‹ Comment l'Église romaine n'est plus l'Église catholiqueChapitre 8 sur 18 · COMMENT L'EGLISE BO^AINE · texte numérisé non relu

COMMENT L'EGLISE BO^AINE

Mais, dit-on, si ces témoignages renferment réellement la doctrine à définir, la définition ne serat-elle pas légitime?

Nous avons déjà montré en quoi consiste le passage de la foi implicite à la foi explicite, et comment ce passage se fait par une augmentation de lumière et nullement par une addition numérique aux dogmes. La tactique des romanistes consiste à revenir sans cesse à la théorie de la contenance wtuelle; c'est là leur unique raisonnement dans ces sortes de questions.

Tout C3 qui est dans un dogme, disent-ils, est de foi ; or ce qui est virtuellement dans un dogme y est réellement ; donc ce qui est virtuellement dans un dogme est de foi et peut être défini. D'autre part, tout ce qui est inséparablement lié à un dogme est virtuellement contenu dans ce dogme; donc tout ce qui est inséparablement lié à un dogme peut être défini. Par exemple, il est de foi que l'Eglise est infaillible; or l'infaillibilité du pape est virtuellement contenue dans celle de l'Eglise ou lui est inséparablement, unie; donc l'infaillibilité du pape a toujours été crue en même temps que celle de l'Eglise, et par conséquent rien n'est plus légitime que de la définir comme dogme.

Cette théorie est spécieuse, mais fausse. Saint Vincent de Lérins n'a jamais admis que la contenance actuelle : car il remarque, dans sa comparai-

son de l'enfant et de l'homme qui sont identiquement la même personne, que dans les membres de l'enfant se trouve déjà actiiellement ^ quoique dans une mesure imparfaite, tout ce qui se développera plus tard dans les membres de l'homme. En est-il de même dans le système de la contenance mriuelle ? Nullement ; car, d'abord, il y a entre le virtuel et l'actuel une différence réelle^ suffisamment réelle pour constituer deux choses réellement distinctes; ensuite, la plupart du temps on entend, par contenance virtuelle d'une chose dans une autre, l'union inséparable de ces deux choses : ce qui est un moyen très-facile, soit de faire dériver des vérités révélées ses propres idées, soit d'ériger ses propres idées en vérités révélées.

Voyons cette méthode à l'œuvre.

« Telle société possède depuis de nombreuses années un bloc de marbre. Or, dans ce bloc de marbre, il y a virtuellement tel ou tel chef-d'œuvre, attendu que le ciseau de Michel-Ange saurait parfaitement l'en tirer. Cependant qu'aurait fait Michel- Ange ? L'aurait-il créé? Non. Il n'aurait fait que le manifester, le rendre apparent, évident. Donc, il est parfaitement logique de dire que depuis de nombreuses années cette société est propriétaire de ce chef-d'œuvre. > — Un tel raisonnement ne se qualifie pas. Cependant, c'est absolument le raisonnement des romanistes. La société qu'on appelle l'E-

glise, disent-ils, possède -depuis dix-huit siècles une doctrine révélée. Or, dans cette doctrine, se trouve virtuellement telle ou telle proposition, laquelle, en eflfet, n'a besoin, pour apparaître avec évidence, que du raisonnement de tel ou tel docteur. Donc, depuis dix-huit siècles, l'Eglise croit réellement à cette proposition comme une vérité révélée par Dieu.

« Il est certain que les couleurs de ce tableau sont d'une richesse incomparable, et quiconque le nie est insensé. Or, le bois sur lequel ces couleurs ont été appliquées leur est inséparablement uni. Donc, ce bois, est aussi d'une richesse incomparable, et quiconque le nie est insensé. » — « Il est de foi que telle vérité est révélée par Dieu même, et quiconque le nie est hérétique. Or, telle autre vérité qui lui sert de suistratum lui est inséparablement unie. Donc, Dieu, en révélant celle-là, a aussi révélé celleci; donc celle-ci est, comme la première, révélée par Dieu même, et quiconque le nie est hérétique. > — Où est la différence entre ces deux raisonnements ?

« Il est de foi que la puissance spirituelle est supérieure à la puissance temporelle. Or, il est évident que ce qui est supérieur est maître de ce qui est inférieur. Donc, il peut être défini que le pape; dépositaire de la puissance spirituelle, est maître absolu des souverains temporels. ^ — « Il est de foi que Jésus-Christ a institué sou Eglise pour qu'elle rive

jusqu'à la consommation des siècles. Or, il est évident qu'elle ne peut vivre sans que le pape soit roi temporel. Donc, il peut être défini que la royauté temporelle du pape est de droit divin. » — « Il est de foi que Jésus-Christ a donné à son Eglise le devoir et par conséquent le moyen d'enseigner toutes les nations. Or, on enseigne non-seulement par l'Evangile, mais aussi par les sciences. Donc, il peut être défini que l'Eglise est la dépositaire non-seulement de la parole sainte, mais aussi de toutes les sciences, et que, par conséquent, toute doctrine relève d'elle, » Tels sont les raisonneinents que l'on se permet, lorsqu'on prétend, que tout ce qui peut découler d'une vérité révélée au moyen d'un raisonnement, ou tout ce qui peut être démontré comme lui étant inséparablement uni, doit être également considéré comme réellement révélé. Il ne saurait y avoir de mesure dans une pareille méthode, et les romanistes eux-mêmes seraient fort embarrassés, s'il leur fallait citer une erreur qui ne puisse être définie au même titre. Ils rient dans leur enseignement privé de cette méthode qu'ils appellent eux-mêmes la méthode du faciam te lene venir e : pourquoi donc veulent-ils l'appliquer sérieusement dans leur enseignement public?

La docte commission dont nous étudions les principes, aurait dû trouver insuffisante la théorie de la contenance -PtXî^e//^. Peut-être, en efiet, n'a-t-elle

ajouté le principe suivant, que parce qu'elle trouvait insuffisant le précédent. Quoi qu'il en soit, voici ce nouveau principe : « Pour qu'une doctrine puisse être définie, il suffit que l'épiscopat catholique soit actmllement d'accord sur cette doctrine. »

Saint Vincent de Lérins ne fait pas de la foi uoe propriété réservée aux évêques; il la considère comme un dépôt confié à tous les membres de l'Eglise : quod ab omnibus creditum est.

Saint Vincent de Lérins ne se contente pas d'un accord actuel ; il exige un accord perpétuel : quoi SEMPER creditum est.

La doctrine de la docte commission romaine et celle de saint Vincent de Lérins sont donc manifestement contradictoires.

Or, qui faut-il croire, de la docte commission ou de saint Vincent de Lérins ?

Nous déclarons, sans hésitation, que nous optons pour saint Vincent de Lérins.

V. — Quant à la doctrine de l'infaillibilité personnelle du pape, qu'il nous suffise, pour la juger au point de vue dogmatique, de faire les remarques suivantes :

P Pendant les huit premiers siècles, alors qu'on aurait eu tant de raisons de faire fonctionner cette prétendue infaillibilité du pape, soit à cause des nombreuses erreurs qu'il a fallu condamner pendant cette période, soit à cause des difficultés considé-

rables qu'il y avait de réunir en concile tous les évêques de la catholicité, aucun docteur n'a jamais eu le moindre soupçon de cette infaillibilité, tellement que les conciles œcuméniques eux-mêmes se sont permis d'examiner les enseignements des papes, de les juger, .et même de les condamner comme hérétiques. Or, dira-t-on que cette absence même de soupçon équivaut à la foi implicite ? Dira-t-on que les conciles œcuméniques, qui condamnaient le pape comme hérétique, croyaient implicitement et virtuellement à son infaillibilité?... C'est ce que les romanistes sont cependant obligés d'affirmer, pour étabhr leurs dogmes nouveaux ! Et les fidèles, et les prêtres, et les évêques, acceptent ces dogmes ! Et ils osent encore parler de science, d'histoire, de raison!...

2^ Plus tard, lorsque les agents et les théologiens de la curie romaine lancèrent dans le public l'idée de l'infaillibilité du pape, les docteurs les plus autorisés la combattirent <5omme une erreur satanique. Or, dira-t-on que la combattre ainsi c'était la croire implicitement et virtuellement? Alors, avec quoi ne se concilie pas la foi implicite et virtuelle des romanistes ?

3° Dans la suite, le nombre des agents et des théologiens de la curie romaine . augmentant, cette idée de l'infaillibilité papale fut çà et là • enseignée comme une opinion, que l'on pouvait certainement

rejeter, mais que peut-être l'on pouvait aussi accepter comme telle. Dira-t-on que l'accepter dans* de telles conditions, comme une simple opinion, c'était réellement la croire d'une foi réellement divine, bien que virtuelle et explicite î

4° Enfin, quelques esprits consentirent à l'accepter même comme une vérité tMologique . C'est ainsi qu'on l'enseigna en France, dans certains séminaires, vers 1850. Mais jamais, pas même en 1869, on n'osa enseigner que cette infaillibilité personnelle du pape fût une vérité dogmatique. Or, était-ce là la foi explicite et virtuelle? Assurément non, puisque personne ne la croyait comme vérité révélée, et qu'on l'admettait uniquement comme une doctrine simplement théologique.

Donc, il est parfaitement certain, V que l'infaillibilité personnelle du pape n'a jamais été crue, comme vérité révélée, dans l'Eglise catholique, même romaine, avant le 18 juillet 1870; 2** que cette infaillibilité, alors même qu'elle ne serait pas une erreur, ne saurait jamais' appartenir à l'ordre de la foi, et que toute définition dogmatique sur ce point est-nulle de plein droit; 3° enfin, que, pour arriver à formuler une pareille définition, les romanistes ont été obligés «de fausser de la manière la plus complète, dans l'esprit de leurs adeptes, la notion si importante, si essentielle, de la foi.

Commeiit l'ég^lliie romaine a fanué la notion du €4>IV€JIiE ŒCÇJIBÉniIQUfi.

î. — La notion du concile œcuménique à été aussi altérée par l'église tomaine que la notion dé l^ foi. De même que la foi n'est plus dans cette église que i'adhésion aveugle et absolue à la parole du pape, ainsi le concile œcuinéiiique n'est plus que le concile du pape. Dès qu'un concile a été convoqué par le pape, présidé par le pape où par ses légats, et approuvé par le pape, il est œcuménique et infaillible. Et encore toutes ces conditions ne sont-elles même pas nécessaires. Selon la doctrine roinaniste, tout concile particulier, quelque local et restreint qu'il soit, devient œcuménique et doit être accepté comme tel par toute l'Eglise , dès qu'il est simplement approuvé comme tel par le pape. C'est donc l'approbation du pape qui, au fond, est la seiile condition essentielle à l'cBCuménicité d'un concile; b'est elle qui est la source même de l'infaillibilité, comme de l'œcuménicité de ce concile.

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