‹ Comment l'ancienne Germanie est entrée dans la société civilisée de l'Europe occidentale et lui a servi de barrière contre les invasions du Nord mémoire lu à l'Académie des sciences morales et politiques par m. MignetChapitre 7 sur 31 · D»NS (.A SOCIÉTÉ CIVILISEE DE L'EUROPE OCCIDENTALE · texte numérisé non relu

D»NS (.A SOCIÉTÉ CIVILISEE DE L'EUROPE OCCIDENTALE

C'est ainsi qu'à la suite des relations établies par Boni face entre les Romains et les Francs, s'opéra le grand changement qui rendit le pape prince territorial en Italie, et fit plus lard de lui le chef suprême de la monarchie chrétienne en Europe. Le christianisme commença à passer de la domination morale à la domination temporelle, et l'Église à devenir la source du droit et de l'autorité.

L'instrument de cette révolution chrétienne, Bouiface, touchait au terme de sa carrière. Il éprouvait depuis quelque temps les fatigues de l'âge et les ennuis de la vie.

Ses rapports avec les quatre papes, sous le pontificat desquels il avait exercé sa longue mission , avaient été pleins de déférence de sa part et de confiance de la leur. Il s'était toujours adressé à eux dans les cas incertains ou difficiles, et il avait exécuté fidèlement leurs décisions. Non moins courageux que soumis, il les avait repris des désordres qu'ils toléraient ou des abus qu'ils commettaient à Rome , et qui étaient des obstacles à ses progrès en Germanie. Il avait eu quelques dissidences de cette nature avec Zacfiarie, qui s'était justifie soigneusement du reproche de souffrir sous ses yeux les superstitions du paganisme et tit permettre l'achat des dignités ecclésiastiques. Mais leur intime union n'en avait ]ias été pour cela altérée. Boniface avait même envoyé auprès de lui son disciple chéri Lull , « dépositaire , lui a avait-il dit, de quelques secrets de mon eccur qu'il ne doit « dévoiler qu'à votre piété. Il vous exposera quelques-unes a de mes difficultés, et me rapportera la réponse que vous lui 1 donnerez par l'autorité de saint Pierre, pour la consolation

f)a sua l'inthoduction mi l'ancien ne oerjianie

a de ma vieillesse, afin que ce qui vous conviendra je m'ap-

« piique à le faire (i). »

Lorsque Etienne était monté sur le aiége pontifical, Boniface réparait les désastres que les incursions des Saxons avaient causes sur les frontières des pays chrétiens. 11 n'avait pas pu envoyer immédiatement à Rouie pour le reconnaître, u Si j'ai tant tardé, lui écrivait-il , à vous adresser le porleur

o et incendié plus de trente dans notre juridiction (a). » Lui rappelant les secours qu'il avait trouvés auprès des deux Grégoire et de Zacharie, il ajoutait, en lui demandant son appui et ses ordres : — «Si durant trente-six années pendant n lesquelles j'ai été légat de Rome, j'ai fait quelque chose d'utile à l'Église, je désire encore le fnireet faire plus [3).»

Il songea en effet à reprendre le cours de ses missions et à se transporter élu-/, les peuples encore païens de l'Allemagne occidentale, chez les Frisons les plus éloignés et chez les Saxons. C'était le seul moyeu de [n-uté^i'r les établissements qu'il avait fondés , et la civilisation qu'il avait introduite dans la Germanie centrale. Il prépara donc tout pour ce grand projet. Mais comme il ne s'en dissimulait pas le péril, etqu'il s'attendait à y succomber, il voulut auparavant assurer le sort de ses amis et de ses disciples. Il chercha pour eux un protecteur puissant, et il écrivit à Fulrad, abbé de Saint-Denis

(1) D(A/™,lib.II,51X.

(2) Apnd Seuiiiul-m , p. 126.

(3) Ibill.

DANS Lit SOCIÉTÉ CIVILISÉE DE [.'EUROPE QCCI L1RNTALE. <jl

et nreliieliapelain de Pépin sur l'esprit duquel il exerçait une grande influence , la lettre qui suit :

« Je te conjure au nom du Christ de mener à fin la lionne

« ".'niées de loiili-s les choses pieuses qu'il a laites pour moi, «et de lui dire qu'il paraît à moi comme à mes amis que je « suis sur le point do Unir, par mes infirmités, ma vie tem- « porelle. et le cours de mes jours. C'est pourquoi je sup-

0 plie notre roi, au nom du Clirist, fils de Dieu , qu'il daigne n m'iiuliqucr, pendant que je suis encore vivant , quelle rér. compense il compte assurer ensuite à mes disciples : car ils » sont presque tous étrangers , et lieauroup exercent le saeer-

« très sont des vieillards qui ont longtemps travaillé avec moi. « Aussi , ai-je à cccnr qu'après ma mort ils reçoivent tes cona seils et tes secours, et soient sous le patronage de ta hautesse, n afin qu'ils ne soient pas dispersés comme des brebis qui a n'ont point de pasteur, et que les peuples qui touchent au*

1 frontières des païens ne perdent point la loi du Clirist.

k C'est pourquoi je te prie vivement de faire instituer, dans a ce ministère des peuples et des églises , et comme prédicateur et docteur des prêtres et des peuples, mon clier fils et coévèque Lull. Et j'espère, si Dieu le veut, que les prêtres auront en lui un maître , les moines un docteur régulier, et les peuples chrétiens un lidèle prédicateur et pasteur. Je le demande d'autant plus que mes prêtres sur la frontière des

Ç)4 SUR I.'rNTKODIiCTIOS DE I.'*NCIENNE 0EH1HN1E

«païens mènent une vie bien pauvre (j). Ils ne peuvent y «trouver des vêtements s'ils n'en sont pourvus d'ailleurs comme oje l'ai fait moi-même, pour les soutenir et les fortifier

■ dans leur ministère. Si la piété du Christ t'inspire de "consentir à ma prière, veuille nie le mander par mes

■ envoyés ou par tes lettres, afin que je vive ou meure plus «joyeux (a).»

Ayant obtenu de Fulrad et de Pépin ce qu'il désirait , Boniface lit venir Lui] auprès de lui, et, usant du privilège unique que lui avait accordé Ziu'liarii: de désigner son successeur, à l'heure où il se sentirait prêt à sortir de ce monde, il le nomma archevêque de Mayence. Il lut dit en même temps : — « Je vais achever la route que j'ai commencée. Voici bience tôt le jour de ma liberté et le temps de ma mort. Toi , très- «cher fils, termine la construction des églises que j'ai eom- « mencées en Thuringe, et la basilique que j'ai élevéeà FulJe, « et conduis là mon corps usé par le cours de tant d'anmécs (3).» Lui! ne pouvait retenir ses larmes, etïloniface fut obligé de le consoler (4). Il régla les affaires de son vaste diocèse, installa l.ull avec le consentement du roi Pépin, en présence des évèqucs, des abbés, des principaux chefs du

(i) Froplerra lins maiime fi™ peto quia prejliyicri mei prope :

(?) Bomfacii Epiai., npud Bon Bonquir, I.V, p. 483. — Simiohdi Conc. Coll. , t. Il, p. 8. — Smuinn, p. tiy.

(3}Wnxauo,c;XI,s33.

(4) IbiU. , S 34.

1 I J liZOd t-. Cl)

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