COMMENT LEGLISE ROMAINE
qua7n omnimn, tant unius hominis quam tolius EcclesisSy setatum ac sxculorum gradibus^ intelli- GENTJA, sciENTiA, SAPiENTiA ; sed iu suo duTitaxat génère^ in eodem scilicet dogmate, eodem sensu, EADEMQUE SENTENTIA (1). » Daus ce tcxte, Saint Vincent de Lérins affirme, d'une part, un développement dans Tintelligence, dans la science, dans la sag*esse, et nie, d'autre part, que rien soit changé dans le dogme lui-même.
On voit dès lors avec évidence combien est erroné le romanisme, lorsqu'il enseigne que le progrès de la foi consiste à faire passer parmi les vérités réellement révélées toutes les autres vérités que le raisonnement démontre leur être liées inséparablement, sous prétexte que, en vertu de cette liaison, ces dernières vérités auraient été implicitement révélées avec les premières.
N'est-il pas évident que, par suite de l'addition de ces dernières vérités aux premières, le nombre des premières est multiplié ?
N'est-il pas évident qu'un tel dépôt n'est plus un dépôt véritable que l'on garde inviolablement, mais un trésor que l'on augmente de matières plus ou moins équivalentes ?
N'est-il pas évident qu'un tel progrès n'est pas une amplification de lumière, mais une augmentation du
(1) Commonit,., c. 2S.
symbole et une multiplication numérique desdogmes?
N'ést-il pas évident qu'un tel système' confond et place sur le même rang les vérités révélées et les explications que les raisonnements humains peuvent en donner?
Oui^ agir ainsi, c'est enter sur chaque rameau de l'arbre planté par le Christ tous les autres arbres plantés par les hommes et ayant avec lui une similitude de feuillage ou de bois; la sève de l'arbre divin^ au lieu de fructifier selon sa nature, fructifie selon la nature de l'arbre enté; et la foi, au lieu dé continuer à être divine, n'est plus qu'une foi humaine : la parole de Dieu se perd étouffée dans les formules de la parole des hommes.
IIL — Les vérités de foi sont donc uniquement les vérités révélées par Dieu.
Comme nous l'avons dit, c'est' dans les âmes de tous ses disciples que Jésus-Christ a déposé' les vérités qu'il avait pour mission d'enseigner au monde. L'Ecriture n'est qu'un dépôt secondaire et artificiel. La lumière est dans les esprits et pour les esprits : l'encre et le papier n'en sont que des moyens conventionnels.
Ce titre de dépositaires des vérités révélées donne à tous les disciples de Jésus-Christ, non-seulement fe devoir de les croire, mais encore celui de les garder en les croyant. Les textes par lesquels Jésus- Christ et les apôtres recommandent de garder le
dépôt de la doctrine révélée, s'adressent à tous les chrétiens.
De là cette définition des vérités révélées, définition formulée par saint Vincent de Lérins et enseignée par toute l'Eglise : « Qtùod uHque^ quod semper, quod ai omnibus creditum est; hoc est vebb PROPRiEQUE CATHOLicuM. Ce qui a été cru partout, ce qui a été cru toujours, ce qui a été cru par tous, Toilà ce qui est vraiment et proprement catholique (1) ». Saint Vincent, voulant montrer qu'il p^rle didactiquement et qu'il veut être pris au pied de la lettre, insiste sur sa définition, et répète que la doctrine vraiment révélée par le Christ a pour elle l'universalité, l'antiquité et l'unanimité de la croyance; qu'elle est professée comme telle par toute l'Eglise dans l'univers entier, quam tota per orbem terrarum confiteturEcclesia; qu'elle se trouve dans les définitions et dans les enseignements de tous ou de presque tous les prêtres, ainsi que des docteurs, omnium vel certe pœne omnium sacerdotum pariter et magistrorum dejinitiones sententiasque sectemur; en un mot, que c'est cela, et cela seulement, qui doit être tenu et cru par le chrétien qui est fixe et stable dans la foi, in jide fiams^ stCr bilis^ permanens quidquid universaliter antiquitus ecclesiam catholicam tenuisse cognoverit^ id solu»
(I) ( ommonit.y c. 3.
sibi tenendum credendumque decernit (1); et que, en dehors de cela, il n'y a plus que tentation, et nullement religion, id non ad reUgionem sed ad teniationem potius intelUgit pertinere (2).
Quand saint Vincent de Lérins dit que cela seul est révélé qui est cru par tous, il n'entend pas une unanimité absolue de tous les j^dèles : car il est évident que certaines défections peuvent se produire parmi eux. Pour la même raison, il n'entend même pas l'unanimité absolue des prêtres ni des docteurs^ mais il exige leur quasi-unanimité. Or, s'il exige la qua^i-unanimité des prêtres et des docteurs, évidemment il exige l'unanimité absolue des églises particulières. C'était là, du reste, l'enseignement général, même parmi les ultramontains des derniers siècles, comme nous le verrons dans notre étude sur la notion du concile œcuménique.
De ces principes inébranlables, nous pouvons tirer les conséquences suivantes :
1° Toute doctrine qui a été ou qui est attaquée comme une erreur^ soit par une égalise entière considérée comme catholique, soit par un groupe notable de prêtres, docteurs ou laïques également considérés comme catholiques, ne peut jamais être de foi, parce qu'elle n'a pas été ou qu'elle n'est pas crue par tous, ni explicitement, ni même implici-
(1) Ibid., c. 25.
(2) Ibid.
m COMMENT L'KOLTSK ROMAINE
tement. Ce qu'on croit implicitement, en effet, on l'admet comme une vérité divine, bien qu'on le voie obscurément, et il est impo.>sible qu'on le rejette comme une erreur.
2° Toute doctrine qui a été ou qui est considérée comme une simple opinion^ soit par une église, soit par un groupe notable de prêtres, docteurs ou laïques, appartenant à l'Eglise catholique, ne peut jamais être de foi, parce qu'elle n'a pas été ou qu elle n'est pas crue par tous, ni explicitement, ni même implicitement. Ce qui est cru implicitement, eneflfet, est admis avec certitude; on le voit imparfaitement, mais on le tient pour certain, et l'on n'a aucun doute sur sa certitude. Or, il est de l'essence de l'opinion d'être incertaine et de pouvoir être admise ou rejetéc à volonté.
9* Toute doctrine qui a été ou qui est considérée comme une vérité certaine^ mais purement scientifique, soit par une église, soit par un groupe notable de prêtres, docteurs ou laïques, appartenante l'Eglise catholique, ne peut jamais être de foi, parce qu'elle n'a pas été ou qu'elle n'est pas crue par tous, ni explicitement, ni même implicitement. Ce qui est de foi, en effet, n'est pas seulement admis, mais cru; quod ubique^ quod semper, quod ah (minibus CREDiTUM est. Or, on admet rationnellement les vérités certaines de l'ordre purement scientifique, parce que ce sont des vérités. Mais on croit de foi
divine les vérités révélées par Dieu ; alors même
qu'elles sembleraient suffisamment rationnelles par
elles-mêmes pour être admises par un homme de sim-
plebon sens, il faudrait encore qu*ellesfussent admises
comme révélées par i?ie«^ et qu'elles fussent crues de
foi divine; sinon, leur admission serait purement j?Ai-
. losopMque, et nullement chrétienne. Etant donné que
l'Eglise enseigne toujours toutes les vérités dont le
' dépôt lui a été confié, et que toute sa doctrine dog-
. matique soit indéfectible et invariable, n'est-il pas
évident que, si l'Eglise a regardé ou approuvé qu'on
. regardât une vérité comme étrangère à son ensei-
, gnement dogmatique, jamais cette vérité ne saurait
appartenir au dépôt de la révélation qui lui a été
confié? Cette doctrine était l'enseignement des
catéchismes d'autrefois (1).
Si définir un article de foi était faire un dogme nouveau, les trois propositions que nous venons d'établir seraient fausses. Mais définir un article de foi n'est pas faire un dogme nouveau. C'est uniquement et simplement constater que la doctrine enseignée dans cet article de foi a été révélée par Dieu; qu'elle fait réellement partie du dépôt de la révélation confié à l'Eglise ; que, par conséquent.
(1) Voir Institution et instruction chrétienne^ 1. 1, part, i, ch. 3, § 25. Ouvrage approuvé par plusieurs évêques. — Instructions générales de Montpellier^ 1706. — Stvmnen aus der catholischen kirche, IV heft, s. 146-147.
128 COMMENT L*ÉGLISE BOMAINE
elle a été crue comme telle, admise comme telle de foi divine, par toutes' les églises particulières réputées catholiques, et cela en tout lieu et en tout temps. Ce principe est incontestable. Donc, toute doctrine qui, de fait, naura pas été admise dans de telles conditions, mais simplement considérée comme une vérité purement scientifique, ou comme mie opinion, ou comme une erreur, ne saurait jamais être de foi.
IV. — Il est fort intéressant, pour un homme de bonne foi et d'intelligence droite, de rapprocher de ces enseignements les décisions de l'église romaine sur la définibilité d'une doctrine.
En 1852, Pie IX nomma une commission spéciale, chargée de faire un rapport sur la possibilité, au point de vue théologique, d'une définition solennelle de l'immaculée conception delà Sainte-Vierge. Cette commission, composée des plus habiles théologiens, dit r Univers^ traça, à cette occasion, les règles générales qui doivent servir à décider si une vérité est susceptible d'être solennellement définie. On trouve ces règles rapportées et exposées dans le Dictionnaire de la Théologie catholique^ traduit de l'allemand par l'abbé Goschler (2, XIV, p. 279). La docte commission, réunie sous la présidence du cardinal Ferrari, et composée de Mgr Caterini, du chanoine Audisio, des PP. Perrone, Passaglia, Schrader, jésuites, du P. Spada, dominicain, du P. To-
nini, conventuel, remplacé après sa mort parle P. TruUet, du même ordre, établit d'un commun accord les principes suivants :
« Pour qu'une doctrine puisse être définie, il n'est pas nécessaire que les opinions n'aient jamais varié à son égard dans l'Eglise, que les fidèles et les maîtres de la foi aient toujours été d'accord. >
Ainsi donc, d'après la docte commission, une doctrine peut être considérée comme ayant été réellement révélée par Dieu et comme ayant toujours fait réellement partie du dépôt de la révélation chrétienne confié à toute l'Eglise, même lorsque les fidèles et les maîtres de la foi, réputés parfaitement catholiques, l'ont considérée et enseignée comme une opinion^ admissible selon les uns, erronée et détestable selon les autres!... Aucun d'entre eux ne la croit de foi divine, et par conséquent jie la regarde comme révélée, puisqu'il l'envisage comme une simple opinion ; une partie d'entre eux la rejette même comme une erreur. N'importe. Un jour viendra où il sera possible qu'elle soit de foi, et où ceux qui se permettront de dire qu'elle n'a pas toujours été crue par l'Eglise, qu'elle n'a pas toujours fait partie du dépôt de la croyance universelle, seront excommuniés et hérétiques ! . . •
Mais, puisque la foi ne change pas, puisque ce qui est de foi maintenant ne peut l'être maintenant que parce qu'il l'a toujours été, il en résulte donc
130 COMMENT L*É0LI8E ROUAISE
que les catholiques qui, dans les siècles antérieurs, soutenaient que de telles propositions n'étaient pas de foi, qu'elles étaient même des opinions déplorables et subversives de la foi, étaient eux-mêmes, au fond, de véritables hérétiques ? Et alors pourquoi étaientils traités dans l'Eglise comme de véritables catholiques? Pourquoi saint Bernard et saint Thomas d'Aquin qui combattaient l'immaculée conception, saint François de Sales et Fénelon qui combattaient également l'infaillibiUté papale telle que l'enseignent les romanistes de nos jours, pourquoi ces saints qui étaient réellement, au fond, des hérétiques, étaient-ils cependant considérés dans l'Eglise et par l'Eglise comme des docteurs catholiques excellents! Et surtout, comment le sont-ils encore maintenant? L'église romaine, habituée aux falsifications d'Isidore et de tant d'autres, croit se tirer d'embarras, en -niant simplement, au mépris de tous les textes et de tous les documents historiques les plus authentiques, que ces bons saints aient enseigné les doctrines qu'on leur prête. De fait, qui d'entre eux va y voir?
La docte commission continue ainsi à énumérer ses principes:
« Pour qu'une doctrine puisse être définie, il suffit que l'on produise quelques témoignages solennels, décisifs, qui renferment la doctrine à définir.... Il suffit aussi que l'épiscopat catholique soit actuelU* ment d'accord sur cette doctrine. »
Le mot « décisifs > est inutile ici, puisqu'il s'agit précisément de savoir quand de tels témoignages sont réellement décisifs. Mais, à coup sûr, ils ne le sont pas, lorsqu'ils ne sont que quelques-uns, ni lorsqu'ils renferment, indirectement, par voie de raisonnenient purement théologique, une doctrine qui jusque-là n'a pas été regardée comme révélée, et que, depuis quelque temps seulement l'on veut définir.
D'abord, comment admettre qu'il n'y ait dans toute l'Eglise que quelques témoignages touchant une doctrine crue par l'Eglise entière comme rêvélée? Si l'Eglise enseigne toujours toutes les vérités dont le dépôt lui a été confié, comment serait-il possible qu'une de ces vérités ait pu n'être affirmée que dans QUELQUES circonstances, même solennelles? Que fait, au milieu de ce silence presque constant, cette solennité de l'affirmation? Depuis quand la pompe et la cérémonie du Vatican lui-même, ontelles la vertu de tenir réellement lieu de l'universalité, de la constance et de l'unanimité dans l'affirmation et dans la croyance ? Saint Vincent de Lérins et tous les catholiques qui ont professé sa doctrine, n'ont point imaginé ce nouveau rôle de la solennité dispensant de tout le reste. Voilà à quoi l'église romaine actuelle réduit les définitions dogmatiques ! Ce ne sont pour elle que des questions de décoo' et de solennité \...