‹ Comment l'ancienne Germanie est entrée dans la société civilisée de l'Europe occidentale et lui a servi de barrière contre les invasions du Nord mémoire lu à l'Académie des sciences morales et politiques par m. MignetChapitre 25 sur 31 · A GENÈVE. T I I · texte numérisé non relu

A GENÈVE. T I I

quels étaient le maître de l'artillerie, le lieutenant, deux membres du petit conseil , et un auditeur de droit. Ils furent tous condamnés à mort par cou tu ma ce. I-a charge de capitaine général fut abolie, les armes furent rendues aux étrangers, el depuis ce moment le parti des Libertins disparut tout à tint dans Genève (■).

Cette contestation ciiile avait été préréi lée d'iinediseussion

et sur la trinité. La controverse sur la prédestination s'était terminée par le bannissement de l't>x -carme lîolsee, qui avait attaqué, parde très-l'ortes raisons, la doetrine de Calyin, et que les églises suisses avaient recommandé à I indulgence de l'église de Genève (2). Celle sur la trinité avait eu une issue plus cruelle. Serve t; qui en fut l:i victime, était ne en Aragon, en r Soi), la même année que Calvin. 11 avait étudié la théologie et la jurisprudence avant de se faire médecin. Très-hardi d'esprit, il ne s'arrêta point aux questions d'application dans le christianisme, comme les autres novateurs du siècle; il remontit jusqu'à son essence. Il renouvela , à quelques variations près, les opinions ariennes sur la triuilé, opinions foudroyées par l'ancienne Eglise, et aussi détestées des protestants que des catholiques. I) les publia, dès l'âge de 20 ans, dans un livre intitulé : De Irinîtalis errorï/ius, dans lequel il anéantissait la distinction des trois personnes, en taisant de Jésus-Christ voie

(1) Recueil île Michel Rosct, eh. utii-lkiii-liii , et liv. Vt, ch. iv, manusc. n" i3g. — Spon, I. I, p. agj, ei noie E de Gautier.

(ï)Spon, t. I, p. agi. — Noie X de Gautier — Théod. de Bèie. Vie ilt Caliin, p. 55 et suivantes.

ILS ET* GLISSEMENT i)E LA RÉFORME

créature, et du Saiut-Llsprit une émanation de Dieu , produites , il est vrai, au commencement du monde, mais inférieures à Dieu , puisqu'elles lui étaient postérieures. L'inégalité de durée détruisait l'égalité de substance, car l'éternité étant un attribut de la divinité, on ne pouvait pas être eo-substantiel à Dieu , sans être éternel ranime Dieu, et c'était perdre l'essence suprême que d'avoir une date dana la création, el d'en être, non pas railleur, mais l'un des objets.

Servet s'était expatrié il'; lionne lieure, et il avait habité tour à tour Toulouse, fSàle, Paria et Cliarliou. Il avait fini par se fixer à Vienne en Daupiiiué , où il avait exercé pendant dix ans la médecine. Mais son goût pour les discussions théologiques l'ayant emporté sur le sentiment de la sécurité, il publia en 155a un nouveau livre, intitulé : ('hristianistiii restittitio. Il y réfutait lea doctrines de Calvin ; et il y renversait les fondements mêmes de la religion chrétienne. T.a trînité y était réduite au déisme; la rédemption à l'exercice éclairé du libre arbitre; et le salut à la pratique de la morale. D'après lui, les hommes ne pouvaient commettre le mal qu'à luge où ils pouvaient le connaître, et ils étaient capables de se sauver dans toutes les religions, pourvu qu'ils lissent un lion usage de leur liberté. Ces opinions trop avancées lui suscitèrent une persécution de la part des théologiens île Vienne, avertis par Calvin même dé la gravité de son hérésie. Il fut jeté en prison, et il aurait été brûlé vif, s'il n'était pas parvenu à s'évulcr, après avoir subi deux interrogatoires. On le condamna et il fut exécuté en effigie.

sachant quel redoutable adversaire il avait dans cette ville, il

s'y tint caché pendant son séjour. Il ne se cacha ce|tcndant pas assez bien pour échapper à la surveillance de Calvin qui le découvrit et le déféra au conseil. 11 fut aussitôt saisi et jeté en prison, avec un étudiant en théologie nommé Nicolas de ia Fontaine, qui se constitua partie criminelle contre lui, pour qu'on jjùt lui (aire son procès. Ihdheiirciiscmrnt pour Servet, le parti des Libertins «tait alors au pouvoir. Tl crut l'autorité théologiquede Calvin moins absolue, parce que son influence politique était affaiblie. Cette opinion, dans laquelle il fut entretenu par llerthelier, et l'opiniâtreté, espagnole de son caractère, le portèrent à soutenir avec inflexibilité les opinions qu'il avait émises. Dans une requête qu'il présenta aux magistrats, il se plaignait de son arrestation et de son procès comme d'une chose contraire aux maximes de l'ancienne Église, qui n'avait jamais intenté de procès criminel à personne, au sujet de ses sentiments sur les dogmes de la religion.

Tl disait d'ailleurs que s'il était coupable d'avoir publié certaines opinions réputées hérétiques à Genève, il ne l'avait fait ni dans cette ville, ni dans aucun lieu de sa dépendance; que les questions qu'il avait traitées dans ses livres, n'étaient pas à la portée de tout le inonde, niais seul cm eut tics savants ; qu'il ne s'était montré nulle part séditieux , ni perturbateur du repos public. Il Unissait en demandant l'assistance d'un avocat. Mais on refusa sa demande en disant que ses impiétés l'en rendaient indigne. Obligé de se défendre luimême contre Calvin et ses accusateurs qui l'interpellèrent en deux fois sur 77 questions, il le lit avec beaucoup de fermeté d'esprit. Les actes de son procès furent communiqués aux églises rélormées de Suisse, qui, moins indulgentes pour lui que pour Boisée, écrivirent aux pasteurs de Genève :

II 4 BTÀTJLISSEMKNT FIES LA RÉFOUMI-

Watts prions le Srignctir qn "il mms ihmne l'esprit de prudence

église et des autres. I* malheureux Servet fut condamné à être brûlé vif, le 27 m-trifn-c i ri:").') , et II l'ut accompagné à la mort par Farci , qui était venu de N'eufehiitc! à tieneve soutenir Calvin contre le puni inoutphanl des Libertins (l).

Un seul homme s'éleva contre cette barbare exécution : ce fut Sébastien Gastalton, (|ui composa à cette occasion un livre, de non pimii'/u/is ^lnili.i lur.n-ticis, iju'il n'osa cependant point avouer et qu'il publia sons le nom supposé de Martin iicllius. Le cri qu'il poussa lut sans écho; l'opinion qu'il soutint, sans parti dans ce siècle rigoureux, qui ne permettait pas le doute et qui punissait l'erreur réfléchie comme un crime contre Dieu. f.a persécution était alors la. jurisprudence universelle, des diverses communions chrétiennes, et, sans s'apercevoir de. cet excès de contradiction, celui qui

prouvèrent le supplice de Servet. Melanchton y applaudit, et Théodore de Bèze le justifia dans son livre de luereticis

de Gautier, à la pige 194 du t. I de Spcn. — Thend. de B™, Vie de Calvin , p. Ga et suivante!. — Hiitoria Mi dut Us Serve», par AbWrden , edit. dïelmitadt, 17»?, 1 vol- "'-4° — uiblbtl.eea aiiiitrinitarioruin, de Ch. Sandius, p. 6àp. i5, édit. de Freistadt , iG34, 1 vol. in-ia ; — et annoie C, un ji: lilhjvh.- l'Iii^oiiu ^uivcr.

(s) Calvin publia aussi un livre intimé : Fidi-li* evp.riitio erroium Mi- . cliaelis Serveli et brevis eui'umdeLu reftilatic ubt doectur jure gladii cuer-

Formation ^ de sa foi. On ne peut pas avoir la croyance qui exalte et l'indifférence qui tolère , et ce qui permit à ce aiècJe de briser l'unité catholique, fut eu même temps ce qui lui interdit de reconnaitrc l'indépendance individuelle de l'esprit. Cette indépendance fut plus tard l'une des conséquences de son insurrection contre l'Eglise romaine, mais l'une de ses conséquences involontaires. L'esprit, qui avait été l'auxiliaire de la Foi dans cette lutte . acquit la liberté d'examiner, d'affirtner, de se tromper pour sa part dans la victoire.

Il est à remarquer que la doctrine qui causa la mort de Servet prit naissance dans les pays où la réformation ne fut adoptée ni par les gouvernements, ni par des minorités assez, fortes pour former une secte. Elle l'ut soutenue par un assez grand nombre d'Italiens qui furent ex [mises de Genève, entre lesquels figuraient le Napolitain Valentin Géntilis, le Piémoutais Jean Paul Aleiat, le Sarde Nicolas Gallo, George Blandrata, du marquisat de Saluées, et Ilippolyte de Carîgnan (j). Les deux Siennois Lcelius et Eausttts Socin la renouvelèrent et l'éteiidirenl. Cette particularité n'a rien de surprenant. Comme le besoin d'une revision dans la croyance était universel, l'exagération des idées augmentait avec la difficulté d'opérer une réforme. Plus on s'éloignait de la pratique, plus ou devenait hardi dans la théorie. Ainsi l'Aile-

]l6 ÉTABLISSEMENT DE LA REFORME

magne arrêta l'innovation <lans le luthérianisme; la France la conduisit jusqu'au calvinisme; l'Espagne et l'Italie surtout la poussaient jusqu'au déisme.

Après l* double avantage remporté sur les dissidents politiques et sur les dissidents religieux , Calvin domina sans opposition dans Genève. Toutes les volontés fléchirent déclasses et trois chaires d'Iu-lii'cu , de grec et de philosophie, sous la direction dcThcodorc deBète(i). Il provoqua l'établissement d'autant d'églises et rai itères qu'il le put dans Genève, En effet, outre l'église française, il s'y forma des églises italienne, espagnole , anglaise , écossaise, flamande, au moyen des réfugiés religieux de ces divers pays (2), qui y attendirent le moment où ils pourraient porter le culte de Calvin à leurs nations respectives. Ce uniment arriva pour les uns, mais ne se présenta jamais pour les autres, qui moururent dans l'espoir et dans l'exil. Calvin s'occupa, depuis cette époque jusqu'à la lin de sa vie, de la propagation extérieure de sa doctrine. 11 inonda de ses livres et de ses missionnaires la France, les Pays-Bas, l'Angleterre, f'Éeosse , la Pologne, et il devint le chef d'un grand parti religieux.

(il En 1 55g.— [lecueil île Miche] Rasa, liv. VI, ch. xui.— Spon, I.V, p. 3i>4, cl noie L de Gautier.

(s) Spon, I. I, p. 299, pi noie ti Ht Gautier, à la page 390.— L'immigration étrangère avait cnmnieneé au retour île Calvin , en 1 54'j. ■ Cette année, dit Michel Kusct, beaucoup d'étrangère do France et d'Italie commentèrent d'arriver à Genève. . liï. IV, ch. lu.

Il usa , dans les fatigues de cette vaste propagande et dans les travaux réguliers de son ministère, ee qui lui restait de force. Les infirmités fondirent sur lui. Sa frêle constitution . qu'avaient à peine soutenue une tempérante extrême et une une forte, ne put résister long-temps aux coups redoublés de plusieurs maladies. Sun estomac était détruit; sa tète lui causait de violentes douleurs, qui l'obligeaient souvent a rester quarante- huit heures sans manger; il avait un asthme dont les accès devenaient de jour en jour pins forts, et il éprouvait de fréquents crachements de sang (i). Il n'en rem-

qu'il ne pouvait se traîner lui-même jusqu'au temple, à l'académie, au consistoire, il s'y faisait porter. Il voulut finir comme un soldat à son poste. Ses amis lui avaient vainement représenté avec une sollicitude nl'f'ivtucnse qu'il succomberait avant le temps. Il leur avait constamment répondu qui/s souffrissent que Dieu le trouvât toujours veillant à son œuvre comme il pour/oit jusqu'au dernier soupir{z).

.Mais à la fin ses forces ne répondirent plus à sa volonté. Le a février ] SG.'j, il lit sa dernière leçon, et le dimanche suivant son dernier sermon. 11 ne parla plus en public depuis. En proie à des douleurs cruelles et multipliées, il ne lui échappait jamais que ces mots : Seigneur, jusques à quand{3)? Serré de près par le ma) , et sentant sa faiblesse s'accroître, il crut, dans les derniers jours d'avril , que le moment de sa fin était

(i) Tbéod. de Bèie, Vie de Canin, p atsim sers la fin.

(3) Ibid., p. no.

nient, dans lequel il distribua à la famille de son frère deux cents tous, fruit de ses économies ou prix de la vente de sa bibliothèque(a).

Avant de mourir, il voulut adresser ses dernières recommandations am syndics et ans membres du petit conseil. 11 leur proposa de se faire transporter à la maison de ville, le 27, niais ils s'empressèrent de se rendre auprès de lui.

a m avez données en tant d'occasions, de la douceur avec la- « quelle vous to us ék's iu'cuii i ii i odes à mis Jiiil liesses et à mesdé- « fauts;en un mot, de toutesles amitiés que j'ai reçues de vous. « Il est vrai que pendant que j'ai été au service de cette Église, « il m'a fallu essuyer bien des eontradichoos, liais je recounois « en même temps que rien de tout cela n'est arrivé par votre n faute, et que ces sortes de disgrâces n'ont été, à mon égard, <i qu'une suite de l'état des choses de ee inonde, où les gens « de bien sont toujours exposés à plusieurs traverses. J'au- . rois bien plutôt à me faire des reproches à moi-même, de

(i)Théod. da Bw, Vie ,1e Cal™,p, 114.

(a) IbiiL, p. 11 !) r.l sulva [il.-.», qui runtii;!i!ii!ii[ trs ili rrrièrts disjjusLlioMi tesutuentairei de Calvin.

* GBIffeVB. 1 [g

- n'avoir pas procuré à cet État et à cette Kglisc tout le bien « que j'aurois souhaite, quoique je puisse protester (levain

• Dieu que j'ai eu pour votre république l'attachement le

• plus sincère , et que je ne me suis proposé dans toutes « mes actions que le plus ^ranil bien pulilie. Je ne saurais n aussi m' empêcher de reconnoitre que Dieu a permis que n mon ministère ait été do quelque fruit en cette Eglise. Pour s ce qui regarde la doctrine que j'ai prêcher, je prends Dieu « à témoin que j'ai annoncé sa parole dans toute sa pureté ,

• et je le prie qu'il ne pei ineile par. qu'elle suit altérée après

Il leur parla ensuite du gouvernement de leur république, et les exhorta à se confier toujours à Dieu pour sa défense, à être unis entre eux , à s'acquitter avec zèle et plaisir de leurs fonctions, à se piquer de droiture, d'impartialité clans l'exercice de la justice, à préférer toujours les intérêts de l'État au leur propre. Il finit en leur disant : n Après vous avoir roni jurés derechef, de me pardonner les faiblesses et les infirc mités que vous avez remarquées en moi, lesquelles je n'ai

• pas honte d'avouer devant les hommes, puisqu'elles sont a connues de Dieu, prenez à gré mon petit travail. Je prie ce

• grand Dieu qu'il soit toujours votre conducteur et qu'il

• augmente sur vous ses plus précieuses grâces pour votre ■ salut et celui du pauvre peuple qu'il a confié à vos soins, u (I se sépara d'eux en leur touchant la main à tous, et ils se retirèrent le cœur pénétré d'affliction (i).

(i)Tlicod dcBiM, Vie de Calvin, p. lai à n8. — Spon, t. I, p. Î07 a 3oo, ci note P de Gautier, à la page 3oo.

I lO ÉTABLIS SB ME NT DE Lit RÉFOBME

I* lendemain, tous les ministres de la ville et de la cam-

à conserver chèrement l'ordre i|u'il était parvenu à établir dans l'église, do Genève an moyen d'une persévérance que Dieu avait bénie. Il insista sur ce que les choses se trouvant sur un assez bon pied, ils seraient d'autant plus coupables devant Dieu, s'ils les laissaient retomber, par négligence, dans leur premier état de désordre. Il tes conjura de se dévouer entièrement à l'église île Genève et de ne jamais i'abandonner. Il termina en leur disant : n Vous m'êtes témoins, mes très-chers « frères, que j'ai toujours vécu avec vous dans les sentiments ii de la plus tendre affection, et je vous prie d'être persuadés h que je vous quitte dans les mêmes sentiments. .le vous défi mande, au reste, pardon du caractère chagrin que j'ai pu « montrer quelquefois pendant ma maladie, et vous rcmero cie de ce que vous avez bien voulu partager entre vous le « fardeau de la charge que j'ai laissée vacante.» Il leur donna ensuite la main, et ils se séparèrent de lui, profondément

Avant appris que farci, qui était netogétiaire , voulait venir de Neufehâlel pour le voir encore une fois, il lui écrivit, pour l'en détourner, la lettre suivante :« Adieu, très-bon et n très-dévoué frère, et puisqu'il plait à Dieu que vous demeu- " rie/, dans ce monde après moi , vivez en vous souvenant de

(l)Thjod. île Bcm, Vie île Calvin, p. ia8-jao.— Spon, i.I,p. 3og. — Note P de Gautier-

« notre union qui a été très-utile à J'K^lisc, et dont le fi nit « nous attend au ciel. Je ne venu pas que vous vous fatiguiez " à cause de moi. Déjà je respire avec peine, et j'attends (['un « moment à l'autre que le souille mr manque. Il me reste la » consolation de vivre et de mourir en Christ, qui ne man- 'i que aux siens ni dans la vie, ni dans la mort. Adieu encore i. une fois et à vous et à nos IVèp-s Ji). >■ Alais Farci, malgré le poids de son âge, se mit en roule, et vint visiter son vieil ami mourant. Ils passèrent une soirée ensemble, et Farel, après avoir dit lé dernier adieu à Calvin , retourna dans son église de Neufehâtel (a).

La maladie qui emportait Calvin, étant une maladie de poitrine, sa fin fut moins prompte qu'il ne le croyait. Il vécut encore un mois. Le 19 mai, a\ant-veille de la Pentecôte, Il désira assister à la censure que les ministres exerçaient les uns sur les autres, pour se préparer à la cène et au repas fraternel qu'ils prenaient après en commun en signe d'amitié. La ce usure et le repas eurent lien dans sa maison, selon son désir. II se fit porter de son lit à la table autour de laquelle étaient ses collègues, auxquels il dit en entrant : Mes frères, je viens vous voir pour lu dertûl-re fuis. Il bénit les viandes, essaya de manger, et se fit remporter avant la fin du repa* Ha,., .on lit, poun>ep1u.«nsortir(3).

Ses forces diminuèrent de jour en jour, mais il conserva jusqu'à la (in sa préseuee d'esprit. Le 37 mai, il expira vers lesbuit

(1) Celte lïllre du 9 mai « irnuve dans la Vie inedile lie t-'arel, mamiM:. 1° 147, et clans The'f"!. de II™-, Vie tlt- Calvin, p. i3i. (s)Théod. de Hcie, Vie de Calvin, p. i3l cl 1 33. (3)liùL, p.,H en35.

heures du soir, sans éprouver aucune douleur. Théodore de ISè/.e, qui accourut [jour recueillir sou dernier soupir, n'arriva pas. à temps., Je trouvai , dit-il, qu'il avoit déjà rendu l'esprit si paisiblement, ayant pu parler jusqu'à l'article de la mort, en plein sens et jugement, qu'il sembloit plutôt endormi que mort. " Voilà , ajoute-t-il , comment en un même instant ce ii jour-là le soleil se eoueha, et la plus grande lumière qui ■ fut en ce monde pour l'adresse de l'église de Dieu fut re- « tirée au ciel (i). n Sa mort causa une affliction générale. Il fut enterré le lendemain sans aucune pompe, comnie il l'avait ordonné lui-même, an cimetière commun de Plein -Palais ; mais les syndics, les membres du conseil, les pasteurs, les professeurs et tous les habitants de Genève accompagnèrent ses restes avec îles signes de respect et des sentiments de regret Ct . de tristesse (a). tluK in avait , lorsqu'il mourut , cinquante-quatre ans, dis mois, dix-sept jours.

Ainsi , pour nous résumer, en moins d'un demi-siècle Genève changea entièrement de face. Elle passa par trois révolutions consécutives. La première de ces révolutions la délivra du duc de Savoie, qui perdit son autorité déléguée en voulant l'étendre et la transformer en souveraineté absolue. Elle se lit à l'aide d'une alliance avec les cantons de Fribourg et de Berne, qui défendirent l'indépendance de Genève, et elle eut pour instrument principal Bcrthelier, qui paya de sa tête ce patriotique service.

(l)Théud. .le Bèîi, Vie de Calvin , p. l3ff.

(a) Itid., p. ,36, i38.

* GENÈVE. li t

La seconde introduisit dans Genève le culte réformé, et y détruisit la souveraineté de lévcque. Elle s'opéra par l'entremise de Farci , avec l'assistance du canton de Berne, et au profit du parti démocratique qui , vainqueur du duc de Savoie, tendit à rester le seul maître de Génère, et à ne plus en partager le gouvernement avec son ancien prince ecclésiastique.

La troisième constitua l'administration protestante dans Genève, et lui subordonna l'administration civile. Elle fut accomplie par Calvin, secondée par les émigrés étrangers, et dirigée contre le parti municipal des Libertins, comme la seconde contre le parti ecclésiastique de l'évêque, comme la première contre le parti étranger du duc de Savoie. Les Savoyards, les épiseopaux , les démocrates succombèrent tour à tour les uns devant les autres, et tous devant les calvinistes.

La première de ces révolutions valut à Genève son indépendance extérieure; la seconde, sa régénération morale et sa souveraineté politique; la troisième, sa grandeur. Ces trois révolutions ne se suivirent pas seulement, elles s'enchaînèrent. La Suisse marchait à la liberté, l'esprit humain à l'émancipation. La liberté de la Suisse lit l'indépendance de Genève, et l'émancipation rie l'esprit humain lit sa réformation. Ces changements ne s'accomplirent ni sans difficultés, ni sans guerre. Mais s'ils troublèrent la paix de la ville, s'ils y agitèrent les ames, s'ils y divisèrent les familles, s'ils y causèrent des emprisonnements, des exils, s'ils y ensanglantèrent les

ils purifièrent les mœurs, ils formèrent des citoyens et drs hommes, et Genève sortit transformée de ses épreuves. Elle

ta4 ÉTABLISSEMENT DE LA HÉKOKME

était assujettie, et elle devint indi'pcnilutiti' ; elle était ignorante, et elle devint une des lumières de l'Europe; elle était une jietite ville, et elle devint la eapitale. d'une grande opinion. Sa scitmee, sa constitution, sa grandeur lurent l'œuvre de la France, par ces exilés du XVI e siècle, ijni, ne pouvant pas réaliser leurs idées < hi 1 1 s Umiv |>iivs , les portèrent en Suisse, dont ils payèrent l'hospitalité en lui donnant une religion et le gouvernement spirituel de plusieurs peuples.

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