DE LA FRANCE
LA El fi DU XI' SIECLE JUSQU'A LA FIN DU XV,
P* B M. MK'iNET.
La société politique a revêtu en France, après la longue période des invasions germaniques, deux formes d'organisatiou , ht Corme féodale et la forme monarchique. La transition de l'une à l'autre a marqué pour elle le pasiage de
hi décomposition à l'iitiitc. d'Ile révolution lente ijiii >i produit la réunion des provinces, le rapprochement des peuples, In communauté des lois ei la ccn I ralisation di: l'autorité, je vais essayer [l'en retracer la marche, d'en indiquer les phases, et d'en montrer lis résultats, .le la suivrai depuis la fin du XI' siècle où commença ù s'établir d'une manière effective le pouvoir central et régulateur de la royauté jusqu'à la lin du \V* siècle où ce pouvoir, devenu tout à fait dominant, était parvenu à fonder teiritorialeuieut et politiquement la France nouvelle.
A l'avènement de Hugues Capet, le royaume de France s'étendait depuis la Meuse uu nord jusqu'aux Pyrénées au midi , et depuis l'Océan à l'ouest jusqu'il !a li^ue de la Saône et du Bhône à l'est. Les pays situés au delà de la Meuse, de la Saône et du Rhône, relevaient de l'Empire germanique, et le comté de liareclone était rentré dans le inutilement territorial et politique de la péninsule espagnole.
Ce royaume comprenait sept principales divisions territoriales, savoir : cinq dans sa partie septentrionale, le duché de France, auquel la rovauté était attachée , le duché de Normandie, le duché de Bourgogne, le comté de Flandre, le comté de Champagne; et deux dims sa partie méridionale, le duché d'Aquitaine définitivement conf'undu avec le comté de Poitiers, et le cninté lie Toulouse, ("étaient là les grands
ordre inférieur, quoique fort considérables. ],i> duché de France avait dans la sienne les comtés du Maine et d'Anjou, de Paris et d'Orléans : le comté de Flandre avait les comtés du I Initiant, du iir.iliant,etc,; le duché de Normandie avait le comté de lirctague ; le duché de iiourgcignc avait les comtés
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de Ncvrrs, de Uiamlais, du Uoiirboniuis ; le ducJiê il Aquitaine ;iv:nt le diithé lit (iascogite , les comtes (le la tl.nvln-, d'Angotimois, de Périgord , d'Auiergne, etc.; et le comté <le Toulouse avait les comtés de Ruuergue. de Querey, les vicomtes d.- Narbonne.de Béïiers, etc.
Os fiefs du second ordre à leur tour avaient dans leurs mouvance* d'à mère-fiefs qui consistaient surtout en v .comte* de .illes.eu harnnnies ou châteJlenics, renfermant un assez grand nombre de paroisses et de villages. En dessous île ces feudataires j'en trouvaient enco.-e d'autres, simples possesseurs de châteaux, qui avaient pour sujets leurs pavsaus on leur, Serfs.
Il n'existait pas encore de lien aulfis.oit pour rapprocher ees diverses portions de territoire ; l'anarchie était à son
e ble. Kl u te d'un pouvoir i-iniiimiii reconnu, les guerre-.
avaient lieu de province à province, lie ville à ville, de château a château. I«s récoltes étaient ravagées, les marchands pillé», et les moyens de subsistance ëtnie ut devenus
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a eett,- époque et appe lée mat des nrdetils.
liais lu société chrétienne avant été organisée dans le \l siècle par le clergé, la société féodale s'organisa alors sous son influence. L'autorité générale qui s étendait sur !.. surface
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.porta politiques el les cipules qui régissaient
profondément altérées. Il ne restait de l'ancien ordre de choses que le système de la clientelle militaire. Il est vrai qu'il s'était
pouvoirs comme les personnes, et (jii'il avait conservé les débris tics lois précédentes sur les devoirs militaires, et l'exercice de la justice. Il pouvait (lotie servir seul à constituer la société nouvelle. Mais 11 fallait pour cela cpie sa hiérarchie devint réelle par l'introduction de la subordination dans ses rangs; que les rapports de droit et de devoir qu'elle établissait entre ses membres fussent admis et respectés; que la guerre, qui était son principe et sou moyen, fut restreinte dans ses cas et régularisée dans son action; il fallait cil un mot que la désorganisation prît la forme de l'ordre, et la force le caractère du droit. Ce fut an X.F siècle que cette révolution s'opéra dans les degrés inférieurs de la société féodale. Mais ce ne fut qu'au XII e siècle que la royauté opéra dans ses degrés supérieurs la même révolution en liant à elle les grands liefs, comme les souverains de ces territoires avaient lié à eus les arrièrefiefs qui en dépendaient.
Depuis 987 jusqu'à 1 101 , les rois de la dynastie capétienne furent réduitsàuneimpuissanceàpeu près complète. Lesquatre règnes de Hugues Capet, de son fils Robert, de Henri 1 er et de Philippe I", remplirent ce long intervalle. Sacrés du vivant lesunsdes autres, afin d'éviter les secousses causées depuis 888 jusqu'en 987 par le système électif, ces rois s'assurèrent la possession de la couronne. C'est à peu près tout ce qu'ils firent ; car , malgré leur titre qui les plaçait à la tète de la hiérarchie féodale, ils n'obtinrent pendant cette période, ni l'obéissance des grands vassaux du royaume ni relie des petits barons du duché de France. Ceux-ci vivaient dans l'indépendance et le
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brigandage; ils descendaient de leurs tours construites suides hauteurs pour piller les terres de l'Fglîse et pour détrousser les passants, ils infestaient les chemins, et empêchaient les communications entre Paris , (-ompiègne, Mehin, Étampes et Orléans, les seules villes possédées par le roi.
Les princes capétiens s'oci-upèrent d'abord de soumettre les barons du duché de France , aliti d'établir l'ordre féodal dans leur fief nvant de l'établir dans le royaume. Louis VI, appelé V Éveillé et puis le Gras, accomplit ce double changement. Sacré en 1 101, du vivant de son père Philippe I", qu'il ne remplaça qu'en 1 108, il commença, immédiatement après son sucre, à revendiquer la subordination des barons du duché de France. Mais ceux-ci ne voulant pas se soumettre à sa juridiction et renoncer à leurs brigandages, il entreprit contre eux une guerre qui dura quatorze ans. H la soutint à l'aide de quelques hommes d'armes (i), et surtout des milices paroissiales des villes, qu'il leva régulièrement à dater de 1 lott, et qui le secondèrent piiissaiiiiin-iit dans le rétablissement de l'ordre, iiurchard, seigneur de Montmorency; Mathieu, comte de Beaumont le Roger, seigneur de Luzarches et de Chambly; Philippe, comte de Mantes ot seigneur de HontlWry; Drogon,
seigneur de Monchy le Chàtel ; Guy, seigneur de Hochefort et de Châteaulbrt; Hugues de Pomponne, seigneur de Creey et de Goumay; Hugues, comte de Corlieil et seigneur de Puyset, tantôt séparés, tantôt réunis, opposèrent une vive et longue résistance aux projets de Louis le Gros. Mais des défaites répétées, la prise et ia destruction de la plupart de
leurs forteresses , les obligèrent à poser les amies et à reconnaître définitivement un 1 1 1 5 la prépondérance et l'autorité féodale du roi.
Louis le Gros, après avoir renversé les barrières de forteresses qui entravaient les relations des villes de son duebé, après y avoir rendu la circulation de son pouvoir prompte, facile et sure, étendit cette révolution au royaume. Son activité, sa justice, sa vigueur, ses succès, le rendirent le recours de tous !i's laibles et de tons les opprimés. En un mot, j>endant le reste de son règne, tous ceux qui avaient à faire valoir la règle féodale contre la force, s'adressèrent à lui. Il établit ainsi sa juridiction dans Ielierry,le Nivernais, le Bourbonnais, l'Auvergne, le Velay, le Verniandois, la Flandre, appelant les vassaux du royaume dans ses cours de justice pour y vider les contestations féodales, et les conduisant sous sa bannière pour exécuter les décisions qu'elles avaient prononcées. De 1 1 1 5 à n38, il fit admettre dans une partie du royaume l'autorité de la couronne qu'il avait affermie dans le duclié de France de iioi à
La société féodale fut alors réellement organisée. Une législation précise et reconnue fixa les rapports de tous les membres depuis le simple châtelain jusqu'au roi. Elle détermina le service militaire, ses cas obligatoires, sa durée, lu composition des tribunaux , leur procédure , les règles de leurs jugements. Faite pour une société renaissante et militaire , cette législation ne put pas tout régler par lu justice, et elle livra encore beaucoup de questions aux solutions de la force. Ainsi dans certaines circonstances politiques elle autorisa les guerres privées, et dans les cas juridiques douteux elle permit le combat entre les parties. Le droit civil et la
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morale de cette société guerrière furent militaires, comme
surer le service du fief, la tutelle de gentilhomme fut confiée au suzerain par la garde noble; son mariage eut besoin de son consentement ; sa majorité fui marquée par la prise d'armes , et la loi de succession à laquelle il fut soumis, accorda à l'alué de la famille les deux tiers du fief et le manoir. La société féodale eut un système d'éducation , de morale, et de délassement, coiil'oi nie à sou principe- et à son état, dans les longs exercices du cheval , de l'épée et de la lance, dans les lois de chevalerie et dans les tournois. Cet ordre de choses était fort imparfait; mais, au sortir d'une aussi grande dissolution , il était im pas du genre humain vers la règle, par la législation du désordre, et vers la paix , par les conditions imposées à la guerre.
La double révolution opérée dans ta société chrétienne et dans la société militaire, par le rétablissement du droit et de
priété de seigneurs particuliers on laïques on ecclésiastiques. Leurs habitants, contenus par une forteresse et de petites garnisons, jugés par des officiers seigneuriaux, et arbitrairement imposés, n'in aient , sons l'onuc de coutumes, que quelques garanties pour le commer ce des déni ées locales on l'exercice des métiers les plus indispensables. Les troubles apportés à la culture et aux rapports commerciaux par la guerre et l'anarchie, avaient diminué la population des villes. Mais la restauration sociale du XI e siècle ayant permis à la culture de s'étendre et au commerce de renaître, les villes assises sur les côtes de la Méditerranée , sur les bords de l'Océan faisant
l'étaient sa légi
: et sa jurisprudence. Afin d'as-
8 FORMATION TfcRMTOIllAï.e
face à l'Angleterre, sur les cours d'eau dans l'intérieur des pays, prospérèrent assez rapidement. I, 'agriculture se développa et fournit beaucoup plus dt- produits alimentaires et manufacturables, le trafic des denrées locales devint plus considérable à cause île la sûreté plus grnnde des rivières et des chemins. I-e commerce des épieeries et des marchandises (le l'Orient se refit par Conslantinople et par la Syrie. Les Italiens , les Provençaux , les Languedociens , les Catalans, allèrent les chercher dans ces entrepôts, et des marchands les colportèrent ensuite des bords de la Méditerranée dans les (oires du continent. La fabrication de la soie passa de l'empire grec eu Italie, et la tàbricntirui de la laine, du chanvre, du lin, du 1er, augmenta d'une manière prodigieuse dans tous les pays. Aussi les métiers sr multiplièrent , 1rs iirlisnus et les marchands se tonnèrent en eoi 'positions, cl, devenus plus nombreux, par la loi qui proportionne la population aux moyens de subsistance , plus riches par les débouchés
plus fiers par le sentiment de leur importance, et plus entreprenants par l'idée du droit qui était universelle, ils furent en état d'acheter ou de conquérir leur liberté politique. Les habitants de Venise, de Gènes, de Naples , d'Amalli, de l'ise, qui avaient précédé ceux des autres villes dans le commerce, les précédèrent dans la nouvelle indépendance. Mais ces républiques plus précoces furent imitées, de uoo à u5o, par les villes de la vallée du Pô, des cotes de Provence, du Languedoc, de la Catalogue, des bords de l'Océan, des vallées de la Garonne, de la Loire, de la Seine, de l'Oise, de la Marne, de la Somme, qui se constituèrent d'une manièreplus ou moins indépendante, selon la faiblesse ou la puissance des leigneurs auxquels elles étaient assujetties.
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En France la plupart d'entre elles obtinrent à pris d'argent, on se donnèrent par l'insurrection, des constitutions qui les rendirent semblables non point aux anciens muuicipes, niais à des États souverains. Appelées républiques au midi , communes au nord, elles eurent ici des maires et des éelievtns pour les gouverner, là des consuls, des syndics et des jurats. Leurs citoyens purent s'assembler au sou du beffroi, s'imposer, se juger, se fortifier, se défendre, et marcher à la guerre sous leurs cliefs et leur bannière, l,es souverains qui furent assez forts pour régler les conditions de 1 alVi ancliissenieiit , modérèrent cette révolution. Ils donnèrent aux villes dont ils étaient propriétaires, des chartes de privilèges qui assurèrent la liberté, les propriétés, le commerce de leurs habitants, et la police de leurs corporations. Mais ils ne leur cédèrent pas la souveraineté par des chartes de communes.
Louis le Gros, sous le règne duquel éclata cette révolution, se montra favorable aux villes dont les milices l'avaient lidèiement servi et qui étaient ses alliées naturelles. Il donna des privilèges plus étendus aux habitants de Paris, d'Orléans, d'iïtampes, de Melun, de Corbeil, etc...., villes de ses domaines, mais il conserva sur eux l'administration de la justice et des armes par ses prévôts. Plus généreux envers les villes de ses vassaux , il seconda leur indépendance totale. Il intervint en faveur des communes des bords de l'Oise et de la Somme, qui étaient eu débat avec leurs seigneurs presque tous ecclésiasiiques, et il confirma, à prix d'argent il est vrai, les chartes qu'elles avaient obtenues de vive force ou par achat. En retour , ces villes reconnaissante* servirent le pouvoir royal , et envoyèrent leurs milices sous sa bannière dans les guerres générales.
1 O FOK STATION THBH1T0BULH
L'organisation de la classe urbaine, alors dégagée des liens de la féodalité, compléta In formation de la nouvelle société européenne, qui, dans le \11' siècle, sortit refaite des décombres de l'ancienne société. En l' ranee, t. (uns le Gros contribua à régler ses rapports et à fixer son gouvernement. Il mit à la tëtcdes souverains féodaux et des bourgeois républicains la royauté comme médiatrice et comme souveraine. Son fils et son successeur, Louis VU, eonlïiiua , soit à l'égard des fiefs, soit à l'égard des communes, le même système, il l'affermissement duquel lit dynastie capétienne consacra lotisses efforts pendant la durée du X1T° siècle.
Mais, après s'être fait partout reconnaître, le pouvoir royal cliercba naturellement à s'étendre, et Philippe-Auguste, petitfdsdc fxuiis le t iros, rendit conquérante la couronne (]uc son aïeul avait rendue suzeraine. La dynastie nouvelle était favorablement pincée pour réunir le I erri luire de la France sous sa domination et en former un l'-tat compacte. Ses do mai nés, si tués au centre du pays, lui donnaient une grande facilité géographique dé s'agrandir, et sou titre dans la société féodale lui en offrait les moyens, soit par des mariages, soit par des traités, soit par des confiscations, soit par des conquêtes Impuissants jusque-là , ou occupes du l'établissement de leur suprématie, les princes capétiens avaient fait peu d'acquisitions. Ils avaient seulement ajouté à leur domaine le Vexin français, les comtés de Mantes, de Dreux, de Corbeil, le (tntinois dans le duché de l'cance, et la vicomte de Bourges hors de ce duché. Mais tandis qu'ils s'étaient presque maintenus dans leurs anciennes et étroites limites, par la faute de Louis VU dit le Jeune qui avait répudié Jtlconorc d'Aquitaine et son riche héritage , les ducs de Normandie avaient
extraordinairement élargi les leurs. Chefs du peuple qui avait envahi la France après tous les autres, qui s'y litait le plus régulièrement établi, qui était te mieux discipliné et le plus entreprenant, ils s'étaient agrandis les premiers. Ils avaient conquis l'Angleterre en face de laquelle ils se trouvaient placés, et réuni toute la partie occidentale du continent, depuis Dieppe jusqu'à Bayonne, en absorbant par des maryiges trois des plus grandes dynasties provinciales de la Fraf jbe. Ces trois dynasties étaient celle des Planiagenets, qui possédait l'Anjou, le Maine et la Touraine; celle d'Aquitaine, qui régnait sur le Poitou , la Saintonge, le Bordelais, la Gascogne, l'.\ génois, le Quercy ; et celle île Bretagne, souveraine de cette importante péninsule.
Les rois capétiens, avant de songer à s'agrandir, travaillèrent à affaiblir la monarchie anglo-normande. Louis Vil se mit à la tète de toute la confédération féodale de France , alarmée de la puissance de Henri H, roi d'Angleterre, et depuis ] [fin jusqu'en i ! ~'t il empêcha ce. prince , qui convoitait le Languedoc, de s'étendre davantage. A dater île cette époque jusqu'en 1201 , Louis VII et son fils Philippe-Auguste suscitèrent des insurrections féodales dans les État* anglo-normands, et provoquèrent des dissensions dans la famille de leurs souverains, dans le but de séparer les provinces continentales de celles de l'île. Après avoir fortement ébranlé la monarchie: angle-normande, au moyeu de cette politique habile, Philippe -Auguste crut pouvoir la démembrer. Profitant des vices, de la tyrannie et de lu lâcheté de Jean sans Terre, qui aliénaient de lut tous ses vassaux du continent, il donna l'investiture de la Guyenne, du Poitou, du Maine, de l'Anjou et de la Touraine, à son
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neveu Arthur, lils de Geoffroi, comte de Bretagne, qui lui céda eti retour toutes lis cimquètcs qu'il ferait en Normandie. Mais l'année suivante, Arthur, ayant été battu, pris et tué en trahison par son oncle, Philippe- Auguste profita de
Après avoir réuni à la couronne l'Amiénois, !e Verulandoïs, leValcis, en nKa, par l'extinction Je la branche capétienne qui les possédait , el l'Artois eu I , pa: Jfliérit.ige du chef de sa femme Isabelle 'le Flandre et de tiainant. Il conquit, en taoa, la Normandie, la Tourninc, l'Anjou, le Maine, le Poitou, sur Jean sans Terre. Sa cour féodale déclara «"> provint .i Ic^itimcmcit eniifi^queti à cause du meurtre d'Aï thur, et les lui adjugea. Il ne cl langea point leur condition, et, par nue méthode habile qui en général fut suivie depuis, et (pu facilita les conquêtes de la monarchie, il ne lit que se substituer au sniurrain précédent, prit ses domaines personnels, occupa ses châteaux dans lesquels il mit garnison, et s'appropria ses autres droits.
Mais lorsqu'il fut devenu maître de tant de pays nouveaux, quand il eut donné l'héritière de la Bretagne à Pierre Mauclerc, membre de la famille capétienne, qui fonda dans ce pays une dynastie française, l'accroissement extraordinaire de son territoire et de s;\ puissance alarma à son tour toute la confédération féodale. Dès ce moment, les rôles changèrent des coalitions contre les rois d'Angleterre, mais les rois d'Angleterre, qui jusqu'à leur expulsion définitive de la terre ferme, en pravoquèrenl contre les rois de France. La plus redoutable de ces coalitions fut celle de 1214, qui
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mit en péril la monarchie et sesnouvcllcsitrcpiisilioiis. Tous les barons du Nord, soutenus par l'empereur d'Allemagne, et tous ceux de l'Ouest, soutenus p;ir le roi d'Angleterre, en firent partie. Ceux du Midi y seraient entrés s'ils n'avaient pasété obligés de défendre leur pays même contre les Français de la croisade qui l'avaient envahi sous Simun de Montfort. Les comtes de Boulogne et de Mortaiu , le comte de Flandre, le due de Brabant , le comte de Lonvain, le comte de Hollande et le duc de Limbourg, ayanl à leur lè(e Otton IV, attaquèrent les États de Philippe-Auguste par la Flandre, tandis que les Bretons, les Hoehcllois, Ils barons poitevins et le comte de la Marche, commandés par Jean sans Terre, s'avancèrent du côté de la Loire. Philippe-Auguste vainquit à Bouvines, entre Lille et Courtray, les coalisés du Nord, dont les principaux chefs furent pris, et son fils Louis repoussa complètement les coalisés de l'Ouest, et força le roi Jean à prendre la fuite. Cette double victoire ,-ilTenmt le. complètes de Philippe- Auguste.
l^iuis VIII, continuateur du système de son père, acquit en I3î4 le Un 8 «edor qui lui fut redé par Guy de Montfort, Gis de Simon de Moutfort, que le pope en avait fait souverain, il descendit à la tète d'une puissante armée dans ce pays où les Français avaient reparu en arme* an commencement du XIII" siècle, après s'en cire tenus éloignés pendant trois cents ans. Il i*ocenpa rapidement, institua les deux sénéchaussées de Deancairc et de Carrassonne, et mourut dans l'expédition . laisjant pour successeur uu fils en bas âge, et pour régente une femme étrangère.
La monarchie territoriale, fondée par Phi lippe- Auguste et par son fils Louis VIII, de l iSa à iîa6, essuya sous la
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minorité de Louis IX une réaction violente. Tous les chefs féodaux se coalisèrent pour remettre en question ce que la victoire de Bouvines paraissait avoir décidé. Le comte de Champagne, !e duc de Bretagne, le comte de la Marche et d'Angoulëme , le vicomte de Tliouars, les barons du Poitou, de la Saintonge et de la Guyenne, le roi d'Angleterre , le comte de Toulouse, le vicomte de lîézicrs, les comtes de Foix, de Comingcs, d'Armagnac, de Rhodez, le roi -d'Aragon, placés sur les frontières nouvelles du royaume, prirent les armes contre lui. Les uns étaient mus par l'esjioir de leur rétablissement, les autres par l'intérêt de leur indépendante menaeéc. Tantôt réunis, tantôt séparés, ils eom battirent depuis iaa6 jusqu'en i24 2 - La victoire de Taillebourg, remportée celle minée sur la dernière ligue des
toriale, qui avait surmonte sous Philippe- Auguste la résistance apportée à sa formation , sortit vii-ioneiisi? sou.-, sainL Louis de la tentative faite pour la dissoudre. Après cette double épreuve , elle se constitua fortement.
Saint Louis donna la sanction du droit aux acquisitions que son père et son aïeul devaient à la force, eu traitant avec chacun des souverains qu'ils avaient dépossédés. Trencavel , vicomte de Bé/.ieis, lui eéda ses droits pour 5oo livres de rente annuelle. Raymond VII renonça, par le traité de Paris de J239, coidirnié définitivement eu i-a/\3 , au territoire formant les deii* séuiviiau-sc-i de lirauraire et de Careassonne, qui s'étendait depuis les limites du diocèse de Toulouse et la rive gauelie du Tarn jusqu'au Rhône. Il reconnut pour sou héritier, dans le comté de Toulouse, dont il conserva la jouissance pendant le reste de sa vie , Alphonse , frère de saint Louis, marié avec sa fdle, et ce comté fut réversible à
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la couronne, s'il ne naissait point d'enfant de ce mariage. Le roi d'Aragon abandonna, par le traité de m&ft, tous tes fiefs qu'il possédai! rlims K' Languedoc et tons les hommages qu'il y prétendait, moyennant la renonciation de la part de la France à la suzeraineté des comtés de Roussillon, de Besalu, de Cerdagne et de Barcelone. Cet arrangement commença à dégager l'Espagne de la France. Le roi d'Aragon garda cependant encore la seigneurie de Montpellier, pour laquelle il prêta Iinminage à saint Louis. Enfin Henri III se désista de tous ses droits sur la Normandie, l'Anjou, le Maine, la Tourainc, la Bretagne et le Poitou, par le traité de ia5ç|, et en retour, Louis IX lui restitua, sous la condition île la vassalité, le Qnercy, l'Agenois, le Limousin et la partie (le la Haintonge située au delà de la Charente.
La couronne ne conserva point, sous sa domination immédiate, tontes les provinces qu'elle avait acquises. Elleen aliéna momentanément quelques-unes par des apanages, qui étaient la part des cadets dans l'hoirie royale. Les fiefs étant une propriété moitié politique, moitié domaniale, n'étaient point indivisibles comme un gouvernement, ni divisés par portions égales comme un domaine. Ils étaient régis dans leur transmission par une loi qui leur était parfaitement accommodée, car elle accordai! Ii's deux tiers du hVfet le manoir seigneurial à l'aîné, et formait de l'autre tiers le partage des cadets. Transportée jusqu'à un certain point à la couronne qui n'était d'abord qu'un grand fief, cette loi de succession avait donné naissance aux apanages, qui étaient fort médiocres dans l'origine. Mais l'hoirie royale étant très-riche à cette époque, les apanages devinrent fort considérables, l,ouis VIII donna par son testament les comtés d'Artois, d'Anjou et de Poitiers,
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nouvellement acquis, à ses trois lits Robert, Charles et Alphonse, et il laissa à Louis IX son aîné la couronne et le reste de ses domaines.
La monarchie, étant encore féodale, ne pouvait pas enfreindre !a législation contemporaine , et n'ayant point trouvé encore une forme d'administration qui lui fût propre, elle n'avait pas d'autre moyen de gouverner la plupart des pays acquis qu'en leur donnant des dynasties tirées de son Sein. Ces dynasties , en remplaçant 1rs anciennes dynasties nationales dans les provinces, y transportaient la noblesse, la langue et les mœurs de la France centrale. Leurs liens de parenté avec la dynastie mère, et la subordination plus exacte qu'elles obseri nient ein ers elle , devaient rat lâcher peu à peu les pays qui leur étaient dévolus à la France, appelée à les jrtjsséder eu cas d'extinction des familles apanages. Saisies eu outre de l'ambition commune à la race dont elles sortaient, ces familles cherchèrent ù s'étendre, et, en général, leur agrandissement profita par réversion à la couronne. Le comte de Poitiers devint en même temps comte d'Auvergne et de Toulouse. Le comte d'Anjou acquit le comté de Provence en épousant Déatrïx qui en était héritière, et il fit rentrer ainsi la famille royale dans la vallée du Rhône, d'où elle était exclue depuis quatre cents ans. 11 partit ensuite des côtes de la Provence pour conquérir le royaume de Naples.
L'établissement des dynasties capétiennes dans les provinces y fut le premier acte de la conquête monarchique, et servit puissamment à rapprocher entre elles les diverses populations de la France. A la tin du règne de sainl Louis, la famille royale possédait directement le duché de France, le Vermandois, le Valois, la Normandie, la Tourainc , le Maine, le
Berry , le comté de Màcon , le Languedoc occidental, et indirectement la Bourgogne, la Bretagne, le Boulonnais, l'Artois, le Poitou, l'Auvergne, le comté de Toulouse, l'Anjou, la Provence, le Jiivernois, le Bourbonnais , jmr huit dynasties qui liraient d'elle leur origine. Comme un arbre puissant, elle couvrait déjà de ses branches presque toute la surface du territoire.
Louis IX, qui avait consolidé cette monarchie nouvelle par ses victoires et par ses transactions, en fut le législateur dans la dernière époque de sou règne. Ce roi, qui était le
point 'une seule fois, dans le cours d'une longue vie, à la loi
puissance, du respect et de la confiance sans bornes qu'il inspirait , pour opérer des réformes appropriées au nouvel état social de la France. 11 rattacha plus fortement à la couronne les trois classes, des ecclésiastiques, des bourgeois et des feddat aires, que leur législation indépendante eu isolait trop, et il prépara leur réunion prochaine dans les états généraux. Il rendit le clergé national par la pragmatique sanction , qui posa des limites à l'autorité qu'exerçait et aux impôts que levait sur lui la cour de Home et qui lui donna le roi pour chef temporel et pourappuï.Tonten conservant aux villes la libre élection de leurs magistrats et leur administration intérieure, il les soumit à ses officiers pour ee qui concernait la justice et les armes. Il plaça la noblesse féodale dans une dépendance plus étroite de la couronne, eu faisant relever ses tri-
nïère grave le régime sous lequel elle vivait. Voici quel fut le changement le plus décisif et le plus fécond de tous :
Il y avait deux choses i!;ius lu législation féodale : la justice
et la guerre. La guerre était constituée, dans l'ordre politique, par le droit d'hostilités privées ; dans l'ordre cml , par le combat judiciaire. Louis IX voulut la faire disparaître de la législation , et régler uniquement la société sur fa justice, son autre hase. I! exigea donc, par la quarantainc-le-rni, cjue ceux des feudataires qui , d'après le rode féodal , auraient des contestations entraînant des hostilités armées, demeurassent quarante jours sans les commencer. I-c plus faible pouvait, pendant cet intervalle, prendre un asseurcment devant la justice royale, et la guerre se changeait en procès. Il abolit également le combat judiciaire dans les tribunaux de la couronne , d'où cette reforme passa plus tard dans les tribunaux des barons. Faisant participer ses cours de justice ans progrès du droit dans les universités, et de la procédure dans les tribunaux ecclésiastiques, il ordonna le recours aux enquêtes dans tous les procès qui se jugeaient par la voie des
jurisprudence plus concluante des témoignages. Saint Louis, législateur d'une soeiété moins décomposée, moins violente et plus éclairée, lui lit faire un grand pas vers le droit, qui reçut non plus la forme de la force, comme dans la période précédente, mais celle de la justice.
Il ne se borna point à remplacer la guerre, principe de la société féodale, par la justice, qui devint le principe de la société monarchique, il centralisa encore l'administration de celle-ci en établissant les appels. Louis le Gros avait traduit les vassaux devant sa cour dans leurs causes personnelles et féodales , Louis IX les soumit h la juridiction royale dans les causes ordinaires de leurs sujets. Il établit , dans ce but, les quatre grands bailliages de Sens dans le duché de France,
d'Amiens en Vermandois , de Maçon en Hourgogne, de Saint- Pierre le Mou tira* en Auvergne, qu'il investit du droit de ressort sur les justices seigneuriales du centre, du nord, de l'est et du midi du royaume. Il étendit le système des appels aux juridictions supérieures: et de même que les justices seigneuriales relevaient îles grands bailliages dans leurs jugements , (es cours des grands fiefs et des grands bailliages relevèrent du parlement dans les leurs.
Le parlement judiciaire, qui devint nu XlII'siècle et qui est resté jusqu'à ces derniers temps l'un des principaux ressorts de la monarchie, dut son origine aux appels. Il faut le distinguer du parlement féodal qu'il remplaça peu à peu. Il y avait eu, depuis Louis le Gros, des assemblées
posées de barons et convoquées sans régularité. A dater de 1954s époque de la révolution opérée par saint Louis, après ses victoires sur les grands vassaux et son retour de la croisade, ces assemblées se régularisèrent. Leurs sessions devinrent annuelles : il y en eut soixante- neuf jusqu'en i3oa. Le parlement commença même à changer de nature en changeant de destination. Les officiers de la couronne , comme le chancelier, le connétable , etc. , furent admis dans le parlement lorsque, cessant d'être uniquement l'assemblée des grands vassaux , il devint la cour souveraine du roi. L'introduction (le la procédure par écrit, et l'établissement d'une législation plus compliquée, obligèrent le roi d'adjoindre aux barons et aux prélats des hommes sachant lire et versés dans le droit. Il appela doue au parlement des dtictetirs ou maîtres en droit, qui étaient des clercs ou des laïques gradués dans les universités, pour rapporter les affaires. Ces
30 FORHÀTION TERRITORIALE
maîtres n'avaient pas vois délibérative , ut ne faisaient qu'instruire les procès, qui étaient jupes par les barons et les prélats ([)■ Pendant la dernier» moitié du XIII" siècle le nouveau parlement ne fut pas sédentaire à Paris, et ses membres, soit jugvurs soit rapporteurs, nommés pour l'année, quittèrent leur charge après la session.
Outre cette centralisation de la justice , qui fut un grand moyen d'ordre pour le pays et de puissance pour la royauté, saint Louis organisa une administration locale, qui différa de l'administrât icin féodale. Celle administration fut celle des sénéchaux , des baillis , des prévôts, officiers déjà établis par Phi lippe- Auguste et par Louis VIII dans les pays que la couronne avait acquis et qu'elle n'avait pas donnés en apanage. Louis IX régla les fonctions de ces officiers, qui eurent beaucoup de ressemblance avec les comtes et les vicaires des deux premières races. Ils affermèrent dans leurs districts les domaines de la couronne, levèrent ses revenus, jugèrent ses sujets, et conduisirent eu campagne ses boulines de guerre. Zélés pour l'accroissement du pouvoir royal, et très-entreprenants, ils ruinèrent la féodalité inférieure dans le territoire de leur ressort. Ce système d'administration , qui rendit amovibles les (onctions que le régime précédent avait rendues héréditaires, et qui fit une magistrature de ce qui était devenu un patrimoine , remplaça peu à peu le système féodal sur lu territoire. Ainsi saint Louis créa un nonvel ordre de
chambellan ut île itii-liuil maîtres.
BT POLITIQUE DE LA FRANCE. 'Il
choses, et c'est de lui que date lu monarchie moderne sous le rapport politique, comme elle date de Philippe-Auguste sous le rapport terril orial. Ses institutions et sa sagesse portèrent leurs fruits pendant s;i vie jnènie: i-nr, dit Joinville,/rrri>-n«»i(; te multiplia tellement par In bonne droiture qtt'ony -voyait régner, que le domaine , e.easive, rente, et revenu i/ii roi, croismil tons les ans de moitié.
l,a conquête monarchique qu'avait sus] lenduc.sfius f.ouislX, la nécessité d'affermir In possession et d'organiser le régime des pays déjà acquis, fut reprise par ses deux successeurs Philippe ie Hardi et Philippe le Bel. Une impulsion presque physique entraîna d'abord les armes françaises du Languedoc en Espagne , et de la Provence dans le royaume de Napies. Philippe le Hardi succomba dans une expédition contre les Aragonais , et les forces de Charles d'Anjou s'épuisèrent en Italie. Philippe le liel s'aperçut de celle fausse direction donnée à la conquête, et après avoir combattu quelque temps la maison d'Aragon, de concert avec elfe, il régla, par le traité de Tarasco», tons les démêlés qui les divisaient, soit eu France, soit en Italie. Pendant cette guerre, son frère Charles de Valois avait reçu du pape l'investiture du royaume d'Aragon. A la paix, la Sicile fut laissée juin Aragonais, et le royaume de \aples appartint aux comtes de Provence de la maison de France, qui cédèrent à Charles de Valois l'Anjou et le Maine en dédommagement de la perte de l'Aragon.
Après cet arrangement, la conquête qui , dirigée pendant un siècle vers le midi, avait dépassé même de ce côté les limites naturelles de la France par l'occupation de la liasse Italie et l'invasion de l'Espagne, fut alors ramenée vers l'ouest, vers le nord et vers l'est, dont les frontières n'étaient pas
aa FORMATION TEBRITOBIALE
formées. Une partie de la côte de l'Océan avaiteneore pour possesseur le roi d'Angleterre ; la Flandre, voisine de l'Artois, était presque indépendante, et la vallée du Rhône restait toujours comprise dans le territoire de l'Empire germ nni que- Philippe le licl, dont l'avidité était insatiable, employa uniquement en entreprises ambitieuses le surcroît d'autorité et de ressources que Louis IX avait donné à la couronne, et dont il ne s'était servi que pour le bien du royaume. I! s'empara de la Guyenne sur Edouard I er , de la Flandre sur le comte Guy, et du Lyonnais sur l'Empire. Quant à ce dernier pays, il avait eu la précaution d'obtenir de l'empereur Henri VII, lors de son passage à Paris, qu'il ne iît point mention des fiels situés dans l'ancien royaume de Bourgogne comme relevant de l'Empire, ce qui devait permettre peu à peu leur réunion à la France. Philippe le Bel s'engagea dans de longues guerres qui durèrent plus de vingt ans , pour posséder ia Guyenne et la Flandre, qu'il occupa quelque temps s;ms pouvoir toutefois les garder. Il fut obligé de les restituer à leurs possesseurs le roi d'Angleterre et le comte de Flandre. Il ne réunit à la couronne que le Lyonnais, dont il fit une sénéchaussée ; lit Champagne et la Brie, qu'il acquit par spn mariage avec l'héritière de ces deux provinces.
Si Philippe le Bel entreprit pour l'agrandissement territorial de la monarchie plus qu'il ne put exécuter, il continua la révolution judiciaire commencée par saint Louis, et l'on peut dire qu'il l'acheva presque. Il étendit à tout le royaume la juridiction des baillis, restreinte par saint Louis aux. domaines de la couronne. Ces baillis dépouillèrent les seigneurs de la plupart de leurs prérogatives et de leur indépendance. Le parlement, qui jusque-là avait été ambulatoire, accom-
ET POLITIQUE DE LA FRANCE. a3
pagnant le roi et siégeant où celui-ci se trouvait, devint alors sédentaire dans la ville de Paris. Philippe le Bel lui assigna deux sessions de deux mois chacune à Pâques et à l'octave de la Toussaint, à cause de la multiplicité croissante des affaires. Il introduisit dans ce corps la division des fonctions, l.e parlement ayant à examiner les comptes, à recevoir les requêtes, à juger les procès plaides ou écrits, fut naturel le m eut distribué en ciiambrc des comptes , chambre des replètes, graud'thambre ou çhainbre de la plaidoirie et chambre des enquêtes.
Comme f resta parlement universel pendant environ un siècle et demi encore, et qu'il eut à vider les appels de tout le royaume, le roi délégua un certain nombre de ses membres pour juger les appels de la Champagne dans les grniuts jours de Troyes ; ceux de la Normandie , dans les i'e/iiijnii-rs de Rouen ; ceux du pays de droit écrit, dans la chambre de
furent affectes en outre aux causer des autres provinces, et ils s'appelèrent jours du parlement de Vermaudois , jours du parlement de Touraine, Anjou, Maine, etc. Les baillis et les autres juges provinciaux fin eut tenus de s'y trouver pour défendre leurs sentences, et les parties purent y avoir des procureurs dont le. mandat expirait avec le parlement. Cet ordre de choses se maintint jusqu'au règne de Charles \ 11, qui démembra le parlement universel et créa des parlements provinciaux , lorsque la couronne crut pouvoir localiser la justice souveraine sans perdre de sa puissance.
Le XIV" siècle fut marqué par l'affranchissement des campagnes, par l'établissement d'un nouveau système financier reposant sur l'impôt indîrect.par la réunion des trois classes de la
nation en états généraux «fin d'instituer cet impôt, et par la destruction rie l'iiulependanccrquililiriiint' (1rs villi'S qui suivit île près celle de l'indépendance lé od a 11 opérée dans !e siècle précédent. Ces rhan^rnu-nts étendirent l'action de la monarchie^ diminuèrent l'isolement tics classes en affaiblissant leur gouvernement particulier au profit d'un gouvernement général. Ils Curent dus a l'esprit conquérant de la dynastie et an besoin qu'elle éprouva de se proenrer (le l'argent pour alimenter des guerres dont le théâtre était plus éloigné et 1« durée moins courte. Ses revenus n'étaient plus en rapport avec ses entreprises. Philippe le llel e.-sava de les y mettre.
Ce prince, continuateur violent de saint Louis, compléta, comme nous l'avons vu , ses étaliiis-.nn nts judiciaires. Il fit plus. Saint Louis avait ordonné que sa monnaie eût cours dans les terres des barons, Philippe le lîel suspendit le droit que les barons avaient d'en faire battre eux-mêmes; saint Louis avait rendu le clergé de France indépendant de la cour de Home par sa pragmatique sanction , Philippe le Bel rendit le saint-siège dépendant de la couronne par sa victoire sur Doniface VIII. Jaloux de l'autorité qui lui avait été transmise, et de celle qu'il y avait ajoutée, il osa le premier employer la formule par la plénitude de la puissance royale. Pour diminuer l'aliénation des domaines acquis, il restreignit les apanages aux seuls héritiers mâles, ce qui devait les l'aire revenir plus tôt à la couronne et empêcher qu'ils ne tombassent, par les femmes, dans des maisons étrangères ou ennemies. 11 créa di\ clercs du conseil, qui furent la souche du grand conseil de France. Enfin, il ébaucha le nouveau système liuaueier de la nouvelle monarchie par la création des impôts indirects sur tes consommations.
ET POLITIQUE DE LA FHANCE. a5
î,a couapnne était réduite à ses revenus domaniaux , consistant dans des cens, des péages, des amendes, des rentes, etc. Le droit de lever des impôts arbitraires ou des tailles sur les villes avait été aliéné dans le XII« et le Xllf siècle, soit parle roi, soit pur les seigneurs qui avaient accordé unit bourgeois des cilurtes ou d'indépendance totale ou de privilèges garant issiriL leur propriété. Il y avait donc nui' législation protectrice qui empêchait de prendre l'argent où il était réellement, dans les villes. Cependant, les revenus de la couronne ne suffisaient plus au payement de ses employés et surtout il l'éxecution de ses desseins. Les guerres étaient plus étendues ; les urinées, composées de seigneurs et de milices bourgeoises, étaient de /|o,ooo, 5o,ooo et jusqu'à lio.ooo hommes. Dans les expéditions où l'on pouvait réclamer le service léodal , il fallait , pour tenir les troupes sous les drapeaux après l'expiration du terme légal, leur donner une solde, et dans les autres les paver depuis l'ouverture jusqu'à la lin de la campagne. L'habitude s'était même introduite, pour obtenir de l'empressement et du zèle dans le service, de le rétribuer dans tous les cas, en sorte que l'armée était changée sinon dans sa composition, ce qui ne devait avoir lieu qu'un peu plus tard , du moins dans son principe. Le service, au lieu d'être gratuit et limité, était soldé et durait autant que l'entreprise : c'était le passage d'un régime militaire à un autre.
Le droit de tailler les villes ayant été aliéné, les rois, pour se procurer des ressources dans les cas extraordinaires, atteignirenteeux qui étaient hors de la législulionprotectricequ'ils avaient établie eux-mêmes. Ils frappèrent de confiscations répétées les juifs ou les marchands italiens qui faisaient la ban-
que et le commerce des denrées de l'Orient et du Midi. Un autre de leurs expédients fut d'altérer la monnaie, dont ils se considéraient comme les souverains régulateurs. Ils ordonnaient que toute la monnaie fût portée h leurs fabriques, où ils la recevaient à son taux courant, et la frappaient 4 un tau* moindre, gagnant ainsi la différence, ce qui apportait un grand trouble dans les transactions. Philippe le Bel eut recours à tous ces moyens. Km outre, il dépensa le riebe trésor
; partie des I erfi de la cour,
s des t ■. Il affr
nplicrs. 11 vendit la liberté ao,8, moyennant rre les serfs du
d'un quart de siècle, donna la liberté personnelle aux paysans des immenses domaines de la couronne qui purent et voulurent l'acheter. Mais c'étaient là des ressources momentanées el irrégulières qui ne pouvaient pas mener loin.
Aussi Philippe le ISel lui-même essaya de procurer à la monarchie des moyens pécuniaires plus stables. Comme le commerce avait acquis du développement, il établit des bureaux de douane sous un maître des ports et passages de France, et soumit les denrées et les marchandises emportées au payement de 7 deniers pour livre du prix (i/3a). Il mit
lui suffisant pas.i de l'État pour lem gereux de lever si II convoqua donc b
' dal.
loblcs, les ecclésiastiques et les bour-
geois, soit du nord, soit du midi du royaume, en assemblées
publiques, et organisa ainsi les états généraux de France et de Languedoc. Les étals généraux décidèrent que les nobles et les ecclésiastiques ayant plus de 100 livres de rente fourniraient au roi un cavalier, et que li a roturiers lui fourniraient six sergents à pied par cent feux ou familles. Ces innovations signalèrent le début d'un système d'impôts qui fut complété dans le courant du XIV* siècle.
A la mort de Philippe le Bel, il y eut une forte réaction non-seulement contre ce régime financier, niais contre la révolution judiciaire de saint Louis , qui depuis plus d'un demi-siècle altérait la constitution intérieure des fiefs. Le sue intendant des finances, Euguerrand de Maii^ny , fut pendu; la monnaie fut frappée à son ancien titre, quelquesuns des impôts nouvellement établis liu'cul révoqués, entre autres celui sur le sel. Les nobles de la Champagne, de lu Picardie, de la Normandie, du Languedoc, du comté de Revers , obtinrent des chartes particulières, qui rétablissaient leurs prérogatives féodales détruites ou annulées par la nouvelle administration. Ces chartes déclaraient que le roi n'avait rien à voir sur leurs seigneuries, si ce n'est pour défaut de justice, et pour appel fait à sa cour et pour les causes de ses bourgeois; elles rétablissaient le droit de suite des seigneurs sur Jeurs hommes qui se réfugiaient, pour être libres, sur la terre du roi; elles défendaient aux baillis et aux. prévôts d'ajourner les hommes des seignetu's hors de leurs fiefs, et de les recevoir bourgeois du roi ; elles leur interdisaient eu outre d'appliquer les nobles à la question, si ce n'est en cas de meurtre ; elles rétablissaient pour eux le combat judiciaire au lieu des enquêtes; elles les dispensaient de servir hors de leur province, si ce n'est aux frais
a8 FORMATION TEBHITOBIAl.E
du roi, et dans leur province, à moins rie certains gages; elles permettaient (le nouveau les guerres privées, et s'opposaient, excepté eu cas dé crime, à la saisie des nobles et de leurs forteresses.
C'était une réaction bien marquée de la féodalité inférieure et de son régime contre ia nouvelle wliiiimslration fondée par la couronne, sous saint Louis et Philippe le Bel, comme il y
sous Philippe-Auguste et Louis VIII. Mais elle ne devait pas avoir plus de succès et de durée que n'en avait en l'autre. Ce fut le dernier acte de résistance de la féodalité originaire.
Le développement de la monarchie rencontra alors et ailleurs l'obstacle le plus sérieux qui lui eut encore été opposé. Depuis la conquête de l'Angleterre par Guillaume, due de Normandie, la partie occidentale etcôtière de la France avait été étroitement lice aveu cette île. La nature des lieux voulait cependant que l'Angleterre et la France se dégageassent l'une de l'autre et formassent des lïtats distincts; que les efforts des rois d'Angli-tcn r se poil ;nsent sur la partie de l'île qu'ils ne possédaient pas, plutôt que sur le continent ; et que la politique persévérante des rois de France réunit tout le territoire de ce pays. La Normandie, la Bretagne , le Poitou, l'Anjou, la Touraine, le Maine, avaient déjà été enlevés ;m\ rois d'Angleterre, qui ne conservaient plus que la duciiiic et ses vastes dépendances. .Mais, dépouillés de la plus grande partie de leurs possessions, ils ne pouvaient pas se maintenir dans celles qu'ils avaient encore , s;ius faire île grands efforts pour recouvrer celles qu'ils avaienl perdues. Il résulta de cette position des rois de France , qui voulaient réunir la Guyenne
BT POLITIQLTÎ IIE LA FRANCE. 21)
à ta couronne, et des rois d'Angleterre, qui, avec l'aide de la Guyenne , voulaient reconquérir leurs anciens domaines continentaux, nue lutte mémorable qui dura près d'un siècle et demi. Otto lutte mit la monarchie aux aîiois ; mais elle en sortit à In fin avec un territoire pins compacte, el une administration plus fortement constituée.
Philippe le Bel avait commencé contre la monarchie anglogasconne cette guerre qui était la suite de celle que Louis VII et Philippe-Auguste avaient entreprise contre la monarchie anglo-nocm:milc. Mais obligé de restituer à Edouard I" la Guyenne qui lui avait élé enlevée , il avait cru cimenler la puis: entre la France et l'Angleterre par le mariage de sa sit'Uiavec Edouard I" et dè sa Mlle avec Edouard II. Malgré cela , l'accord ne pouvait pas être do longue durée entre les deux couronnes. La querelle éclata de nouveau en 1 33g, et elle eut deux grandes périodes bien distinctes jusqu'à l'expulsion définitive des Anglais du continent. La première période s'étendit depuis i33<) jusqu'en 1 377 ; la seconde depuis i§i5 jusqu'en i4"i3. La situation respective des territoires fut, comme je viens de le dire, la cause véritable de la guerre. Mais aux projets d'agrandissement que cette situation suscita de part et d'autre se joignit une prétention dynastique qui dut son origine à l'un dos mariages mêmes contractés récemment pour rétablir la paix entre les deux pays.
Edouard III revendiqua en effet la couronne de France comme petit-fils de Philippe le Bel, par sa mère Isabelle. Philippe de Valois ne descendait que de Philippe le Hardi et paraissait plus éloigné de la couronne d'un degré. Mais il en descendait par les mâles, et l'on avait décidé au commencement du siècle que la couronne devait être dévolue de uiàîe en mâle
3o FORMATION TERRITORIALE
par ordre de primo gcniture. Cette question, qui était fondamentale pour la monarchie , s'était présentée pour la première fois en 1 3i 7, à la mort de Louis X. Ce prince n'avait laissé qu'une fille. Jusque-là les maies n'avaient jamais manqué en ligne directe , (-1 la dynastie avait clé assez heureuse, pendant li -h d ois premiers siècles de son i.'\islciu'c, pour voir sefaillir l'habitude nationale de l'hérédité masculine : il faut attribuer à cette longue habitude lcloigncraent à la foie instinctif et prévoyant que l'on éprouva au XIV* siècle pour la succession tics li'iimics à la couronne de France. Les légistes, qui avaient acquis une grande autorité, se prononcèrent en faveur des collatéraux mâles contre les femmes héritières |>lus directes. Ne pouvant pas appuyer leur décision sur le droit féodal , qui permettait aux femmes de posséder les fiefs et qui tes avait fait monter sur le trône d'Angleterre , ils recoururent à Un article de la lui des Francs salions qui donnait aux mâles la terre salique, au partage de laquelle les femmes n'étaient point admises. Quoique cette loi fût étrangère à la matière et eùl cessé d'exister avec les Francs salions et les lois personnelles des peuples barbares , ils l'appliquèrent à la succession de la couronne. Cette décision fut soutenue par les démarches énergiques de Philippe le Long. Malgré l'opposition de son frère Charles, comte de la Marche , et de son oncle Philippe, comte de Valois, tous deux contraires alors aux droits des mâles collatéraux , dont ils prolifèrent plus tard, puisqu'ils devinrent rois l'un et l'autre, Philippe le Long se fit itérer dans Reims , où il parut presque seul, et reconnaître dans les états généraux, presque, déserts. Le fait décida la question, et l'intérêt politique l'emporta sur le droit civil, qui , dans la
plupart des Etats, avait étendu à la transmission extraordinaire des troncs li" système ^ a ; l i ■ lequel était régit; la transmission ordinaire des propriétés. Il fut convenu que la couronne appartenait , eu vertu de cette nouvelle application de la loi saliqnl; , aux héritiers màlrs d'après le degré de leur parente.
Après que l'exclusion des femmes nu nom de la loi salique eut été décidée, ou n'eut pas de peine à exclure les descendants mûtes dos femmes, qui ne pouvaient pas avoir plus de droit que celles dont ils descendaient. Celte seconde question se présenta a la mort de Charles IV, le dernier des trois lils de Philippe le Bel. il n'y avait de descendant mâle de ee prinee qu'Edouard III, moins éloigné d'ua degré de la couronne que Philippe de Valois, qui descendait de Philippe le Hardi, par Charles de Valois, frère de Philippe le Bel. Mais ce dernier monta sur le trône parce qu'il provenait ries nulles. On dérida alors que ee n'était point le degré ni la qualité de mâle, mais la descendance directe des mâles combinée avec le degré qui rendait apte à régner, l.a couronne fut dévolue de mâle en mâle par ordre de primogéiiilure ;oe qui devînt une maxime fondamentale de IT'.tat, et le mit à l'abri de ;;ueiTcsdy;iastiqiics qui avaient été et qui continuèrent à être très-fréquentes dans d'un très |i;iv.i.
I.i guerre ayant donc éclaté en i3'i) entre les deux monarchies , d'abord à cause du contact îles territoires et subsidiaireiiient à cause des prétentions réciproques au même héritage royal, Kdotiard III prit le titre de roi île France. Cette guerre, qui eut lieu pendant plusieurs années sur la frontière de la Flandre, sur celle de la Guyenne et en Bre-
(agne, obligea Philippe de Valois à établir la gabelle. Les élats généraux lui accoi dètcnl , tant (jue la guerre durerait, sur la vente des boissons et sur le ad, un droit eu vertu duquel le roi attribua à la ronronne le monopole de eette dernière denrée et créa l'admit!»! ration des gabelles. .Mais cet argent ne lui sitliit pris, et II altéra les monnaies, dont Philippe le Long avait donné aussi le monopole à la couronne, en rachetant le droit de monnayage c|u'avaieut les barons, et en faisant prendre leurs coins pur ses baillis. 11 confisqua également 5o,ooo florins à son trésorier des Essarls, et 4oo,ooo aux
devantles troupes mieux organiséeldel AngLerre.lidouard'lH gagna , en J jiti, contre Philippe de \ alois, la lia taille de Crécy, à la suite de laquelle il prit Calais, et son fils, le prince de ('■al les, gagna, dix ans après, celle de Poitiers contre le roi Jean , qui y fut fait prisonnier.
Ce désastre et la captivité du roi Jean furent le signal d'une insurrection générale contre l'admiiiislealioii monarchique. Pendant le long travail de la composition de la France, la li jfre !i n'n ia I i-ioc consistant dans l'autorité t'uvalc, et l'exercice de l'autorité royale dépendant de celui qui en était investi, si le roi était majeur, il y avait progrès du système monarchique; s'il était mineur, captif ou fou, accidents dont l'un devait être fréquent dans une monarchie héréditaire, et dont les autres étaient possibles, il y avait réaction contre ce système. Ce double phénomène s'est coïts tain il! eut reproduit,
et sa répétition a été une loi de cette monarchie. La dé-
faite de Poitiers et la captivité <1» roi Jean, ayant fait tomber
tratif et les impôts qu'elle avait établis depuis le commeiiceinent du siècle devinrent l'objet d'un décliaiiicmciil universel. Sous lit minorité de saint I .(.mis , la rovautc avait été attaquée par la noblesse territoriale réagissant eutitre les eom pietés de Philippe-Auguste, et de Louis VIII ; sous Louis le Hutin, elle avait été contrainte à des rétrocessions par la féodalité politique réagissant eontre les inst limions judii'iaiies de saïllt Louis et de Philippe le lie]. Cette lois la contestation porta , non sur l'accroissement, du territoire cl. sur l'organisai ion lie lu jusliee, mais sur I iaipùl e! sa perception, el elle Jiit soutenue inoins par la noblesse <pic par le tiers état. Le soulèvement eut lieu surtout de la part des hourgeoîï contre l'administration nivale dans le; états ivpohlieai ns de i .'loti, les villes étant devenues assez puissantes pour se mesurer à leur tour avec la monarchie.
Pour Lien comprendre cette réaction, il faut connaître l'état de la classe urbaine et celui du commerce auquel elle devait en grande partie son développement et sa liberté. Le commerce a été le principal fondateur des municipalités républicaines du moyen âge dans le midi, au centre et dans le nord du continent Hétabli d'abord sur le littoral de la Méditerranée, il présida à l'émancipation des villes (pli y étaient assises. Les denrées de l'Inde, qui arrivaient en Europe par les comptoirs grées de l'Kgvple ;iv;iat l'invasion des Arabes et par Constantinople, n'y furent plus apportées depuis que de eet te dernière ville. Lesniarebandsd'Amalli au VI1« siècle, de Venise au VI [I e , de Pise et de Gènes au IV, allèrent les cherchera ( Constant utopie, pour les vendre ans Occidentaux. Leurs villes agrandies
34 po.™,, rc.MR.mn
par )e commerce formèrent les premières républiques du moyen âge. An IV siècle, les califes, ayant de nouveau ouvert la route de l'Egypte, les navigateurs méridionaux nllluèi eui à Alexandrie, qui devint avee Coiistantinople l'entrepè.1 des marchandises de l'Orient. Cela dura jusqu'aux croisades. A celle époque, les Knropéens s'éiaut emparés des rôles de la Syrîe, le commerce de l'Orient s'agrandit, et les Italiens ne le firent pas seuls. Les Provençaux, les Languedociens, les Catalans y prirent part, et les villes qui s'élevaient dans le golfe de Lyon , serinèrent aussi en républiques marchandes. Marseille, Arles, Saint-Gilles, Montpellier, Narbonne, Barcelone imitèrent les cités commerçantes de l'Italie qui, les
la nouvelle libel lé. I.e mouvement commercial ne va jamais seul. Il provoque par l'offre des déni ées étrangères une production plus grande des denrées indigènes , afin de pouvoir opérer l'échange et un surcroît de travail sur les matières, soi! indigènes , soit étrangères , pour les mettre plus à portée de la consommation. lin un mot, en donnant le désir de satisfaire des besoins nouveaux , il eu fait trouver les moyens. Aussi des villes agricoles se développèrent et des villes ma-
iimI.j ,f, •. *i l'.ir i -nt j ...I. .!•-. iilli* f. s
[.'augmentation de la culture, l'accroissement îles métiers, rendirent la population plus considérable et plus riche, et élevèrent au rang de républiques, l'orme de ■jouveruemenl de la société urbaine , des villes qui étaient des seigneuries.
Ce grand mouvement commercial eut lieu d'abord dans la Méditerranée, et développa la civilisation des pays qui
bordaient cette nier. Ce fut lui qui rendit si précoce et si brillante la prospérité tlt l'Italie et du Languedoc. Le reste du continent participait, quoique d'une manière bien faible encore, aux. bienfaits de ce commerce. Les marchandises de l'Asie et du midi de l'Europe étaient portées des cotes méridionales de France dans I intérieur du [>;iys ■ de Gènes îi Bruges pour lu Flandre et le Nord ; et de Venise à Augsbourg pour l'Allemagne. Mais bientôt il s'opéra une sorle de révolu-
lia l'Océan à la Méditerranée et le Nord an Midi. Cette révolution fut le passage du détroit de Gibraltar par les riai igateuri de la Méditerranée, passage qui devint régulier vers la fin du XUI P siècle, et qui ajouta la route de mer aux routes de terre, si défectueuses ut si longues. La Flandre fut le point de débarquement des navigateurs de la Méditerranée, et bYuges devint leur pi incipal entrepôt. Les villes des eûtes de la Baltique, qui s'aduniiiiient à la pèche du Imeeug, portèrent eu Flandre le poisson salé îles mers du Nord el Imites les denrées de l'extrémité septentrionale du continent, | e s bois, les goudrons, le chanvre, les pelleteries, ele. Elles reçurent en retour les denrées de l'Asie et du midi de l'Europe. L'échange de toutes les marchandises dit monde se lit alors eu Flandre où furent apportés les épiceries de l'Inde, les soies, les aluns, les verreries, les fruits de l'Italie , les laines de l'Angleterre et de l'Espagne, les vins, le pastel, les fruits secs, le lin, le sel de la France, les fers de l'Allemagne, les pelleteries, les poissons secs, les goudrons, !e chanvre de l'Europe septentrionale. Xoii-seulement le trafic de ces diverses marchandises s'opéra eu Flandre, maïs ce fut dans le même pays qu'elles furent manufacturées, en sorte que les Flamands reeurent
les matières brutes et les rendirent transformées par leur propre travail. Les villes s élevèrent et s'a gran dirent par enchantement. Les manufactures de draps, de toiles, de dentelles, de quincaillerie, se formèrent dans toutes les villes de l'intérieur (jui cruitii iqiiaient avec la côte par les rivières
Flandre et les provinces qui reçurent plus tard le nom de Pays-Bas, devinrent, à cause de cette situation merveilleuse qui les rendit le grand marché du Nord et du Midi , la contrée la plus peuplée et la pins riche de lliuropc. Les villes s'y pressaient, et il y en avait plusieurs qui, comme Bruges, Gand, Liège, pouvaient mcllre eu campagne plus de vingl mille, hommes armés. Aussi, dès le commencement du XIV siècle, Philippe le Bel , qui s'était momentanément emparé de la riche province de Flandre, ayant fait sou entrée dans Bruges avec la reine sa femme, celle-ci, surprise du
riche costume des bourgeoises de la ville
Qu'est ceci'.' 1 Je pensais vire seule reyi.
le et j'en trouve ici
pur cent. Les Pays-Bas qui ne contenait
nt que douze villes
et quelques camps sous les Romains, et
qui étaient presque
couverts de forêts sur la totalité de leu
■ surfase, durent à
la civilisation ecclésiastique d'abord, et à
la civilisation coul-
mereiale ensuite, c'est-à-dire, aux inoin
es qui défrichèrent
le pays, et ans bourgeois qui necrureni
leur industrie, de posséder dans le XV !
ièéle trois cent ciù-
quante-huit villes, parmi lesquelles il y
eu avait deux cent
huit de murées, sis mille trois cents villages à clocher, outre les villages moindres et les hameau*.
La plupart de ces villes formaient de véritables républiques. Celles des bords de la mer d'Allemagne et de la Balti-
ET POLITIQUE DE LA HUHCE. 3j
que s'étaient aussi constituées démocratiquement à mesure qu'elles étaient entrées dans la révolution commerciale qui , au nord comme au midi, avait affranchi les villes de la domination seigneuriale et leur avait permis de se donner une organisation indépendante. Sni\aiile-di\-srpt de ces républiques se confédérèrrnt vers le milieu du XIV" siècle sous le nom de ligue hanséatiqne. Celte ligue, qui se rendit maîtresse du détroit du Sund, eut un gouvernement, des flottes, un trésor, produit des contributions levées sur les villes confédérées , et put lutter avee les plus puissants souverains. Elle fut divisée eu quatre quartiers : le quartier vandale, renfermant les villes situées le long de la Baltique, avant Lubeck à sa tête; le quartier du Rhin, dont Cologne était le chef-lieu ; le quartier de la cote d'Allemagne, dirigé par Brunswick; et le quartier des villes de Livouie, qui l'était par Dantzick. La ligue avait quatre grands comptoirs établis à Iiergen en Norwégc, à Novogorod en Russie, à Bruges et à Londres. Elle comptait, outre les soixante-quatre villes qui composaient la ligue, quarante-quatre villes confédérées et vingt villes alliées en France, en Angleterre, en Flandre, en Espagne et en Jtalie, indépendamment des villes
Tel était le mouvement républicain que l'extension du commerce du sud au nord avait développé dans la partie septentrionale du continent au XIV- siècle. Pendant la même époque, l'indépendance des villes du midi de l'Europe était compromise ou détruite. Elles succombaient sous une puissance politique et militaire plus forte qui présidait à lu formation des États. Au XII' siècle, les villes du Midi avaient surpris cette puissance dans un grand état de débilité, et elles
s'étaient affranchies, comme cela arrivait au XIV e siècle dans le Nord qui, étant plus récemment organisé, éprouvait plus tard les mêmes révolutions, et où les villes devaient être contraintes plus tard aussi par la puissance publique à rentrer dans ] Ktat. El) Italie, la plupart des villes tom lièrent dans la dépendance a» XIV* siècle. Celles du royaume de Naplea furent assujetties par les rois de ce pays, celles de la haute Italie, par les Yisconti , les Carrara , les marquis d'Esté ou les Vénitiens , celles du centre par les Florentins.
En France, la même révolution s'était encore plus complètement opérée, parce que la puissance royale y était plus
.forte. Presque tontes les villes, qui formaient des républiques lorsqu'elles étaient enclavées dans des souverainetés féodales, avaient perdu de leur indépendance au moment où l'agrandissement de la couronne les avait enveloppées dans
■le territoire royal, lîlics avaient conservé des maires électifs au nord et des consuls au midi, mais la souveraineté leur avait été enlevée en ce qui touchait la justice et les armes. Elles avaient reçu dans leur sein des prévôts du roi dont l'administrai ion souveraine s'était établie à coté de l'admi-
iiustration locale de leurs nfiicici s municipal!*,. Le bailli avait été chargé de nommer un capitaine général pour le bailliage et un capitaine particulier pour chaque ville de son ressort. C'était entre les mains de ce dernier que les armes des bourgeois devaient être déposées pour leur être données en cas de besoin. Jugées par les baillis, surveillées par les prévôts, commandées par les capitaines royaux , elles avaient été sonsubsides qu'elles avaient, il est vrai, accordés elles-mêmes par leurs députés dans les états généraux. Elles étaient ainsi ren-
trées dans l'Etat par l'administration de- la justice , le service militaire, ia contribution à l'impôt, et par leur dépendance sur tous ces points des ollîciers rovaux. Il n'y avait, à proprement parler, plus de républiques eu France comme il y en avait eu dans le XII* et le XIII e siècle; il n'y avait plus que des villes s'administrant dans leur intérieur , ayant des
Au sud de la France , le comte d'Anjou , monte sur le trône coïiital de Provence, avait détruit les privilèges des républiques de Marseille , d'Arles, etc., après nue longue guerre dans laquelle elles avaient été vaincues, et qui avait marqué le commencement de leur décadence. L'expédition contre les Albigeois et la conquête du Languedoc par les Fi aurais avaient fait dépérir les villes de ee pays, qui, depuis lors, n'avaient pas pu soutenir plus que celles de Provence la concurrence commerciale avec les villes d'Italie et de Catalogne. Les villes de l'intérieur et du nord avaient seules prospéré à cause du voisinage de la Flandre, Paris, qui était une ville de formation royale, s'agrandissait à mesure que la couronne étendait sa domination sur le territoire. Sa population, croissant avec la puissance de la monarchie, s'était répandue de l'Ile de la Seine , où elle était concentrée au commencement de la troisième rare, sur les deu* rives de ce fleuve, et avait acquis une administration particulière sous le prévôt des marchands, dont l'importance s'était accrue dans le XIV e siècle, car jusque-là c'était le prévôt royal de Paris qui y avait exercé toute l'autorité. Excitées par l'exemple des villes flamandes, mécontentes des impôts nouvellement établis et qui pesaient sur le commerce et sur la consommation, les villes, ayant Paris à leur fête, se servirent contre l'administration de la couronne, et
4t> IOHMATIO* TftfilUTOnULE
qoiume moyen d'indépendance, des états généraux auxquels la ronronne avait eu recours pour les soumettre à de nouveaux impots Kilcs n'agirent pins, ainsi qu'elles l'avaient fait au XII' siècle, en républiques isolées, raaUen classe bourgi oise forte (le sou ensemble, île son nombre et de sa richesse.
Les iStatt généraux de i355, assemblés à Paris en i356, après la bataille de Poitiers et pendant la captivité do rai Jean, furent entièrement démocratiques. Jusque-là, les états n'avaient pris aucune part au gouvernement du royaume. Convoques sans aucune régularité par la couronne, lorsque le besoin d'argent rendait urgente la concession d'un subside momentané qui se changeait bientôt en impôt fixe, ils accordaient au roi ce qu'il demaodait, et leur assemblée était
qu'ils n lois, sut
dissoute. Ils se souciaient jicu d ètr e l'étaient jamais que (mur donner de prenant la royauté dans un de ses gra
l'argent. Cette nds moments de
faibles»
i, les étals attaquèrent l.ardimcut l'(
irdre de choses
ivait nouvellement établi. Ils sattrib.
t et le jugement ils accordèrent
de tous
e vote de l'impôt, mais m perceptior les débats qu'elle ferait naître. Ainsi
une aiti
s pour la formation d'une année de
d'armes
, mais ils nommèrent des élus pour
les provinces et
des coin missai res gàiù-aii.i- pour le royaume, chargés de la levée de cet impôt, de la surveillance de son emploi, et de la décision de tous les procès qu'il ferait naître. Ils s'emparèrent aussi de l'administration de la justice en matière. d'impôt. Mais ils ne se bornèrent point là, ils obtinrent la destitution et l'emprisonnement de vingt-deux des priueipaux ofliciers delà couronne, et ils envoyèrent des commissaires dans les provinces pour y poursuivre aussi les divers agents
de la royauté. Voulant assurer leur pouvoir par leur permanente, ils s'ajournèrent à des époques fixes et périodiques. Il est à remarquer que, dans cette réaction, le gouvernement isolé des diverses classes île l'Etat se trouvait déjà tellement ruiné, qu'aucune d'elles ne songea à le rétablir, et qu'elles attaquèrent la couronne non plus en lui opposant le régime des liet's ou des municipalités, maïs en employant contre elle l'instrument même dis étuis généraux et en exerçant l'admi-
in . ii il ■- ié li i. . i - I . ni'liq'i r i .■■ 1 yi ;n . .1
prouve que l'opposition à l'ordre monarchique, qui avait été particulière on locale jusqu'à la lin du XIII" siècle, avait pris un caractère plus général au XIV e , c'est-à-dire que le pays était devenu plus homogène à mesure que son gouvernement s'était plus concentré.
La domination des états ne pouvait guère durer. Le dauphin Charles, que son père avait nommé sou lieutenant général et qu'il investit ensuite de la régence, avait été ohligé de quitter Paris. Les trois ordres de l'État, qui s'entendirent d'abord contre l'administration royale, restaient encore trop profondément séparés par leur organisation , leurs moeurs, leurs intérêts, pour Dépasse diviser bientôt entre eux. C'est ce qu'ils lirent. L'ordre des bourgeois, dirigé par le prévôt des marchands, Étieune Marcel , continua seul l'insurrection, et les paysans se soulevèrent pendant ce temps contre la noiileH.se par la Jar.qitericAjK.i Anglais ravageaient impunément le royaume, et venaient jusqu'aux portes de Paris. Le pouvoir royal, qui était le pouvoir régulateur et défensif, étant suspendu, les classes, qui n'avaient encore que lui pour lieu, étaient déchaînées les unes contre les autres, et l'Etat, qui n'avait que lui pour défenseur comme pour formateur, était en proie à
4 2 FORMATION TBRBtTOaiALE
l'ennemi étranger. Aussi les divers ordres du royaume, sentant, après nette épreuve, l'impuissance dans laquelle ils étaient de gouverner et de s'entendre, vinrent se ranger successivement sous la bannière royale. La noblesse et le clergé commencèrent et aidèrent le dauphin à vaincre la Jacquerie. Lu bourgeoisie cllc-ménie se défit de son chef Marcel, au moulent où il allai! livrer Paris au\ Anglais, cl rappela le dauphin dans la capitale du royaume.
Ce prince, qui a obtenu le surnom de Sage, constitua plus fortement l'ordre monarchique à l'issue de cette crise. Il rétablit les anciens impôts avec. le consentement des états royalistes assemblés à Compicgne, en i3 r >g, et par simple ordonnance en i3(îo. Il rendit invariable le prix de la monnaie, il fixa l'impôt de la gabelle au 5" sur le sel, celui des aides à douze deniers par livre de marchandise , et au i3' sur les vins et les boissons. Il y ajouta, neuf ans après, une taille ou fouage de 4 fr. d'or pour chaque feu des bonnes villes, et i fr. et demi pour chaque feu du plat pays. Cet impôt fut personnel et étendit le système. L'administration du domaine royal fut régularisée. En i3ao, Philippe le Long avait déjà ôté aux baillis la recette domaniale dans laquelle était entré, en i3i8, l'affermement des greffes, des notariats, des tabellionages, et il avait nommé dans chaque bailliage un receveur, ce qui avait divise les fonctions. Charles V créa, en 1378, trois trésoriers du domaine et quatre conseillers, qui formèrent la chambre du trésor, parce qu'il y avait une justice particulière organisée pour chaque administration. Il conserva les élus et les généraux des aides qui ne furent plus des députés du peuple, mais des officiers royaux, auxquels il donna des gages ainsi qu'aux grè-
nctîers et aux contrôleurs des gabelles, aux trésoriers et aux receveurs du domaine , aux receveurs et aux sergents des tailles. Cette administration que nous verrons ébranlée un moment sous la minorité de Charles VI, et complétée sgus Charles VII , lorsque les guerres anglaises furent entièrement
«institué, celle administration peut être considérée, comme presque fixée sous Charles V. La couronne avait travaillé à la fonder depuis le commencement de ce siècle.
Les subsides établis par Charles V avaient surtout pour origine la guerre. Ils servirent d'abord à combattre les Anglais; ensuite à payer la rançon du roi Jean, qui monta à trois millions d ecus, outre la cession de la Guyenne, du pays de Tiirhes, de l'Agéuois, du Querey, du liouergue, du Périgord, du Limousin, de l'Angouiuois, de la Sahitonge, du Poitou, du Pontliieu, de Calais , du comté de Guines et de beaucoup de seigneuries qu'obtinrent les Anglais par le traité de Brétigny ; etilin, à reprendre sur eux les provinces qui leur avaient été accordées. Ce prince habile ayant en effet recommencé la guerre en l3Gy, leur enleva presque toutes les provinces qu'ils avaient récemment exigées. Il lit, surtout à l'aide de du Guesclin, la conquête du Ponthicu, du Rouer gue, tin Querey, du Limousin, du Poitou, de I'Angoumois, de la Saintonge, de la Bretagne, et d'une partie de la Guyenne. Il répara ainsi, après le rétablissement delà royauté, tous les désastres territoriaux et politiques qu'elle avait essuyés pendant sa suspension. Il parvint à envoyer en Espagne et eu Italie une partie des bandes qui devaient leur formation à la guerre , et qui vivaient à discrétion dans le pays. Il disciplina le reste, et par l'ordonnance de Vincennes, en 1 3/3, il créa des compagnies
44 FORMATION TUHR1TOBIALE
d'oiilimniincp ou de gendarmerie qui subsistèrent sous son règne et <|ui furent le noyau d'une année permanente. De cette manière il l'oiiimi'iicn I r s : t ;i 1 tl i s.k(tii< ii r <lu nouveau svstèmc militaire de la couronne.
- Mais le règne de son fils, Charles VI, remit tout en question, et -lit ajourner ln consolidation et l 'achèvement de cet ordre de choses jusqu'au règne de son petit-fds Charles VII. Jamais la royauté ne fut frappée d'une suspension plus déplural >k' que sons Clin ries VI , qui moula au trône mineur, et qui roccupanisnite pendant vingl-liull ans en état de démence. A son avènement, les impôts établis depuis Philippe le llel furent abolis. Comme ils avaient été créés pour faire face à des besoins réels et croissants, il fallut bien y revenir; mais l'essai de leur rétablissement amena dans Paris l'insurrection connue sous le nom de Maillotins , à cause des maillets que le peuple dans sa fureur alla prendre à l'hôtel de ville pour marcher contre les fermiers des impôt s. Ces impôts restèrent abolis jusqu'à la fin de i3H-j.. A celte époque, Charles VI, ayant battu à Roosclieke les Flamands qui s'étaient insurgés contre leur comte, traita en maître victorieux, et irrité les Parisiens , qui avaient lait secrètement cause commune avec eux, et qui attendaient l'issue de cette campagne pour se déclarer contre le roi , si elle lui avait été défavorable. Il entra dans Paris à la tète de ses troupes, désarma les bourgeois, leur enleva les chaînes de leurs rues, punit de mort plusieurs de leurs chefs, leur imposa une dure contribution, et rétablit de sa pleine puissance les impôts indirects, qui subsistèrent sans contestation depuis ee dernier acte de résistance.
Mais à peine sorti de l'état de minorité, Charles VI tomba en état de démence (i3oa). L'autorité royale fut de nouveau
paralysée, et la France replongée dans le désordre et la guerre civile. Le caractère nouveau de cette guerre est digne de fixer l'attention. Kilo ne lut plus entreprise par les seigneurs territoriaux revendiquant l'indépendance et la législation des fiefs ; ils avaient été vaincus à plusieurs reprises ilxins le XIII" siècle par la couronne qui avait conquis une grande partie du territoire féodal, institué un nouvel ordre judiciaire, et créé une nouvelle forme de gouvernement provincial. Elle ne fut pas entreprise non plus par les bourgeois supposant aux établissement» financiers de h monarchie:
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des états de i356' et l'insurrection presque générale des villes et des campagnes; par Charles VI, après !a tentative
Maillolins. L'administration linaiieièrc avait décidément prévalu dans ce siècle contre la bourgeoisie qui avait à en supporter le fardeau , comme l'administrât ion judiciaire et provinciale avait 1 riomplu: dans le siècle précédent fie la mihlcsse territoriale dont elle avait ruiné l'indépendance. Par qui doue cette guerre fut-elle suscitée, et quels étaient les éléments de discorde qui restaient tic la France féodale, ou qui avaient été introduits dans la France monarchique? T* voici :
La couronne n'avait pas £.ïi'dé toutes les provinces qu'elle avait acipiises par la conquête, par des donations , par des achats, ou par héritage. Au lieu d'être distribuées en sénéchaussées ou en bailliages , plusieurs de ces provinces étaient redevonues des fiels par les apanages.
Depuis les grandes conquêtes exécutées par Philippe-Auguste et par Louis VIII, que Louis IX avait consolidées et étendues, la monarchie n'avait pas cessé de s'agrandir. Sous
4C FOHMATION TESBITOlUiE
Philippe le Bel, elle avait acquis la Marche, le Périgord, k Champagne, la Brie et le Lyonnais; sous Philippe le Ixmg, le comté de Poitiers précède m m eut ilonné en apanage à ce prince; sous Charles te Bel, le comté de la Marche qui avait aussi été aliéné en sa faveur connue apanage; sous Philippe de Valois, le comté de Valois qui formait l'apanage de sa branche , lus comtés d'Anjou et du Maine qui lui avaient été cédés par le comte de Provence, roi de Naples, à la paix, de Tarascon, en dédommagement de ses droits sur l'Aragon; le Dauphiné, que Hnmbert IV avait réuni en 1 348 à la France, à condition qu'il conserverai! tous ses privilèges, et que le fds aîné du roi, jusque-là appelé duc de Normandie, en serait
li il ■ ii p-.rl' i-.il I- l lu wi^n- .Ip Mt-iit-
pellier, qu'il avait achetée la mèinc année aoo,ooo éeus d'or, de don Juymc d'Aragon, qui en était propriétaire. Sous le roï Jean, enfin , la couronne élail rentrée en possession du duché de Bourgogne, par l'extinction de la maison du Rouvre tirant son origine de la dynastie capétienne.
Ainsi la monarchie avait continué ses accroissements, soit par de nouvelles acqnisiiùms, soit par le retour à la couronne de beaucoup de provinces apanagées. L'attraction territoriale qui joint toujours les petites masses aux grandes, exerçait de plus eu plus sou action, et la mort corrigeait pur l'extinction des branches, la politique imparfaite des apanages. Cette politique, qui amena de grands troubles dans l'Etat et une des plus redoutables crises par lesquelles ait
dit qu'elle rapprocha les pays, et qu'elle fut pour beaucoup d'entre eux , dont l'incorporation immédiate à la couronne éuil trop (iiOinlc, le premier acte de la conquête monarebi-
que et la première introduction de la dynastie sur leur territoire. Mais outre cet avantage elle en eut un autre considérable. Elle permit de poursuivre sans discontiniiation le grand travail de la formation de la France) en perpétuant la dynastie qui l'avait entrepris, et qui se serait plusieurs t'ois éteinte, si elle n'avait pas trouvé un moyen de se renouveler dans les hranches apanagées. Ce renouvellement a eu lieu quatre fois : lorsque la branche des Valois a remplacé la ligne directe éteinte en la personne de Charles le Bel; lorsque la branche des Valois, finie à Charles VIII, a été remplacée par la branche des Valois-Orléans à l'avènement de Louis XII, et par un autre rameau de cette branche à l'avènement de François I" ; enfin, lorsque la famille de François I", anéantie dans son dernier petit-fils Henri III, a trouvé, pour la continuer, la branche des lïonrbous qui était détachée du tronc royal de-
A cette époque, toutes les familles apanagées ayant formé
tour, s'éteindre sur le trône, et il ne restait plus aucun autre descendant de la maison de Hugues Capet, qui, soit avant, soil après saint Louis, avait couvert le territoire de ses rejetons. Trois dynasties bourguignones, deux dynasties poitevines, trois dynasties angevines, deux dynasties provençales, une dynastie bretonne, une dj nastie languedocienne, et plusieurs dynasties d'Artois, de Dreux, de la Marche, du Berry, toutes sorties de cette maison féconde, avaient disparu, ainsi que la dynastie mère, qui fut alors continuée par son dernier rejeton. On conçoit facilement dès lors que, sans lesapanages, la dynastie ne se serait pas perpétuée pendant sept cents ans, et que sans la dynastie l'organisation de la France et de la
monarchie aurait été différente. C'est la fiïité de la dynastie qui a mis tant de suite dans son action, et qui a amené une des choses les plus grandes qui se soient vues, la formation d'un pays poursuivie et exécutée pendant six siècles, sans interruption, dans ses progrès.
Mais si la monarchie prolita, sous un rapport, de l'établissement des apanages , elle en souffrit extrêmement de l'autre. Le roi Jean qui, par la défaite de Poitiers, l'exposa à un si terrible ébranlement, lui prépara des troubles futurs en créant une nouvelle série d'apanagistes. Il avait quntre fils, et il aliéna en faveur des trois derniers plusieurs provinces anciennement réunies ou nouvellement retournées à la couronne. Il donna au second , Louis , l'Anjou et le Maine; an troisième, Jean, le
maisons d'Anjou et de bourgogne. Les nouveaux princes apanages , joints aux dues de lionrbou, deilrctagne, ans comtes d'Artois, d'Lvreux , qui descendaient aussi de la dynastie capétienne, et renforcés par le due d'Orléans , second lils de Charles \ , augmentèrent singulièrement le nombre des souverains territoriaux issns de la famille royale. Comme ils étaient parents du roi , et que l'administration de l'État valait alors la peine d cire exercée, ils se la disputèrent pendant sa
douiiii naissance aux guirrcs eiiiles îles Armagnacs et des ISiini gi lignons. I ,e due d'( )rlcans et le due de lloiii gogue qui furent les deux priurq x eonipélitcurs de 1 autorité, devinrent les chefs des deux laelions des princes dn sang, de la noblesse et du peuple, qui se rangèrent sous leur bannière.
ET POLITIQUE I>F. LA PBANCE. (Jij
Cette guerre civile ne fut doue point une résistance à l'administration royale, elle fut une dispute pour son exploitation. Elle fut entreprise, non par la noblesse féodale, ou par la bourgeoisie indépendante , niais par [es nie m lires de la la mille royale. Tel fut le caractère principal de cette période de sanglantes discordes. Les deux partis et leurs chefs recherchèrent également la possession de l'autorité et la direction desaffàirrssoiislenoni du roi, frappé de folie. Ils s'adressèrent alternativement aux Anglais, quand ils étaient les plus faibles. Il est cependant à remarquer que le parti d'Orléans , auquel, après la mort de ce prince , le connétable d'Armagnac donna son propre nom, et qui devint , après le meurtre du connétable, le parti du dauphin, pencha beaucoup plus pour le maintien de la monarchie, de sa force et de ses principes; tandis que le parti bourguignon rallia à lui les débris de la féodalité vaincue, de la bourgeoisie assujettie, dénatura la
Glissements et les maximes. '
royaume , entre les deux partis , dont l'un représentait un peu pins le nouveau système social , et l'autre un peu plus l'ancien. Elle se compliqua à celle époque. Les Anglais, depuis la mort d'Edouard ilien 1^77, jusqu'à l'avéncnieiil de Henri Y, en i4l4, avaient été en proie à des dissensions intestines. On aurait même pu leur enlever ce qu'ils occupaient encore en France , si la minorité et la folie de Charles VI n'avaient pas interrompit l'habile dépossession entreprise par Charles V. Mais en i4i">, ils eurent à leur tète un roi jeune, vigoureux et entreprenant. Henri V redemanda les provinces cédées à
l'Angleterre par le traité de Brétigny, et, sur le refus qu'il essuya, il déclara la guerre à la France. Il gagna la bataille dTAzîncourt, aussi meurtrière que la bataille de Poitiers, et qui fut suivie de conséquences plus désastreuses encore. Le penchant des deux partis qui divisaient l'État, se montra alors plus clairement. 1-e duc de Bourgogne, le due de Bretagne, et les bourgeois de Paris, se prononcèrent pour Henri V, qui , par le traité de Troyes, fut reconnu le successeur de Charles VI, dont il épousa la fille Catherine. La guerre prit dès ce moment un nouveau caractère. Après s'être violemment disputé l'administration, on contesta tout le système monarchique. Les établissements de la couronne furent détruits , l'ordre de succession fut violé, et le territoire, dont elle avait péniblement réuni les parties, tomba de nouveau en pièces. Tout cela ne dura qu'un moment, pendant lequel les restes du moyen Age, groupés autour du dernier représentant de l'ancienne féodalité, triomphèrent des lents travaux de plusieurs siècles.
La guerre fut d'abord favorable au parti anglo-féodal, et Henri V régna plusieurs années dans Paris après la mort de Charles VI. Mais il descendit lui-même au tombeau avant d'avoir pu consolider sa conquête et son usurpation. Il n'avait même pas pu entamer les pays d'outre-Loire, qui étaient restés fidèles au dauphin. Il laissa un fils mineur; et bientôt la haine qu'une domination étrangère inspira à la noblesse; la crainte que donna l 'accroissement démesuré de la puissance anglaise- au duc de Bretagne et à tous ceu\ qui s'étaient déclarés contre la monarchie par esprit d'indé|ieiKbnn>e; l'adoucissement que le temps apporta aux ressentiments du duc de Bourgogne, ennemi du dauphin à cause du meurtre de son
pire Jean sans Peur, tue sur le pont de Montcrean ; le malaise que causaient uu peuple la continuation des troubles et les dévastations de la guerre, malaise plus grand que celui qui pouvait provenir des exactions monarchiques, ramenèrent successivement tous les partisans des Anglais sons 1 ; ■ bannière de Charles VII. Les troupes de ce prince s'étaient d'ailleurs mieux organisées pendant cette longue guerre, et elles ne craignaient plus la rencontre de leurs anciens et constants vainqueurs, dont la supériorité avait été due, pendant un siècle, non a plus de bravoure, mais à un meilleur ordre militaire. A dater de i4ao , levée du siège d'Orléans, Charles VII marcha de victoire en victoire. 11 se fit sacrer à Reims, conquit la plus grande partie du pays qu'occupaient les Anglais au nord de la Loire, détacha de leur cause le duc de Bourgogne en 1 4^J par le traité d'Arras, entra dans Paris en i43(i, organisa le royaume et l'année, s'empara en i4'|i> de la Normandie, et en i45o de la Guyenne qu'il enleva aux Anglais, dont l'expulsion du continent fut définitive en i453.
Charles VII joua dans la seconde période des guerres anglaises, le même rôle qu'avait joué Charles V dans la première. Charles V, par sa prudence et les victoires de ses lieutenants , avait annulé les effets de la défaite de Poitiers et du traité de Brétiguy, comprimé l'insurrection bourgeoise de l35C et le soulèvement des paysans, rétabli l'inlégrilé de l'ancien territoire de la monarchie, et restauré sou système d'administration. Charles VII répara , par son habileté et par ses succès militaires, la désastreuse défaite d'Azinconrt et les suites non moins funestes du traité de Troyes. Il conquit le royaumesur les Anglais, et il termina, comme elle devait l'être à la fin, cette grande question territoriale agitée depuis près
de trois siècles de la conquête de la France p;ic les rois d'Angleterre, ou ili; l'expulsion des Anglais du continent par les rois de [''ranci', tli tti- question t'at enfin résolue sous Charles VII , conformément il la force des deux antagonistes sur le continent, et aux indications du passe. Quoique souvent forcée de rétrograder et bien pics d'être vaincue , soit dans lit lutte territoriale , soi t ( 1: i ris la lui te politique, la royauté était toujours sortie de chaque débat avec des domaines plus étendus et une puissance pins forte. I.a résistance l'avait retrempée au lieu ilt l'affaiblir. Klie lui avilit toujours permis, en dernier résultat, de s'avancer un pas de plus sur le territoire, et de faire un essai pins précis de son système d'autorité. Cette répétitif m constante du même phénomène, cette ruine si souvent imminente delà monarchie.toujourssuhied'an triomphe signalé de sa part , prouvait que de son coté était la Ibrce, qu'à elle appartenait l'avenir et à ses adversaires le prisse. Or, le propre de la résistante du passe est toujours , en mettant le présent en péril, de l'obligera un grand effort qui l'affermisse par un progrès, ("est ce qui arrive à toute puissance nouvelle qui agit dans l'intérêt ou d'un pays ou du monde. I .'ancienne monarchie, dont les destinées ont été si grandes, passa par cette série de résistantes el île triomphes jusqu'à ce qu'elle eût terminé son imposante el glorieuse tâche au XVIII e siècle, eu rciuiissant un lerritoii'c démembré et en formant une nation
D'après cette règle constante, dont le retour et l'ap-
monarchie ayant surmonté, sous Charles VII, la double réaction politique et territoriale qu'avaient essayée contre elle le parti bourguignon et le parti anglais, dut renforcer
créé dans le XIV e siècle fut complété , et rendu permanent [Kir l'institution des tailles perpétuelles, enfin qu'une organisation militaire appropriée à la monarchie prit naissance et remplaça l'organisation militaire delà féodalité.
Saint Louis avait institué, comme nous l'avons vu, le nouveau parlement que Philippe le Bel avait rendu sédentaire, auquel il avilit Ji\é deux sessions par an, et qu'il avait divisé en chambres, coufi» niénient aux (onctions diverses ([u'il avait à remplir. Sa eomposition était restée en grande partie féodale jusque sons Charles V. Ce prince avait rendu le parleaient perpétuel, et par suite mis fin aux élections annuelles de ses inerul)rcs, cjiiî s'appelaient conseillers. 1,'état de conseiller fut (lès lors à vie, ce qui sépara naturel le ment l'exercice <Jcs «nues tic l'e\evciee ilr- U justice, et f'nrra les barons à élu >i sir entre le métier de combattre et celui de juger. Ils préférèrent comme de raison les armes à la judicature , et cédèrent lu place aux légistes, qui dominèrent dès cette époque dans le parlement. Ceux-ci , de rapporteurs qu'ils avaient été jusque-là , devinretn jiij;es; t:i robe longue, qui était leur vêlement, remplaça inclusivement comme costume parlementaire la rohe courte des gens de guerre. Les gradués ecclésiastiques formèrent les conseillers-clercs à la place îles prélats que Philippe le Long avait, dès i3ao, exclus du parlement pour les obliger à résider dans leurs diocèses; et les gradués de la bourgeoisie formèrent les conseillers-laïques à la pince des barons. La couronne eut dès lors dans toutes ses cours de justice, depuis la pins inférieure jusqu'à la plus haute, des officiers qu'elle avait choisis et qu'elle gageait. Elle n'y eut plus de vassaux.
Sous Charles VII, cet ordre judiciaire fut accommodé aux besoins du royaume agrandi , par le démembrement du parlement universel et I» formation de parlements provinciaux qui localisèrent les appels et opposèrent, dans rdiaque ancien grand centre féodal, une liante magistrature à la classe seigneuriale, Charles VII, pendant la durée des troubles, avait établi un parlement temporaire à Poitiers, pour la partie du royaume qui lui était restée fidèle. En 14/17, e " *"stilua un dans le Midi, sur la demande des états du Languedoc. Ceux-ci alléguèrent la distance qui les séparait de Paris, et la différence qui existait entre le droit écrit qu'ils suivaient, et le droit coutuniier, sous 1 empire duquel vivait le nord de la France. Charles VII fixa le siège de ce second parlement à Toulouse. Il prit aussi l'engagement, en i4Si, lorsqu'il occupa la Guyenne sur les Anglais, d'établir à Bordeaux une cour souveraine, qui n'y fut érigée que onze ans après, par Louis XI. Mais en 1 453, le conseil delpliinal créé par Humbert IV en l3<j°i lut constitue en parlement, et à la fin du siècle, ia Bourgogne ( i^ti) , la Normandie (i/jo,n), la Provence ( [ Soi ), obtinrent des parlements souverains, établis à Dijon, à Rouen, à Aix. La Bretagne, qui fut la dernière province réunie à la couronne, eut, à dater de i4«5, des grands jours tenus par des conseillers de Paris; mais elle n'obtint un parlement qu'en 1 'i'ij, épi it pie à laquelle le système judiciaire devînt complet.
L'organisation financière nouvelle, rendue indispensable par la création d'une vaste administration judiciaire et par la nécessité de solder la noblesse dans les guerres prolongées , fut fondée, comme il a été dit, dans le XIV' siècle. Philippe le Bel institua, sous le nom de droit de haut passage
ET POLIOQUE DE LA FBANCIÎ. 55
et Je rêve, les douants des frontières, dont les revenus s'appelèrent traites foraines. Philippe de Valois organisa l'ait ministration des gabelles sur le sel , dont la couronne conserva depuis le monopole. Charles V changea en impôt permanent l'impôt provisoire des aida, sur la lente des marchandises et sur les boissons, accordé par les états généraux au roi Jean. Il en rendit monarchique l'administration , que les
il changea les députés du peuple en officiers de la royauté. Mais la division territoriale en élections et en généralités pour la levée des impôts, s'est maintenue connue division financière jusqu'à la révolution de 1 789. Elle embrassait tous les paya qui faisaient alors partie de la monarchie , à l'exception du Languedoc, qui conserva ses états particuliers. Les états du Languedoc lurent maintenus, parée que, convoqués séparément de ceux de la Langue d'Oîl pendant le XIV siècle, ils aidèrent toujours avec empresse ni eut la monarchie dans ses besoins, et lui restèrent fidèles dans ses temps de désastre, la couronne ne cessa point de leur demander les subsides qu'elle réclamait de celte partie du royaume, et qui lurent votés pur les élals et levés par leurs délégués, lin cela le Languedoc fut assimilé au Danphinë, à la Bourgogne, à la Provence, à la Bretagne, au liéarn , qui , ayant des états
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eu stipulèrent le maintien dans leurs traités d'union. Ces diverses provinces ayant le privilège du vote et de la levée de
l'impôt, furent appelées pays d'états par opposition aux pays d'élections, c'est-à-dire, aux provinces composant la monarchie avant la réunion de ces derniers. Dans les pays d'êleetïuns , les états généraux cessèrent d'être convoqués après qulls eurent établi chaque ordre d'impôts. La couronne en continua l:i levée et eu augmenta même seule la quotité.
Ainsi, les douanes, les gabelles, les aides, abolies un moment à l'avènement de Charles VI, furent violemment rétablies par ce prince. Après les guerres civiles et les guerres iiuLiliiises, pendant lesquelles ces trois sortes d'impôts ;iv;ticiit été eutniiriés dans le naufrage commun à toutes les institutions de la monarchie, Charles VII leur donna une organîsiilion régulière et définitive, [.'impôt sur la consommation fut fixé au vingtième du prix du vin, du poisson, du bétail, des draps, du bois , en gros, et au quart au détail; sa perception fut distincte, comme elle l'avait été depuis l'origine, de son ;idmimslr;ilion judiciaire. Cette dernière donna naissance au tribunal des élus en première instance, et à la cour des aides en dernier ressort. Charles VII institua la cour des aides de Paris et celle de I ,;uiguedoc qui siégea à Montpellier. Plus tard, il y eut à peu près autant de cours des aides pour juger les contestations et les délits auxquels donnaient naissance les impôts indirects, et autant de cours des comptes, pour régler tout ce qui concernait la perception des impôts et des revenus du domaine, qu'il se foraia de parlements.
Charles VII ne rétablit pas seulement tous les anciens impôts sur les marchandises et sur la coiisoinrmilion, il convoqua, en l44C les états généraux, pour leur demander la l'impôt personnel des tailles, destiné à solder e armée permanente. Les états généraux y consentirent,
et la taille perpétuelle, affectée à !a solde de troupes régulières, fut établie. On la leva par fcun, et la distribution du royaume en élections et en çéiicrttliti's pour la perception des aides, servit à la perception de la taille. Dès ce moment, la taille féodale t |ui , levée autrefois jusqu'à iitrrri cl nihrricurilc, pouvait l'être encore arbitrairement par les seigneurs sur les hommes de leurs terres, fut entièrement supprimée. I^es féudataires reçurent l'ordre de s'abstenir de toute imposition de taille. Il leur fut également interdit de ne rien ajouter pour leur propre compte à la taille royale, en la retirant de leurs sujets, La taille perpétuelle ne monta jamais, sous le règne de Charles Vil, au delà de 1,800,000 livres, et elle servit à tenir sur pied io,5oo hommes d'armes et ij,ooo archers.
La formation d'une armée régulière et permanente fut un événement majeur dans l'histoire de la monarchie. Elle constata ses progrès et changea encore sur ce point son organisation. Charles Y, placé dans de* ei in instaures analogues à relies où se trouvait son pctit-lils, avait essayé, comme nous l'avons vu, par son ordonnance de Yincenncs, en 1373, de rendre monarchique l'armée féodale. Mais l'a e co 111 plissement entier de ce grand dessein était réservé à Charles VII. Le système militaire avait éprouvé bien des changements dans la composition des troupes, la nature des armes, l'ordre de bataille, la durée du service, l'art d'attaquer et de défendre les places, et il subit alors une révolution encore plus décisive.
I* système militaire d'un pays est ordinairement l'expression de son état, et la composition de l'armée est l'image assez, fidèle d'un peuple. Pendant les deux premières races , l'infanterie avait dominé, parce que les Francs formaient une
58 FORMATION TERH1TOH1ALE
nation et notaient pas une noblesse. Sous la troisième race, l'aristocratie îles propriétaires ayant formé la noblesse hiérarchique des (iris, les villes et les campagnes étant tombées clans la dépendance et la servitude, l'infanterie populaire avait disparu , et elle avait été reaiplacée par la cavalerie, uniquement composée de noblesse. L'année féodale était profondément distincte de l'année franque. La supériorité de celle-ci consistait dans l'action d'une masse organisée, tandis que le mérite de celle-là était dû à la force et à l'adresse de l'individu. La même cause qui avait décomposé le territoire et localisé le pouvoir souverain par le régime des fiels, avait désorganisé l'année et isolé le guerrier par la chevalerie. Dans ce nouvel état de choses, il avait fallu suppléer au défaut d'ensemble par une grande puissance personnelle, et protéger le guerrier isolé par un habile système déi'cnsif. Les longs exercices militaires, auxquels le jeune gentilhomme su livra dans le château jusqu'à lVi^e de vingt et un ans, lui apprirent le maniement du cheval , de la hache, de la lance, de la massue, de l'épée, sons le poids d'une lourde armure; l'endurcirent, le rendirent robuste, souple, intrépide, irrésistible dans son choc. Une armure impénétrable, qui le couvrit de pied en cap, le défendit comme une place forte, tout eu lui laissant la liberté de ses mouvements. Il eut, comme l'ancien cavalier gaulois, un écnyer pour l'armer et pour conduire ses chevaux de rechange, des l'olitilliers, des pages, pour le relever; ce qu'il ne pouvait pas faire lui-même, s'il était renversé de son destrier. Jusque vers le milieu du XIll' siècle, celte armure défensive fut composée d'un casque appelé heaume, qui couvrait la tète, le cou et îe visage; d'une chemise de doubles mailles polies et fourbies, descendant jusqu'au-dessous des genoux, nom-
ET POLITIQUE DE LA FRANCE. 5g
met haubert, continuée par une chaussure de mailles qui garantissait 1rs jambes, et placée sur un pourpoint appelé giimlii-SDii , fait de taffetas on de cuir, garni de laine ou de crin, pour que la maille du haubert, quand elle recevait le coup de lance, fût amortie et ne pénétrât point dans la chair. Mais, vers la fin du XIII" siècle, l'armure défensive fut perfectionnée, et les lames de fer furent substituées nuit mailles. Au lieu du haubert et de la chaussure de mailles , le chevalier se revêtit d'une armure de plaques de fer modelée sur son corps, et composée d'une cuirasse, de brassards, de gantelets, de cuissards , de grèves , joints les uns aux. autres dans les articulations; le casque à la cuirasse par le hausse-col, la cuirasse aux cuissards par les lassettes, formant quatre raugs de plaques qui descendaient depuis te bas-ventre jusqu'à mi-cuisse , les cuissards aux grèves par les genouillères, espèce de rotule de fer, sous laquelle jouaient les cuissards et les grèves; enfin, les brassards à la cuirasse par les épaulières. L'intérieur de celte armure, appelée de toutes picc.rs , était matelassé, et il y avait un petit espace entre l'homme et le coffre à fer dans lequel il était enfermé.
Le guerrier noble fut de plus en plus défendu par cette armure. Mais il s'était opéré une révolution dans l'État qui en avait amené une dans l'armée. L'établissement des communes avait créé de nouveau un peuple , et l'introduction de ce peuple dans l'État avait ramené l'infanterie dans l'armée. Dès le commencement du XII e siècle , la milice paroissiale des villes avait été mise sur pied par Louis le Gros , et toutes les communes en se constituant s'étaient militairement organisées. Ces troupes bourgeoises participèrent aux diverses expéditions de la couronne pendant le XII e et le XIII e siècle, de-
60 FORMATION TERn ITOU 1*1.1!
puis Louis li' finis jusqu'il Philippe le lie!. Comme il y avait de l'union dans la société urbaine, beaucoup plus que dans la société féodale, elles étaient formées en compagnies, tandis que les chevaliers combattaient presque isolément. Mais ils eurent alors besoin de s'organiser à leur tour. Ln cavalerie composa Aesbatailles ou des compilâmes. Les ducs, les comtes ou barons eurent dans leurs corps plusieurs chevaliers bamierets , qui à leur tour devaient avoir sous leur bannière
vis chacun de deux hommes de cheval, dont la moitié devait combattre et la moitié garder la bannière. Cette cavalerie, rangée sous un chef, marchait au combat sur une seule file, c'est-à-dire eu haie, l'autre lile étant à une certaine distance
les rellres allemands et par les Espagnols.
Pendant deux siècles la couronne se servit de la cavalerie féodale et de l'infanterie des communes. Mais elle fut obligée de les solder, parce que ses expéditions étaient trop fréquentes pour qu'elle pût exiger le service militaire , et trop prolongées pour qu'elle pût se contenter de sa courte durée. Cesoudoienient qui coainicnça sous Philippe-Auguste , et qui devint de Plus en p| us indispensable dans le courant du Mil' siècle , amena une révolution dans le recru I émeut de l'armée. Tout en continuant à prendre tes hommes d'armes dans la noblesse , et lta gens de pied dans les communes, la couronne ne conv °<pia p|u s ]„ cavalerie féodale ou la milice urbaine. Elle leva 'es cavalic rs et les archers par ses officiers et ses capitaines, qui forma une transition entre l'appel fait aux feudataires
FT POLITIQUE DR LA FRANCE. 6l
ft aux bourgeois , cl l;i cirai ion tics compagnies d'ordonnance i't (1rs francs archers di-slinrs à être la cavalerie et l'infanterie permanente de ia couronne. Cette transition eut lieu dans le XIV siècle.
L'armée, ainsi soldée et recrutée tout en n'étant encore que temporaire , eut pour chefs les officiers de la couronne et les capitaines des compagnies , et non plus les comtes et les h;imn'!'<-ls. Au commencement de lu troisième race, le premier officiei-militairc de la monarchie était le sénéchal, qui était en inenir temps le premier officier palatin. Il commandait les armées et il gouvernait la cour. Cette charge subsista jusqu'en dans la maison d'Anjou, qui. depuis l o(in, cul îles délègues a|i| ici es M'nrciiiiii* île t'eauce, lundis que les comtes d'Anjou portaient le titre de grands sénéchaux. De 1 191 à laua ,
g eau de;, charges, à cause de 1 importance de chacune des fonctions qui la composaient. Le connétable hérita du commandement des armées , tandis que le grand maître eut le gouvernement du palais. Sous le connétable il y eut un maréchal pendant le règne de Philippe-Auguste , et deux pendant celui de saint Louis. Ce dernier nombre s'est maintenu jusqu'à l'ïaucois I". Saint Louis créa aussi un amiral comme chef de sa marine, un grand maître des arbalétriers qui comman-
ancienne et consistant dans toutes les machines de guerre u;-ité\s < liez les Crées et les Romains, pour l'attaque et la défense des pinces , machines dont la fabrication s'était constamment conservée et avait même reçu quelques perfectionnements. 11 faut joindre à ces offieiers h s capitaines de bandes que la couronne prenait temporairement à sa solde.
6a FORMATION TERRITORIALE
L'armée avait cessé en grande partie d'être féodale et communale, pendant le XlV'siècle, lorsque les étals généraux affectaient des subsides à la levée de tant d'hommes d'armes et de tant d'hommes de pied , que la couronne recrutait ellemême, ou qu'elle empruntait aux capitaines de compagnies qui les avaient formées. Ces compagnies, nées de la perma-
nence de la guerre , faisaient métier des ai
mes, loua
services et leur fidélité, et devrnaienl désastreuses poi
ur le pays
pendant les trêves on après la paix. Ces
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terme à leurs pillages autant que pour dm
rroée à la
couronne, que Charles VII opéra sa revu
tème militaire. Dès que les états d'Orléans,
chacune,
lui trois
archers, un éeuyer, un coutillier à cheval e
t un page
ou valet.
Chaque compagnie était dune de sept cent
capitaine, et les quinze compagnies montai
entùdix. »
cents cavaliers. Elles furent mises en garnison dans les places frontières du royaume. Elles marchaient par étapes lorsqu'elles allaient d'un lieu dans un autre, et étaient pa vées pur des commissaires des guerres. Dès ce moment la constitution militaire féodale fut changée, il n'y eut plus de bannerets, de bacheliers, mais des capitaines et des gens d'armes. L'ancienne chevalerie féodale fut remplacée j>ar les ordres royaux de chevalerie.
Cependant, comme le pusse ne disparaît pas tout d'un coup, l'ordre militaire de la féodalité se maintint encore quelque temps dans les baas et arrière -bans , comme son ordre judiciaire s'était conservé , tout e» s affaiblissant chaque jour de
ET POLITIQUE DE Li FRANCE. G3
plus en plus , dans les justices seigneuriales. Les feudataires furent quclqnelbis convoqués sous l'ancienne l'orme. Ils étaient conduits en rampiigucpar d-s h;iilli<i-t tes sénéchaux qui étaient leurs chefs, et remp liaient le service île leur lief pendant le» quarante jours fixés par l 'ancien usage. Cette milice était déjà complètement dégénérée sous Louis XII, et depuis lors jusqu'à sa dernière convocation en , elle se montra , par là défaut d'habitude de ta guerre , indisciplinée et peu courageuse dans les rare» occasions où elle fut employée.
Charles Ml, après avoir institué une cavalerie royale, voulut organiser une infanterie analogue. Il créa en , par
chers. Il exigea qu'il y eût dans chaque paroisse , un archer qui .serait exempt de taille et qui .s'exercerait tous les dimanches et Ions les jours de l'été à tirer de l'are. Ces francs archers devaient avoir une salade ou casque , une jacque ou justaucorps en cuir matelassé de laine, connue armes défensives, une dague, une épée, un are et une trousse remplie de dixsept carrelets ou tlèeiics , comme armes offensives. En temps de guerre, ils marchaient eu campagne sous des capitaines qui leur étaient assignés. Cette institution fut sans résultat, parce qu'il était impossible que des paysans ou des citadins isolés, s adonnant pendant toute la semaine à la culture de la terre ou il leur!; me tiers, et s'c\crran1 le di ma u elle aux urines, dei lussent de bons soldats. Il devait être bcaieoup plus difficile de remplacer les milices de la bourgeoisie déinoci',! tique et belliqueuse du XII* et du Xlll"siè-cle,que les chevaliers féodaux. La noblesse restait toujours nue classe militaire, n'ayant pas d'autre métier que celui de la guerre, et disposée à l'exercer pour le compte de la couronne, comme elle l'avait fait précédemment
6£ FORMATION TERMTOHULE
pour le sien. Il n'en était pas de même de la bourgeoisie. Le besoin de la défense et son organisation démocratique l'avaient rendue militaire en même temps qu'industrieuse , dans ce moyen âge où la guerre et la souveraineté furent universelles. Mais le besoin de la défense avant cessé- par le retour de l'ordre et par la pacification intérieure que la moiiiircliie avait opérés, la bourgeoisie perdit son organisation indépendante et ses mœurs belliqueuses en changeant de situation et (le destinée. Elle s'adonna uniquement au commerce, aux métiers et à l'exploitation de l'administration royale. Dès qu'il n'y eut plus de peuple politique, il n'y eut plus d'infanterie. Les francs archers, qui auraient formé un corps de 16,000 hommes, ne purent pas subsiste!' et remplacer 1rs nu h ces communales. Louis \ I essaya vainement de s'en servir. Il les mit sous les ordres de quatre capitaines généraux, le bailli de Mantes, le bailli de Meiun , le sénéchal de Beaucaire et le seigneur de l'Isle. Chacun d'eux commanda l\, 000 archers distribués par corps de :jou sous un capitaine particulier. Louis XI se vit contraint de renoncer à cette milice, qui était divisée en archers et arbalétriers, et en piejuiers. Il la cassa en îfjSo.
Hais ïl s'était formé un peuple dans les montagnes de la Suisse, et avec lui une inlànterie qui avait triomphé des hommes d'armes de la maison d'Autriche et de ceux de la maison de Bourgogne. Ce fut parmi ces montagnards aguerris, qui n'ayant plus à se défendre ne pouvaient se maintenir belliqueux qu'en faisant la guerre pour autrui , que Louis XI alla former le noyau de l'infanterie de la couronne. Il prit à
vaincu Charles le Téméraire à llransoiiet à Mural - cl, pour les tenir exercés, il les réunit dans un camp au l'ont-de-l Arche,
ET POLITIQUE DK l,K KRANCE. G5 avec 10,000 fantassins français qu'il ]ie laissil pins épars Sur le territoire comme les francs archers, etavecy,5oo pionniers. Cette armée fut soumise à une discipline rigide , comme en temps de « utTii.',<-t exercée aux manonvres militaires. l.ouîsXI éleva la taille , qui n'avait pas dépassé 1 ,800,000 livres sous Charles VII , parce que son infanterie des francs archers n'e-
1 1 ■ 1 M. , s U ;.||. f [., ,|, pljj
une somme assez, forte à l'artillerie, qui devint considérable sons sou règne. Les compagnies d'ordonnance se maintinrent et donnèrent à la couronne la meilleure cavalerie de l'Ku rope.
n'eurja loi de'leur classe et la règle deleureondnite, militai-
parables dans l'usage de la tance, elle vainquit la cavalerie de
adopté l'ordre profond et solide des escadrons, cl qu i lles l'eussent opposé à l'ordre mince des haies de la gendarmerie française. Une organisation plus parfaite triompha alors d'une bravoure plus grande, et la cavalerie des ordonnances ne reprit sa supériorité qu'en abandonnant à la fin du XVI' siècle l'ordre ancien pour adopter à son tour l'ordre nouveau , qui était un progrès militaire.
S'il y avait une classe, celle de la noblesse, pour recruter la cavalerie , il n'y en eut point pour recruter l'infanterie. Celleci avait été levée durant tout le moyeu âge parmi ces paysans aguerris, obligés lie faire le guet et la garde dans le château de leur seigneur et de le défendre, et auxquels Louis XI interdit ce dernier service féodal ; elle l'avait été parmi ees bourgeois belliqueux qui, en se formant en communes, s'étaient distribués en milices, afin de pourvoir à la sûreté de leurs villes
FORMATION TEHRITOBIIlLE
et à leur indépendance contre les barons du voisinage, et que Charles V et Charles VI avaient désarmés après ijiie leurs prédécesseurs les eurent mssuji ttis. Propriétaire de la presque totalité du territoire et chargé de la défense commune, le roi avait transformé les vassaux des campagnes en simples cultivateurs, et les bourgeois en m;irili;iii(is et eu artisans. Par leur destitution politique, la noblesse avait été rendue aux armes, et la bourgeoisie au travail.
Le recrutement de l'infanterie devait donc être toujours plus difficile, à mesure que la classe bourgeoise s'éloignerait davantage du temps où elle alliait les mœurs militaires aux mœurs laborieuses et la guerre à l'industrie. Aussi Louis XI fut- il obligé de renoncer à l'infanterie éparse des francs archers établie par Charles VU, et Charles VIII à ce qui restait rie national dans le corps d'infanterie de Louis XI. Charles VIII acheva de prendre les gens de pied dans les pays étrangers, qui avant un peuple avaient de l'infanterie. Les villes impériales d'Allemagne avaient conservé encore leur constitution démocratique ; elles avaient toutes une milice organisée sur le modèle suisse, une artillerie, un trésor, des munitions et des vivres pour soutenir un siège d'un an. Charles VIII recruta dans les milices allemandes le reste de son infanterie, et il ajouta les lansquenets aux Suisses. Mais ce système d'une infanterie étrangère et stipendiée présenta de grands inconvénients dans les guerres d'Italie, où le moindre retard dans la solde la détournait de sa fidélité, ce qui porta plus tard l ouis Ml et François I™ à reprendre l'essai d'une infanterie nationale.
Louis XI, qui fut le continuateur de Char 1rs VU, et qui modifia l'infanterie de la royuiîé, donna de plus .1 celle-ci une
ET POLITIQUE DE LA FRANCE. (jy
garde, et la pourvut d'une abondante artillerie. Charles VII avait institué la première compagnie des eent lances écossaises, LouisXI institua la première compagnie des eent gentilshommes. Il sépara de ces deux cents lanciers les quatre cents archers qui leur étaient attachés, et il les forma en compagnies de gardes écossaises et françaises. Quant à l'artillerie, il s'était opéré une très-grande révolution par l'application à la guerre de la poudre, dont l'emploi avait été borné d'abord aux feux d'artilîcc. Cette révolution, qui devait lentement changer la nature des armes, le système de fortification et de défense des places, et l'organisation des armées, avait commencé dans le XIV 0 siècle. L'impulsion esobjets lit songer à s'en servir comme d'un moyen de projection. On l'enferma dans le fond de grands tubes de métal ou de pierre ouverts à l'une de leurs extrémités, et l'on plaça immédiatement au-dessus d'elle des boulets de métal ou de pierre, qui furent lancés avec une force terrible quand on mit le l'en à la poudre par une petite ouverture disposée vers l'extrémité fennec du tube. On nomma ces nouvelles et redoutables machines, mises en usage en i3i4 pour la première fois, bombardes, à cause du bruit de leui 1 détuimlion. Elles furent d'abord sans alïùi , immobile*, et sen irent à défendre les places ou à les h ■■ - en brèche. En i346 , elles furent employées par les Anglais à li bataille de Crecy. Mais leur défaut de i i il'' et leur petit nombre: rendirent leur emploi peu décisif pendant tout le cours du XIV* siècle. Il se passa près de cent ans aiaut que la nouvelle découverte, appliquée d'abord à l'attaque des tilles, ensuite à l'attaque des corps d'armée dans une bataille, fournit une arme iudivi-
ClS FORMATION TERRITORIALE
Quelle. Ce second pas dans l'emploi Je la poudre se fit au commencement du XV siècle, époque où l'on passa de la bombarde au canon on coulevrine, ainsi nommé à cause de sa ressemblance arec la l'orme de la canne et celle de la couleuvre. Ces canons manuel», qu'on appuyait sur des fourchettes de fer, se perfectionnèrent à leur tour, et, eu se combinant avec le pied de l'arbalète, ils donnèrent naissance à ] 'arquebuse , qui fut beaucoup plus maniable quoique bien imparfaite encore. 1,'arqiirlmse partait ail moyen d'une mèche allumée qu'un ressort menait en mouvement et abaissait sur le bassinet. Ce mécanisme complique , qui rendait si ditlicde ou si peu cfiiiinindi- l'ns.jgc de l'arquebuse, se mamtiril jusqu'à la découverte du rouet qui, dans le XVI* siècle, ne produisit plus le feu avec une mèche, mais au moyen d'une pierre de silex. Celle-ci , par la détente du rouet, s'abat tait sur la platine, et faisait jaillir des étincelles qui enflammaient la poudre du bassinet. Au rouet , placé au côté opposé à la crosse, fut enfin substitué, au XVII" siècle, le chien, qui fut le dernier ptTiirtiomicmcnt de ee mécanisme.
I,e canon à main lut employé en i^o4- En i4l ' , il y avait 4,ooo coulcvrines ou cannes à main dans l'armée du duc d'Orléans, et les Suisses en avaient 10,000 à la bataille de Moral. Au XV' siècle, la monture du gros canon n'avait pas
changer l'ancien système de fortifications à simples fossés et à tours rondes, par le système de for li fi cation s à bastions, à angles et à ouvrages avancés, ce qui n'arriva qu'à la fin du XVI" siècle, et l'arquebuse n'était pas assez perfectionnée, assez mobile, pour faire abandonner les anciennes armes en les remplaçant, comme armes offensives, par ult
ET l'Ot.rrlQUlî DE L* IBAltCE. (k)
feu constamment nourri; tomme armes défensives, par la haionnette qui ne fut trouvée qu'au XVII* siècle. C'est alors seulement que la révolution produite par l'emploi de la poudre fut achevée dans la fortification des places, le perfectionnement des armes à feu, l'abandon des armes anciennes et l'organisation militaire. Cependant au XV= siècle la poudre fit délaisser tontes les machines de guerre de l'antiquité, comme les batistes, les catapultes, les béliers, pour la (lombarde; et les galeries extérieures servant à l'approche des places, pour les tranchées. Charles VII et Louis XI eurent une artillerie considérable, et ee dernier substitua le grand maître de l'artillerie au grand maître des arbalétriers rjui existait depuis saint Louis, ce qui marqua le passage du système d'attaque des places fondé sur la mécanique ancienne , au système nouveau fondé sur la découverte et l'emploi de la poudre à canon.
Ainsi la couronne eut une administration judiciaire, des revenus fixes, une armée permanente. Elle avait divisé le pays judiciairement en prévotés et ehâtellenies comme juridiction de première instance pour les villes et les campagnes qui lui appartenaient; en bailliages ou sénéchaussées, comme juridiction de deuxième instance; en parlements, comme juridiction suprême et de dernier ressort. Elle l'avait distribué, sous le rapport financier, eu élections et en généralités, destinées à la perception des impôts domaniaux, indirects et personnels. Elle avait des grenetiers et des contrôleurs pour les gabelles; des élus et des généraux pour les aides; des receveurs pour les tailles et pour les domaines; des inspecteurs pour surveiller les employés des finances; des trésoriers pour la garde du produit des divers impôts;