‹ Comment l'ancienne Germanie est entrée dans la société civilisée de l'Europe occidentale et lui a servi de barrière contre les invasions du Nord mémoire lu à l'Académie des sciences morales et politiques par m. MignetChapitre 5 sur 31 · DANS LA SOCIÉTÉ CIYIMSÉB HE LEUIIOI'E OCCIDENTALE · texte numérisé non relu

DANS LA SOCIÉTÉ CIYIMSÉB HE LEUIIOI'E OCCIDENTALE

auprès de ses fils Carloman et Pépin, qui s'étaient partagé, d'après la loi li-anque, son vaste héritage. Carloman, l'aîné, avait eu lu partie orientale, ou l' A ustrasie, tandis que la partie occidentale , ou la Neustrie, élait échue à Pejiin , qui était le plus jeune.

Carloman, dans les possessions duquel Boniface exerçait sou apostolat , le reçut avec affection , et le chargea de cons-

divisa en trois évèchés, celui de Wirtzbourg, sur le Mcin , celui d'Eichstadt, sur l'Almutli , petit confluent du Danube , et celui de lîurabnrg. Il confia le premier à Burchard , le second à Willibald , qui l'un et l'autre étaient ses disciples. Il établît aussi l'évèché d'Erfurt, en Tburinge (.)■ II opéra ensuite dans le clergé et chez les populations chrétiennes du territoire de Carloman , et d'accord avec lui , une réforme aussi nécessaire et plus complète que celle qu'il venait d'exécuter dans le pays des Bavarois. La longue domination des Francs, leurs mœurs violentes, leurs habitudes barbares et les restes jusque-là indélébiles des superstitions païennes , avaient dénaturé le christianisme et le sacerdoce en Austrasie. Tandis que, sous le clergé gallo-romain, ilavait été tenu en Gaule trente-neuf conciles dans le premier siècle après la conquête, quinze dans le second , on n'en avait pas réuni un seul depuis quatre-vingts ans (a). Rien ne peut mieux montrer l'altération que l'esprit et les mœurs des barbares avaient

73 SUB r.'lNTHODUCTTOI» DE LANCIENNE fiKR«H!UK

fait subir au christianisme et peindre plus exactement l'état dans lequel vivaient ces chrétiens du Nord, (pie la lettre écrite par Bonifaee lui-même au pape Zacharie, qui venait de remplacer Grégoire III sur le trône pontifical.

s Carloman , duc des Francs , lui disait-il , m'a lait appeler o auprès de lui , afin que j'assemble un synode dans la partie a du royaume des Francs qui est sous sa domination. C'est n pourquoi j'ai besoin des conseils de votre autorité. Car o les Francs , disent les vieillards , n'ont pas tenu de synode a depuis quatre-vingts ans. En beaucoup de lieux , les sièges a épiscopaux sont livrés à des laïques cupides, ou à des a clercs corrompus, li y a parmi eus de ces diacres, comme « ils se font appeler , qui , depuis leur enfance, vivent dans e les adultères et d;uis toutes les débauches , et qui ont chaque * nuit dans leur lit, quatre, cinq concubines, ou plus. Ils «osent néanmoins lire l'Evangile, et ne rougissent ni ne n craignent de se nommer diacres; c'est avec de pareils titres « qu'ils arrivent à l'ordre de la prêtrise, et croient pouvoir s intercéder pour le peuple et offrir les saints sacrifices; n enfin, ce qui est pis, ils parviennent ainsi de .grade en a grade jusqu'à l'épiscopat (i). Je réclame contre eux les ti décisions de votre autorité.

(i) Inter illos ilisconoi quos nununanl qui n pucriliâ sui aemper ïn «□pris, semper il] adulteriis, et in omnibus semper sptireitiïs ïîlam dueenna , sub lali testimonio senerunt ail diaconatum : «I modo in diaconatu concubinas quatuor vel quinque.Tcl plurej noctu in lecto babrntes E'angdium tameii Icg«e et diaconoi se nominare non erubescunt nec matuunt: et lie in talibus ineestis adurciincm presbyteraiu.s veniemej, et iisJcm pectatis perdurant : et peccata pcccaui adjkicntes tlicunl se j>ru

Ltj.i io'J b.- Gu

DANS LA SOCIÉTÉ CIVILISÉE OE l'eUHOI'R OCCIDENTALE. j'3

« II est aussi | ni I- n\ des évêqoes qui, bien qu'ils pré-

• tendent n'être ni lornicmeurs , ni ai lui [ères , s adonnent

■ néanmoins à l'ivrognerie et à la chasse, combattent armés i et répandent de leurs propres mains le sang des hommes, o soit païens, soit chrétiens Si je les dépose conformément

• Home, en se dis-mt .ïuhn isi\ à reprend re leurs sièges. Klant

0 connu comme str> iteur et délégué du serge apostolique . il

1 importe que moi ici , et vous là-bas, nous donnions !e même "jugement, afin qu'il n'en survienne aucun scandale parmi

* ces hommes de matière , ces grossiers Allamanns , Bavarois

* et Francs (l).»

Il se plaignit en même temps de ce que le pape tolérait à Rome ce que lui défendait en Germanie. Il disait à Zacharic que des barbares y avaient été témoins de cérémonies païennes.

n Ils affirment , continuait-il , avoir vu les années passées « dans la cité romaine et près de l'église de Saint-Pierre , a aux calendes de janvier, des chœurs parcourir les places a publiques , à la manière des païens , et entonner des chants . sacrilèges. Ils disent aussi avoir vu des femmes, selon les

■ coutumes païennes , y vendre des amulettes , ou y rendre des n augures. » Il le conjurait de mettre un terme à ees usages, dont se prévalaient contre lui les hommes matériels et iguo-

populo posa? intercédera el sueras oblaiinnes offerre : novlssime (qiuxl pcjtis est) sub lalibus lestimoniis per gradus singulos licencie Mes, orclinaniuc* episcopi. — Olhlon, Mb. a , S I.

(i) Carnalcs boiiiicits t:t i.liiiÇit Allt.-cu.ici ci i , I!,.;cL\jrii , vel France. — lli.,

lib. a,î I.

7^ suit i.'iNTnouuirriON dë l'ancienne cehmanib rauts auxquels ii prêchait la doctrine purement spirituelle du Christ, et de lui adresser une réponse, sans équivoque , qu'il put montrer et qui put l'aider (i).

Zaeliarie lui donna satisfaction sur ces divers points. Il approuva la fondation des évêehés qu'il avait établis en Franconie. Il l'autorisa à interdire les fonctions sacerdotales à tous ceux qui vivaient dans l'adultère , qui avaient plusieurs femmes, qui avaient répandu le sang. Il lui annonça qu'il avait défendu la célébration païenne des calendes de janvier, l'usage des augures, des chants, des cérémonies des gentils, qui étaient encore en vigueur lors de son avènement au pontificat, et qu'il jugeait détestables pour lui, et pernicieuses aux chrétiens. Il l'autorisait à assembler des synodes (a).

Boniface, assisté des six évêipies Rurchard, Reginfrid , VVittan, Willibald , Dadan, Addnn, et de leurs prêtres, réunit trois conciles eu delà et en deeà du Rhin, dans les années 7^1 , 7#a , 743. Le premier se tint en Germanie, les deux autres à Leptines , dans les Ardennes. Le duc Carloman y assista avec les principaux îles Francs , et consacra de son autorité les décisions qui y furent prises. Il fut décrété: 0 Que les serviteurs de Dieu ne pourraient ni porter l'armure, ni combattre, ni marcher contre l'ennemi, à l'exception de ceux qui étaient désignés pour y célébrer la messe et confesser les combattants; qu'ils ne pourraient pas davantage aller il la chasse, parcourir les forets avec des meutes, élever des éperviers et des faucons; que , conformé-

(.)/*., lib. »,$!.

(i)0!nf on ,lib. a ,SII.

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ment aux saints canons, les prêtres seraient soumis ù levèque dans le diocèse duquel ils étaient placés, qu'ils seraient toujours prêts à le recevoir dans les tournées épiseopales, et à l'aider à confirmer le peuple; que chaque évoque veillerait sur la chasteté et la doctrine de ses prêtres , qu'il écarterait de sa paroisse, avec l'aide du protecteur de son Église, les évêques et les prêtres inconnus qui s'y présenteraient ; et que les moines et les religieuses seraient forcés de vivre selon la règle de Saint-Benoit et ne sortiraient point deleurs cloîtres, » En même temps, pour régulariser la société domestique, les adultères et les incestes furent prohibés, révêcpie lut le juge des mœurs, et il eut ordre de casser les mariages illégitimes. Il ne fut pas permis de porter des vivres aux homicides et aux condamnés qui st; iviuLiiiiimi rl;m.-> L's églises, et il fut défendu de livrer des esclaves chrétiens à des maîtres païens. Tous les restes des pratiques païennes furent condamnés, et l'on prononça quinze soliili d'amende contre : la célébration des spitrcahs de février, le culte des forets., celui des pierres sacrées, les sacrifices faits aux fontaines, l'adoration de Mercure ou de Jupiter, les amulettes, les enchantements, les sortilèges , les augures pris sur le vol des oiseaux , le hennissement des chevaux , et une foule d'autres superstitions qui tiraient encore leur origine du culte druidique , ou qui survivaient à la religion païenne , ou qui avaient été introduites par les barbares , ou qui provenaient de certaines pratiques d'un christianisme dégénéré (i).

{i) Vnir, pour ces trois conciles a les .lt-cisiims oui y furent prises, ur.,1.1, p. Ma et p. iiy.

7 fi sur l'introduction de l'ancienne GEHMaNIE

Après avoir opéré cette réforme sur le territoire du duc Carloman , Boniface l'opéra sur celui du duc Pépin. Il tint en 7^4 i à Soissons , un concile qui eut le même but et les mêmes résultats, et dont Pépin transforma les décisions en capitulaires(i). Les conciles de Germanie, de Leptincs et de Soissons adoptèrent 1ère latine de l'incarnation, qui devint le mode uniforme de compter pour l'Occident chrétien , et donnèrent à tous les moines la règle de Saint-Benoit. Boniface fit nommer les trois archevêques de Reims, de Rouen et de Sens, pour lesquels il obtint du pape le - patlmm, Zacharie ne cessait de recommander aux princes francs, Boniface, dont il étendit alors les pouvoirs, comme son vicaire, sur toute lu Gauîe(a). Boniface fit restituer à l'église gauloise une partie des biens qui lui avaient été enlevés sous Charles Martel, et ii en changea la face en y rétablissant les mœurs chrétiennes et en y ranimant l'esprit du sacerdoce.

Ayant ainsi assuré les derrières du christianisme, il tourna de nouveau ses regards vers la Germanie, pour y étendre au loin ses conquêtes spirituelles. Il voulut opérer celles-ci au moyen d'un grand monastère central, purement germanique, celui de Fritzlar, confié à Wigbert, étant une colonie proprement anglo-saxonne, ou bretonne, comme on le disait alors. Il avait déjà projeté (3) d'établir ce nouveau monastère

(l) Pippiai principis cnpilufare niclilannic, )puj Jllll, 1.1, p. 157. (s) Don Bouquet, t. IV, p. 95. — Àpud SnmOHD., t. I, Canal. Gall., P- 547-

(3) En 73S, fila S. Starmi, do ni Pmn, Hontumnta Germante,

r>A*6 LA SOCIKTlf QVILtaÏB DR t'KOSOPB OCQ 1> P KTA LE- 77

dans lu foret Bochonia, placée entre les quatre pays de» Bavarois, des Franconiens , dcsThunngiens et des Hessois, (pi'il avait rendu» chrétiens, atin de s'en »ervir comme d'un avant-poste pour pénétrer chez Ici barbares nui restaient à

tenir ceux qui étaient déjà convertis.

Boniface avait confié cette tâche à Sturm , celui de se» disciples qui était le plus propre à la bien remplir. Sturm, né en Pannonic de parent» nobles, avait suivi Boniface depuis l'arrivée de celui-ci chez les Bavarois. Placé d'abord dan» le monastère de Fritzlar, près de Wigbert, il avait été ordonné prêtre, et avait ensuite prêché pendant trois ans le christianisme aux peuples d'outre-Hhin. Boniface l'avait fait venir auprès de lui , et l'avait chargé d'aller chercher dans la vaste et solitaire forêt Bochonia un lieu propre à une fondation monastique (i)- Cette forêt ressemblait beaucoup alors aux forêts primitives du nouveau monde. Sturm , après avoir reçu la bénédiction de Boniface , était parti avec deux compagnons

s le déserti , dit le moine de Fulde qui s'est fait le biographe de Sturm , o et étant entrés dans des lieux sauvages et solib taires, où ils ne voyaient que le ciel , la terre et de grands * arbres, ils demandaient au Christ de diriger leurs pas dans

patur, aptumque seryis Dci ad inhabilandum eiquirite locum. Potcns enim est Deiu parure servi) mis lucum in deîprto. — EjsiLl! Fiiaiancli Sturmi, S IV. Apud Peutz, Mantimenla Gennaniœ, I. II , p. 36;.

yS sun mnthoiwctiox ne l'ancienne cedmanik u la voie de la pais. Le troisième jour , ils parvinrent à un « lieu nommé Hersfelt , à la place où se trouve maintenant o on monastère. Ils y construisirent de petites cabanes cou- ■ vertes d'éeorces d'arbres, et y demeurèrent longtemps n jeûnant et priant (i).d

Sturm était venu rendre compte de sa découverte à Boniface, auquel ce lieu n'avait pas convenu, parce qu'il était situé sur la gauche de la forêt vers l'ouest et qu'il était trop près des Saxons, n Retourne dans lu désert , aviilt-il dit à Sturm, uet cherches -y une habitation plus reculée où vous puissiei «résider sans péril (a). » Siurm avait obéi, et remontant avec ses deux frères le cours de la Fuldc sur une barque, il avait exploré ses bords dans les parties surtout où des torrents et des sources d'eau se jetaient dans le fleuve.

Ce second voyage de découverte avait encore été infructueux. Sturm était retourné à Merslélt d'où, en j44, Honifacc l'appela auprès de lui à Fritilar où il se trouvait alors. Il s'entretint longtemps avec lui , et, sans être découragé par les tentatives vaines qui avaient clé (ailes jusque-là, il dit à Sturm : « I* lieu que tu as cherché a été préparé par Dieu , o et, quand illevoudra.il le montrera à ses serviteurs. C'est h pourquoi ne cessepas de le chercher, en sachant et en croyant

(i)7i.,SlV,t.H,p.367.

[a) Locuni quidam iptm repertnm luBeus, hsibiinn! vos prapter vici-

frrciL'cs Snima; qiiiij.il lhh.-i vi'lii.H ii iin.liiiii iii t'I Iiif'criiirein in soliludine requirite hibïutioncm quam line periculo vestri colcrc queatis. — lb.,SV.

DANS LA SOCIÉTÉ CIVILISEE DE 1,'f.UHOI'E OCCIDENTALE. J(J

n que tu le trouveras (i). » Sturm, pénétré delà confiance que lui avait donnée son maître, alla rejoindre ses compagnons à Hersfclt, et ne larda point à se mettre en course, pour la troisième fois , dans la forêt.

« Eigil , monta sur son âne, et prenant le viatique il partit « seul , recommandant son voyage an Christ, qui est la voie, n la vérité et la vie. Il commença à parcourir les vastes espa- <i ces du désert. Explorateur attentif, il allait examinant les « monts, les plaines, les collines , les vallées, les fontaines, les

* torrents , les rivières. Toujours les psaumes sur les lèvres , a il élevait à Dieu les gémissements de son line, ne se repon sant que là où la nuit le forçait de s'arrêter. Quand il s'ar- « rètaît la nuit, avec la serpe (i) qu'il portait à la main il n coupait du bois et dressait un abri pour protéger son âne « contre les bêles fauves qui abondaient dans ces lieux. Mais

* lui s'étant signé le front au nom de Dieu, dormait traua quille.

o Un jour il parvint à une route qui mène de Thuringe à « Mayence ceux qui font le commerce. Il y trouva une grande n multitude de Slaves nageant dans la Fulde, et l'un d'eux qui

(i) 1b., S V, VI. — Locus quklem in illa soliludine a Den paratus; qiiem, qnando ruli Christui , servis suis ostendel; quapropler noli île iiiquirendn cessare, sciens et credens, quod tum absqne dubïo reperies.

{2) Dont les main Cl bénédictins ne devaient jamais se séparer, cl qu'ils ne quitiaiem que la nuit, d'après la règle de leur [irdre. — Régula S. Baic-

« servait d'interprète lui ayant demandé où il allait, il ré- « pondit qu'il allait dans la partie supérieure du désert. Il " continua seul sa course, n'apercevant que des bitcs fauves, i des oiseaux et de grands arbres , lorsque le soir, étant par- « venu, après le coucher du soleil, au lieu appelé Ortessveca,oit <■ il établit son camp pour lui et son âne, il entendit tout à « coup le bruit d'un homme. Tons deux se voyant, se saluè- « rent. L'homme dit qu'il venait de fVederciba (Wetteran) « el conduisait en laisse le cheval de son maître Ortis. Ils e passèrent la nuit en cet endroit, et cet homme, qui conn naissait beaucoup le désert, indiqua à Sturm le nom de* «lieux, le cours des torrents et des sources. Le matin ils se « bénirent mutuellement, et l'homme séculier prit le chemin k de Grapfclt.

4 Le serviteurde Dicuseremit seul eu marche, selon sa cou- « tume , à travers le désert , et il parvint enfin au lieu où se « trouve maintenant le monastère. Aussitôt l'homme saint, » rempli d'une joie innocente, courait transporté et ravi, et « plusilallaiten long et en large, plus il rendait grâce à Dieu, a Enchanté de la beauté du lieu, et après avoir passé une « grande partie du jour à l'explorer, il le bénit, le signa et « partit joyeux (i). »

Sturm retourna d'abord à fîersfelt oit ses frères et lui avaient construit des cabanes provisoires, et leur annonça cette heureuse découverte. Il rejoignit ensuite Boniface, qui se rendit aussitôt auprès de Carloman, et lui dit : a J'ai dessein,

fl) VUa S, Slarmi. Ib., S VII, VIII, IX.

DANS LA SOCIÉTÉ ClïII.ISh'lî I1C. l.'lilllUJI'j: OC Cl DENTALE. Bl

o avec l'aide <le Dieu et la vôtre , detablir un monastère dans a la partie orientale de votre royaume. Nous avons trouvé a dans le désert appelé Bochonia , sur les rives de la Fulde,

0 un lien propre à être habité par les serviteurs de Dieu et a qui est soumis à votre domination. Nous supplions votre « piété de nous l'aceorder, a lin que, sous votre protection,

1 nous puissions y servir le Christ (i). i>

Carloman lui répondit : — Sur tout ce qui m'appartient en a ce lien je donne mon droit au Seigneur en entier et sans n exception, et je l' étends à quatre mille pas de circuit, au u nord et au midi , à l'orient et à l'occident (2). » II fit plus ; après avoir confirmé et scellé de sa propre main cette vaste donation, il envoya rassembler tous les hommes nobles du pays deGrapfelt, afin qu'ils l'imitassent en concédant au futur monastère ce qu'ils pouvaient posséder dans son voisinage. Ceux-ci déférèrent au désir de leur chef (3).

(1) Ad pcrpïtusm, innuit, mmuntralioncm vcslram cogiio, si Dons omnipoteus voluerit ci leslrum adluerit auiilium, in orientais reguu vesiro iiionachoi uni vilain instruere, et monaslerium timdarc, qund prétends temporibus ante nos nemj inchoavil... habemus cniil] in iolitudine quas Bochoaùi nuncuptur,juiia llimum qui ilidtur Fulila, locum apuim servis Dci in II a bits mi uni rejicrluin, qui ad vejtrain prrlinet ditinnem.

(a) Locus quid cm queni petis... nuMquid in hat die proprium il>i »ideor bal. ère, ti.tum cl inugrum de jure meu in jus Uoraini trado, iia ut

toutrionc cl meridie marcha per quatuor Ulillia passuum tendatur. —

Jh-, S XK- (3) II..

Sturm se rendit sur les Lords do la Fulde.au mois de mars yHi, avec sept de ses frères, pour y prendre possession du lieu. Il y fut suivi dent mois après par lioniface, qui s'y transporta avec une troupe nombreuse d'ouvriers pour jeter les fondements du monastère, qu'il appela Fulde du nom du fleuve, et pour en défricher le sol. Il lui donna la règle bénédictine. En lixant la discipline des moines, il décida, de leur consentement même, qu'ils ne feraient usage ni devin ni de viandes, et qu'ils ne pourraient boire qu'une bière légère incapable d'enivrer (t).

Boniface voulant placer son nouvel établissement hors (le

siège de Rome, écrivit à Zacliarie pour obtenir son autorisation : a II y a, lui disait-il, un lieu sauvage dans l'intérieur o de la plus profonde solitude, au milieu des peuples de ma « prédication, dans lequel j'ai élevé un monastère où j'ai « établi des moines vivant sous la règle du saint Père Benoît, « hommes d'une austère abstinence, ne mangeant pas de chair, « ne buvant pas de vin, se passant de serviteurs, et se conteuo tant du propre travail de leurs mains (a). Je l'ai acquis par n ces hommes religieux et surtout par Carloman. C'est dans » ce lieu qu'avec le consentement de Votre Piété , je me pro-

(i) lb.,SXiII-X[V.

(5) Monaclios ciiiisliluiimis ïnb ripiliiii. Pùlris Bcneàlcti vivenlej, ïiroj strictie abslinentiK, absque carne et vino « lervii, proprio tnanuum suiirum hboreconienw».- Ot&ha, lib.a, S XII.

Djins la société aviuxin m l'bdbopb occr. dentale. 83 « pose de reposer moncorps fatigué par la vieillesse, et d'être « enseveli après ma mort (i). •

Le pape lui répondit ; — n Tu nous as demandé d'accorder « un privilège du saint-siège , en Ion nom, à un monastère

■ situé au sein d'une immense solitude, nu milieu des nations « que tu évangélises , où tu as établi des moines sous la règle « de Saint-Benoit : nous accédons à tes vceux (a). i> Quelque temps après, sur n ne nouvelle demande de Bonifiée (en 75i), il ajouta : « Gratifiant ton monastère d'un privilège du siégeapos-

■ tolique, nous le plaçons sons la juridiction de notre sainte « Église de Rome que nous desservons , afin qu'il ne soit souci mis à la puissance d'aucune autre. Nous défendons, en con- « séquence, qu'aucun prêtre d'aucune Église ait aucune au- ■< torité sur le susdit monastère, sauf le siège apostolique. « Nous ordonnons aussi , par ce décret, que si quelque éveil que, quelle que soit sa dignité, ose enfreindre ee privilège, a il soit anuthème (3). »

son territoire (4). Il réunissait tous les avantages du climat, de la salubrité, de la position. Ses commencements furent

(i) Prnpusui fessum senectute corpus r«j ui«een cl n récupéra™ et posl monem jaccre. — IbùL (*) Ap U dS B i. B .Mu M , F .

(3) Oil,!on,Yil>. a, S XVII.

(4) Faldtntei autiquitaUi, auciare Cmcsiornoiin sociei. Jeiu presfyiero , Mb. i, c. VI, p. aa. In-foL.&Jil. d'^flPm.Bn. i6it.

humbles (i), mais ses progrès lurent eonstants. Peu à [>eii ses constructions s'augmentèrent, le nombre (le ses religieux s'accrut, le sol qui l'entourait se défricha, et la forêt inculte, dont les vastes profondeurs n'avaient jamais retenti des coups de la bacbc, fut sillonnée parla charrue, et se changea en riches campagnes rouvertes de fermes et de villages. Du temps

de Sturm, le cours du fleuve fut détourné par ses soins, afin qu'il passât à travers le monastère même et facilitât l'exercice des divers métiers que la règle de Saint-Benoit prescrivait aux moines. La communauté de Fulde prit successivement possession de la plaine du monastère, des champs, des bois, des eaux, des pâturages environnants. Elle y transporta des succursales de moines et de cultivateurs. Elle fonda des colonies dans tonte la Tbiu inge, la Bavière, sur les deux rives du EUlin et du Mein (u). Elle éleva des forteresses sur les hauteurs, et entoura de fossés et île remparts les bourgs et les villes qui lui appartinrent (3). Elle posséda trois mille métairies en Tliuringe, trois mille en Hcssc, trois mille en Franeonie , trois mille en Bavière , trois mille en Saxe (4). Ses revenus furent si considérables, que les hôtes et les étrangers

euet ibundt. Primum purgmdo ad ctuinnun toh a succidendo ne more plurinnun laborii axhauitinn. Vktum inde factitarunt domettica comenlione, patto pecorum , agmrum cidiu , manuum labore, monachi. Ihtd., lib. j,c V, p. 19.

(a) Futdentu Ant&jvit., lib. s, c. X, p. i3 7 et aui».

(3) l&iiL, lib. 3, c. XVIII, p. îfij » suiv.

(4) lùùL, lib, 3, c. XI, p. ao5 ei auiv.

PAKS I.A SOCIÉTÉ CIVILISÉE DE LEUBOPE OCCIDENTALE. 85

purent être accueillis , nourris, vêtus, non-seulement dans le monastère où, selon l'usage, un vaste local leur était destiné, mai» dans lus cellules répandues partout au milieu des campagnes Ci).

Telle fut la fondation de l'abbaye de Fulde, dans laquelle Boniface lit fleurir lus lettres au même degré que le christianisme dont elles étaient l'appui. Il y déposa 1rs écrite de Bëde qu'il avait demandés dans l'île de Bretagne et qui contenaient à peu près toute lu science rie l'époque (a*. H mit à sa tète Sturm , auquel il confia l'éducation des hommes de race germanique qui voulaient se consacrer à la vie religieuse et à la conversion des païens du nord-ouest de l'Allemagne, connue il avait donné à Wigbert la direction des étrangers entrés dans le monastère de Fritzlar pour y convertir les païens du centre. Fulde devint l'école la plus célèbre de la Germanie , et servit de caserne aux conquérants religieux i\n\ envahirent, un peu plus tard, la Saxe païenne sous la conduite de Charleinagne.

I/établissemcnt de Fnlde ncftit point le dernier genre d'assistance que Boniface donna à la partie civilisée du inonde, et le dernier service qu'il prépara à sa parlie encore barbare. Il avait fait entrer la Gaule franqiie et les deux fds de Charles Martel dans le mouvement chrétien dont il était le propaga-

(i) Qutcquiuem eelko a frugi patribuiramitiaj , juxtaqu.: n-ligiusii ïiris habitua;, altricis et nutrice» qmedam enm ctrtui mwutlid.— FM., Aatiq. lib. i, c. VII, p. iS et SUiï.

(s) Pncterea ut uùlii du upusculis Bedit.- lectoris aliqiiul tractalus oemscribere ci dirigtn! dijj noria ... ut et uamlrlà quam vrjbis DoniitiTiA surgiluj est, uns quoqile fruaiiiur. — Bnnif, F.pilt. ail tpiico/i. Eckbert. — Apud StBKlBlïM, p, I T.

86 sur l'othoduction du l'ancibnme germasje leur. L'aîné, Carloman, avait si bien profité de ses leçons et s'était pénétré de son esprit à Ici point, qu'il renonça, en 746 , à sa part de territoire et de puissance pour embrasser lu vie cénobitique et se retirer dans le fameux monastère dti Mont-Cassin. Pépin devint chef unique des Francs austrasien s et neustriens. Il réunit la Gaule entière sous sa domination, y compris toute la partie située au sud de la Loire qui n'avait jamais obéi à son père Charles Martel , et dont il n'opéra point la conquête en moins de dix ans. Pépin avait la lèrnie intelligence, l'ambition et la grandeur que cette famille extraordinaire posséda à un degré si émineut durant quatre générations, qui offrirent une succession non interrompue de grands hommes. Dès lors il sentit toute l'utilité de son alliance avec le pape de Rome et avec son vicaire ltoniface. Il comprit qu'il pouvait se donner l'appui de toute la rare gallo-romaine incomparablement plus nombreuse que In race germanique, celui de tout le parti religieux qui était fort puissant, et devenir avec leur aide, de chef des Francs, leur roi; de maire du palais des Mérovingiens, le possesseur de

Il fallait pour cela se mettre à la tète de la société occidentale. Il resserra donc les liens qui l't miss aient à ltoniface. I* siège de Mayenct: avait été occupé jusqu'à la réforme austrasien ne par un Franc nommé Gewillieb dont le père l'avait possédé avant lui, et avait péri en combattant contre les Saxons. Gewillieb, pour venger son père, avait tué, dans un combat corps à corps, son meurtrier qu'il avait fait défier |iarson propre fils- lionilki-r avait exigé sa déposition à cause

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