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ET POLITIQUE DE LA FRANCE. Jl
pendante. Mais, comme le clergé restait le seul ordre de l'État avec une constitution républicaine, il devait tôt.ou tard subir un sort analogue à celui des deux autres ordres, et devenir de clergé démocratique clergé royal; semblable en cela à la bourgeoisie, dont les municipalités avaient été di'lrintcs et qui fournissait à la couronne une classe judiciaire
été abolie, et qui était devenue l'itnuée île la royauté. C'est ce qui eut lieu sous François!.". Par sou concordat avec Léon X, en 1 5 1 7 , ce prince obtint le droit de nommer à tous les évei llés , ii timles les abbayes , et à tous les béneliecs. Des lors, la constitution démocratique du clergé de France fut détruite, non plus au profit du saint -siège, mais de la couronne. La centralisation du pouvoir fut accomplie à peu près en même- temps que la réunion du territoire. Le clergé devint monarchique comme la bourgeoisie et comme la noblesse, en perdant à son tour l'indépendance qu'il s'était donnée lorsque les diverses classes du pays s'étaient organisées isolément.
La couronne, en fur niant un ordre politique nouveau sur les débris de l'ordre social du moyen âge, n'en poursuivit pas avec moins d'ardeur la conquête du territoire. Elle trouva plus de facilité pour le réunir dans l'accroissement de
armée qui lui appartenait exclusivement. Ce fut en effet, après avoir fondé l'administration monarchique, en augmentant les parlements et les cours des aides, en réorganisant les bailliages et les prévôtés, en décrétant la pragmatique sanction , en rétablissant tes impôts indirects et en créant les tailles perpétuelles, en lin , en instituant les compagnies d'orio.
FOHMATJON TEHH1T0MALE
donnance et les francs archers, que Cliarles VII fit la conquête de la Normandie et celle de la Guyenne sur les Anglais, qui avaient repris l'une depuis les troubles civils et constamment gardé l'autre.
Louis XI continua , à cet égard comme en tout le reste , le système de sou père, non plus contre les Anglais, mais contre les apanagistes qui étaient les derniers grands adversaires de la couronne. Les dynasties provinciale!) issues de la maison régnante avaient suscité les troubles sous Cliarles VI, favorisé le triomphe des Anglais, compromis l'existence de la monarchie et de son administration. A part les barons du second ordre de l'intérieur du royaume, et quelques souverains des pieds des Pyrénées, comme les comtes de Foix et de Cominges, les sires d'Albret et les comtes d'Armagnac, qui seuls appartenaient encore à l'ancienne féodalité, les grands propriétaires de territoire qui subsistaient en France, descendaient pur les mâles de la famille capétienne. Tels étaient les dues de Bretagne, les ducs de Bourgogne, qui possédaient, outre le duché dont ils portaient le nom, la Franche- Comté, le comté de Charolais, la Flandre, le Haïnaut, le Rrabanl , el tons les Pavs-Bus ; les émules de Provence, qui étaient au même temps maîtres de l'Anjou et du Maine; les ducs de Bourbon, qui avaient le Bourbonnais, le Fore/,, la principauté de Dombes, !e Beaujolois, le Danpliiné d'Auvergne et la Marche; les ducs d'Orléans et les ducs d'Alençon. L'ébranlement donné à l'Ktat par les apanagistes avait averti la couronne de changer de maxi me à leur égard. Itlle exécuta alors la réunion du territoire aux dépens des apanagistes, comme elle en avait fait auparavant la conquête sur les souverains féodaux. Celte seconde réunion, qui lit rentrer définitivement
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les provinces dans l'JÎlat , eut surtout lieu sous Louis XI. Ce prince habile sentit paria item eut la position nouvelle de la couronne , et les seigneurs territoriaux, comprirent aussi par lentement la leur. Il s'engagea dès lors entre eux une lutte prolongée dont l'issue fut favorable à Unis XI.
Privés de l'assistance dis rois d'Angleterre, qui venaient d'être expulsés du continent, les apauagistes, ayant à leur tête le duc de Bourgogne, cherchèrent à reulurm' leurs rangs. Ils prirent les armes contre Louis XI, et l'obligèrent à donner la iNonnandie eu apanage à son frère, par le traité de Conilans. Louis XI ayant éludé l'exécution du traité de Conflans, ils .lui arrachèrent, par celui de Péronne, la promesse de céder la Champagne et la Brie à son frère, en échange de la Normandie, liullii , Louis XI n'ayant pas été plus lidèle aux clauses du traité de Péronne qu'il celles du traité de Cimihms, ils le forcèrent, par le traité de Tours, à remettre la Guyenne, la Saïntonge et l'Aunix entre les mains de son irère. Contraint cette fois par leur obstination ù investir son frère de cet important apanage, il le lit empoisonner pour le lui reprendre, et priver les anciens apanngistes de l'assistance de son nom. Doué en politique d'un esprit profond, et ayant des desseins étendus, quoique son caractère manquât de grandeur, familier, rusé, hardi, cruel, il acheva par tons les moyens de l'intrigue, de la violence, de la guerre, et du droit aussi , la réunion du territoire, Kiicorc dauphin, il avait, en i4'|M, acquis par les armes le Viennois, le Valentinois et le Diois dans la vallée du llhonc. Il reprit, en i4<io, moyennant 4°o,ooo écus d'or, les villes île Picardie, qui avaient été cédées par le traité d'Arras au due de Bourgogne. Après être rentré en possession de la Guyenne, en
?4 FORMATION TERHITORfÀf.E
147a, par la mort violente de son frère, il confisqua, en iiy3, sur la maison des Armagnacs, qui avait pris part à toutes les conspirations et ù toutes les guerres des apanagistes, l'Armagnac , le Pardiac, l'Astuniç, le Fczensac , le Fezensaget, le Elouergue. En 1^5, il s'empara de Perpignan. En i4/7i Charles le Téméraire, quatrième duc de la troisième maison de Bourgogne, vaincu par les Suisses, étant mort sans enfants mâles, ne laissant qu'une jeune lille pour héritière, il occupa le duché de Bourgogne, reprit l'Artois, le Cambresis, le Tournaisis, une partie du Hiiïnaut, et s'empara même de la Franche-Comté. En 1479, il réunit aussi le duché d'Anjou à la couronne. En i48l, il se fit léguer; la Provence et le Maine par le dernier comte de ce pays Charles 111, et n'ayant pas pu marier son fils unique, Charles VIII, avec Marie de Bourgogne, que leaélats des Pays-Bas tirent épouser à Maximilieu d'Autriche, (ils de l'empereur Frédéric III , il lui ménagea l'alliance d'Arme de Bretagne, héritière de cette province, ce qui en amena plus tard l'adjonction à la couronne. Afin d'éviter les troubles que pourraient susciter les deux familles apanagées de Bourbon et d'Orléans, seuls restes de toutes les autres, il maria ses deux filles avec les ducs de Bourbon et d'Orléans.
C'est ainsi que ce prince politique , moitié par l'influence de sou caractère, moitié par la faveur des circonstances, qui hissèrent à la même époque sans héritiers mâles les puissantes maisons de Bourgogne, d'Anjou, de Provence, et de Bretagne, contribua plus que tout antre roi, Philippe-Auguste excepté, à la formation matérielle de la monarchie. Phi lippe-Auguste avait agrandi le royaume au* dépens des dynasties féodales indépendantes; Louis XI 1 étendit en re-
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prenant les provinces occupées par les djnitsli<s sipnnagées. A dater du XIH f siècle, la royauté avait rompu l'équilibre fédéral de la France et débordé par divers côtés sur sou sol ; mais tout en acquérant sans interruption, elle avait différé d'atteindre les limites naturelles du pays, parce que, placée sous l'empire de lu constitution féodale , à laquelle remontait son existence, et qui était la règle originaire de son administration, elle aliéna une partie de ses conquêtes et refitles liefs par les apanages. A dater de la fin du XV - siècle, au contraire, la royauté s'appuyaut sur la constitution monarchique qu'elle avait lentement créée, abandonna le système des apanages, et soumit les parties du territoire qu'elle occupa de nouveau, à sa propre administration. Elle n'en lit plus des souverainetés particulières, mais des provinces de l'Etat, et elle atteignit presque sur to»s les points les frontières de la France.
Après Louis XI, auteur du dernier système d'accroissement territorial sans aliénation, les deux frontières de l'Ouest et de l'Est furent formées, et s'appuyèrent l'une à l'Océan, par la possession de toutes les provinces qui bordaient ses côtes , l'autre aux Alpes , par l'occupation de toute la vallée du Rhône, à l'exception de la petite enclave d'Avignon et du comtat Venaissin, qui appartenait au saiut-siége, et du comté de Savoie. lies deux frontières du Midi et du Nord étaient moins nettement fixées. Cependant, au midi, !e royaume s'étendait jusqu'à la Méditerranée, et sur plusieurs points jusqu'aux Pyrénées, dont les vallées septentrionales, formant les comtés de Foix, de Cominges, de Bigorre, de liéara, d'Albret, étaient^ occupées encore par des souverains
particuliers. A» nord, il aboutissait à la ligne monta rncii si? qui sépare les Pays-Bas de la France, par l'Artois, le Cambresis , la Champagne, la Bourgogne, [.a France était devenue un Ftat compacte, avec des limites assez, tia tu relies, et un gouvernement central assez, bien organisé.
Tout était cependant loin d'être uni sur le sol, semblable dans les mœurs, régulier dans l'administration. Les restes de l'ancien ordre de choses qui avait consisté dans le démembrement du territoire et dans l'isolement des individus, s'apercevaient encore partout. H y avait encore sur le sol beaucoup de petites souverainetés ; dans l'administration , beaucoup de justices particulières; dans l'armée, les l'eudataires de l'arrièreii in ; dans les ni ici us , beaucoup de violence , dïnsnbordina-
local, des pri\ iléges distincts. I,es trois classes du pays avaient perdu leurs gouvernements, sans perdre leur esprit de séparation. Chaque province ne voyait qu'elle dans le royaume, et chaque classe ne s'occupait que de son intérêt dans l'État. Enfin les passions et les vices des temps féodaux s'étaient conservés aussi.
L'ordre moral étant sacrifié dans cette période à la puissance
ni- 1. m- II- pin li t- .il-îi.t.iit |- .r I . , , . pu I .
justice était dans la force, et que les revenus consistaient dans le pillage des terres d 'autrui , et dans des exactions arbitraires
Jiuq-i i nu rn . i imv ni. \nr <*i pr ipr.-i '» «l'b r\C-*
et la rapacité avaient pénétré profondément dans les caractères, et semblaient avoir perdu par l'habitude ce qu'elles avaient de criminel et de dégradant. La nouvelle monar-
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(■hit avait donc, non à cause des institutions, mais a cause des hommes , des tribunaux et [jeu de justice, une administration financière et peu d'intégrité , une armée et peu de subordination, un gouvernement central et peu d'ordre. L'union était consommée sans qu'il \ eût encore homogénéité, et les formes du nouvel étal de choses étaient l'on dées sans que leur esprit eût encore prévalu , parce que les nueurs ancienne* se conservent toujours longtemps sous les institutions nouvelles, et ne disparaissent que lorsque celles-ci ont lentement créé les leurs.
Mais la France avait lait de grands progrès par l'établissement de l'ordre monarchique. L'abolition de la servitude des campagnes dans le XIV" siècle, avait eomplélé l'affranehis-
des provinces apanagecs à la couronne, 1ht lia lis portée de l'intérieur du royaume sur ses frontières, l-i destruction du gouvernement particulier îles classes prépara leur rapprochement et leur fusion. A l'isolement des États indépendants succéda l'isolement moins grand des provinces ; à la séparation des gouvernements , la différence moins marquée des classes. En un mot, par la réunion du territoire et la fondation il un gouvernement général , la royauté lit triompher le principe de la sociabilité, qui était le sien , du principe de l'individualité, qui était celui :le l'époque f'éoilnlu , et par suite la règle de la force. Ces résultats ne lurent atteints que peu à peu. Mais les tribunaux fondèrent la justice; la perina-
nence de l'armée conduisit à la discipline, la durée de l'ad-
.tr.ii>.-ii il .>f.Jf. ■ r h t.j.ii. .|iuH* jii- ? 'li* l.i • ■ Mi..riii' i
l'homogénéité de la nation. Il se forma des débris des anciennes elasses nu peuple nouveau, qui s'avança dès lors lentement mais sûrement vers l'ère de la liberté politique et de l'égalité civile.
TW DU TOME DEOX1ÈNE.