‹ Comment l'ancienne Germanie est entrée dans la société civilisée de l'Europe occidentale et lui a servi de barrière contre les invasions du Nord mémoire lu à l'Académie des sciences morales et politiques par m. MignetChapitre 4 sur 31 · DANS LA SOCIÉTÉ CIVILISÉE DE T.' EUROPE OCCIDENTALE · texte numérisé non relu

DANS LA SOCIÉTÉ CIVILISÉE DE T.' EUROPE OCCIDENTALE

dans ses plus profondes épaisseurs les quatre monastères de Senone, d'Estival, de Saint-Dié, de IJod on- M onstc r . placés à quelque distance les uns des autres et formant une croix (i). Outre ces abbayes, celles de Remiremont (a), de Ma ur munster (3), de Staielot (4), rie Malmedy (5), de Weissembourg(G),d'Eber-Minstcr (7), furent les principales qu'on fonda dans ce pays boiaé sous l'influence de I.uxeui).

Le nord-ouest du la Gaule fut couvert de colonies encore plus puissantes. Depuis la rive droite de la Seine jusqu'au Rhin , en suivant surtout les côtes de l'Océan , le pays était rempli de forets, de landes, de marécages. Il se trouvait habité, en dehors de quelques villes, par des campagnards en grande partie sauvages et idolâtres. Les moines le convertirent et le cultivèrent. Saint Vandrille fut l'apôtre de la Seine-Inférieure (8); saint Valéry, de la vallée de la Somme (9); saint

(1) Mirai», Aim. t. I.lih. rG, n° 14, p. S06. (a) lb., lib. a, n" a8 et an, p. 3i5-3tS.

(i) Dan Bastide, De Propagat. gait. S. Bcntd., 8, p. 6; et SUIT. — Mas. Aan., lîb. a, n° 19, p. 3og.

(4) Mabill., Ann., lib. t3 , 11" 53 , p. 4o3.

(G)lbirf., lib. .3, n' 16, p. 384.

( 7 ) Ibltl., Kb. i5, n °âo,p.48S.

(5) 11 fut le Fondateur de 1 '.bbajo de Fontenelle. — Factum est ni Qdetorun. populi qui nme Wandrcgiiili adumlumistuc, belluii similcs ac pœitc rcligionil expertes Tidelantur, ejui pnedicatione manJuefacli

lib. 3, n. 5o, p. Ip*.—V. VilQ S.Wantlregisili, abbal.fr niai,., aptul Mit., Act. mnefc, I. Il, p. 5a4 à 546.

(g) Saint Valaiicu. ou V.ktj eu il ut, moin. île Luxeuil , ipii fm

38 sur l'introduction de l'ancienne gebhakib Orner, du pays do Térouane (1); saint Biquier, du Ponthieu (u); saint Éloy , du Cambresis (3); saint Ouen, des côtes de lu Netistrie (4); saint Arnaud , des Ardenncs et de la Helgique moderne (.'i). Les grands monastères de Saint-

puur y étendre le cbmlïanismc. — Erant adbuc ihi profana delubra qunî a decurionibus cnlebantur. Mabjli,., Ann., Mil. ?, n. j 5, p. 3no. — fliipra ingeili cum Tsriis itlolrirum ii^uris ■■iiii'ni iuipressis: ad cjuem ruslicorum insann mullitudo iropia sacra faciebat. — Ibid., lib. in, n. 53, p. ag5. — V. Fila S. tFalarki,abl>. LeucaitatmU. — A pari Ma m ll., Act tanct., t. II, p. 7 fi 4 go.

([)MARiLi..,^d.jme/., I. II, p. 56.i.56a.

(a) Ma BILL., An,,., lib. a, n. 6o.

(3) lpsu quoijuc Ëligiuj properabat ad cteitobu, miiicnèque LuMedium (Ltlieuil), qund crat ,■<> [nii|>inT l'iiiinrulius jlijiic iliMnçtiiu, neque enini tam crebra eranl adbuc in Gallii* ninnamcria. — Il établit la règle de Lllieuil à Solignac près de Limoges — El pneler Suleraniaccnse plura

«nstruïit. — Fila S. Ellgii, nation Omlntno ( saint Onen qui fut son disciple). — Muni», Ann., lib. ja.n. aa à aj, p. 35a et 353, el lib. iî, n. 4i F- 377. — Si quideui |i">U':i Uljun Fvli^ii. Lfiisuipo ftoviumagcitïi Tornaccnses , l'Iandi crises, Cindcrucs rx Cii luriiicTiiseï idée, allribuli

•lieunttir qiiod incola- <jn»d ir-innis magna ailKra- 11 parti grntili-

talil rrrnre detinerentur. — Hxbilx., Aan., t. I, lib. 1, n. 63 , p. 33g.

(4) Maoili,., Aa. lantt., t. Il, p. 54n.

rrepit. — Maoili,., Ann., lib. 3, n. 63, p. 33o. — Fila S. Amandiapud Mabilt.., Ad.taml., I. Il, p. 711 n 734.

DANS LA SOCIETE CIVILISEE DE L EUROPE OCCIDENTALE. 3fl

Denis (i), de Fontenelle (j), de Jumiéges (3), s'élevèrent sur les bords île la Seine; ceux de Saint-Maur les Fossés (4), de Jouarre, sur la Marne (S); ceux do l'craniji (fi), de Montvilliers (7), de Montreuil (8), <ie Sithieu, vers les cotes de l'Océan (9); ceux de Saint- Valéry (10), de Saint-Riquier (11), de Corbie, sur les rives de la Somme (lu); celui de Saint- Vaast, dans l'Artois (i3); ceux d'Hautvilliers (i4), de Morttier-Ender (i5), de Saint-Basic, au nord de la Marne (16); ceux de Nivelle (17), de Gand (18), de Saint-Guillein (19),

(I) Le monastère existait déjà, mais il fut établi sur de plus vastes

lib. ta, n. 1, a et 3, p. 34° à 34a.

(a) Hamll, Ann., t. I, lib. i3, n. 5o, p. 401 à 401.

(3) Hum., Ann., 1. 1 , liL. i4, n.35, p. 43a.— Voir b vie de sainl Philibert. — Apad Mauiu., Act. sanct., t. Il, p. 818 à 8a&

(4) Muim.., Ann., 1.1, lib. i3, ti.4B, p. 338.

(5) Ib., Ub. ia,n. 44, p. 364.

(6) Ib., Ub. 14, n- 61, p. 447-

(7) Ib., lib. 17, n, ao, p. 566.

(8) Ib., lib. it,ii.S8, p. 335.

( 9 ) Ib.,bb. i3,n.4i), p.4»-4ot.

(10) Bi., lib. io,n. 53,p. ag 5.

(II) Ib., lib. i3, n. 3i, p. 39a.

(ta) Ib., lib. t4,n. 56, p. 446- {,3) Do* D M .™.«.,l.I,p. 347-

(.4) Mab. Aiw., lib. iî, n. aî, p. 466.

(l5) Ib., lib. itf, p. ij, p. 5u8.

(.6) H.., lib. n, D.3o,p.3i8.

(17) Ib.,bb. i3,n. 7, p. 378.

(18) lb.,lil>. < 3, n.43,p. 3ufl.

(■6)lb., lib. lî.ii.âj), p. 4o5.

4(1 SUR I-' INTRODUCTION DE LANCIENNE OERMANIE

de Saint-Arnaud , dans les Ardennes (i). I) s'en forma beaucoup d'autres autour desquels surgirent aussi peu à peu do grands bourgs et des villes.

Les forêts de la Gaule septentrionale, attaquées par la cognée et les troupeaux des moines, ou par le l'eu des défrichements, s'éclaircirent,et leur masse, auparavant compacte , offrit de vastes espaces cultivés (a).

Ce mouvement monastique, à la suite duquel les restes du paganisme disparurent h peu près en Gaule, exerça une notable influence sur les Francs mérovingiens, qu'avaient déjà modifiés la religion chrétienne et les usages romains. A l'exemple de tous les conquérants moins civilisés que les peuples qu'ils subjuguent, les Francs avaient adopté la croyance religieuse , l'agriculture, les arts matériels , les armes plus parfaites et une partie du mécanisme administratif des Gallo- Romains, avec lesquels ils s'étaient alliés par des mariages. Tout en conservant le fond de leurs moeurs, ils s'étaient extérieurement rapprochés des mœurs des vaincus,

( i > IL-, Mb. u, n. 5g, p. 3ja.

(l) Le résultat iorial de ces missions fut considérable, comme on en jugitra par la ciution suivante : — El niinc in Icrra Moriuorum situ orbis extrema , quant barharis fluctibus fremens lundil océan «s > gcnlium populi reiliotonini qui aedebant in latebris.... corda aspera Cliristn mirante posuetunt. Ubiquondam déserta sylvarum ac littorum pariter intutj adyenai Urbnri aul latroncs incola: frequentabant , nunc icncrabiles et angelici

numerosis plèbe cotisons célébrant. —S. Poulinai Knlanut episcopm ad iicTHicmii Rolomagensem episcnpum epist. s8. — Bolliad. 16 jaunir. — BLuili,, Ad. sanct., iwe. 11, priefal., p. XVIII.

dont, un siècle après la conquête, ils parlaient généra leincnt la langue entre la Loire, les Ardennes et les Vosges. En il y avait déjà trois évèques francs dans un concile de douze évèques, et dans le septième siècle la moitié du haut clergé, soit épiscopal, soit monastique, était germanique au nord de la Loire; ce qui prouve que beaucoup de Francs étaient lettrés et consentaient à vivre sons la loi romaine. Les rois des divers partages, mais surtout ceux qui siégeaient au centre de la Gaule, parlaient assez élégamment le latin dansie sixième siècle, et dans le siècle suivant ils avaient entièrement cessé d'être les chefs d'un peuple étranger pour devenir les chefs du pays. Leurs assemblées se composaient d' évèques et de comtes pris dans les deux races, et leur armée était recrutée parmi les propriétaires, les bënéficiers et la milice des villes. Mais alors l'influence croissante du christianisme, combinée avec l'action de la propriété territoriale, les amollit beaucoup, et ne contribua pas peu à les livrer aux coups des Francs austrasiens, qui se maintinrent plus belliqueux en restant moins civilisés.

I-es moines irlandais qui avaient colonisé, par eux ou par leurs disciples, les Vosges, l'Helvétie, l'Alsace, tous les pays . entre Seine et Meuse, continuèrent leurs expéditions après Colomban. — Le Nortbumbrien Willibrord, élevé dans le monastère de Colm-kill, partit des Hébrides en fitjo, suivi de dou/.e compagnons, et se rendit sur le continent (i). 11 porta V le christianisme entre la Meuse et la rive gauche du Rhin,

(i) Bin., Ecd.hht., lib. S, c nat ii. — Muiu. , Âct. SS. O'd. S. Bcnett., JifC. III, pnrj I , p. 6nif el IMJ.

pays occupé par les sauvages et idolâtres Frisons. Le pape Sergius, auprès duquel il se rendit, l'investit des mêmes pouvoirs que Grégoire le Grand avait donnés au moine Augustin, lui accorda le pallium , et substitua, selon la coutume romaine, à son nom de Willibrord, le nom allégorique de Clemens. Willibrord, dans une prédication de quarante années, convertit la Frise cisrhénane. Il fonda l'archevêché d'Utrecht dans l'ancien château romain de Trajectum. Il établit dans le voisinage de Trêves le monastère d'Eptemac, destiné à recevoir les étrangers qui se dévouaient à la conversion des Frisons; les abbayes de Susteren , près delà Meuse, dans le pays de Juliers, de Werden , sur la Roer, près du Rhin, et plusieurs autres, li abattit les arbres sacres des Frisons, enleva leurs idoles, construisit des basiliques, et pénétra , non sans de grands |iéi ils, dans la Frise transrliénane, jusqu'à l'île de Fositeland, où se trouvait leur grande idole (i).

Mais la conversion de la Germanie , dans laquelle s'étaient engagés, à l'ouest, l'Irlandais Kilian et trois de ses compagnons , chargés d'une mission par le pape , et à l'est, Rutpert et Corbinien, était réservée à d'autres moines. Ceui de l'Irlande avaient assez fait en colonisant la Gaule septentrionale jusqu'au Rhin. L'ancienne ligne de la civilisation, perdue à la suite des invasions, était de nouveau atteinte de ce côté. Il ^'agissait maintenant de la porter plus loin , et d'incorporer la Germanie dans la soi iété chrétienne et policée. Ce fut

(i) Fila S. iraittnmU, apud Mabili,, Att. sanc. , sec. III, p>«i, p. Soi ei »f q-

IMNS I.* SOCIÉTÉ CIVILISÉE 1)E l'eUROPE OCCIDENTALE. $3

l'œuvre et la gloire des moines anglo-saxons qui succédèrent aux Irlandais dans cette grande mission, et de leur admirable chefte bénédictin Winfried, connu sous le nom romain de saint Boniface que lui donnèrent les papes, comme expression et récompense de son utile dévouement.

Winfried était pé, yen Van 680 ou 683, àKirtou, dans le royaume des Saxons occidentaux. Épris de bonne heure de la vie cénobitique, il était entré dans le monastère d'Adelcancastre (011 d'Excester) (1). Il y était entré malgré son père. Il passa du monastère d'Adelcan castre à celui de Nuiseelle. 11 devint tellement versé dans toutes les connaissances qui avaient été communiquées à l'île de Bretagne par les moines romains, et propagées par l'archevêque Théodore, qu'il lut chargé de leur enseignement dans ce dernier monastère. Les moines des autres abbayes accoururent en foule à ses leçons. Il fut ordonné prêtre à l'âge de trente ans, et il joignit tant d'habileté à tant de prudence, qu'on lui demanda ses conseils et sa coopération dans toutes les affaires difficiles de l'île de Bretagne. Mais , dit son biographe Otlilon , déjà détaché des gloires humaines , il cherchait où il pourrait porterai! loin le nom du Christ (a). Il quitta donc son monastère avec l'autorisation de son abbé , et il alla , en 7 1 5 , à Londinum , s'embarquer sur la Tamise. Il se rendit auprès du vieux missionnaire Willibrord , sous lequel il fit sa première campagne

(1) Vil* S. Bonifaai, pir son diuiple WllUbald, a fia S. Bonifia , tpùeopi, auclore OOdom mofiaclm benedictiim ; spud Mmili. , Ails SS.

onlin, S. feno/., mec. III, part ucundi.p. i ad 88. (a) Olhlen,\oe. citai., lib. 1, S VI.

contre les païens. La révolte de Ratbod , chef des Frisons , que Pépin de Ilérislal avait rendu tributaire des Francs, et qui avait repris les armes contre eus à l' avènement de leur nouveau duc Charles Martel , l'obligea de retourner dans son monastère. Sur ces entrefaites , son abbé étant mort, on voulut élire Winfried à sa place, liais il refusa cet honneur ; et, toujours conduit par le goût des pèlerinages et le dessein de la prédication , il partit, en 718, pour Rome, avec des lettres de recommandation de son éveque Daniel. L'une de ces lettres, adressée au pape, était scellée; l'autre, adressée à tous les chrétiens, était ouverte, et devait faciliter ce long et pénible voyage (1).

o II partit, ditOthlou, suivi des bénédictions de ses frères. «11 traversa seul des mers et des terres inconnues , jusqu'à o ce qu'il eut rassemblé sur son chemin une multitude de ser- « vi leurs de Dieu , conduits vers le même but et animés du « même esprit quelui.Chaquejour ils s'approchaient des églises »des saints, afin qu'à l'aide de Dieu ils pussent traverser les «délilés des Alpes et se soustraire à la férocité plus dange- « reuse des Longobards. Ils gagnèrent ainsi , et en sûreté , la n ville sacrée où siégeait alors Grégoire II. Le pape reçut <■ Winfried avec des yeux riants et un visage affable, et , pre- 11 nant les lettres qu'il lui présentait , lui lit signe de se retirer. « Il eut ensuite avec lui des entretiens journaliers jusqu'à l'é- « poque de son départ (2). »

(1) OAIm, Iw. citai., lib. i,$ VI, VII.

(1) fi. , lik ( , S VIII , — et «WiialV, Inc. citât., S XIV.

DANS La SOCIÉTÉ CIVILISER DE l'eUHOPE OCCIDENTALE. 45

Ce fut ditns ces entretiens que le sage et pénétrant Romain, issu de la famille desSitlielli(i), devant laquelle avaient été portés les faisceaux consulaires sous la republique, examina si l'Anglo-Saxon possédait les qualités nécessaires à son grand' dessein. Il l'interrogea sur ses doctrines, et, après s'être assuré qu'il avait la (inv« d'Ame et lu persévérance de volonté réclamées par le périlleux apostolat qu'il ambitionnait ; que capable de commander il serait toujours disposé ù obéir, et demeurerait l'instrument liabile, niais soumis, de l'Église romaine, le pape Grégoire II lui donna ses instructions et la lettre suivante :

a Sachant que ili'S [ou enfance lu .is appris les lettres sa- <■- crées, que lu es parti pmr répandre i:h« les nations in- » crédules le mystère de la foi, nous voulons t aider dans ■ ••■ i •■ neul de la mission que tu demandes. Puis i doue que tu en as appelé an siépe a|in.,l.iliqiic et (e soumets « : i. : à sa volonté et à sa direction , au nom de finir divisible Trinité, et par l'autorité inébranlable de suint "Pierre, prince des apôtres, nous ordonnons que tu portes ■ nia parole de Dieu aux nations incrédules, et que, par l'es- « prit de vérité, d'amour et de sobriété, tu verses dans ces-

(i) C'esi ilu maii» l'origine qui lui est attribués. ■ Grtgorim ueumlui pontifex s natïone llaîus etpatrid Roinariuf, filius l&antlti viri pottndlHBti ex Ultuttwimi pmsapià de Sabel/ù artus, vir ditùtia tl eruditisilmus , Romain penitui dirutam rtstauraail, elc. — Susouno, délia angine et de fatU dtdltfamigU* illush-l d-falia,?. 3.3. On faisait descendre des Spbrlli

la Panmfh Qmntilla, w. — Pa»,.». , de aaliqmi Wm/s. ^

46 sur l'iktroduction de i.'ancienbe gekhanik «unies inculte» la prédication des deun Testaments. Nous n voulons que tu imposes le sacrement d'initiation d'après les « rites de notre Église apostolique (l). »

mission, Wmfried partit de Tiome, dans les premiers jours de mai de l'année juj, et se rendit en Th u ri nge. Presque tous les peuples de rare germanique qui habitaient au delà du Illiin étaient alors sous la dépendance plus ou moins étroite des Francs, par lesquels ils avaient clé vaincus. Ceiuf-ci, conquérants à demi civilisés de la Gaule romaine, possédaient à peu près tout le territoire borné par les Pyrénées, la Méditerranée, les Alpes, le Rhin et l'Océan. Ils occupaient toujours In vallée du Mein. Ils avaient en Germanie, comme tributaires, du côté de l'est, entre le haut Rhin et le Lech, les Allemanni, débris de l'ancienne cou fédéra lion des Suèves; entre le I^ech, l'I'-ns et le Danube, les llajuvarii ou Bavarois ; au centre, lesChatti on Hessois. qui dunei iraient sur les bords de la Lahn , de l'Éder et de la Fulde; les Thuringi, qui habitaient depuis la Fulde jusqu'à la Saale ; du coté de l'ouest , les Frisons, placés sur les côtes de l'océan Septentrional, entre le bas Rhin et le bas Weser, et les Sasons, maîtres du pays entre le Rhin et l'Elbe.

En s établissant sur les possessions romaines, les Francs

de subjuguer les peuples dont nous venons de parler, qui oc-

millbald, lue. citai., S XV, et Oihton , li!>. i ,S IX.

t)»HS I,* SOCIÉTÉ CIVILISÉE DE [/EUROPE OCCIDENT* LE. 4/

cupaient la Germanie, où ils étaient restés, comme noua le verrons plus tard, à peu près dans leur état primitif. Afin de les empêcher de céder à lu tendance et de prendre la route <(ui les avaient entraînés et conduits eux-mêmes vers le sud, les Francs les attaquèrent cher eu*. Us suivirent en cela, par l'instinct de la défense, la même politique qui avait poussé les Romains ,i assujettir les Gaidois et à porter leur frontière sur le Rhin et le Danube, afin de préserver l'Italie des invasions et d'intercepter les chemins des Alpes. Ainsi, les rois mérovingiens avaient repousse les Allcmanni, soumis les Frisons, les Thuringiens, les Hessois, et assujetti les Saxons eux-mêmes à un tribut de cinq cents vaches. Mais cette supériorité des Francs n'avait duré qu'autant que s'était maintenu le mouvement de conquête qui avait entretenu chez eus l'esprit militaire. Au VU" siècle , ce mouvement s'étanE arrêté, et cet esprit s'étant altéré, les vaincus transrhénans avaient secoué le joug, et les Saxons, qui payaient le tribut de cinq cents vaches, l'avaient refusé et s'étaient rendus indépendants. I,es Francs mérovingiens n'avaient pas pris le christianisme pour auxiliaire de leur victoire , ils avaient employé les armes qui soumettent, et ne s'étaient pas servi s de la civilisation qui transforme. A peine quelques faibles lueurs de la civilisation chrétienne avaient-elles éclairé la Tlitiringc, qui était vite retombée clans ses primitives obscurités.

Mais lorsque les Francs australiens reprirent , sous Pépin de Héristal et sous Charles Martel , la marche conquérante et l'esprit guerrier qui avaient animé leurs ancêtres, ils s'étendirent à la fois an sud et au nord, et reparurent eu vainqueurs au delà du Rhin comme au delà tic la Loire. Us

,'|8 SLH LINTIIODUCTION DP. I.'àNCIKNNK RERMAMIB

assujettirent les Frisons, replacèrent dans leur dépendance les Bavarois el les Thurhigiens, et attaquèrent avec succès les Saxons. Ils furent heureux de trouver dans les moines, <jui voulaient étendre les conquêtes du christianisme, des auxiliaires capables d'affermir les leurs , et ils se montrèrent disposcs-à seconder leurs efforts spirituels de toute l'influence des moyens militaires. Ce fut sur ces entrefaites, et lorsque Charles Martel venait de remporter, à la tète des Francs austrasiens, les trois victoires de Stavelo, de Vinci et de Soissons ([}, sur les Francs neustriens, qui' ae présent;! Winfried pour transformer l'esprit de ces peuples, qui, depuis sept siècles qu'ils étaient en ['imiiiiimioalion avec l'Occident civilisé, n'avaient subi presque aucun changement.

Winfried se rendit d'abord en Thuringe, où l'avait précédé . [ri'utc-ii mitre anuce-i iUipniMvaiit l'en (jH 3; , suint Kiliiui, dont la mission avait eu peu de succès. Pendant qu'il y prêchait le christianisme à ceux qui ne le connaissaient pas, et qu'il ramenait à l'observation de ses règles ceux qui s'en étaient détournés, il apprit la mort de Ralbod, roi des Frisons, dans le pays desquels Charles Martel affermissait sa domination. Il alla y rejoindre le vieux Willibrord , qu'il aida pendant trois anr, à les convertir (a). Willibrord voulut, à cause de son grand âge, lui transmettre son épiscopat. Mais Winfried se refusa à ses prières, et, après l'avoir suffisamment secondé, il retourna dans la Thuringe, pour continuer sa propre mission. Sa parole y prospéra assez pour qu'il pût

[i) En 716, 718 ^1719.

(a) O&lon, lib. i.SXetXI.

DANS LA SOCIÉTÉ CIVILISEE l>E l'eUBOPB OCCIDENTALE. 4<J

passer dans le pays voisin occupé par les Hessois, qui confinaient avec les Saxons. Il donna le baptême à plusieurs milliers d'entre eux, et bâtit une église et un monastère à Amoneburg (i).

Ses succès furent rapides et étendus. Eloigné des lieus qui l'avaient vu naître, des maîtres qui l'avaient élevé, des amis qu'il avait laissés au delà de* mers, et vers lesquels se tournaient ses souvenirs et ses affections , il était souvent saisi de tristesse au milieu des pays sauvages qu'il parcourait et des barbares grossiers dont il visitait les huttes de buis. Il entretenait avec sa chère Bretagne d'étroites relations. Il y demandait des encouragements et des conseils. Il s'adressait surtout à son ancien évëque Daniel : «La crainte n du Christ et l'amour du pèlerinage, lui écrivait-il, ont mis « entre nous de longs et vasres espaces de terres et de mers, n C'est l'Iiabitude des hommes, lorsqu'il leur arrive quelque « chose de triste et de pénible, dechercher leur consolation aunprèsdecenx dont l'amitié, la sagesse et l'appui leur inspirent a le plus deconfianec. C'est pourejuoi j'expose à votre paternité « les angoisses de mon âme fatiguée (a), n Mais il ne déposait pas seulement les épanehements de sa tristesse dans le sein de son vieux maître, il lui demandait aussi des instructions.

et il est curieux de voir de quelle manière subtile et sensée le sage évêque Daniel l'engageait à procéder avec les barbares pour s'emparer doucement de leur esprit.

n Ne leur oppose point, lui écrivait-il, d'arguments con-

0 tra ires à la généalogie de leurs faux dieux. Admets leur n opinion, qui prétend que des dieux en ont engendré « d'autres dans les embrassements du mari et de la femme : a alin du moins que tu leur prouves que des dieux et x déesses, nés comme des hommes, sont plutôt hommes que « dieux, et que, n'existant pas auparavant, ils ont donc eu un n commencement (i). Une fois forcés d'avouer que les dieux « ont eu un commencement, puisqu'ils sont engendrés les <r uns par les autres, demande-leur alors s'ils pensent que le

■ monde ait eu un commencement, ou ait toujours existé s sans commencement. S'il a eu un commencement, qui l'a a créé? En quel lieu, avant l'établissement de ce monde, ils

■ font subsister et habiter les dieux qui naissent ? Et s'ils prén tendent que le monde a existé sans commencement, dee mande-leur qui commandait au inonde avant la naissance a des dieux; comment les dieux soumirent à leur domina-

1 lion ce monde, qui existait de toute éternité avant eux; où, « par qui et quand fut engendré le premier dieu ou la pre- ■i ru ir n- dt'-i's.it.O S'ils c roient que les dieux et les déesses con- « tinuent à en engendrer d'autres? sinon, quand et pourquoi

[i) Nequc enïm couiraiia ils de ipioniin quamvij Talsonim deorum gcnealogia Minière délies. Semmlum eorum npinioneni, quoslibet aliin geueralns , per compU'xniu niariii ac ftcmina; concède eos asserere : ut «altem modo hominum nalos deoj ne dtaj, putlus humilies non dciis Fuisse, cl raejiisse qui anle lion eranl, probea Apnd SiamniUM, p. 7y.

b ils ont cessé de s'unir et Je concevoir? S'ils engendrent « encore, alors le nombre des dieux est infini , el les mortels a ignorent (jtiel est de tous le plus puissant.

« Pensent-ils aussi qu'il faille honorer leurs dieux pour le a bonheur présent et temporel , ou pour le bonheur futur et « éternel ? S'ils répondent que c'est pour le bien temporel , « qu'ils disent en quoi les païens sont plus heureux que les o chrétiens.

<> Toutes ces choses et beaucoup d'autres, tu dois les leur c objecter, non en les insultant, mais paisiblement et avec «une grande modération, et, par intervalles, comparer « leurs superstitions à nos dogmes chrétiens, et pour a ainsi dire les prendre en flanc, afin que les païens, plus n honteux qu'irrités, rougissent de telles absurdités. Il n faut aussi leur objecter, si leurs dieux sont ton (-puissants, a et non-seulement récompensent leurs adorateurs, mais pua nisseut leurs contempteurs, pourquoi alors ils épargnent o les chrétiens qui leur arrachent presque tout l'univers et n renversent leurs idoles ? Et pourquoi les chrétiens qui poso sèdent des provinces fertiles, abondantes en vin, en huile, o et autres richesses, n'ont laissé aux païens et à leurs dieux n que des terres toujours attristées par le froid, dans lesu quelles, déjà chassés du reste de l'univers, ils s'imaginent n faussement régner encore (i)- D "

(i) El eum Lpsi Chrisliini fertiles terras, vinïque tt nlei Ftraces, raterisque opibus abu ridant es poaiiilç ni proyincia5,ipjis aiuern paganis, frigore semper rigenlej terraj cum eorum diii reliciutninl, in quibiis jam lantiim lolo orbe piilii, faim régna™ pulanliir. — Apnil Simmmun, !b.

5a sur l'int(ioduction de l'ancienne oermasie

Winfried lit usage auprès des barbares des arguments que lui suggéra Daniel et de ceux que lui inspira sa propre habileté. La pureté de sa vie, la vigueur persévérante de sa volonté, et une douce prudence, en gagnèrent aussi beaucoup atieliriatianiame.il acquit, dans le pays d'Outre-Rhin , beaucoup de renommée et d'ascendant. Il entretenait avec Rome des communications assidues, et il y envoya, après plusieurs années d'heureuse prédication , un de ses disciples, nommé lîinna , pour remettre ses lettres et rendre compte de ses œuvres au pape Grégoire. Il demandait en même temps à Grégoire des règles de discipline pour ses prêtres et pour ses néophytes (i).

Le pape aimant mieux s'entendre de vive vois avec lui, fit repartir Binna pour la. Germanie, et manda Winfried à Rome. Il le reçut dans la basilique de Saint-Pierre, et après l'avoir questionné et entendu tout un jour, charmé de ses succès , convaincu et frappé de sa supériorité, il le nomma, à ce second voyage, ivàjuc ripo/tn/iire, c'est-à-dire, sans siège déterminé et sans autres limites dans sa juridiction que celles qui seraient marquées par ses conquêtes. En adoptant Winfried, au nom de l'Église romaine, Grégoire II changea son nom en celui de Bonifacius (a).

Afin de l'attacher au siège pontifical par les liens d'une étroite obéissance, le pape exigea du nouvel évêque régionnaire qu'il prêtât, dans l'église de Saint-Pierre, un serment ainsi conçu :

(i) Olàlon, loc. ïil.Jib. i, S XII.

(î) 0&I«l , lof. cit. , lib. ■ , S XIH et XIV.

Du IiZl'"J fcy L.

o Au nom du Seigneur Dieu, notre Sauveur Jésus-Christ, « Léon étant empereur, la septième année de son consulat et

■ la quatrième de celui de son Gis Constantin;

n Moi , Boniface, par la grâce de Dieu, évêque, je promets n à toi saint Pierre, prince des apôtres, et à ton vicaire Grét goire, pape, et à ses successeurs, par le Père, le Fils et le

• Saint-Esprit, trini té indivisible, et par son corps très-sacré : s de pratiquer la sainte foi catholique dans toute sa pureté, i de la maintenir dans son intégrité, de n'adhérer à rien de > contraire à son unité , de soutenir toi et les intérêts de ton

■ Église, à qui le Seigneur Dieu a donné le pouvoir de lier et

« ni communion, ni intelligence avec des prélats hérétiques,

0 si j'en rencontre, de les réprimer, si j'en ai le pouvoir, et n tout au moins de les dénoneerau siège apostolique. Dans le

• cas, ce que Dieu ne veuille, où je ferais, soit avec intention,

1 soit par accident , quelque chose contre ma promesse , que n je sois trouvé coupable au jour du jugement et que j'en- « coure le châtiment d'Ananias et de Saphirs, qui voulurent i dérober à toi-même la connaissance de leurs biens.

« Moi, Boniface , humble évèqne , j'ai écrit de ma propre « main ces paroles, que j'ai déposées sur le corps très-sacre a de saint Pierre, et j'ai fait, sous l'œil et le jugement de n Dieu , ce serment que je promets de garder (i). n

Après que Boniface eut pris cet engagement, le pape lui donna, comme code, un livre qui contenait les règles de

(i) OiAlon, lib. !,5 XIV.

04 SUB l'iNTROUUCÏJON l>E I.'*NC]ENNE UKRMAN1E

l'Église rédigées dans les conciles et les assemblées pontificales. Il lui enjoignit d'enseigner ce droit canonique tant au clergé qu'aux peuples nouveaux. Il y ajouta la correspondance de Grégoire le Grand avec le moine Augustin, comme propre à le diriger dans son entreprise , et à résoudre d'avance, pour lui, quelques questions délicates. Il lui défendit d'ordonner prêtres ceux qui se seraient mariés deux fois, ou qui n'auraient pas pris une femme vierge, ou qui seraient illettrés, ou qui auraient quelque infirmité corporelle, ou qui auraient été mutilée par châtiment, l'Église les regardant, par leur incontinence, ou leur ignorance, ou leur faiblesse, ou leur immoralité, comme indignes ou incapables du sacerdoce. Il lui dit de diviser les offrandes en quatre parts, selon la règle déjà consacrée (i). Il l'invita à ne pas refuser de s'asseoir à table avec les chefs barbares qui lui prêteraient assistance : « Car, lui disait-il , il arrive souvent que ceux qui - sont éloignés par les rigueurs de la discipline de la pra-

a tique de la vérité, sont ramenés, par le charme des repas « el par de douces observations , dans la voie de la jnsu tice (i). n 11 l'assura de la protection immédiate du siège apostolique, et le renvoya eu lui remettant des lettres pour le duc des Francs, auquel il recommanda de l'aider et de le défendre (a); pour les évéques qu'il exhorta à fournir à ses besoins, et à le seconder dans la conversion des peuples idolâtres (3); pour tout le peuple chrétien, qu'il instruisait de la mission de Bonifacc (4) ; enfin pour les barbares eux-mêmes auxquels il écrivit :

0 nîté où il n'y a ni fin, ni tribulation, ni amertume ( mais * une gloire perpétuelle), nous vous avons envoyé Bouiface, « qui vous baptisera et vous instruira dans la foi de Dieu. «Obéissez-lui en toutes choses, honorez-le comme votre s père, et inclinez vos cœurs à ses leçons, parce que nous l'aa vons envoyé vers vous, non point pour acquérir un gain « temporel, mais pour le gain de vos «mes. Aimez donc Dieu , « et, en son nom, recevez le baptême : car ce que l'œil

1 de l'homme n'a jamais vu , ce que le cœur de l'homme n'a œ jamais conçu, le Seigneur Dieu l'a préparé à ceux qui l'ai-

(0 Plerumque conlingil, ut cjuos correclio disciplina: lariW farit ail perdpiencliip verilalii normtm , convmorum seriula a admnimio blanda ad via m perdue! t juslilia-. — Apud SxniuxntM, p. 173.

(1) Douma glcrioto filio Karolo i/uci, Gregorim pape. — OlMm , lib. i, S XVI.

(3) /&., tib. ij S XVII.

(4} H., lib. i.SXVlll.

n ment. Éloignez-vous du ma] et laites le bien. N'adorez point « les idoles, no sacrifiez point de chairs, car Dieu ne les « reçoit point ; mais agissez en toutes choses selon que notre « frère Boniface l'enseignera , et vous serez sauvés, vous et « vos fils. Faites une maison où doive habiter votre père, deso églises où vous deviez prier, afin que Dieu vous remette vos « péchés, et vous donne la vie éternelle(i). d

Muni de ces lettres, Boniface partit de Rome, et se rendit d'ahord auprès du due des Francs , Charles Martel , dont le patronage lui était indispensable , et qui le lui accorda par la célèbre sauvegarde suivante :

n Aux saints et apostoliques évëques, nos pères en Jésus- « Christ, aux ducs, aux comtes, à leurs vicaires, à nos pala- « tins, à toits nos agents, à nos envoyés, à nos amis, Charles, « homme illustre, maire du palais, qui désire votre bien,

(i) Populo Thurinfiorum. Oiklon , Ub, i, S XX. — 11 lui donna une lettre adressée Imiienii popu.'o prorineia: Jllsnxonum, qui commençait par ces belles parnli-s : Siipimlil'iis cl i'i.ti/,ù-nl:iiu ilrlnlor mm , /mires car/t---. tlmi. Il leur disait , n qui était lt? Lut sublime île la inininn ,1c lloniface, miii ce que le temps seul pouvait leur faire comprendre et surtout admettra : Expvtialc veicrgo veterem hnminrm et inAaHe chritUtm navum , depnnealei iram ,indignaliimrin . ma!il:nm ,bl,.xj,iwittia>n. Ib. , lili. i, t XXI.

Grégoire III, successeur de Grégoire II, pour faire abandonner à ces populations leurs mtrurs barbares et les attirer aux habitudes des pays civilisés, défendit à Bonifies de tolérer qu'elles mangeassent de la cliair de clteul : [mer calera «grcstein eatallmn alii/aaniçs comakee adjtmriat, plemsijae et ttanicsticnni. Ulhhm , lili. I, JjXXVI. — El apud SianiBlcM,

n Sachez que l'homme apostolique , notre père en Jésus- « Christ , l'évéque Bonifacc est venu vers nous , et nous a de- ■ mandé de le placer sous notre sauvegarde et notre protec- * tion. Nous le lui avons accordé volontiers. C'est pourquoi o nous avons ensuite jugé à propos de le lui confirmer de o notre propre main, afin qu'en quelque lieu qu'il passe, « avec notre affection et sous notre sauvegarde , il soit en o paix et en sécurité, et qu'il puisse rendre, faire et recevoir n justice. S'il vient à se trouver dans quelque rencontre ou « nécessité qui ne puisse être définie par la loi, qu'il reste n en paix et en sécurité jusqu'à ce qu'il soit en notre présence, a lui, comme ceux qui se réclameront deluiet qui espéreront a en iuî. Que nul n'ose lui être contraire, ou lui porter dom- « mage, et qu'il demeure en tout temps tranquille sous notre « sauvegarde et protection. Pour que cela paraisse plus écrit tain, nous avons, aux yeux de tous, souscrit de notre a propre main et scellé de notre anneau (l). *

Ayant obtenu cette puissante assistance, Boniface s'avança dans le pays des Hessoiset des Tliuringiens. Il y renversa les arbres sacres, et du bois du plus grand de tous, qui s'appelait arbor Jovis, l'arbre de Jupiter, il construisit un oratoire à saint Pierre (a). H ramena les chrétiens grossiers de ces pays aux principes que leur ignorance avait dénatures, aux règles de conduite que leur barbarie avait entière nient violées. Ses progrès, au milieu des populations païennes, furent rapi-

(i) Don Booçuet, Recueil îles hbtorUni île France, t. IV, p. 95, et aussi apuil Siumosdeh, 1. 1 , Coud/. Gall. , p. 5ij. (a)0rt/on,lu>.i,SXXn.

des et étendus. 11 fonda, en Thuringe, la première église chrétienne près de Altenberga (village entre Georgenthal et Friedrichsroda). (.1 la consacra à saint Jean. Il bâtit ensuite une église à Saint-Michel, sur la rivière d'O h ra, là où se trouve maintenant la ville d'Olirdruff (i).

Quoiqu'il eût avec lui des disciples, il pensa qu'il devait s'adjoindre un plus grand nombre de coopérateurs. S' adressant à ses compatriotes de l'île de Bretagne, il leur demanda une colonie de moines qui pussent secharger de l'enseignement des barbares, et une colonie de religieuses auxquelles il confiât l'éducation de leurs femmes. C'est vers ce temps, en effet, que vinrent le joindre Lui, Willibalt, son frère Wunnihalt, Vitta, et plusieurs iititrt's ([n'avaient, précédés auprès de lui l'An g lo- Saxon Wigbert, le Franc Grégoire, et auxquels s'unit plus tard le Pannonien Sturm, après Lui , le plus eliéri de ses disciples (a). Il vit arriver aussi, pour s'associer à ses travaux, la mère de Lui nommée Chuniliilt, sa fille Beratligit, Waltpurgh, sœur de Willibalt, Thécla, Chunidrat, et surtout Lioba, qui devint en Germanie la principale institutrice des femmes (3).

Ces auxiliaires de Boniface prirent une part notable à la conversion de la Germanie et jouèrent un rôle important sous les règnes de Pépin et de Charlemagne. Lui était Anglo-Saxon et professait la vie monastique. Son esprit de conduite, l'action qu'il exerça sur les peuples, l'influence qu'il eut l'art

(i)0t/i/o«,lili.i, SXX1II.

(i)/«. > Ub.t,SXXV.

(3);i.,lib. !,S XXV.

de prendre sur les chefs barbares, le désignèrent bientôt un prévoyant Boniface comme son successeur futur dans l'épiscopat, pour les pays de la Franconie et de la Thtiriuge (l). Les mêmes raisons disposèrent Bonïfaee à adopter pour un autre de ses successeurs Grégoire, auquel il destina le gouvernement spirituel de leglise et de l'abbaye d'Utreclil et du pays des Frisons. Ce Grégoire le suivait depuis l'âge de quinze ans. Il était petit-fils d'Addula, abbessc du monastère de Palatiolum, sur les bords de la Moselle, près de Trêves. Dans son premier passage de la Frise en Thuringe , Bonïfaee s'étant arrêté à ce monastère, le jeune Grégoire ne voulut pas le laisser partir sans l'accompagner, et depuis il ne le quitta plus (a). Quant àSturm, dont Boniface fit plus tard la rencontre dans le pays des Bavarois, c'était un Pannonien d'un esprit contemplatif, d'un caractère doux , d'un dévouement sans bnrries, auquel Boniface réserva la fondation et la conduite du plus grand centre cénobitique de l'Allemagne, du fameux monastère de Fulde(3). Il construisît auparavant le monastère de Fritzlar en Hesse, et il en confia la direction à son ancien compagnon Wigbert. Le monastère de Fritzlar contint une colonie anglo-saxonne ou bretonne , comme on le disait sur le continent (4).

(l)luu.,AU SS. Ord.S.Bened., *ec. III, pirs i , p. 3gs et sîij.

(a) lb- , p. 3 19 el ae<j. yita S. Gregoriï, abb. traj,

(3) Eicilis rirajanctiSrurmi.ipnd Pian, Moaaaunla Germante hiilo-

(4) fli.'l Stum. Apwl Paint. Mnm,L,«a Germante, t. Il, p. 366.

flO SUR L'INTRODUCTION DE L'ANCIENNE GEHKaN[E

Plaçant et employant chacun de ses disciples selon ses aptitudes, Bonifacc eut à se féliciter de leur habile coopération. Il destina la douce et savante Lioba à préparer par ses enseignements une autre condition aux femmes de laGermanie (i). Lioba avait été élevée dans l'île de Bretagne, au monastère de Winbrunn, alors gouverné par Tetta, sceur d'un roi anglosaxon. Elle s'y était appliquée , dii son biographe, bien plus à la lecture des saintes Ecritures qu'au travail des mains. Outre les deux Testaments, elle possédait les paroles des Pères, les décrets des conciles et le droit ecclésiastique. Elle usait de tout avec discrétion. Elle avait, ajoute-t-il, un aapect serein, un langage agréable, un esprit élevé; elle était trèspatiente dans son espérance; jamais nul ne vit une malédiction sortir de sa bouche, et jamais le soleil ne se coucha sur sa colère (a). Sa réputation de pureté et de science avait pénétré jusqu'à ÏSoniface, qui la demanda à l'abbcssc Tctta. Il fonda pour elle le monastère de BUohnfheim , qui devint l'école des femmes germaniques et qui fournit des supérieures à toutes les abbayes d'outre-Rbin. Honiface l'aima d'une affection chaste et tendre, et il demanda qu'à sa mort leurs os reposassent dans le même sépulcre, afin qu'après avoir servi le

(>) Mabill., Jeta 55. Ont. S. Bened., sœc. III, para 3, p. 1^5 et seq. yita S. Lioia, vlrginis el abbalàm llischnfhelmaisis , auctort Budalfa, manacho fildtmt,ntealorX,

(a) Erat aJspectu angelica, sermone jucunda, ingenio dara, spe patitnlissiina, cariiati- (liitinii... Miilcilictinncni un ore cjm ntillûi umjuam aniliritj irscimiliœ illiui sol leslis ounquam ocnibuii. — Ih„ p. ï5i.

DANS LA SOCIÉTÉ CIVILISEE DE LEUKOPE OCCIDENTALE. Cl

Christ pétulant leur vie, ils pussent aussi attendre ensemble le jour de la résurrection (l).

Ce fut à l'aide de ces nouveaux collaborateurs que Boniface étendit et consolida le christianisme dans la Francouie, la Thnringe etla liesse. Il poiu-snivii jjiis iclàclic [n'iulanl ijiiiitor/e ans, après son second voyage à Home, cette œuvre à laquelle il avait déjà, auparavant, consacré quatre années. Ses succès furent rapides et considérables. A quoi tinrent-ils surtout? A l'infériorité de la croyance qu'il avait à combattre, à l'absence d'une vraie classe saccrdolale chez les peuples auxquels il eo prêchait une nouvelle, de tous points supérieure à la leur , et très-fortement organisée; enfin, à l'état de dépendance où ces peuples se trouvaient placés à l'égard des Francs austrasiens. Examinons rapidement ces divers points, sans rechercher encore quelles furent pour l'homme, pour la famille, pour la société , pour le territoire, les conséquences de la conquête chrétienne que nous apprécierons, sous tous ces rapports, avant de terminer ce mémoire.

La religion des peuples transrhénans était le mélange de plusieurs cultes , qui ne consistaient eux-mêmes que dans une adoration grossière des forces de la nature (a). Le culte du

(1) Ul poilobilum fjuj corpus illiuj a(i osia jua in eoilem sepukliro

ac studio in vil» sua Chris to sèmera nt. — Ib. , p. iSG.

(2) Deonim numéro eos soLoj ducunt, quos cernant, « quorum a peità opibus juvanlur, Solem, Vulcsoum el Lunani : rcliqum ne fama quittent acceperum. Cssab, de Bella Gallico, 10. 6, e. ai. — Deorum muimc Mercurium coJunl , humanu quoquB heutiu lïtare faihibcnt. Hercutem ac Marlcm concrisis aninialilius iilar.uu Crcttniiii ncccobibcre p.irielibus

Ou SUR L'iKTHODIJCriON VU l'aNCIKNNK GERMANIE

feu et d'Ertha ou de la terre-merc , celui des forets profondes dont la solitude les remplissait de terreur et leur paraissait Être l'habitation de la Divinité, étaient leur croyance originelle. Les dogmes Scandinaves de l'Edda, qui formaient tinn tfiàilogiu naturelle un peu plus complexe, avaient pénétré parmi eux. Beaucoup de peuplades germaniqu es adoraient les trois grandes divinités d'Upsal, Tlior, Odin et Freya (i). Thor, représenté avec un sceptre ou avec un marteau, était le plus puissant des trois, et pouvait être comparé sous beaucoup de rapports au Jupiter des anciens (u). Aussi, dans les eapitulaires, est-il désigné sous le nom de Jupiter. Wodan ou Odin qui, dans le temple d'Upsal, était placé à droite de

MCKlum illud quod sola reverentia vident. Ttcru, Germania, c. IX. Bcndigni.et Avion» , et An B li, et Variiii, et Eudoses, et Suardones, et Nuithonei... in commune Hertham,id est terrain matrem, collint. A, C.XL.

César ne mentionne que le culte du feu, qui était le plus ancien et qui, d'après Mm™. (//«*>!«</« Allemand,, t. I, li*. i, ç, 38, de lareliglan, édition ieBmlau, i8i5) fut celui qui dura le plus. — Le bois sacré des Suéïes était chez les Semnoncs, quise regardaient comme le plus ancien et le plus noble des peuples sueves. Toutes les peuplades s'y réunissaient annuel le m en t. Les sept peuples de la Baltique formaient une autre ligue j leur bois sacré était dans l'île de Rugen. — Ibid,

(t) Dans la formule allemande d'abjuration , on faisait renoncer les nouveau! chrétiens a Thor, i Odin et à Frcja. — Gutcuin, t. III, p. 77.

(a) Thor, dit Anm ai Rrîjie, d'après les nrëlres, praiidtl in aère, ijid naiiraa el fulmina , ventes, imbreique serenal, et frugei gubemat. Thorcatn tetptro lavtm limai me nidetur. — Adih. memej., Hitt. ecelei., ,:. a33.

Thor, était adoré comme l'auteur de la destruction et le maître de la guerre; et Freya, placé à sa gauche, était invoqué comme le principe de la fécondité (i). Odin, qui était quelquefois désigné par lesOccideutauxsousIc nom deMars, recevait d'eux plus ordinairement lu nom de Mercure (a). Le culte d'Odin convenait beaucoup aux mœurs guerrières et à l'esprit entreprenant des peuples germains. Aussi, avait-il fait parmi eux uneplus grande fortune que Tlioret Freyn, et s'étend ait- il depuis l'extrémité de la Scandinavie jusqu'aux sources du Rhin.

C'était dans son palais qu'ils aspiraient à se rendre après leur mort. Ceux qui ne sortaient pas de la vie en combattant allaientdans-leNiflheim, où, ditl'Edda, Hek, qui exerce « son empire sur neuf mondes, distribue les âmes de ceux o qui sont morts de maladie ou de vieillesse. Son palais s'apa pelle le nuage ; sa table, la faim; son couteau, le besoin; o son serviteur, le retardataire; sa servante, la lenteur; sa

(i) Aller Wodan,idemfuror, lielia gerit horoiniauc minutrat virlulem

■oient- — Abih. DBEHBn., ib. — C'est le Tbuisto ou Tbeul des Gcrpiains, appelé a u>.LW 0 d. n .

Tertïus «I Fricco (Freya), pacMd , vol up la tenu; ne largiens morlalibui : cujus eiiam simulacrum iingunt ingenlï prilpo. — Aux. nBaHEJ., ib.

quoque hoiliis Mure fas est. Ticite, Genaan,, c. a.

IF'oilan , dit Paul l)i.i(;ri! , tqil siiYles après, ipse eil qui apuà Romanes Mercilrim dicilur, al ni unnvrtii GcnnnnitP gtnlihui ut deus adoratar. — PlDUU BIlCOKDa, lïb, i, c.j>.

« porte, le précipice ([).» A ceséjour de privation s et de tristesse était opposé le Walhalla rmnmc un lion de délices et de joie. Là, tom pa gnon s d'Odïn, ceux qui avaient péri par le fer, passaient leurs jours dans des combats et des festins continuels. Chaque matin ils se revêtaient de leur armure, descendaient dans la lice et combattaient ensemble, jusqu'à ce que l'un eût terrassé l'autre, et ils montaient ensuite à cheval pour se rendre à la salle du festin où leur était servi du sanglier et où ils buvaient de la bière (a). C'est sans doute afin qu'ils y arrivassent comme des guerriers, qu'on ensevelissait avec eux le cheval qu'ils avaient monté et les armes dont ils s'étaient servis.

Ce culte, qui ordonnait d'être brave, qui recom mandait et récompensait la mort guerrière (3), qui punissait la mort naturelle, avait son accompagnement ordinaire de sacrifices pour se concilier la faveur des dieux, et d'augures pour

(i) Hi vero sum morhis et senio mnrtui. Jngemia ibi lialmacula powidet (Hcl.i) «pimentait- Ulius praalta sum, canoellique grandes. Ejui pa-

gra,iiia;ancill:i,tardigrada;linien, pœdpiuum. — jWmW.XX.VIH.

(OQuoddii pns.quan, Lie* ind.ui M, arn.amram assumant, driude i„ aream -«un.es dinde»»., unique al.ernn, pros.emil; h„ C

eqôiunt, ac ail potandum consident. — Eilda, MjtAal XXXIII , XXXV.

(3) Aussi mouraienl-iis avec une iuu.piiliLr rare. Voici le cliantde morl de Ileynier Lodbrog, condamne à périr par la morsure des vipères. Il tlian-

dans la société civilisée de l' Europe occidentale. 05 connaître leurs desseins. C'était la partie pratique de la croyance qui complétait sa partie théologique et qui mettait les dieus en rapport avec les hommes. Chez des peuples aussi peu avancés, les sacrifices étaient encore sanglants, et aux immola lions d'à ni maux se joignaient des immolations humaines. Quant aux. augure», ils se tiraient des entrailles des victimes , du vol des oiseaux , des courses et des hennissements des chevaux sacrés qu'on nourrissait dans les bois et qu'on ne manquait jamais de consulter avant de commencer une entreprise importante et périlleuse.

Il n'y avait point parmi les Germains de caste sacerdotale. Les chefs étaient les prêtres delà peuplade, comme les pères de famille étaient les prêtres de la maison. Les uns et les autres faisaient les sacrifices et consultaient les augures pour

Quod Balderi Para» scia m Bibemus cerv

rbi> ad Odini aubm.

aselapste «uni hora, lui! rnoriar.

n' LeJirog, siropha XXF , latine t.

(!G sun [.'introduction de l'ancienne germànie les entreprises publiques ou pour les actions particulières (i). De ce que la classe militaire était en même temps la classe sacerdotale, et lie ce qu'il n'y avait pas une corporation

ieur croyance suivant qu'elle servait ou qu'elle contrariait leurs intérêts et leurs desseins. Pour cette classe militaire, la résistance en delà du Rhin, la conquête en deçà, importaient avant tout. En général, elle restait donc païenne pour se défendre en Germanie, ou bien elle cessait de l'être pour s'établir sur le territoire de l'Empire. C'est ce qui explique la persévérance religieuse des populations li ausrhénaues, l'opiniâtreté avec laquelle la confédération saxonne maintint sonculte contre Charlemagne, et la facilité que montrèrent tous les peuples qui envahirent l'empire romain,. à renoncer au leur.

Ceux-ci, outre la disposition qu'ils avaient à admettre la croyance d'un peuple qui l'emportait sur eus par l'esprit et la civilisation, obéissaient à un intérêt politique. Arrivés en petit nombre dans les pays qu'ils occupaient, n'ayant que la supériorité momentanée des armes, ils avaient vaguement compris qu'il était nécessaire de donner à leur domination militaire l'appui d'une adhésion morale. Ils avaient partout changé de culte. Leur organisation était tellement guerrière

(i) Si publiée cuiiHul ilnr saiwilos diiiatisj khi [>ri»nlim ipe paierfomilias precalui dsoL — Tacit.,i/p Gcritinn,, c. X. — Voir Juin» Moau, UiMoirc tCOinabniek, t. I, imro.luction , S 8 cl S 37 et a8, troisième édition.

elsi peu religieuse, nue dès que le chef s'était prononcé, tout te peuple imitait son exemple. Les Germains le suivaient aussi fidèlement uu baptême qu'à la guerre. Ainsi en Gaule, Clovis avait entraîné la plus grande partie des guerriers francs avec lui dans la cathédrale de Reims; Sigismond avait fait passer les Bourguignons de l'arianismc au catholicisme aussi aisément qu'ils avaient abandonné le paganisme pour l'arianisiue. En Espagne et en Italie, Tliéodinus, Recarède et Adelwdd avaient rendu orthodoxes les Suèves, les Goths et les Longobards, que leurs prédécesseurs avaient rendus ariens à une époque ou celle secte dominait dans la presque totalité de l'Empire. Cette influence des chefs germains sur les guerriers était si décisive, que dans l'ileptarchie anglosaxonne les peuples adoptèrent en niasse le christianisme, le quittèrent et le reprirent à l'exemple de leurs rois. Nous aurons occasion de voir bientôt les mêmes changements se produire dans la Saxe continentale, suivant que les chefs se soumettaient à Charleniagne ou se révoltaient contre lui.

lioniface fut donc favorisé dans sa mission germanique :

Pur l'infériorité morale de la croyance qu'il avait à combattre et qu'avait déjà ébranlée eu partie le christianisme placé depuis longtemps dans son voisinage;

Parla faible organisation du sacerdoce païen, auquel étaient confiées la garde et la défense de cette croyance;

Par l'appui des princes li anes qui exerçaient indirectement sur les populations Iransrhémiiies sinniiisrs à leur domination presque autant d'influence qu'en avaient eu les chefs des invasions germaniques sur les guerriers composant leur armée;

Enfin, par la communauté de race des missionnaires chrétiens et des populations païennes qui avaient la même ori-

G8 SUK l'jNTRODUCTION l)E LANCIEKNE GEBM*NIE

g'ine, qui parlaient la même langue, et que rapprochaient les mêmes mœurs.

Pour récompenser ses efforts et ses succès, le pape Grégoire III, qui avait succédé, en j3i , à Grégoire II, lui avait envoyé le palliuin (1). En 738, Bonîface, dont les établissements dans la Germanie centrale avaient acquis assez de solidité et prospéraient suffisamment pour lui permettre de s'éloigner quelque temps, se rendit une troisième fois à Rome. Grégoire III , avec lequel il s'entretint à fond des intérêts de l'Eglise germanique , lui conféra le pouvoir de créer des évëques, et de plus, le chargea de rétablir la croyance chrétienne dans le pays des Bavarois, qu'il avait déjà visité cinq années auparavant ( en y33 ), et de le diviser en diocèses (2). Bonifaee exécuta celle nouvelle mission et fut l'organisateur religieux de l'Allemagne méridionale. Le christianisme avilit été anciennement prêché dans cette contrée lorsque les Romains l'occupaient encore. Mais les incursions dévastatrices des harluircs , rétablissement successif des Gépïdes et des bavarois, les invasions fréquentes des Huns, des Avares, des Slaves, qui s'y précipitaient en remontant le Danube, y avaient altéré le christianisme là oùellesne l'avaient pas entièrement détruit. L'église métropolitain edeLauriaeum, située à l'embouchure de l'Eus dans le Danube, avait souvent élé saccagée et privée d'éiëques pendant de longs intervalles (3). Dans le cours du Vil' siècle , saint Rutpert

(1) Othbm, lib. 1, S XXVI.

( î )»„iib.i,sxxvni.

(.1) Gtrmaaia incra du P. Htniu delà Société de Jt-tui. In- fol. , i^ïr. ,1e ij^.C.IàC. XVII.

DANS r.A SOCIÉTÉ CIVILISÉE DE L'EUROPE OCCIDENTALE. 6$

saint Arnaud d'Utrecht , et saint Emmeran , avaient travaillé à la conversion de ce pays , et vers les commencements du VU!', les papes avaient fait de grands efforts pour l'introduire entièrement dans la société chrétienne (i). Mais ils n'avaient pas réussi, et cette gloire était réservée à Boniface. En y arrivant, il trouva peu de chrétiens réels, assez de chrétiens idolâtres, des manichéens en quantité qui y étaient venus d'Afrique après avoir débarqué en Illyrie, et beaucoup de païens.

Boniface, secondé par Odilo, duc des Bavarois, expulsa les manichéens, réforma le clergé chrétien, convertit les populations restées ou devenues idolâtres , et divisa le pays en quatre diocèses , dont il établit les sièges à. Passait et > : i Ratisbonne, sur le Danube; à Frisinghen, sur le Lecti ; et à Salzbourg , sur la Snlza (2). Il donna ces quatre sièges à quatre hommes d'un christianisme éprouvé, nommés Vivilon, Gobiwolt , Erimbert et Jean (3). De cette manière , l'ancienne ligne de la civilisation fut en partie recouvrée du côté du Danube, sur les bords duquel Boniface tint un concile, comme elle l'avait été du côté du Rhin ; elle fut bientôt dépassée sur ce point , comme elle l'avait été déjà sur l'autre.

(1) c.XVHI, XlX,etseq.

(a) . En ce que lu as annonce que tu avais divisé en quatre paroisies la province des Batarois, lu ai bien et prudemment agi... (Juani au concile que Eu dois tenir en notre nom sur la rive du Danube» noua mandons à la fraternité de t'y présenter au nom de l'autorité iprisnilirnie. • — I.tur.' d.- Grégoirelïl— Olhton, Mb. 1, S XXXII.

(3) Othfon.ïib. ., SXXXI.- mllibalJ.iîS. — Gvmama utra An P. Hahuii,

70 sun l'introduction de l'ancienne gehmanie

Pendant que Boniface opérait ces grands changements dans le pays des Bavarois, le pape Grégoire III, attaqué et pressé par les J.ongobards, dans l'Kmilienne et dans la Pentapole, s'adressait au plus puissant des chefs barbares avec lesquels il était en communication par ses missionnaires. II demanda à Charles Martel de descendre en Italie avec ses Francs pour y porter secours à l'église de saint Pierre, contre Liutprand et Hilbrand , rois des Longobards. Usant du langage le plus propre à agir sur le chef barbare , il lui écrivit : a Le prince des apôtres, mon très-cher fils, peut bien lui- « même défendre son héritage et son peuple, mais i! veut a éprouver les cœurs des fidèles. Au nom de Dieu et de son «jugement terrible, ne rejette point ma prière, ne ferme

« te fermera point les royaumes célestes (i). » Mais, ni cette

écrivit encore (a), ne purent décider à entreprendre cette lointaine expédition, le duc des Francs dont la fin approchait, et qui termina, cette année même, sa glorieuse

L'alliance étroite des chefs francs et des papes , qui devait produire avant lu fin de ce su:cle l'union nouvelle de la Gaule et de l'Italie, et le rétablissement de l'empire d'Occident, fut , en grande partie, l'cimvre de Boni fore. Après la mort de Charles Martel , il se rendit avec des lettres de Grégoire III

(i) Uom Uooqoit, t. IV, p. qi. — Et apud SinnomiiK, ConcM. Gai/., (a) Flou Rouqua-r, ilml. — Simoun. , ib. , p. 517.

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