis : alii nobilibus operimentis involvendo vel claudend»

su 11 l'introduction m: l'ancienne cbrhanib Ainsi, ers asiles oii se réfugiaient les hommes qui voulaient suivre la vie appelée parfaite, parce qu'elle était pieuse et désintéressée ; ces fermes remplies de colons infatigables qui, d'après la règle de l'ordre, ne devaient pas plus se séparer de leur serpe qu'un soldat de ses aimes (i); ces ateliers où s'exerçaient les métiers et oii se pratiquait ce qui restait des arts du viens monde; ces écoles où s'enseignaient In doctrine et la morale du christianisme, les lettres latines, quelques débris de la science grecque , étaient le dépôt où s'était conservée la partie de la civilisation antique qui devait servir de germe à la civilisation moderne.

En Germanie, le monastère de Fulde fut le principal de ces grands dépôts. Il devint dans le neuvième siècle, sous Raban-Maur, disciple d'Aleuin, et sous les disciples de Raban , l'école non-seulement de l'Allemagne, mais d'une grande partie de l'Europe (a). I.' abbaye de la nouvelle Corbie, fondée, en 808 , sur le Weser, acquit pour le nord de l'Europe la même importance que Fulde pour le centre. C'est là que furent élevés, et c'est de là que partirent les apôtres des pays septentrionaux Auscliaire et Rimbert. Les contrées transrhénanes se couvrirent à leur tour d'établissements rénobititpies (3).

Juin oinncopus,irtili(Li[[i uni in f.il.riralurA qudm cl sculptura , cl dajlamrAet ai-iiluri t'abrïli, et mandalur çamerario nt curel ne lit ïacua fabrici alibatis. — Ibid.

(a) Jntiqmi, Fuldan., c .3, p. 5a à 56, cl c. p. 5j et suiv. (3) Voir M,su.i.., Jxa. Uaed., x. U al III, eout. SS.tod.S.Bea., stecil a IV pauim. - Tbithim., Chron. hin.

Au nombre «les liililinElit'ijues los plus considérai) les ru Europe, furent celles de Fiiklo , de Saint-Cal! , de I.aureslicim , d'Hirsauge cl de Corbie, appartenant toutes à des abbayes allemandes (1). Je ne saurais mieux finir sur ce point qu'en employant les paroles dont se sert lesavant Mabillon , pour rappeler l'action bienfaisante de l'ordre des Bénédictins en Allemagne : — « Nos prédécesseurs , dit-il , « rendirent en Germanie quatre grands services au monde «chrétien : le premier fut la conversion de ses habitants, » le second fut l'établissement des églises épiscopales , le « troisième fut l'instruction communiquée tant aux clercs « qu'aux séculiers , le quatrième fut la culture d'un sol et n l'embellissement d'un pays presque entièrement inculte et u désert (a), »

Derrière la grande ligne de la civilisation que Charlemagnc avait , comme non* l'avons vu , portée plus avant sur le continent, se trouvèrent alors compris tous les peuples de race germanique parlant la même langue, suivant la même croyance, soumis à la même législation générale, lis n'étaient plus divisés en tribus particulières; les différences qui sépa-

(i) Muill., Âct. SS. ùrd. S. Bcntd., sœc. III, pars i, pnef., p. XXIX. (a) In Germanïa prrcslilere majores nnslri in lïipublica) clirislianm utilitateni nimmiin conversionem gentis et ccclesiarum episcopilium injti-

tlim: qiiartlim in liahitatnnmi cnmniDililalviii , tiriiipî- ipsius sali germa-

Bened. , sœc. III, pars i, p™f., p. XXXII, XXXIII.

i4<i suh l'intjioductiom de l'ancienne qbhmanib rent cessaient de l'emporter chez eux sur les ressemblances qui unissent. Les Francs, les Alamans, les Bavarois, lesSouabes, les Thuringiens , les Frisons , les Saxons, rapprochés par les liens les plus forts «t les plus nombreux , se fondaient dans la même communauté sociale, religieuse, politique, militaire, et ne formaient plus que le nouvel empire germanique placé désormais à l'avant-garde de la civilisation.

L'action de la race allemande civilisée sur la race slave qui ne l'était pas encore, se lit déjà sentir sous Charlemagne luimême. Le conquérant germain et chrétien, appuyé sur l'Elbe et le Danube, fit des excursions fréquentes et victorieuses dans tous les pays qui s'étendent jusqu'à l'Oder et même jusqu'à la Vistule. Il rendit tributaires la plupart des peuplades slaves que ses successeurs devaient rendre chrétiennes. Ainsi les Obodritcs, les Wilies, les Sorobes, les Tschèques, les Mo raves, qui occupaient la Pomcranie, le Brandebourg, la Silésie, la Bohème, la Moravie actuelles, lui furent assujettis, et il les prépara par la défaite et la soumission au christianisme qu'elles adoptèrent dans ce siècle même et dans le suivant.

Après avoir montré , ainsi que je me le proposais , comment la race germanique est entrée dans la société occidentale, et comment la partie du continent européen la plus exposée aux invasions y fut désormais soustraite, ma tâche est remplie. Je n'u i pas besoin d'exposer les suites rapides et considérables qu'eut cette grande transformation de la Germanie, Je n'ai pas à faire voir les peuples Scandinaves et les peuples slaves adoptant le christianisme par les prédications des missionnaires partis de la Saxe et sous l'influence victorieuse des empereurs saxons. Je n'ai pas à raconter les curieuses aven-

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tures du moine de Corbie, Anschaire (i), archevêque d'Hambourg et de Brème, chez les Danois, les Norvégiens et les Suédois dont il fut le premier apôtre, ni les missions de Cyrille et de sou frère Métliodius (2) chez les Slaves de la Moravie, ni les entreprises conquérantes de l'archevêque Adalbert chez les Wendes, les Estoniens des bords du la Baltique (3). Je n'ai pas non plus à décrire les expéditions des empereurs de la maison de Saxe, au delà de l'Elbe, de la Saale et de l'Eyder, ni à énumérer leurs fondations milita ires ou religieuses. C'est un autre sujet qui exigerait un autre travail.

Je dirai seulement que le mouvement de civilisation vers le Nord ne discontinua [joint; que les chefs de ces Saxons, encore barbares en 789, au point de faire des sacrifices humains, de ces Saxons qui avaient résisté avec une opiniâtreté pendant trente ans indomptable à leur conversion , furent un siècle après à la tète de ce mouvement; qu'ils devinrent les dominateurs de l'Allemagne et les empereurs de l'Occident; que de plus ils furent de grands hommes; que Henri l'Oiseleur et les trois Otton (4) entourèrent de fossés, fermèrent de murailles, fortifièrent de tours, les villes de l'Alle-

(1) Vita S. Aatkrtrii, primi Nordalbingamm nrchicpùcopi et Itgali sancla Sêdii apûitalicte ad Saeoiies leu Danos ntcHon etiam Stavot et reliquat gentil in Aqui/onil partibui 10b pagano adhuç ritu cowtitMtu. — A Rimberto a alio dijcïpulo Anskarii comcripla. Apud Pntn, Monum. , t. II, p. 683 à 7*3.

(a) BoLtAFDiis, Ad. urne., t. II, g mars.

(3) Am>.. Brut, Uni. EccL, lib. 4,0.4; c.41, 43, U, 46. — C. Ornhialms. HUt. Eeda. Sucoaum . lib. 3 . c. 1 1 . 1 7.

i48 sur LiriTnonucTioN de l'ancienne okhwanie magne; qu'ils forinirt-iil. le margraviat o<rcieit-nl:il de Sles«ig au delà de l'Eyder, contre les Danois, le margraviat septentrional de Brandebourg et les margraviats orientaux (le Mîsnie et de Lusace, au delà delà Saale et de l'Elbe, contre les S[aves;qu'ilsvainqiiire[itceu>i-ci,etqu'ilsctablireiitleséïéchés d'Oldenbourg dans la Wagrie, de HawJherg près la jonction du Havcl et de l'Elbe , de Brandebourg dans les marais de la Spréc, de Zeitz et de Mcisscn dans la Misnie, de Prague dans la Bohème , de Breslau en Silésie, de Colberg en Poméranie sur les bords de la Baltique, de Gnesne, de Posen , de Craeovie en Pologne (i). J'ajouterai que la population germanique remonta elle-même vers le Nord, où elle porta ses idées et sa civilisation; que par suite de ce mouvement il y a aujourd'hui près de six millions d'Allemands au delà de l'Elbe, où, au huitième siècle, il n'y avait que des Slaves; et environ cinq millions au nord-est du Danube, où, à la même époque, il n'y avait que des peuplades d'une race différente.

Ces résultats sont très-significatifs. De plus, le principal but fixé dans ee mémoire à la civilisation de l'Allemagne, celui de fermer ta grande route des invasions barbares, pit également atteint. En effet, la Saxe servit au monde occidental de digue dans le neuvième siècle contre les Danois et les Norwégiens, qui ne purent l'attaquer que par ses eûtes, et elle les convertit au dixième. Henri l'Oiseleur, de la maison de Saxe, vainquit, en 9 53, à Sondershausen et à Merse-

(i) HEi.Miii.nus , l'hrmwgraphai Snxo. — DmiUKDi IHirnburgottii. — Cosha» Prageniii. - Ml an. 9 3n, y(i-, gjo.

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bourg (i), et son fils Otlon le Grand battit complètement en g55, près d'Aiishoiirf; , les Mii|4yiirs ou les Ougres, venus des bords de la Kama et du Volga sur ceus du Danube, et <]ui furent arrêtés dans leurs débordements par la défaite et le christianisme. Au XlII'siècle, lorsque les Mongols envahirent le vaste espace compris depuis les côtes de la Chine jusqu'à la Vistule, lorsqu'ils assujettirent tous les peuples de race slave qui n'étaient pas encore de force à leur résister, lorsqu'ils menaçaient de couvrir l 'Europe entière deleurs hordes et de rétablir la vie nomade sur sa surface, ils furent, pour la première fois, vaincus en ia4i (a), sur les bords du Danube, par Conrad, roi des Romains , et par Henri , (ils naturel de Frédéric II , et le flot de leur conquête ne dépassa point la frontière allemande. Enfin, dans le seizième et le dix-septième siècles, les Allemands arrêtèrent la dernière invasion, et continrent sur les bords du Danube les Turcs qui s'étendaient sur l'Europe. Ainsi, d'un côté, la race allemande devint pour le nord de l'Europe l'instrument de la civilisation, et de l'autre, sou territoire fut, pour le sud , une barrière contre les invasions des peuples barbares.

La question débattue pendant tant de siècles entre la barbarie et la civilisation fut définitivement résolue en faveur de cette dernière en Europe, et dès lors dans le monde.

(0 FnoDOAnDj Chrotifc. dans Dlchukë, I. Il, p. b'oo, — Wittjchjadj jlnn-, lik I, |i. bV{i. — Luiipramlui , lib. t, c. H a g. (a) Mai-tii .eus Paru, Hiueria Major, ta ia4i.

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