P . Sfl
(3) Préface des psaumes par Calvin, à la lin de sa Vie par Théodore de Bèze, p. 181.
-g ETABLISSEMENT DE LA HEFOUME
bu|>tisme auquel il voulait laire croire,
. , i ■ ■ „■„ i I n lu - Varillas , Hist. ueFraii-
i n, « Préface sur les psaumes , les motifs qui le dirigèrent ;
Vdd « W inconnu a Ml., comm. k» Feu- .«quel» on ! oit eu France beaucoup de personnes pieuses, eurent donne " r e Lcru7d^ers io11 ÎUI ft 1,croand '.' °° F ° 1 "' '* ! l ' o mi 1 "°' r ' ^
.. verement qii envers ^™*^ gleM ^.^ulemenila relicurn, mais tout " leu " r,1,tr ""' M " 1J ' 1 ' . . . V-.rtil!™ de mieliiui-s ronr-
. l'ordre politique. Comme je ™ï™ ^ J, afe
- lisans n'u-uil uiitre luit , " 1 1 11 '- ^ ^
- ces sainis martyrs- fût comme ensevelie par "PP^^ ^ ^
. geoit, et qn'à ^avenir .1, V^^^^ sllence nc poutro i,
■ pas ctree.ct.se ^V^'^^^^^^ ^
.. devant D,eu, ct d« l>^, ^ ^ ^ ^ ét[angères fus se„t . ta UU T ime ,„ dc leurs mau. « en prissent quelque
« «in c" alor - n». P» ™ J- « F"»» "™- ™ ?
( "' r f„,.„ H . qu'il est aujourd'hui ; mais ce neteit que
- asseï de travail , . . ' u 1 1 lui! simili de faire ton-
- noître à tout le ^* £ Tpe^nl'sT-A la fin de la Vie de CI;
■ par de certains tl,.tti.ui f r "n p ar Théod. deK^.P- ,8 *' ,B3
A GENÈVE. 7 g
d'eux l'intérêt et l'appui de 1 "A 1 1 cin ;i i^ne. Fidèle » ses projets d'obscurité, il publia ce livre sans y mettre son nom. Personne ne sut qu'il fut de lui. o Je le dissimulai ailleurs , dit-il, <i et j'en voulais user ainsi dans la suite, si peu je me pro « posois de me mettre en réputation par ce moyen (i).»
Mais la Providence renversa ses desseins. Elle l'enleva à son repos et à sa timidité, pour le produire malgré lui, et faire de cet homme sans ambition et sans audace le chef d'un grand parti et un iidiiti^ahle combattant , qui ne trouva plus de paix que dans la mort. « Dieu, dit-il, m'a conduit én telle o sorte , par divers détours , que jamais il ne m'a permis de
k pleine lumière (a). «Voici comment s'opéra ce changement si décisif dans sa vie et dans l'histoire du protestantisme.
Après avoir public son livre sur /' /intentant 1 iiii'-ii-imo, il était allé visiter en Italie la duchesse de Ferrare, fille de Louis XII (3), que ses rares connaissances avaient portée à embrasser les opinions évan^cliqucs. De retour à Ifâle, il avait entrepris un dernier et secret voyagé en France , pour se fixer
(1) Théodore de "èic, à la fin de la Vie de Calvin, p. 180. (a) Jïirf.,p.i8i,i8a.
(î) - De Basle, Calvin avec son dit compagnon vint en Italie et demeurèrent quelque temps à Ferrare. Là il "il madame la duclicase de Ferrare... laquelle l'ayant vu el ouï, des lois jugea ce qui en étuit, et toujours de- Seigneur. D'Italie ils revinrent derechef i Bule..... Or, quelque temps Netifchatel et à Genève Tliéod. de Ucie, Vie de Calvin, p. ao.
8» Établissement de la réforme
ensuite définitivement dans la retraite qu'il s'était choisi, y cultiver doucement son esprit , et servir de là sa cause par des livres à la composition desquels il se croyait plus propre qu'au gouvernement des hommes.
La guerre l'ayant empêché de revenir à liâle par la route ordinaire de Strasbourg, il fit un détour, et passa par Genève. Il ne devait y rester qu'une nuit. Mais Louis du T Net qu: s'y était rendu de son côté et qu'il y trouvai), ayant averti Farel de son arrivée, celui-ci se transporta sur-le-champ auprès de lui. Il l'invita à s'arrêter à Genève pour lui prêter le concours de ses lumières et de son ministère. Calvin s'excusa sur ses goûts, qui l'entraînaient vers étude, et son caractère, qui 1 éloignait des agitations et des luttes humaines. Il refusait sa gloire. -Là-dessus, dit-il « Farel, tout brûlant d'un zèle incroyable d'avancer' l'Évan- « gilc, déploya tontes ses forces pour me retenir, et ne pou- « vant rien gagner par ses prières, il en vint jusqu'à l'inique Dieu maudît ma vie retirée et mon b retirais en arrière, ne voulant lui ai- 1^0^" "T - rL '""." eCf!S5lle ' l ' e,ll ' oi <I ue j' e " reçus, comme si teu m eut saisi alors du ciel , par un coup violent de «sa main, me ht discontinuer mon voyage, en telle sorte « pour ant que sachant bien quelle éloit ma timidité et mon umeur réservée, je ne m'engageai point à faire une certaine
n frère A ni
ieulciuenl d'y |>uss(i- uns
mu dois celui ™ llitie, fil qu'il fm Cl
charge (]).» Celle charge qu'il refusait alors, et qu'il accepta plus tard, fut celle de prédicateur. Il ne consentit d'abord à rester à Genève que pour y professer la théologie.
Voyons main tenant ce que lit Calvin pour le protestantisme, que Luther avait établi, et pour la ville de Genève, que Farci avait réformée. Dernier acteur dans ce double drame, il l'ut dans le protestantisme, après Luther, ce qu'est la conséquence après le principe; d;nis la Suisse, après l''arel, ce qu'est la règle après une révolution, l.i providence, qui fait arriver les choses en leur temps et les hommes pour les choses, lui assigna le rôle qui convenait à son époque et à ses facultés, Calvin était petit et maigre de corps, d'un teint brun, d'un visage régulier et pâle, d'une organisation débile (2). H avait le front haut, l'œil étiucelant, l'ame forte, le caractère plus opiniâtre qu'intrépide, l'esprit vif, peu inven-
(1) Préface sur les psaumes par Cal™. — Ain fin de sa Vie, parTh.deBèic,
p. l83,l84. — Voicim etilFaiel . écrivant au ministre Fahry après la mort
de Cilvïn, lui ramnta cet incident décisif dans la s ic de Calvin et l'histoire du protestantisme : ■ Dieu me l'n fait rrnr 11er et contre ce qu'il avoit iléli-
■ hère i'i fait arrêter à Genève et s'en est servi là et en autre- part , étant
- presse d'une pan et d'autie ]iln.- h-j 1 1 eu ne ^ini'iir dire, et singulièrement
■ par moi qui au nom île lïieu lai pie.^e de luire rt prendre les affaires
■ qui étoient plus dures que la mort , et combien qu'il priât aucunes fois
- comme toujours il s'y est emploi e : iié.nMiiiiiun voyant que ce que je de-
■ prnmptemcnt que personne aie fjii . nupas\nnt non pas les autres seu-
- iemenl, mais sni-nicmr. Vie inédite de Fmvl dans lemanusc. n° iij; de
la bibliothèque de Genève.
(a) Papirius Masso, Vita Calvini.
8a ETABLISSEMENT DE LÀ RÉFORME
tif, mais très-vigoureux, une mémoire pro(ligie»se( i ), une logique puissante, le talent le plus clair, le plus méthodique et le plus frappant (a). Il aurait été incapable tic soutenir la formidable lutte que Luther engagea , avec un courage mêlé de tant d'adresse, contre un nrlursaii e qui n'avait jamais été vaincu. Il manquait de l'audace qui renverse, du génie qui invente, de la ilexible habileté qui conduit, et même, on peut le dire, de l'éloquence qui entraîne, toutes qualités que Luther avait à un degré émïnent. Il aurait été tout aussi peu propre à convertir la Suisse française, comme l'avait l'ait Farel, et à gagner une à une, ses vallées et ses villes, pendant douze ans d'un périlleux apostolat
Mais s'il n'avait ni le génie de l'invention, ni celui de la conquête; s'il n'était ni un révolutionnaire riimiiie Luther, ni un missionnaire comme Farel, il avait une force de logique qui devait pousser plus loin la réforme du premier, et une faculté puissante d'organisation qui devait acbever l'œuvre
(i) Il avait fortifié sa mémoire par sa méthode. ■ Il mangeoit peu au
il se lenoit encore quelque temps au lit, en remémorant et réunissant tout ee qu'il avoit étudié le soir.. Th. de Dèir, Vie de Calvin, p. .3. - Voici iv qu'en dil l'IiiMorit'ii l'allniliqiir iïloi'initmil ili- Hi/mmii] : I] lu: -f.intl jeûneur, même à sou jeune âge, soit qu'il le fit pour sa santé, soit pour avoir l'esprit plus à délivre, afin d'écrire, étudier el améliorer sa mémoire. A peine eut Calvin son pareil.. Ch. x.liï.VII, delà naissancede l'hérésie.
(a) - Il étoit homme bien écrivant en lalin et en l'rançois, et auquel notre langue françoise est grandement redevable pour l'avoir enrichie .l'une quantité de henui traits. Il étoit homme merveilleusement vers!: et nourri aux livres tic la Sainte-Écriture, e! tel que, s'il eût tourné son esprit à la bonne voye, il pourtrit être mis au parangon des plus signait-, docteurs de l'Église. - Recherches d'Ktiennc Pasquicr, tiv. VIII, ch. lt.
du second. C'est par là qu'il renouvela la face du protestantisme, et qu'il constitua Genève.
J'ai dit qu'il n'inventa rien. En effet, i! prit à Luther sa théorie de la jitstijù-iitinii dircticiuir; a Zv-ingle sa théorie de la présence spirituelle; aux anabaptistes leur théorie de ïinamissibiUté ( i ) du Saint-Esprit ou de la grâce, quand on l'avait une fois revue. De ces trois dogmes, très-légèrement modifiés et très-habilement fondus ensemble, il composa un système qui fut à lui , qui prit son nom , et pour l'exposition duquel je dois remonter un peu plus haut.
C'était sur le dogme de la rédemption que reposait le christianisme. D'après ce dogme, l'homme, porté au mal et condamné à la mort éternelle par l'effet de sou origine et l'inclination i ieiense de sa nature, avait eu besoin que Dieu envovàt son (ils sur la terre et le sacrifiât sur la croix pour lui, afin qu'il pût échapper au mal, et acquérir l'immortalité. Cette rédemption de l'homme par le fils de Dieu avait eu pour conséquences: les dogmes de la trinité, de l'incarnation , de la double nature de Jésus-Christ, etc., qui formaient son essence, on le christianisme par rapport à Dieu; et les sacrements, qui formaient son application, ou le christianisme par rapport à l'homme. Les hérésies des cinq premiers siècles avaient attaqué l'essence même du christianisme, parce qu'elles étaient une protestation de IVsprii philosophique contre les croyances incompréhensibles de la foi; les hérésies du seizième siècle n'attaquèrent que l'application du christianisme ii l'homme, parce qu'elles furent une pz'otestation de l'esprit moral contre les abus qu'en avait faits le sacerdoce.
(i) Eipiession consicrtic ei qui sigoilit qu'un ne puuviiit perdre le Siinl- Etprit quand on l'avail reçu. j | .
84 ÉTABLISSEMENT DE LA RËFOttMfî
La querelle entre Luther et le pape naquit en effet, comme on se le rappelle, d'une question d'application du christianisme, c'est-à-dire, de la distribution des indulgences. Ixr clergé romain ;iv;ui si t^uiië renient étendu les moyens de rachat. Ces moyens étaient réduits, dans la primitive Église, à quelques sacrements, fondés eux-mêmes sur des paroles précises de Jésus-Christ, Ils étaient les signes de l'action de Dieu sur l'homme pour le régénérer ; ils exigeaient la foi et commandaient la vertu. Ainsi le baptême ôtait à l'homme sa tache originelle par la communication de l'esprit de Dieu, en vertu de ces paroles : Quîcimijuc aura été baptisé et croira en moi ne mourra point éternellement. La pénitence, fondée sur ces autres paroles de Jésus-Christ à ses apôtres : Tout ce que vous aurez délié sifr la terre sera délié dans le ciel, offrait à l'homme qui, malgré sa régénération, avait manqué aux préceples de la loi chrétienne, un moyen de redevenir juste. L'eucharistie, instituée d'après la cène de Jésus-Christ avec ses apôtres, et qu'il avait recommandé de renouveler en disant que le pain était son corps et le vin son sang, mettait l'homme en rapport complet avec Dieu par la communication de sa propre substance.
Ce système aurait été incomplet , si le baptême , qui introduisait l'homme dans la société rachetée en lui donnant l'esprit de Dieu; l'eucharistie, qui l'y maintenait fortement en le pénétrant de son essence même; la pénitence, qui l'y faisait rentrer quand, malgré ces appuis, il avait succombé aux faiblesses de sa nature, ne lui avaient pas été conférés par les prêtre» successeurs du pouvoir de Jésus- Christ. C'est à quoi avait pourvu le sacrement de l'ordre, fondé sur la mission que Jésus-Christ avait lui-même donnée
aux apôtres, d'aller prêcher par tonte la terre, Je baptiser, de lier, de délier, tle renouveler la cène, et par l'envoi de son esprit après sa résurrection.
Mais le temps et l'homme avaient étendu ce système : le nom lire des sacrements avait été augmenté. Afin qu'aucun acte et qu'aucun moment de l'existence n'échappassent à l'action de Dieu, et ne manquassent d'un moyen de salut, la confirmation, le mariage et l'extrême onction avaient élé ajoutes aux quatre sacrements jn-iiuitULs. On était allé encore plus loin. On avait créé des moyens de saint qui devaient suivre l'homme après la mort même. Ou avait admis, sons le nom de Purgatoire, un lieu d'attente et d'épreuve, où les ames punies corrcctionnellement, pouvaient recevoir du prêtre, sans leur coopération, le, pardon de leurs fautes et la rémission de leur châtiment.
Par suite de cette nouvelle tendance sacerdotale, le salut n'avait pasétéattaclié aux sacrements seuls, mais à des oeuvres sans vertu, à des actes sans repentir, à des pratiques sans résultat. Des pèlerinages, l'invocation des saints, l'abstinence des viandes, certaines prières, certains vœux, des messes, des absolutions achetées, des indulgences répandues avec profusion et à prix d'argent, avaient affaibli la morale en facilitant le salut sans exiger la régénération de l'homme. C'est contre cette justification pécuniaire et mécanique qui ne changeait pas la vie, qui n'améliorait pas la conduite, qui assurait au chrétien son salut moyennant l'acquittement d'un impôt établi sur ses désordres, qui substituait l'action du sacerdoce à l'action de la foi, et des formes impuissantes à une croyance intérieure et élevée, que s'était prononcé Luther. Il avait cherché ailleurs la justification du chrétien,
et l'iivuit placée dans la foi. Il avait fait contre le christianisme sacerdotal ce que saint Paul avait fait, tfioo ans avant lui, centre le juduiMiic . réduit aussi à îles cérémonies qui accablaient la toi et à des pratiques qui dispensaient' de la vertu. Saint Paul avait dit : Nuits devons reconnaître que /■homme est justifié par la foi sans les œuvres de la loi (i). Luther avait égnli'iucnl comliminé les cbihtcs au nom (le la loi, et proclamé que l'homme ne gagnait pas son saint par sa conduite. Selon lui, l'homme placé sous la main de Dieu, recevait la foi de sa grâce, et le salât de son supplice sur la croix. Il n'était pour rien ni dans sa foi, ni dans son salut : créature faible, il était condamné au mal et à la mort, si la miséricorde de Dieu ne l'arrachait pas à l'un et à l'autre par un acte gratuit de sa puissance. De cette justification par la fol , et de cette foi qui venait de Dieu et non pas de l'homme, étaient découlées des conséquences eonsidé-
Dans la philosophie chrétienne, l'action de la grâce avait été substituée à celle de la volonté, c'est-à-dire , l'inter-
Éphre: A>n « hgis opcriiwcontùigitjiulifîauù, adexfideat Deam.—
développe iiiagniuuuemeiit djns le si' eh. île l'Eplire aui Hébreui , qui
crommence par : Ksr innum IjiIi -. ^.i'r;nirl;i! -^(lJ iirniu remiii, nrgiimi:ii.
lu m non npp;ueiitium. Aussi s.imt Paul fut l'apoire îles réformés, qui, comme lui, avaient un culle à changer.
vention de Dieu au libre arbitre de l'homme, pour l'accomplissement du saint qui était la lin même du christianisme. Dans la pratique morale, les indulgences, les pèlerinages,
les vœux monastiques, le célibat des prêtres, avaient été abolis. Une règle plus divine, parée qu'elle était alors plus naturelle, avait remplacé la prescription d'actes stériles ou la recherche d'une perfection si outrée et si peu accessible aux forces de l'homme, qu'elle ie i'aisait tomber, des hauteurs où elle voulait l'élever, dans des chutes plus profondes. Cette règle obligeait à devenir meilleur, moins pour se sauver que pour se conformera la volonté de Dieu.
Dans le culte, les sacrements étaient i
«devenus
les sijJIII'S
; l'action de Dieu , et non les instri
itnents di
i salut de
tomme. Ils disposaient au salut, mais i
jnféraient
is. Leur nombre avait été réduit de se
pt à quat.
H. Luther
irdre. Il avait change le caractère de la
11 rendant
>n ancienne destination, eu ajoutant
l'usure de
celui du pain, et en rejetant la transformation
des espèces, tout en v admettant la présence corporelle de Dieu.
Dans le gouvernement de l'Église, l'unité de pouvoir avait été détruite. Luther avait proclamé que ie pape n'était pas de droit divin, et n'avait conservé la juridiction religieuse que dans l'épiseopat, dont les membres demeuraient égaux sous nu seul chef qui était Jésus-Christ. I* choix des éveques ou visiteurs avait été accordé au prince.
Ainsi Luther avait ranimé le christianisme ; il l'avait enlevé à ses formes pour le rétablir en son esprit. Mais il avait trop anéanti lesœuvresdevant la foi, et l'homme devant Dieu. Calvin
88 ETABLISSEMENT Dl! LA RÉFORME
compléta son système de la Toi justifiante et y introduisit encore plus île suite, de rigueur et, il faut le dire, d'exagération.
Luther avait prétendu que le chrétien se sauvait par la foi et qu'il était certain par elle de sa justilicaiion ; mais il avait ajouté que s'il ne pouvait pas acquérir tout seul son salut, il pouvait le perdre, et que pour être certain de sa justification momentanée, il ne l'était point de sa justification irrévocable. Il admettait la pénitence, puisqu'il reconnaissait la possibilité de la chute. C'est ici que Calvin le dépassa par une logique extrêmement hardie. Il dit que l'homme une fois assuré de sa justification par la foi, l'était aussi de sa sanctification, parce que Dieu ne pouvait pas lui donner et lui retirer sa grâce , le rendre alternativement l'objet de son choix et de sa réprobation. Le chrétien justifié fut élu de Dieu , il devint saint, il ne put ni faillir, ni se perdre.
Cette doctrine, qui poussait la grâce de Luther jusqu'à la prédestination de Calvin , la justification du premier jusqu'à la sanctification du second , eut à son tour d'inévitables suites dans le cnllc, dans le gouvernement, dans la morale. Les sacrements réduits à quatre par Luther, le furent à deux par Calvin : le baptême et la cène. Ces sacrements eux-mêmes se trouvèrent dépouillés de leur ancienne efficacité ou de leur mystérieuse grandeur. Les enfants des élus, et ici Calvin se rapprocha des anabaptistes , n'eurent pas besoin du baptême pour entrer dans la société rachetée; ils y furent compris par leur descendance seule, comme avant la venue du Christ 1 homme , par sa descendance seule , avait été frappé de réprobation et de mort. Quant à la cène, adoptant l'opinion de Zwingle, il n'y fit communiquer Dieu qu'en esprit, de la même, manière qu'il l'était dans la prédication de sa parole et dans le baptême. Calvin n'admit point la pénitence,
A GENÈVE. 8;j parue que, d'après son principe, le véritable élu, ne pouvant pas tomber, n'avait pas besoin de se relever.
Il abolit l'épiscopat, comme I aither avait aboli la papauté, et confia le choix du ministre du culte, non au magistrat civil, mais à la société religieuse. Tl établit l'égalité sur les ruines de la hiérarchie sacerdotale. II introduisit les laïques, sous le nom d'anciens, dans rassemblée dn consistoire qui conservait les doctrines el jugeait les mœurs. Son christianisme étaul tout spirituel , il supprima comme inutiles les cérémonies que Luther avait laissé subsister comme indifférentes. Sa morale fut d'autant pins rigide, (jue l'homme, une fois, selon lui , pénétré de la grâce de Dieu, dut s'en rendre digne par la pureté de ses mœurs et les vertus de sa vie. Élu de [lieu , il dut suivre son exemple , et il ne lui fut pas permis de pécher parce qu'il ne lui fut pas possible d'être absous. C'est ainsi que, poussant Jusqu'aux dernières extrémités les principes de Luther, Calvin fit une doctrine exagérée de logiciens, un culte et une morale de puritains, un gouvernement de démocrates.
Ce gouvernement, il le rendit tout à fait religieux, et
qui s'était pratiqué jusque-là dans la réfonnation. En Angleterre, le roi s'était emparé de la suprématie religieuse. En Allemagne, les princes et les villes impériales, disait Melanchton, ne tétaient pas mis en peine de la doctrine, mais vnili-mriit île lu i/tniihiiititiii (j i. Fn Suisse, les chefs de la information se plaignirent que le magistrat se fût fait pape (2).
(1; Mchndi. Epist.Jiv. I.Ep. 17 a Ep. 10.
(a) Lettre de Mjconim , inter Epist. Calvin), p. Si.
go Établissement he j.* hëpormf.
Chaque pars avait modelé le gouvernement de l'Église réformée sur celui de l'État Calvin, qui se trouvait proscrit et placé dans une ville en possession récente de sa souveraineté, n'eut aucun ménagement pour l'autorité civile, et |>arvint à L ; t dompter parce qu'il la trouva plu* iaible que lui. Avant l'evil pour point de départ, il cul le pouvoir politique pour point d'attaque. Il subordonna I Ttat ;'i l'Eglise, la société civile à la société religieuse, et prépara dans Genève une croyance et un gouvernement à tons ceux en Europe qui répéteraient la crovance et s insurgeraient eontre le gouvernement de leur pays. C'est ce qui arriva en France sous la minorité de Charles IX; en Écosse , sons le règne troublé de Maric-Stuart; dans les Pays-Bas, lors de la révolte des Provinces-Unies; et en Angleterre, sous Charles I er . — Le calvinisme, religion des insurgés, fut adopte par les Huguenots de France, les Gueux des Pays-Bas, les l're.diylnicus d'Ecosse, les Puritain.'' et les Indépendants d'Angleterre, Expression , sons une autre forme , du grand besoin de croire avec lilierté qu'éprouvait alors le genre humain, il fournit un modèle et un moyen de réformation aux peuples dont les gouvernements ne voulurent pas l'opérer eux-mêmes, sans être toutefois asseï forts pour l'empêcher.
Ce système , qui devait s'étendre dans une grande partie de l'Europe, qui préparait le protestantisme de l'insurrection contre les princes, comme le système de Luther avait préparé le protestantisme de l'insurrection contre les papes; qui mettait un gouvernement ecclésiastique à la disposition de lotis les pays où le pouvoir politique n'en établissait pas un lui-même; qui devait agiter soixante ans la France, opérer la «formation d'Ecosse, contribuer à la formation
* GENEVE. g,
de la Hollande, présider à la [évolution d'Angleterre; qui
à Cromwell, Calvin l'établit d'abord dans Genève.
Élu pasteur et docteur de l'Kglise de Genève, ail deessa, « dit Th. du Bèze, un brief ibrniulaire de confession et de « discipline, pour donner quelque l'orme à eetlc Église nou- « veltement dressé (i)». Cette confession de foi fut jurée publiquement 1-e conseil, après l'avoir adoptée lui-même, convoqua les habitants de la ville, par dizaines, dans la cathédrale de Saint- Pierre, afin de la soumettre à leur vote. Les Genevois en entend i relit la lecture, article par article, et s't'ii»ii^èn'iit à l'ohserver. Quiconque s'en écarterait, (levait être puni du bannissement (a).
Farel, Calvin et V irct se raidi mit vers iv temps à Lausanne pour y accomplir la reforma don, conformément au desir de la seigneurie de Berne, qui venait de conquérir le pays de Vawd (3). Après les diseussions d'usage, le culte fut changé, et Viret demeura pasteur de Lausanne. D'accord jusque-là avec les Bernois, qui avaient facilité la révolution d'indépendance contre le due, et la révolution religieuse contre levêque et les Fri bourgeois, les réformateurs français de Genève commencèrent h se séj>arcr d'eux. Ils eurent sur les points fondamentaux de la croyance les mêmes opinions.
([) Theud. d.- Béii', Vie île Calvin, p. n. — D Li|irt's Spoii, I. 1, p. 276, i-'t-si |'a|- l";inl qui' fui dressé te formulaire.
» Recueil incclii de Michel Rose», liv. IV, ch. n, manusc. 11° i3g. — Spuii, it., p. 375, ei noie R lie Gautier.
(î) Spon, 1. I, p. 574.
ga ETABLISSEMENT DE LA RÉFORME
La présence corporelle de Jésus-Christ dans l'eue lia ri stie fut décidément condamnée par les mis et par les autres dans un colloque tenu à Berne par trois cents ministres de Suisse , de Strasbourg et des bords du Rhin (i). Mais ils ne purent pas
plus extrême simplicité, et sur l'exercice de l'autorité religieuse, qu'il préteur] il rendre indépendante dit magistrat civil, et des lors supérieure à lui. Ainsi Calvin supprima les quatre principales fêtes de Noël , de Pâques , de l'Ascension, (le la Pentecôte, que les Bernois avaient conservées. Il n'admit d'autre jour de repos et de solennité iliictienne que le dimanche. Il lit disparaître des temples les fonts baptismaux que les Bernois avaient laissés dans les leurs. Pour se rapprocher de la cène de Jésus-Christ , et s'éloigner par les sens autant que par l'esprit de la doctrine catholique sur l'eucha-
dans la distribution de la cène, usage qui s'était perpétué à Berne, et n'employa que le pain ordinaire. Enfin il commença l'attaque contre la corruption des mœurs et la tolérance que les magistrats montraient pour elle.
I -a justice était vénale (a). La ville avait des mœurs d'autant plus dissolues qu'elle avait renfermé beaucoup de prêtres et de moines dont la vie , à cette époque , était fort relâchée. On y avait créé jusqu'à la réformation une reine des lilles de joie. (3). Outre le quartier qui lui servait de royaume , et
(.) S P ™, tl, p , , 7 s.
.» HiMoirede Génère par Picot , t. H, p. 4j.
(3) F.iii treitn regina merelricum qute jnrjvit in forma suh conditionibus in capitulii eiaralii.— Spon, t. 1. p. 387, noie S de Gautier.
* GENÈVE g3
dans lequel on avait parqué ses sujettes, celles-ci, qui étaient en fort grand nombre, s'établissaient dans k's rues honnêtes, in vicis honestis (i), et dans les étuves , qui étaient des lieux de prostitution. Le 3o avril 1 534 1 au moment où le parti de la réformation commençait à devenir trionijiliant, le conseil leur avait prescrit de s'en fermer dans les rues qui leur étaient destinées (2). Tl y avait une quantité considérable de tavernes, et les ecclésiastiques, en partant, y avaient laissé non seulement leurs mœurs, mais, dit Froment, leurs paillardes et leurs bâtards (3).
Ce furent ces vieilles tmliitmlos nationales que Calvin entreprit de changer; et celte révolution, suite et complément des deux autres, ne fut pas la moins contestée. 0 Le papisme, dit Calvin, avoit été chassé de Genève ]>ar Farel et Viret, mais les choses étoient encore en désordre.. . L'Évangile consistoit pour la plupart à avoir abattu des idoles; la ville élolt
d'hommes pervers contre lesquels moi qui étois faible et craintif, fus contraint d'arrester des combats mortels, y engageant ma propre personne (4). » Ces hommes, que Calvin appelle pervers et qui étaient de vieux et bons citoyens de Genève , furent les chefs d'un nouveau parti qui se forma dans
(1) Spon, I. I, p.a8 7; noie S de Gautier.
fa) Fuit arrestaïum quoil defendatur hûspilibus stubnrum hujus lîvîlalis ne ab indu audeant puianaa hnapitari, imo cl eas quas babent abirr lariant, et inde fiant cri d* (juod pulan» debeant se in locn tolita retrahere-. Ibid.
(3) Chronique inédite de Froment, cb. xixvu, manusc. n* i3g.
(4) Préface sur les psaumes par Calvin, à la fin de sa Vie, par Th. duBeze, p. 184 et i8 ; .
la ville après l'établissement 1I11 culte réformé. Les bourgeois s'étaient primilivemi-nl divisés 1-11 Mamelo/ et en Hid^ueiiots; les l'iiiliiiifiiots, vainqueurs des Mamelu/., s'étîiif rit divisés en Catholiques et en Évangéliqiies ; les ÉTangéliques , vainqueurs lies Catholiques, se divisèrent en Libertins et en Calvinistes.
Les Libertins formèrent dans Genève le parti conservateur di s anciennes mœurs et de la liberté civile, ils ne voulurent pas sacrilicr leurs habitudes et leurs plaisirs à la rigide ans- [él ite qu'on exigeait d'eux , ni mettre aux pieds de oes impérieux Français qui venaient commander dans leur ville, les vieilles franchises, pour le mamiicn desquelles ils avaient expulsé le duc et détrôné l'évèijue. Ils s'appuyèrent sur Berne, connue les Catholiques sciaient appuyés sur Frîhourg, et les \lanielu7. sur la Savoie. A la tète de ce parti se placèrent Jean Philippe, Amy Perrin, Vandel, el d'autres principaux bourgeois qui s'étaient déchues les premiers dans Genève [jour la doctrine évangélique. Iles le 4 septembre i53(i, ils se présentèrent en assez, grand nombre devant le conseil , protestant, dit la Chronique inédite de Michel lloset, de vouloir vivre rit liberté et ne vouloir être contraints au dire des pré-
Ils avaient refusé d'assister à la lecture et à l'adoption de la confession de foi dans l'église de Saint-Pierre. Le conseil ayant plus tard ordonné d'envoyer les entants à l'école de Rive , sous peine de perdre la bourgeoisie, et prescrit aux dissidents de se conformer à la discipline établie on de vider la
(i) Recueil de Michel Bout, liv. IV,ch. i, nuniuc. 11" tig.
A GENÈVE. o5
ville (i), ils désobéirent sans qu'on osât on qu'on pût les contraindre. Ils portaient des Heurs vertes, et appelaient les réformés -tes frères en Christ (■}.). Ils acquirent une telle laveur sur l'esprit du peuple en lui parlant du maintien de ses franchises, qu'aux élections du 3 février 1 538 (3), les syndics furent choisis dans leur parti, et que Jean Philippe, l'un de leurs chefs, fut nommé capitaine ^encrai (.Jj.
On demanda alors le rétablissement des cérémonies bcr-
nistres de leurs insultes et de leurs menaces, o Les déhanchés, dit .Michel Hosi'l , alloirnt de nuit pac ville à douzaines, avec arquebuses, qu'ils débandoient au devant des maisons îles
I r-r- Ils ■ ri .n ol Ii peu-.'-' d<- llieu. se lu. .|ii.nil lt - • rôle; ils menaeoient les ministres de les jeter au Rosne, s'ils n'accordoieut ès dites cérémonies (5).» Les ministres n'attaquèrent que plus vivement ces désordres dans leurs prédications. Ils lihuui.Teiit inuti'iciiieiit lit cumlc&i.vmlanei: des ma- ^isirals pour ces excès. Le conseil leur fit défendre de parler du gouvernement civil de la ville. Le ministre Corault, qui était vieux et aveugle, mais hardi et savant, méprisa cette défense et dît en chaire que Genève avec ses divisions était le
(i) Recueil .le Michel Roset, liv. IV, ch. iv, manusc. n° i3g.
(a) Ibiii., liv. IV, ch. Ils firent grand bruit, dit Eoset, dans le conseil général en novembre {'ttj'i, et dégainèrent leurs épies, le tau! sous ce prétexte de maintenir lesfrnnchùes. -
(3) Ibid.
j4) Sommaire recueil de Mi.'hel Flojet, liv. IV, eh. X. (5) Ibid. , ch. «i., nwnusc. n° i3g.
o6 Établissement de la réforme
royaume des grenouilles (i). I« conseil le fi t mettre eu
prison.
Calvin et Fare! se présentèrent devant le conseil, et se plaignirent amèrement r Ih ■ l'emprisonnement de leur collègue. 1 ,e conseil leur prescrivit de rétablir les cérémonies de Berne; ce qu'ils refusèrent. Ii lenr interdit alors de monter en chaire le lendemain, jour de Pâques. Mais ilsy montèrent, Farel à Saint-Gervais , Calvin à SainL-l'iene, pour tonner contre les désordres de la ville. Ils refusèrent de distribuer la cène, parce qu'on n'était pas digne de la recevoir. Le petit conseil
confirmée par le conseil des deux cents et par l'assemblée générale, le a3 avril 1 538. Lorsque le grand sautier de la ville vint leur signifier l'ordre de sortir de Genève dans trois jours : A la bonne heure, dit Calvin; si nous eussions sert'i des hommes, nous serions mal ré'-timpriiscs ; omis nous servons un grand maître, '/ni, bien loin de ne pas récompenser ses serviteurs, leur paie ce i/u'il ne leur doit pas. Ils quittèrent la ville et se rendirent, Farel à Neufchâtel et Calvin à Strasbourg ( a ).
Ce bannissement, qui aurait frappé un autre de douleur, remplit Calvin d'une secrète joie. « Me voyant alors, dit-il, détaché de cette vocation, et libre, je résolus de vivre à l'écart
(i) Michel ltoset, liï. IV, eli. xni, monusc n° .Ïg.-Spon, 1. 1, p. a 7 6, — et note L de Gautier.
(i) Spon, t. 1, p. aj6, 577.— Thco.l. de Hèic, Vie de Calvin, p. aà, 16. — Fragaienls bi(tyr;i[iliiqin !- il lii'Nn : .i[:n'- iA[Niii> ilts registres du ton» sell ilelat, f. 3.
et en repos. Mais cet excellent serviteur de Christ, Martin Bucer, me fit entrer dans une nouvelle station, se servant de la même adjuration qu'a voit employée Farel; de sorte qu'étant épouvanté par l'exemple de Jouas, qu'il nie pro|>osa, je continuai e» la charge d 'enseigner ( i). » 11 forma en effet à Strasbourg une église française qui prospéra beaucoup. Il s'y maria avec la veuve d'un anabaptiste converti , nommé Jean Storder (2). Il eut de sa femme, avec laquelle il vécut neuf ans, un seul fils, qui mourut fort peu de temps après sa naissance (3). Il acquit alors une telle réputation d'esprit et de science, que 31e];mehton ne l'appelait que le théologien (4), et qu'il fut envoyé à la diète de Ratisbonne pour y soutenir la cause commune du protestantisme.
Mais son ex.il ne pouvait pas être de langue durée. Il devait avoir pour terme le triomphe de son opinion, à laquelle il était nécessaire, parée qu'on ne s'établit jamais qu'il l'aide des excès et de la déraison de ses ennemis. La mort de Berthelier avait précédé l'indépendance de Genève; l'expulsion de farel et de Fromer*, sa rélbrmation; le bannissement de Calvin devait précéder l'établissement de sa constitution religieuse. Il fallait que de l'excès du désordre sortît le besoin de la régularité, comme des abus du catholicisme était sorti le besoin de la réformation, comme des attentats de l'oppression savoyarde était sorti le besoin de l'indépendance.
(1) Préface sur les piaumes par Caliin, p. i85.
(a) Théod. de Biie, Vie de Calvin, p. 3o. -Calvin, in traclntu de icandalis, p. ion, daté du 10 juillet i55o.
(3) Théod. de Bèze , Vie de Cil vin , p. 3o.
(4) toid.
g8 ÉTABLISSEMENT BE LA RÉFORME
La ville, en effet, tomba dans la plus grande anarchie api è< li' départ de Calvin et de Farel. On releva les baptistatres, dit Michel Roset, on dansa, joua, ivrognn, poil/arda, • sous ombre des cérémonies Iterimisex; on alla nud par les ruas avec tambourins et fifres (i). Antoine Saunier et Mathurin Conlier, régenls de l'école de Rive, el plusieurs hourgeois français du parti de Calvin, n'ayant pas voulu recevoir à la cène de Noël du pain sans levain, furent bannis de Genève (a). L'instruction cessa. Le culte cessa bientôt aussi. Déjà deux membres du conseil avaient été obligés de se joindre, pour la distribution de ia eène, aux deux seuls ministres qui étaifiit demeurés dans Genève, et dont le nombre était insuffisant. Mais ces deux ministres, Morand et Marco, qui avaient montré plus de condescendance que les autres, ne voulurent plus rester, à leur lour, dans une ville livrée à une dissolution extrême, et ils en partirent sans congé (:S). Par suite du mouvement de réaction, des prêtres rentrèrent dans la ville, et des catholiques dans le conseil. * I'.,es intérêts de Genève furent même sacrifjés par les syndics et par le capitaine général Jean Philippe, à la ville de Berne. Dans l'accord ijui s'était conclu entre les deux villes, en i536, après la conquête du pays de Vaud par les Bernois, il avait été convenu que les Bernois garderaient la seigneurie de Gaillard, le couvent de Bellerive et le château de la Bâtie, et qu'ils mleraient aux Genevois le prieure Je
(i) IWeil de Michel Riut-t, liv. IV, ch. ui, manille n" iSj». (i) Wd., ch. xxvi, (3) IbiJ. , ch. va.
Saint-Victor, avec ses droits et ses revenus, mais en eu gardant les appellations (i). Ils avaient d'abord demandé de prendre dans Genève la place de l'évêqne et du due, estimons, disaient-ils, l'avoir gag/tec par droit de guerre; niais ils s'en étaient désistés, avaient-ils ajouté, par bonne amitié (a). Ils s'étaient néanmoins réservé les appellations si tant est que cidevant on en eût interjeté devant te due et son conseil, ou ses officiers de justice ('}). Cette réserve des appellations de Saint-Victor et du vidoranat lit élever par Berne, en i54o, une sorte de prétention sur ia souveraineté de Genève. Trois députés genevois, parmi lesquels deux avaient été syndics lors de l'expulsion de Calvin , furent envoyés auprès de la seigneurie de Berne pour s entendre avec elle. Ils accédèrent à des articles qui changeaient les prétentions de Berne en droits réels. Leur condescendance excita l;i plus grande indignation dans Genève. Le conseil général porta un édit qui condamnait à mort quiconque parlerait de changer de gouvernement; au bannissement et à la confiscation, quiconque intenterait un procès, soit à la ville, soit à un bourgeois, devant un tribunal étranger. Cet édit fut immédiatement appliqué aux trois députés qui avaient sacrilié les intérêts de la ville. Le capitaine général Jean Philippe ayant voulu prendre leur défense, excita une émeute dans laquelle il tua un bourgeois de sa propre main, liais son parti ne fut pas te plus
(l) Traite conclu il IWne, en ire messieurs de Berne et de Genève, aprsi lu guerre de i536. — Spon, I. U, p. i83. — Pièce justificative soui le n° St.
(i) itid.
(3) Itid.
IOO ÉTABLISSEMENT 1>B LA KEFOHME
fort. Il fut lui-même pris, et eut la tête tranchée, malgré l'intercession de la seigneurie de Berne (i).
C'est alors <jue les Genevois, voyant les fruits de leurs inconséquences, s'a percevant qu'ils n'étaient pus plus libres en restant déréglés , qu'ils avaient opéré un changement sans consentir à ses résultats, adhéré à une réforme sans vouloir
lin i ■•• |i u. r il l'i il- h ■ i ii- iilioli<|n--i |>.r !■•»
dogmes, ni protestants par les mœurs, se décidèrent à rappeler Calvin.
f,e i" mai iS/fi, son bannissement fut révoqué, ainsi que celui de Farel (a). Il retourna a Genève avec la même ré-
pu^rmrii'p. «1x nécessité , i! it-il , rue fut imposée, contre « mon dessein , de reprendre ma première place. Quoique u j'eusse bien lellement à cœur l'intérêt de cette Église, que npour elle je n'eusse point fait difficulté de mourir, néann moins ma timidité me suggéroit de plausibles excuses, pour « ne pas reprendre derechef avec gayeté de cœur une charge si pesante. Enfin les considérations l'emportèrent sur mon * esprit et me ramenèrent vers ce troupeau dont j'avoïs été n arraché, Dieu m'est témoin avec combien de déplaisir, a de larmes et de travail d'esprit; beaucoup de gens de bien « le peuvent dire qui m'eussent voulu voir délivré de cette
(i) Recueil Je Michel Rose!, liï. IV, cli. iuh à ilii , manusc. n" i3o. — Spcn , t. I , p. aH" à a8i , et noie O de Gautier. Cette faction avait
(a) Recueil de Michel Bout, liv. IV, ch. util— Spon, t. I, p. s8i et M, et note I' de Gautier— Théc-d. de Bèic, Vie de Calvin, p. 3a-33.
« fascherie, s'ils n'eussent été pressés par la même crainte «que moi(i).»
Dès qu'il arriva à Genève (a), où Viret l'avait précédé de quelques mois, il établit sa discipline ecclésiastique; «il pro- « testa de n'accepter point la charge de cette liglise , sinon i qu'il y eût consistoire ordonné et discipline ecclésiastique « convenable, pour ce qu'il voyoit que de telles brides étoient " nécessaires (3). » Aussi le conseil le chargea-t-il , avec quelques .MUivs coiiuiiis.'ciii-cs. de rédiger un code religieux et de réunir en un seul eorps les lois politiques de l'État (4). Le code religieux lut prêt en novembre 1 54 1 - I! fut adopté le ao de ce mois, sans contradiction et comme édit perpétuel, par le conseil général ^ > Il fut dès Ims réglé qu'il y aurait dans Genève cinq ministres et trois coadjuteurs; qu'ils formeraient,
se réunirait tous les vendredis pour conférer des Écritures ;
(i) Préface de Calvin sur les psaumes, à la lin de sa Vie, par Théod. de BHé, p. 186.
Le ]3 sept, liiji. — Théod. de Rcie, p. 3.!.— Recueil de Michel Rose!, liv. IV, ch. si™, roanusc. n° i3g.
(3) Théod. de Bèic, p. 35.
(4) ■ Calvin fut un de ceux à qui la commission fut donnée de trafi-
qua l'année i568, qu'il fui revu de nouveau. - Noie Q de Gautier, à la page *84 du I. I d. Spon.— C'est le 8 janvier qu'il fui approuve en conseil général.
(5) Recueil de Michel Roset, liv. IV, ch. lv.— Vie de Calvin par Théod. de Dèie, p. 35.— Spnn, i. I.p, 184, et note Q de Gautier.
102 rfTABLISSBHKNT DE LA RÉFORME
qu'ils feraient trois sermons le dimanche, et prêcheraient en outre les lundi, les mercredi et ics vendredi de chaque semaine; qu'ils veilleraient à l'instruction des enfants , qu'ils visiteraient les malades et dirigeraient les diacres chargés de l'administration des hôpitaux; qu'ils compose raient, avec douze anciens, pris, deux dans le conseil étroit, quatre dans le conseil des .soixante, six dans le conseil des deux-cents, mi consistoire qui s'assemblerait tons les jeudis, et dont l'office consisterait à .surveiller la conduite de chacun, à dénoncer, à poursuivre, à punir tous ceux qui pécheraient contre les règles de la réforma tiort. Ce tribunal des mœurs avait un officier public pour appeler les délinquants devant lui. il devait, pour une première faute, réprimander; pour une récidive, priver de la cène; et lorsque la peine de ces péchés , changés eu délits, était pécuniaire ou corporelle, faire sen rapport au conseil, qui la prononçait et l'appliquait lui- ,„è,„e(,).
Peu il peu les mauvais lieux lurent proscrits, les tavernes fermées (a) , les danses défendues. Tout acte de débauche fut puni de six jours d'emprisonnement au pain et à l'eau, et de fio sous d'amende. L'adultère, qui iit encourir plus tard la peine de mort, n'exposa alors qu'à neuf jours de prison et à une amende proportionnée à la fortune de celui qui le commettait (3). On ne put s'assembler que dans cinq
(i) Recueil de Michel Ré-set, Iit. IV, ch. » cl lvi, ra.nusc .1° tl 9 . (a) En i545. 'M; liv- V, ch. t.
(3)Édit Ju a nota iS45. — lUd., liv. V, eh. Tin. — Ce fut en i56o que ] .nlulliVi' lui (Hini ili- iniirl. Ib . liv. VI, ch. Lï.
lieux (i) désignés par le conseil, pour s'amuser aux palets, aux quilles et aux houles, sous l'inspection de l'un de ses membres. On défendit aux hommes de porter des pourpoints et des chausses découpés , des chaînes d'or et d'argent; aux femmes, d'avoir sur leurs têtes des dormes et des coiffes d'or, des broderies sur leurs manchons, et plus de deux anneaux à leurs doigts. On régla les repas connue les vêtements , et il ne fut permis d'avoir, en aucun festin ou en ium'uim: noce, plus de trois services, et chaque service plus de quatre plats (a); toutes les années une inspection dut se faire dans chaque maison , afin de juger des habitudes et d'apprécier l'instruction de ceux qui l'habitaient ('1). Cette ville religieuse, passant de moeurs si libres à des moeurs si compassées, et d'une vie si joyeuse à des devoirs si graves, mais ■ si tristes, fut marquée du sceau de Jésus-Christ (4), dont on inscrivit le nom au-dessus (les armoiries de la ville, sur chacune de ses portes.
Calvin devint le véritable chef de la république. \ irct était
(i) Hecueil de Michel Roset, liv. V, ch. v, manusc. n"i3o. — Ces lieux de réunion étaient des espèces de rlui et portaient le nom iXabbnyes
(a) C.'rat le i3 ocl. iS5o seulement que ces prescriptions soniptuaires furent portées. Recueil de Miche) Roset, liv.VI, ch. : .Sur les remontrance) des ministres, dit-il, le conseil défendit à son delroinpette, etc., etc.»
(3) Ceci fui étahlieti i5So. . Sur l'avis des ministres, il fui ordonné, le 3 avril i55o, une Visitation annuelle de maison en maison, pour interroger hommes et femmes de leur foi, pour discerner les ignorans et endurcis d'avec les chrétiens; laquelle a produit avec le temps un grand profil. ■ Recueil de Michel Roset, liv. V, oh. jxvit.
(4) t. H. S. - Ibid. , liv. IV, ch. un.
retourné à Lausanne, etFarel s'était fixé à Neufchâtel. Investi, tant qu'il vécut, de la présidence de la congrégation et du consistoire, qui ne devint annuelle qu'en ] 5(i.'i, après sa mort, il gouverna souverainement, au nom de la religion, ces bourgeois jusque-là si indisciplinés et si indépendants. Sa domination était plus réelle qu'apparente. Il vivait avec cent cens d'iijijiDinli'iiiOÈits qu'il recc.viiir de 1; république comme professeur en théologie(i). Il menait la vie la plus simple et la plus occupée. Outre sa charge de professeur, qu'il remplissait avec éclat trois fois par semaine, il prêchait huit jours sur quinze; il assistait tous les jeudis au consistoire, tous les vendredis à la congrégation (a); il visitait les malades (SI, et entretenait une vaste correspondance en Europe avec les principaux savants, les chefs politiques et religieux du protestantisme, et les églises secrètes de France (4). Il
rien! jusqr.es à trois cents livres loumois. -Thcod. de Bèie, Vie àr. Calvin,
p. .ss.
(a) . Il préclioit d'ordinaire de deux semaines l'une, tous les jours. Il
jour ordonné (le jeudi), et faisoit mutes les remontrances; tous les vendredis en 1a conférence de l'Écriture que nous appelons la congrégation , ce qu'il ajoutoit après le proposant éloit comme une leçon. . Tliéod. de Bèie.Vie de Calvin, p. 3y.
(3) ■ [I ne défailloit point en la visite des malades, aux remontrances particulières. Ihid., p. 3g.
lar.1 par lettres en leurs persietilinns, qu'en intercédant pour eux, uu procurani qu'on intercédât, quand il pensoit voir quelque mojen. . lb,, p. 4i>.
trouvait encore du temps pour composer chaque année un ou deux ouvrages destinés à l'exposition ou à la défense de sa doctrine (i), outre la publication de ses semions et de ses leçons qu'on était parvenu à sléuo^rnptiicv : -i], 11 est vrai i[u'il donnait fort peu et qu'il dictait une partie de la nuit ('!). Le délabrement de son estomac, que le travail avait ruiné, ne
d'heure, il retournait à^etude^Mais s'il était sobre, désintéressé, laborieux, i nia lisible , il était eliii^rin, allier, impérieux, violent. Son irascibilité, qui ne lui permettait pas île supporter les contradictions, et son esprit de domination.
(l)-. Cnp.Mid.inl mul cela no [i,*. in.it puinl ijii'encore il ne travaillai a son élude parlieuliéi e, i-t ™ni]'...;:'it pliisiuuis I>i-:iii\ livres et fort utiles. . Théod. de Bêze, Vie Je Calvin, p. 4o.
semons de Calvin étant fidèlement recLiffi/et mfcp»r écrit, tachèrent de trouver homme qui efit celte deMérité avee la promptitude décrire,
ont clé écrits et sont l.icn enregistres.. Parla moyen Je Jean lJndé et
de Charles de Jonvillcr, et de leur labour gratuit, nous avons les leçons de ce bon serviteur de Dieu, et par le moyen de Denis ltjgucnier, étant aux gages de la compagnie den éiraii^T!., h-j serniein.. Tiiéoil, de Ilène, ib„ p. 49 et ao. — Outre ses sermons imprimés, - la bibliothèque de Genève
Calvin par M, Guiitot, dans le Musée des protestants célèbres, t. li, partie il, p. ioG.
(3) Théod. de fii-M , HùL, p.
(4) Ibid., p. i45 etifli.
] 0 6 ÉTABLISSE!! IHT ])K LA nÉFonuB
l'exposèrent à de nom lire uses inimitiés. nl.es uns, dit-il, « sèment (les bruits ridicules de mes immenses richesses et h de ma grande puissance ; d'autres parlent de mon luxe et de n ma somptuosité; comme si on pouvait taxer de somptueux « celui qui se contente d'un petit ordinaire et d'un hahillea ment commun, et <|iii n'exige pus davantage de frugalité o des plus petits qu'il n'en montre hii-mêine. Pour la puis- « sanee, à laquelle ils portent envie, je souhaiterais qu'à cet n égard ils lussent mes successeurs. Ils s'imaginent que je n suis en mon rôgttu parce que je suis accablé de travail. Si , o pendant que je suis en vie, quelques-uns ne se peuvent a persuader que je n'aie de grandes richesses, un jour nia mort .[ le fera voir, .l'avoue que je ne suis pas pauvre, parce que je « ne souhaite que ce que j'ai (i). »
Malgré rétablissement de sa puissance, il eut encore à lutter avec le parti des Libertins , qui, puisant sa force dans des habitudes , ne pouvait finir que sous l'action du temps. Le capitaine général, Amy Perriii, s'était mis à la tête de ce parti, après la mort de Jean Philippe; il baissait mortellement Calvin, qu'il accusait de vouloir l'aire i e\ cqne (a). Il prit occasion, en |5/|8, de la hardiesse croissante des censures du consistoire, de la réception, de beaucoup d'étrangers comme
(i] Prê&w de- Calvin sur les psaumes, à la Rit de si Vie par Théod. deBèie.p, 190. Voir l'annexe 11.
Recueil do Michel [Wt, liv.V, ch. xii , maniisc. n" i3g..I,e i<f marji55a, il fui insulte pu allant faire si leçon, par les débauchez jouans à la piulinc. .
bourgeois de fienèveft), et de i encommuniraiioti de Philibert Hcrlheiier, iils du fameux Berthelicr, libérateur de Genève , pour commencer le combat.
Berthelier, Balthasard Sept, et Philibert Bonn» avaient été rencontrés par te ministre Cliauvet, au moment où ils prenaient des libertés avec une femme qui passait dans lu rue. Ayant élu repris par lui , ils l'insultèrent. Le consistoire les
à la cène, ni reçus comme paiTsiins , jusqu'à ce qu'ils eussent fait réparation de leurs instilles (y.). Le ]jarli des Libertins (3) se plaignit amèrement des censures publiques et insupportables dont il était l'objet. Il demanda qu'un ne reçût plus de nouveaux bourgeois, qui fortifiaient la (action des étrangers dans Genève ; que le eonseil ne pùl empr isonner que pour les trois anciens cas de vol, de meurtre et de lèse-majesté, et qu'on révoquât les peines nouvellement introduites par ledit ecclésiastique ; enfin, que la privation delà cène ne dépendit
(1) ■ Or se molli [ilioit ili; i-c i™i]is le rifunluv .Ici advenaires de [ouïes pans pour l 'Évangile, cl priiiripaSi-mviit de France, à came des persécutions continuelle». Plusieurs d'entir em désiraient être reçus, bourgeoïi de la ville. . Recueil de Michel Hooct, liv. V, eh. lui, manusc. n u i3g. — ■ Les étrangers «nient ouvertement liais, et noléi tellement qu'on en balloit la nuit par les rues., li., ch. ïliv et ch. iv.
(s) Mémoire inédit pour t'èclaircissemznl ttt et oui « passa en i5SÎ er i554 sur Pixcommuiiicalion, à la fin du volume nuirait, <le h bibliothèque de GcncTC, sous le n° t3o,
(3) • Ils portoient des croii taillées co leors pourpoiolj, eonime les anciens Eidguenols contre les Mamelui. ■ Recueil de Michel ftoset, liv. V,
pasdu consistoire, mais du magistrat, qui devait être l'unique snuvirain religieux, comme à Berne, à llàle , à Zurich et en Allemagne (i).
La guerre qu'il lit à Calvin fut une guerre de dénigre nient jusqu'en i55a. A cette époque elle devint plus vive. Les ministres, ayant demande, le "i février, au conseil des deuxcents , des édits plus sévères contre les blasphèmes et les pariliirilise.s [:>) , leur tentative fut repoussée avec tumulte, et les Libertins eurent grand soin de dire au peuple: fous voyez comment on -veut nous gouverner livre ers éefif.t ries Français et de Jâian Calvin. (3). Ils firent si bien qu'ils l'emportèrent aux élections de 1 533. l*es syndics furent pris parmi eux. Plusieurs (les leurs filtrèrent dans If petit conseil , et les ministres fuient exclus du conseil général, par le motif que les prêtres n'y allaient pas autrefois. On ota les armes aux étrangers, on attaqua les pouvoirs du consistoire. Maîtres de l'autorité, les Libertins demandèrent au petit conseil qu'il s'attribuât la connaissance de l'administration de la cène. Le petit conseil , malgré es représentations que lui adressèrent Calvin et tous les ministres de la ville et de la campagne , s'arrogea la décision sur les matières ecclésiastiques comme sur les affaires civiles (4)- H autorisa en conséquence JSerthelier, qui était excommunié depuis cinq ans , à se présenter à la cène,
(i) n«:ueil de Michel Roscl , Iït. V, ch. uni, manusc. n° i3ç,, (a) iiid., ch. uii.
(3) Ibid., ch. xi.ii-
(4) Ibid., ch. M.TIMELTW-I.I.
A fiENÈVR. 101)
s'il se sentait en état de la recevoir, ce qu'il laissait à sa couscience.
Le premier dimanche de septembre i rVVJ , jour de la distribution de I» cène , étant arrivé, Calvin monta en chaire à Saint-Pierre. Il exhorta tous ceux qui l'écoutaient à recevoir la cène ei ver révérence, et il protesta cil nièiiic temps qu'il mourrait plutôt que de la donner à Bcrtlielier ou à aucun de ceui à qui elle était interdite, avant qu'ils se fussent réconciliés avec le consistoire. Il ajouta qu'il voyait les eluivs tellement disposées , il ne savait pas si ce ne serait pas son dernier ser-
Bertlielier n'osa point se présenter à lu cène, dans Isi certitude (i'essuver un refus liuuiiliant. I.c petit conseil censura Calvin et les antres ministres, qui déclarèrent qu'ils souffriraient plutôt le bannissement et la mort que de céder sur ce point. Le petit conseil décida alors, et sa résolution fut cou- Grméepar le conseil des ileux.eents, dans Impie! Calvin et les autres ministres forent entendus, que, lorsque quelqu'un aurait failli, il serait averti secrètement pour la première Ibis; que s'il récidivait , il serait exhorté par deux ou trois membres du consistoire; que s'il ne se corrigeait pas, il serait ren-
(i)Théod. d*B*w, Vie de Calnn , p. 66-67-6$. — Bccueil de Michti Boiei, liv.V, cil. Ln.-Kemoire »ur ]ei affaire! de .553 et i554, manuje.
110 ETABLISSEMENT HE LA uéFOIlME
voyé au conseil qui le jugerait, <-t dont la sentence serait exécutée; enfin, que le consistoire n'aurait le pouvoir d'interdire In cène à personne sans le commandement du petit conseil.
Mais les ministres tinrent bon, et déclarèrent que leur conscience ne leur permettait pus de se soumettre à ces résolulions. Ils dirent que c'était à eux que Jésus- Christ avait accordé, dans la personne de ses apôtres, la puissance de lier et délier, que les magistrats ne devaient pas plus exercer cette puissance, qu'ils ne devaient , eux, se mêler du gouvernement séculier, et que de même que les ministres de Dieu obéis-
abaisser sa grandeur sous le règne et la parole de .lés us-Christ. Leur opiniâtreté, qui dura, sans fléchir , plus d'un an, finit par dompter la volonté des conseils, qui, sur les instances réitérées de Calvin et du consistoire . décidèrent, le 24 janvier ■"iS, qu'on s'en tiendrait aux édits (i). Ce succès fut suivi d'un autre. Les calvinistes nommèrent les syndics aux élections de février (a). Ils firent recevoir, dans les mois d'avril et de mai, cinquante nouveaux bourgeois. Le parti battu saisit cette occasion [tour exciter une émeute. Amy Perrin se mit à 'a tête des pêcheurs du lacet des navetiers delà ville. Il tenta, f e '5 mai, de ressaisir le pouvoir par un coup de main; mais il échoua; et après le mauvais succès de la sédition qu'il avait "citée, il prit la fuite avec trente des siens, au nombre des-
(0 Pour toute celte affaire, voir le Mémoire tlcja citii dans le vol. """lOse. n' i3o . — Recueil de Michel Roset, Iit.V, ch. lu. — Vie deOilvin P ar Thëod. de Bèze, p. 66 « minuta.
(*) Recueil de Michel Hosct, liv. V, ch. lui.