Cf. Historia Universitatis parisiensis, t. VI, p
qu'il a sous les yeux. « Die 17 Decembr., dit-il, in Rectorem electus est M. Landericus Maciot, Nat[ionis] Galli- [cae]... Et eo die vetitum légère Psalmos Davidicos Gallice versos a Maroto, sic enim Acta Germ[anicae] Nat[ionis] : Quum autem certi suppullularent hœreseos libri carminibus Davidicos Psalmos complectentes, ly kal. Jan. apud Mathurinorum œdem habita comitia ne posthac divenderentur hiijusmodi libri. » Ainsi l'unique document dont se sert Du Boulay, le texte des Actes de la Nation germanique qu'il cite, parle de « livres contenant des psaumes de David mis en vers ». Il ne dit point que ces vers sont de Marot : il ne dit même pas si ce sont des vers français. C'est de sa propre autorité que Du Boulay attribue ces psaumes mis en vers au poète le plus connu par sa traduction du Psautier, à Marot.
Cependant, la publication du Miroir de l'âme pécheresse avait ému la colère des théologiens, déjà violemment indignés de la faveur que Marguerite de Navarre accordait au prédicateur évangélique Gérard Roussel, en l'admettant à tenir ses prêches suspects dans le palais même du roi. Dans ce recueil de poésies religieuses et de chansons spirituelles, il y a « plusieurs traits non accoutumez en l'Eglise romaine, dit Théodore de Bèze, n'y estant fait mention aucune de Saincts ny de Sainctes, ny de Mérites, ny d'autre Purgatoire que le sang de Jésus Christ et mesme la prière ordinairement appellée Salve Regina y estoit appliquée en françois à la personne de Jésus Christ' ». Ces traits irritèrent extrêmement la Sorbonne et notamment son syndic Noël Béda. La Faculté de théologie prétendit en effet interdire la vente du Miroir de rame pécheresse. Le roi intervint, demanda des explications à l'Université. Les théologiens s'excusèrent : comment auraient-ils condamné le livre de Marguerite, puisqu'ils ne l'avaient pas lu? Il y avait un malentendu dont ils rendaient responsable le rapporteur de la commission
I. Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. I, p. i3.
chargée de l'examen des livres. Bref, l'affaire tourna à la confusion de la Sorbonne et au triomphe des humanistes et des évangéliques^
La reine de Navarre et son valet de chambre Marot purent continuer pendant l'année i534, l'une à écrire des chansons spirituelles et l'autre à traduire des psaumes en vers français. C'est alors, peut-être, que Marot conçut le projet de traduire tout le Psautier. Il avait commencé, remarquons-le, par traduire le VI« psaume : Domine, ne in furore arguas me, qui est le premier des sept psaumes dits de la Pénitence. Son ambition, sans doute, n'avait été d'abord que de traduire ces sept psaumes de la Pénitence qui forment à eux seuls une série complète. C'est ainsi que Gringore, dans ses Heures de Nostre Dame, avait traduit, outre les quelques psaumes compris dans cet office de la Vierge, les « sept psaumes pénitentiels ». Les encouragements de Marguerite, la nouveauté de la matière et de la forme engagèrent sans doute Marot à poursuivre son entreprise au delà de ces limites. Suivant l'usage généralement suivi par les écrivains du temps et notamment par son disciple Mellin de Saint-Gelais, il donna lecture et laissa prendre copie de ses productions. Ce fut alors un bruit commun qu'il se proposait de traduire le Psautier, comme en témoigne plus tard Sagon dans le Rabais du caquet de Fripelippes, qui parut en iSSy, alors que Marot n'avait encore publié que le VI« psaume. « Dieu gard Marot, disait Sagon, il en a bon mestier, — [c'est-à-dire, bon besoin,] — s'il veut encore exposer le Psautier 2. »
Un événement imprévu vint séparer Marguerite de Navarre de son valet de chambre et retarder de quelques années l'achèvement du Psautier. Les placards contre la messe affichés dans la nuit du 17 au 18 octobre i534, jusque sur la porte de la chambre du roi, provoquèrent
1. Voir les textes concernant cette affaire dans l'exposé que nous en avons donné dans la R. E. R., t. VIII, p. 290-91.