‹ Comment l'ancienne Germanie est entrée dans la société civilisée de l'Europe occidentale et lui a servi de barrière contre les invasions du Nord mémoire lu à l'Académie des sciences morales et politiques par m. MignetChapitre 9 sur 31 · AN3 LA SOCIÉTÉ CIVILISER I>K LE[IROPE OCCIDENTALE · texte numérisé non relu

AN3 LA SOCIÉTÉ CIVILISER I>K LE[IROPE OCCIDENTALE

IjCS missions qu'il nvait reprises furent poursuivies après lui avec un caractère nouveau. Elles devinrent des missions armées. L'état des peuples contre lesquels on les dirigea semblait exiger l'emploi de ces moyens extraordinaires. Ces peuples étaient les Frisons septentrionaux et les Saxons. Ils habitaient l'Allemagne occidentale entre le bas Rhin et l'embouchure de l'Elbe. Cette vaste étendue de pays qui comprend la Frise, la Westphalie, l'Oldenbourg, la Saxe, le Brunswick, le Hanovre actuels, devait être à son tour rendue chrétienne, comme venait de l'être le reste de l'Allemagne depuis les Alpes du Tyrol jusqu'à l'extrémité de la H esse. L'entreprise fut exécutée par Charlemagne, tils et successeur de Pépin, à l'aide des disciples de Bouiface.

Charlemagne comprit encore mieux que son père et son aïeul combien il importait à la sécurité de son empire de dompter les peuples demeurés barbares sur ses limites, et de faire entrer ces peuples dan s la communauté européenne. Aussi ne se contenta-t-il pas d'envoyer au milieu d'eux des missionnaires, il s'y rendit lui-même à la tète de ses armées. L'entreprise, ainsi conduite, dut avoir un succès certain; mais ce succès fut lent , à cause de la résistance prolongée et désespérée que lui opposèrent ces populations longtemps indomptables, toujours battues, jamais soumises.

Les Saxons occupaient primitivement les trois petites Iles de Northstrandt , de Btisen, et d'Heiligisîand (île sacrée), duos l'océan Germanique. Leur territoire continental bordait la côte entre l'Elire et l'Eyder (Nordalbingie) ; il se composait des trois disiricK appelés l)il inarsin , Stormaria ,

g8 SUR J. INTRODUCTION !>E 1. ANCIENNE GERMANIE

llolsatia(i). Ilsfurentlongtempsd'intrépidesetderedoulables pirates. Us ïiifcsNii^nt les rôles fie l'empire romain, qu'on avait étéobligé de fortifier contre eux, en remontant avec leurs barques légères les fleuves jusqu'à quatre-vingts et cent milles de leur embouchure (a). Vers le déclin de la puissance romaine, à mesure que les Francs s'a validaient sur le territoire de l'Empire, les Saxons pénétrèrent sur celui que les Francs a h an donnaient en Germanie. Us s'étendirent donc en conquérants de l'Elbe au Weser, du Weser à l'Ems, et ensuite jusque près du Rhin. Le peuple entier des Saxons était répandu sur trois grands districts territoriaux, celui d'Ostphalie àl'est,de Westpbalîeà l'ouest, etd'Engern. Ces trois districts ctuient euxmêmes distribués par gow germaniques , qui correspondaient aux pagi romains ou cantons.

Les Saxons avaient les mœurs générales et la bravoure des peuples germains. Ils formaient une espèce de confédération analogueà celles qu'avaient formées avant eux les Cliérusques, les Suèves, les Francs Çi). Ils étaient divisés en trois ordres, celui des Edeling ou nobles , celui des Frilîng ou hommes libres, celui des l,n.sscn ou pavsans colons (.]). Ils avaient, en outre , des serfs. Leur constitution intérieure reposait principalement, comme celle des autres Germains et des peuples tout aussi peu avanré* il;ius lYrlicl le sociale , sur les liens de la

(i) Tubïm, Hiu.nflht Ai>gloSax.,è&\t. i8i3, t.I, tiv.a, c. a. (a) Dirnos. ÈlailÙHmmU rfs lu monarchie det Francs, 1. 1, p. ifa. — G™ow,t.II,p.S a 4.

(3) HmiL, Hitt.daAUeitmitdt, i. I,c. 3G.

(4) TiiansK, Hilt. of ihe A'igio-Sax., 1. 1, appeau» au Ub. a, c. a. — fila S. Libuini (sninl Linfwin) apuJ Psmï , Monum., t. II, p. 36i.

«ANS I.A SOCIÉTÉ CIVILISER I1E 1,'bUBOPF. OCCIDENTALE. g(|

parenté et le pouvoir domestique. lies familles étaient rapprochées diins les gow ou cantons. La constitution politique était aristocraiique et saeerdotiilc. Les nobles ne se mariaient qu'entre eux et avaient sur les autres classes l'empire de la supériorité et de la religion (i). Ils desservaient le temple d'Irminsul, sur le Weser. Irminsul , le principal dieu des Saxons, était représenté sous la forme d'un guerrier armé, et son culte était sans doute celui d'Odin (a). 11 avait des prêtresses qui étaient prophétesses , et des prêtres qui étaient sacrificateurs. Ces prêtres nommaient annuellement les grafs ou chefs politiques des cantons , et les quinze freyerichter ou juges libres, qui devaient assister chaque graf et avaient juridiction sur soixante-douze familles (3). Les grafs venaient tous les ans, en octobre et en avril , présenter leurs offrandes à Irminsnl, auquel les Saxons sacrifiaient des victimes humaines. Pendant la guerre, un chef habile et renommé était choisi parmi les familles des Kdeling, et les prêtres d'Irminsul portaient son image sur le champ du combat (4).

([) Generis qunrjite ac nnliilitati- f.i.-i: [Mijviili.Mtiuiii iritram liabenies , nec facile uIHj aliarum gemium, vel sibi iiifmorutii cunnubiis infecii, prnpriam et sinecram lantumqtte s;i>i simili/m ji'ii:.™ fUccrc conati juin... et legibus firmalur ut nulla pari in copubnelis cunjugiis propriœ sorlis lerniinuj transférai, inl nobili, noliileiii .lninl uioirm , el liber libérant, liber lus conjrigatur libertœ et strra ancillaj. — Apijjus Ubbhbssis, Hat. ëccl. lib. I.

— Apud lisait. Manomes, t. III. Rerum germeaicamm Seriptons. In-fol., Hdmsiadii, 1680.

(3) Ibkl. (4) Ibid.

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